‹ Biographies alsaciennesChapitre 42 sur 57 · I.EZAY-MARNÉSIA · texte numérisé non relu

I.EZAY-MARNÉSIA

Et ii ajoute avec une ironie à peine contenue : c Une leçon qui coûte un million est sans doute assez chère pour qu*on la retienne. Celui qui trie ses feuilles reste son propre expert, t Ne recoiuiaisseK^TOus pas là quelque chose de la malicieuse bonhomie du Ihbuliste?

Puis M. de Lezay leiaiine pur des reiULTciiiiriils cliideui-LMix aux ernfjloyés qui ont lo mieux secondé les vtirs de l'adiuinis- Iraliou; et la mauière tui pt.'u prolixe dout ii s'acquitte de celle portion de sa làelif prouve combien elle lui était agréable, tandis qu*en dislriiiuanl le blâme, son style bref et saccadé indique qu'il a hâte d'en finir.

- En juin, il revient à la nécessité de redoubler de soins dans la culture et la préparation pour obtenir un classement avantageux. 11 établit un parallèle entre le procédé alsacien et ce^ lui des autres pays qui cultivent le tabac. « Notre sol vaut le

leur; notre climat vaut mieux; nos cultivateurs ne valent pas moins; il ne s'agit que d'être aussi soi}^neu\ pour être aussi bieji payé, et gagner 1^ fr. par quintal méU ique de première qualité. >

Dans l'avis du concours de 1812, en annonçant que les prix consisteraient en dû étalons normands ou mecklembouiigeois et en deux juments poulinières, il rattache à la culture du tabac une autre branche importanie de l'industrie agricole. L^éducation chevaline et Tamélioratlon de hi race reviennent souvent dans ses circulaires. Il prend des précautions minutieuses pour riiéber^'^enieiit des étalons qui seront doiiiié:> à titre de prix. Des stalles pai ticidières devront être assig^nées à ces nobles animaux; on fera baisser le seuil des portes d'écurie au moins de â à 4 centimètres pour éviter que les étalons ne se couronnent; défense est fiiite de les employer au chariot; des précautions hygiéniques sont indiquées avec tout le souci d*un amateur.

Si hi race chevaline ne s'est pas sensiblement améliorée dans le Bas-Rhm à cette épo({ue , la ftiute n'en est p^,s au pré-

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fet qiii a essayé de donner une bonne et forle impulsion, mais 8 la force de la routine et peut-être aussi A quelque vice inhérent à notre race poulinière, qui ne réunit pas toutes les qualités requises pour régénérer l'espèce.

Quant au tabac, les cultivateurs, dès Tannée 1812, étaient mis dans la lioiuic voie; rt, jp 1p rppèfp, si celle prudlable tiiltiii c II élé conscrvéf iiu l»a^-lihlll, il Ijtni. en ui aude partie, on rapporter Thoimeur à Tiullueiice de raiiinuubUuUuu de M. de Lezay-Marnésia.

Il en esi de même pom* la culture de la betterave et de la fabrication du sucre que renferme cette plante.

On a souvent discuté la question de Tutillté de la fobricatioD artificielle du sucre, surtout en vue de nos colonies, qui produisent naturellement cette substance alimentaire, et en vue du lenaiii (pie l'on enlève à la culture des céréales propres à nos clinials. Je dois m'iulerdire ici toute dif^ression (pii tendrait à élarg^ir le cadre de mon travail spécial. Je me place donc au point de vue d'un préfet de l'Empire et d'une population que le blocus continental a privée du sucre de canne; et envisagée ainsi, l'acUvité intel%ente de M. de Lezay-lfamésia est digne des plus grands éloges.

Pour suppléer au sucre des colonies, on avait dû recourir â des expédients de toute nature. Pendant quelque temps , la chimie avait cru découvrir dans le sirop et le sucre de raisin le meilleur supplément <tii sucre ordinaire. Aussi le préfet avait -il. dès la première année de sou arrivée, distribué des instructions qui renferment l'analyse des procédés Ciiaptal, Vauquelin, Proust, Farmentier et Berlhollet. Sur ses instances» le conseil général avait fixé une prime de 1,âOÛ fr. pour celui qui réussirait à fabriquer lôO kilogrammes de sucre de raisins provenant du département. On s'engageait à donner la préférence aux sirops et aux sucres de cette nature pour l'approvisiomiement des hôpitaux; mais il ne parait pas que ce» tentatives ^ienl été couronnées de succès.

...... ^le

LEZAV-MARNKSIA.

Quant à la betterave, il ne devait pas en être de inèoie. Après la promulgation du décret sur ce genre de plantations, le préfet demande des notes statistiques et s'applique à répartir d'une maniôre intelligente» entre les quatre arrondissements y les 3,000 hectares qui devront être ensemencés dans le Bas-Rbîn. (Circulaire du i5 février 181â.) « Aux trois millions (jii»' jii odiiil If (iibac, vous |»unnvz bientôt ujuuler trois millions puiii la lifîlernve, » dil-il aux agriculteurs. Il leur exl)ii(iue t»' protil qmls |ioui ronl retirer en fabriquant eux-mêmes le sirop cl la mosconade i|ue renferme cette plante; il entre, cooune pour le tabac, dans les détails sur la qualité relative des espèces.

«La betterave jaune ou blanche donne plus de sucre- que la betterave rouge ou marbrée, employée ordinairement dans ce pays; je m'en suis procuré des semences.* Puis il enseigne hi manière de nourrir le bétail avec le réaidu fermenté de la betterave.

Mais voici une objection majeure qui se présente dès le principe. Comuienl remplacer l»'s 3,000 hectares enlevés d'un seul coup à la culture lialiiUit'llc ? Le préfet tient un<* réponse toute prèti' : les lialutants qui auront reçu uni' aneclatioii lie culture de tietleraves.sur leurs terres pourront demander une concession de terrain triple sur les terres communales en friche; ils en auront la jouissance pendant neuf ans, et les trois premières années seront franches de toute redevance; / celui qui se livrera é la fabrication du sirop de betteraves aura les terres franches de redevance pendant neuf années consé* culives. A ces explications, à ces promesses sont annexées des instructions remar({uables sur le mode de culture. El, non content de ces préceptes théoriques, il se met immédiatement en rapport avec les notables ajifronomes du pays pour les f^agner à ses ijrojets. Puis il iionmie des commissaires chargés d'inspecter la nouvelle culture; il leur inculque ses idées; il les éleclrise; il leui' communique le feu sacré qui le dévore :

412 BIOGRAPHIES AI.SACIEKNES.

f Faites bien comprendre aux commuaes ta néceasité de transformer les vastes terrains incuUea; combattez leurs craintes ndlcules au sujet de ta nourriture des besimux. > H se sert des armes de rironie pour saper ces incroyables préjugés. « Qui ne sait, s'écrie-t-i(, que des milliers de voitures de trèfle pourraient être récoltées .siii ces mêmes pâturages où les bestiaux, exposés à toutes les arcJeurs du soleil , ue IruuveiU de loin eu loiu que de rares brins d'iiei be , et d'où, après avoir servi de pâture aux insectes, au lieu d'y trouver la leur propre, ils reviennent avec toute la faim qu'ils y avaient apportée. Ne dirait-on pas en voyant ces landes enclavées dans les terrains cultivés, qu'il y a deux espèces de populations en Alsace: d'mi côté des hommes intelligents, laborieux, de l'autre des sauvages î >

Les exhortations, les mesures actives, les facilités données pruduisirf iit un ciVel presque instantané. Six semaines après la circulaii e de février, beaiir(tup de communes ont déjà excédé le contingent assigné; l'aduiiuistralion est obligée de mettre un frein à cet empressement passionné; tous les habitants du Bas-Rhin avaient déjà pris Thabitude d'accepter comme une parole d'Évangile les avis qui leur arrivaient de ce magistrat aux intentions paternelles.

La plantation assurée, M. de Lezay s'occupe bien vite de la ftibrication ; il veut qu'elle se localise comme la culture. Tout cultivateur aura la faculté de confectionner chez lui , sous licence spéciale, jusqu'à 10,000 kilogrammes de sirop ou de suci e lie licttf'raves. Le préfet engage à faire ct^llr fahj!cati(»n pendant les quatre mois d'hiver, pendant le chômage des iravaux d'agriculture. « C'est au feu où il se chauffe, que le laboureur fera cuire son sirop; c'est dans son poêle qu'il le fera cristalliser. > Enfin il établit à Strasbourg on cours de grande et de petite iïèrication; il invile Bonmatin, Fauteur d'une excellente méthode, è venir au chef-lieu du Bas-Rhin; et l'on y rédige les procès-verbaux de Tinstruction orale donnée par ce

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professeur pendant ia roanipulation. Un maçon bien instruit dans la eonstruclion des fourneaux est tenu â la disposition de tout habitant qui réclame son assistance; des ouvriers sont

désignés pour la fabrication des ustensiles; deux manipulateurs, MM. Nestler et Durant, seront prêts n sn rendre sur place, aux fixais de rn iiiiiiustration. Ainsi tout est prévu, les fabricants seront conduits à la lisière aussi longtemps qu'ils seront novices, et un enseignement gratuit continue à être ouvert à la préfecture , surtout pour les fils des agiiculteurs qui voudront réunir à leur exploitation rurale ce genre d*in* dusirie.

Je sais bien que ce n'étaient la que des tâtonnements, et que la science contemporaine a perfectionné ces premiers

procédés à un point qu'on aurait alors à peine osé espérer. Mais toujours M. deLezay peut-il revendiquer l'iionnein d a\oir ouvert la voie en Alsace et d'avoir montré dans rfttc branche, comme dans toutes les autres de sa trop courte administration, ce que peut un seul homme dans une haute position, lorsqu'à la volonté de bien l'aire il sait allier le talent de choisir de boDS instruments, et lorsqu'il applique son énergie à des objets réellement utiles.

Ainsi la question des engrais et de Tamélioralion des bestiaux le préoccupait à juste litre. Il ne cesse d*y revenir. Pendant une tournée qu'il fait dans la Lorraine allemande , il a reinaïqué que le lumier est dé[»osé rli vaut les maisons. « Je ferai cesser cet abus, dit-il; je ne veux pas que les routes soient des égouts. >

Dans une autre occasion, il donne d'excellents conseils sur la manière de produire le terreau animal et d'utiliser les matières fécales; il se moque des paysans qui envoient leurs enfants ramasser le long des routes le crottin des chevaux et qui laissent s'écouler l'eau des fbmiers; il blâme le stupide procédé de jeter sur le bord des chemins vicinaux les corps morts des animaux et d'empester l air au lieu d'utiliser ces débris.

414 RIO«;nAPlllES ALSACIE^NtS.

Pour obtenir ramélioralion des nice«, il ne cesse d'insûier sur la culture successive des landes; il combat, sous ce rap^ port, le préjugé des agriculteurs qui veuienl que leur bétail puisse s'ébattre en liberté dans la vaine péture. «Goroperei,

leur (lil-il, les pauvres bestiaux du Kied avec le beau bétail (In Kocheishcig, où il n'y a pas un ponce do hnides. (vompare/, les clievanx sanva^^es de l'Uki'ainc ou de la llonj^i ie aux chevaux du MrcklL'nibour«(, de la Normandie, di' rAiiglfîleiTeî » Et remarquez en passant ce trait de courage: M. de Lezay, en 1813, ose rendre justice à la perfide Albion ! c Partout, s ecrie-Nil, partout où les races se sont ennoblies, Tennoblissèment de la race n'est venu qu'après Tennoblissement de la terre par la culture, qui n'est autre chose qtie la destrticlion de ce qui nuit au profit de ce qui sert. >

Dans les autres branches de son adminisli'ation , Lexay- Marnésia apporte la même ardeur, la nn iin^ intelligence, que dans le service de la vicinalilé et dans Tamélioration de l'agriculture.

La vaccine est propagée avec une rapidité sans exemple, grâce à l'impulsion donnée par lui; en peu de temps, il n'y eut plus de hameau caché dans les montagnes où le vaccin n'eût été porté. Quatre*vÎDgt mille en^ts et adultes avaient subi depuis 4801 à 1813 cette opération bienfaisante; sur ce chiffre, l'immense majorité a été vaccinée de 1810 à 1813, et le rapporlenr. M. Reiseissen, alors médecin de l'hospice des Oiphclins, pon\ lil, m s'adressent au préfet, dire avec raison: «Toute la géuOratiun du siècle est vaccinée; ce résultai sera certes l'un des plus beaux de votre Rdininisli'aLion. Par la sagesse de vos mesures, vous avez obtenu, sans recourir à des actes de rigueur, ce qu'en d'autres pays la sévérité n'a pu obtenir, t

Pour estimer à leur juste valenr de semblables efforts, qu'on veuille, ici, comme dans le déparlement de Rhin-et-Moselle,

se l'appeler la ligup puissante des préjugés superstitieux, de

LEZAY-MABN'KSU. Aio

l'indolence forante, et quelquefois do mauvais vouloir. M. de Lezay connaissait le grand art de frapper les imaginations. Ainsi il prescrivit d'attacher ani maisons où la petite vérole

éclalait, un écrileau aimonyaiil que la maladie venait de pénétrer dans ti'llL' ou telle demeure, et que la communicaliuii était interdite j si ce u est pour les objets d'indispensable nécessité. La rigueur n'était évidemment qu'apparente; on voulait agir sur les esprits, pour obtenir un résultat désirable.

Dans un tout autre ordre d'idées» le préfet, non*seulemenl n était point sévère A Texcès, il cherchait au contraire à tempérer la rigueur des prescriptions légales. C'est sur les instances courageuses de M. de Lexay que le gouvernement retira du défMrtemsDt du Bas-Rhin les colonnes mobfles des troupes d'exécution.

L'époque de l'activké pacificfue de M. de Lezay coïncide avec les années 1811 et 1812. En IKIO, il avait étudié le terrain; en 1813 et 1814, les événements politiques empiètent sur les journées que le magistrat philanthrope aurait voulu consacrer uniquement au développement intellectuel, moral et matériel de son département. L'étoile de l'Empereur avait pAli; les désastres de la grande armée réagirent par conbre-coup sur les derniers hameaux de la France qui s'épuisait â remplir les vides dans les rangs de nos soldâtes. Lezay -Marnésia ne peut plus s'occuper qu'à la dérobée de I t nibellissement de ses chères campagnes d'Alsace; hélasi il ne s'auissail plus de planter des arbres, mais de trouver des flipvnux, des provisions, des médicaments; car leb cavaliers manquent de monlui e, les magasins sont vides, et les hôpitaux se remplissent de blessés, de malades et de mourants. Vers la fin de i8iâ, une fièvre ij* phoîde très -intense et très -meurtrière se communique de l'armée Aigilivc aux habitants sédentaires; dès lors toutes les pensées des autorités départementales et municipales s'appli- (fuent à combattre ce redoutable fléau. Pour comble de malheur, reimemi passe la frontière du lUiiji; il cuu\re l'Ali^ace

416 RIOr>nAPHIËS ALSACIENr<ES.

de ses bataillons; il fi'anchU les Vosges; et Strasbouiig, aban* donnée à ses propres ressources, a sa garde nalionale et à une faible garnison, voit du haut de ses remparts, à un kilomètre de distance, les avant-postes allemands et cosaques.

§6. M* de Lett^'Maména pendant le blocw de Btrathourg

Au iiiilicu de CCI état de choses, Tautorité du préfet n'était plus entière, il avait, par des mesures pix>mptes et énergiques, poui'vu à l'approvisionnement des forteresses de Strasbourg, de Schlesladt, de Landau; grâce à son influence bienveillante, la levée des gardes dlionneur s'était faite sans la moindre difficulté. Mais il reculait lui-même au second plan, par suite du décret du 96 décembre 1813, qui nommait pour chaque divi* sien militaire des commissaires avec des pouvoirs illimités pour accélcM» 1 la levée des troupes, 1 approvisionnement des places, l'organisation des jjardes nationalt^s el la levée en iiia<se au sein des départemeiiU envahis par l'ennemi. La lianic police leur était confiée; ils pouvaient établir des cuannissions militaires, et restaient seuls juges de la limite que devait rencontrer leur dictature locale.

Le 9 janvier 1814, le sénateur Rœderer, investi de ces hautes et en partie redoutables fonctions, était arrivé à Strasbourg accompagné de M. de Belleville, maître des requêtes. Il s'installa à l'hôtel de ville; et le préfet abdiquait une partie de son pouvoir officiel, mais nuilf nienl celte inlluence inorale qu'exoi eeni au milieu des dangers les grands caractères qui veulent le bien public.

U va, dans ces graves ciixonstances, déployer une énergie, une activité nouvelle, et veiller paternellement sur la cité transformée en une vaste caserne, où tous les citoyens font le

t. I.c'i) données de ce panigraphe sont en parlic empruntées aux souvenirb personnels de 1 auteur.

LEZAY-HARNÉSU

métier de soldat et où les femmes préparent, pour les hôpitaux encombrés, des médicaments et de la charpie. La veille de Tarrivée du commissaire impérial, le comte

Broussier, qui commandail la division militaire, avait passé sur l;i pince d'Armes la revue de la prnrde nationale et de la garniijoiL L iintude de ces militaires improvisés (^l des soldats, débris de l'armée d'Allemagne, avait été calme et di^nie. On était décidé é se bien défendre, à conserver à l'Empereur et à la France Strasbourg, le boulevard de l'Est, Kebl la tête du pont du Rhin, et la flèche de la cathédrale, où le drapeau tricolore avait, depuis vingt ans, si souvent flotté comme symbole et messager de victoire.

Le comte Rcederer, après avoir reçu les autorités, s'applique à maintenir ces bonnes dispositions. Jeudi, le jour des Rois, au momenl où remipmi commençait à occuper les villages voisins, et où les communications avec l'intérieur delà France furent interrooipues, le sénateur publie la proclamation suivante :

« Strasbouigeois , vous , êtes le principal boulevard de la patrie. La France entière vous regarde, et se confie en votre fidélité, si souvent éprouvée. Vous avex une brave garnison, commandée par un chef énergique, dont les vues sont remplies par rinfittigable Kèle d'un préfet sans cesse occupé de ses de« voira.

< Strasbourgeois , je jure en votre nom et au mien, je jure à l'Empereur fidélité et dévouement.»

Gel appel an conrar>() des citoyens n éliùl jias une figure de rhétorique; les dangers étaient graves, immim iil^; le service qu il fallait exiger de la garde nationale était rude ; pour occuper les postes nombreux de l'intérieur de la ville, les citoyens furent obligés d'être de garde de trois ou quatre jours Tun, au milieu d'un hiver d'une rigueur excessive, au milieu d'une contagion typhoïde, et en face d'une disette, inséparable compagne d'une cité hermétiquement bloquée. La viande Iralchc , I. 57

W inu(.KArillKS AUACIKNKES.

les légumes verts, le lait, montèrent bientôt à des prix fobaleux; le numéraire manquait, et pas nn messager du dehors ne vint ranimer Tespérance par l'annonce d'une victoire ou d'un ravitaillement. La viNe ressemblait & un vaisseau, lancé sur le

roc, sans mât, sans voilure, mais fort heureusement avec un bon pilote, qui ranime réquipagc cl attend avec calme la ma* rée iiionlaute j)0ur repreiuhe la nii'i'.

Ce pilote, vous l'avez nommé, c elait le préfet. Non qu'il ail eu à mettre la main à la garde de son épée et à monter à cheval avec le général Broussier pour donner de temps à autre une alerte aux assiégeants, non qu'il ait eu A comprimer la plus légère tentative de révolte au milieu d'une population à la fois forte, résignée, obéissante; mais fl se pose comme le patron, comme l'avocat de l'habitant, et il adoucit les mesures que la ri^nieur de la situation provoque. Par son pru[)i f' exemple, par son irrésistible éloquence, par les nombreux amis qu'il s'est faits dans tous les rang'S, il ol)ti<!iit librement ce que, sans Itii, la force aurait peut-être décrété et arraché. D'énormes fournitures en linge et en literie sont faites par la bourgeoisie aui hôpitaux militaires, et l'on combat le fléau du typhus, bien plus meurtrier que les combats, à l'aide de tous les moyens hygiéniques que la science enseigne. Les Aunîgations sont pratiquées sur une large échelle, à l'aide du spécifique de Guyton-Morveau, et le préfet nomme des commissaires pour en surveiller l'application dans les lieux publics, les prisons, les casernes, les écoles'. Aussi, dès le mois de février, le chiffre des malades dans les hôpitaux diminue-t-il sensiblement; et au mois de mars, l'état sanitaij'e est près de rentrer dans les données normales.

De même pour lutter avec le fléau de la femine, on organise, sur l'initiative du préfet, des secours à domicile pour les indigents, eu prélevant de Fargent chei les habitants aisés. A

i. Voir ioii airclc du 2b jauvior 1814.

LtZAY'MARMBSlA. 419

l'aide de souscripCîons on arrive i distribuer par jour, dès le premier moment^ un millier de sonpes économiques. Indépendamment des répartitions gratuites, on prépaie le même alimt'ut, à 15 c. la ration, pour les femilles qui ne sonl pas dénuées de toiitp ressource. On allait, en avril, porter le chiffre des rations à dislnl)iier |)ar j(mr jusqu n i,UOO, lorsque k' blocus fnf lové. Des coniifi's de secours avaient été institués; et M. de Lezay donnait, comme toujours, à côté du précepte, Texemple du dévouement. Plus de 50 familles trouvaient tous les jours, à l'hôtel de la préfecture, une table servie de bons aliments, grAce aui soins maternels de M"^ de Leiay-Mamésia.

Ainsi, Talimenlalion et rbygiène publique exigeaient déj& de grands sacrifices, mais il fiiliait aussi nourrir et payer la garnison; il fitllait suffire A tous les services publics. A Taide de vieux cuivre en magasin , on febriqua des pièces d'un décime jiis<ju ;j cuncui rence de la somme de 30,000 fr., pour l'usafre jounialier. M. le comte Rœderer imag^iua quelques moyens habiles, excusés, justifiés iieul-élre par les circonstances anormales, pour se procurer les ressources les plus indispensables.

Dés la fui de janvier, il établit une loterie de marchandises de coton couiisquées, à 6,000 billets; puis, par décret du 9 février IdU, il prescrit la vente forcée de grandes provisions de sel, que Ton répartit entre les habitants, en établissant des catégories selon hi fortune présumable et présumée. Ici les réclamations arrivent en foule, et le préfet s'empresse de les faû'e connaître au commissaire impérial et de demander des instructions. Il lui adresse un rapport du conseil depréfeclnrc (à la dnlf du 0 mars) et réclame vivement la rmminalton d'une romniis^ion municipale, qin" «^era mieux en étal de jug'cr au fond, c'est-à-dire par la Gouuaissancc des moyens, qu'un conseil de préfecture, qui ne peut rectifier que des erreurs de calcul ou de copie.

Le commissaire eitraordinaire, dominé par les circonstances, répond durement: c L'opération que j'ai feite est une

430 filOGBAPUit:> ALSACIENNES.

(▼enle, non un tribut gratint; fai lait jusqu'à présent des c ventes, pour épargner aux Strasbouqjfeots des impôts. Vente t de bons papiers, Tente d'étoffes de coton, vente de sel: voilà c toutes mes opérations. Les étoffés de coton se sont réparties

« d'elles-mêmes; fai réparli le papier entre les capitalistes ri- «ches, le sel eiili e les consoruinaleiirs aisés. Les irpartifions » fint-elles été mal fniles?. .. Les cotisés n'ont qu'à revendre «leur conlinp-rnl pour se dégrever. . . •

Les réciiminations du comte Hoîderer portent suitout contre les premières classes de contribuables ; il menace de l'envoi de garnisaires. Le préfet intervient; il plaide; il temporise. -

Mais les réclamations sont bien plus vives encore contre une négociation de 600,000 fr. d'effets publics que le comte Roederer prescrit vers la fin de mars. Alors le préfet intervient en conciliateur; il a réuni les personnes qui se sont refbsées au payement, écrit-il au comte Rœderer; et il en résulte qu'il y a ikà cotes à supprimer, d'autres à réduire; il y a lieu d'autoriser les personnes qui (igureiit sur la liste rectifiée à donner leurs billets payables ypiès la levée du blocus.

c Votre Excellence n'ignore pas plus que moi tout ce qu'on c croit pouvoir alléguer contre une répartition qui n'a pas c d'autre base que la conscience d'un jury d'équité.. . Mais cette cbase était en réalité moins trompeuse dans une opération cqui, pour aller au but, ne devait omettre aucune nature de c ricbesse.

«C'est donc en toute sécurité de conscience, Monseigneur, cet non sans avoir comparé ce qu'il peut y avoir d'înconvé- «nient à conduire jusqu'au bout la mesure de la négociation *avec les inconvénients qu'il v aniait à la laisser sans suite, «(jne je crois pouvoir pioposeï' à Votie Ëxcellence le premier « de ces deux partis. »

Même les personnes étrangères aux questions économiques auront remarqué la bonne foi, le bon sens et l'équité, qui caractérisent cette lettre du préfet. Le comte Rœderer lui répond

LEZAY-MAltNÉSIA.

le mâme jour qu'il a basé la négociation d6 cas effela du domaine sur le$ circonstances eiceptionnelles : c On doit courir < le risque d'occasionner quelques froissements particuliers, «plutôt que de laisser périr la chose publique. Le pouvoir, «dans ce cas . n'a d'antre règle que sa conscience.

«Ouiitid il > a^il lie laxer poiii i impôt, on doit rf'gardei- les «revenus; mais quand un laxt- puar une né^ocialiun, on doit «regarder les misses, soit qu'elles soient garnies par le rC" «venu ou par le capital. >

Dans la liste des personnes qui ont pris part à la négociation » le préfet est porté pour iO,000 fr.

La solution de cette gr«?e difficulté Ait amenée, comme nous allons le voir bientôt, par les événements; l'heure de la délivrance approchait

f't'inlant trois mois la faible garnison de Kehl et de Strasiiuui g .ivait fait des efforts surhumains pour inspirer du respect ;'i l'ennenai.

Les corps alliés (russes et hadois) qui bloquaient la ville étaient commandés par le comtt rie Hocbberg; sans être trèsnambmnt, ils comptaient assez d'hommes pour tirer autour de !a ville un infranchissable cordon et pour l'incendter au besoin, s'ils avaient eu de l'artillerie de siège. Hais ils se bornaient à observer la ville, et hors quelques boulets perdus, qu'ils jetèrent par bravade dans le faubourg de Pierres, ils n'annonçaient h'uv présence, d^ nuit, qno par le fen de leurs l)ivouacs, et de jour, par ks avant-postes qu'on découvrait à l'œil nu du haut des remparts.

Les canonniers de la garde nationale s'amusaient quelquefois à lancer des boulets au milieu de leurs feux. C'étaient les rares passe-temps de la veillée; la bonne poudre était réservée pour les sorties.

On en fit une, le 24 janvier, par la porte de Pierres. Les voltigeurs de la Meurtbe entrèrent de vive force à Hoenheim, et la lutte s'étendit jusque vers SoufTelweyersIieim; mais les

cantonnemeuls ennemis s'étaient ralliés; il fallut battre eo re- Iraite, aTec on buUo de 200 bœufs ou vaches, qui échurent à la garnison.

Dix jours plus tard, le 4 février, le commandant militaire tenta une triple sortie par Kefal, la porte d'Ansterlitz et la porte de Pierres, sans obtenir un résultat majeur. Les gardes dlion-

neur entrèrent trois fois de vive force dans le village de Schiltigheim, el imivtnl pai ri'plier.

Le 13 févi ici on lit \m coup de main par la porte des Pécheurs, pour enlever du bétail et maintenir libres les communications avec la Uobertsau.

Ce n'était là qu'une escarmouche; mais dans la nuit du â9 an SO mars, la garnison de Kehl fut attaquée sur toute la ligne, et nie du Rhin fut un instant compromise. De ce moment, la garde nationale fut tenue de faire en partie le service du Rhin, et elle prit une part active à la sortie très-sérieuse du 8 avril, où les villages badois de Sundheim, Âuenheim, Neurofihl furent attaqués par nos troupes. Une violente canonnade porla l'anxiélé dans l'iiitéjieiir des fyiiiillos, et pendant que les feiunies uiiaient au service divin de ce jour de la Tabsion. les habitants valides étaient tenus échelumiL^ depuis la place d'Armes jusque dans l'île des Épis; les auli'es étaient mêlés aui canonniers et aux artilleurs de Kehl.

C'était une journée pleine d'anxiétés, mais ce fut la dernière. Le 12 avril, le préfet put annoncer que de graves événements venaient de se passer â Paris, et qu'un officier y était expédié pour recueillir des nouvelles officielles. La proclamation se terminait par la recommandation de persévérer dans une attitude courageuse , afin de conserver à la France une ville qui avait trouvé sa gloire et sa prospérité à être l'ianraise.

lit' \-\, après avoir préside nnr ^ranec du conseil n}uni<'if>a], où il annonça la tragnpie aljLiication de Fontainebleau, qui venait de clore la lutte de la France conti'e l'Europe , et les bases adoptées parle nouveau gouvernement, le préfet dut

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