‹ Biographies alsaciennesChapitre 43 sur 57 · I.EZAV-MAHNKSIA. 42;l · texte numérisé non relu

I.EZAV-MAHNKSIA. 42;l

publiei' la dépèclie suivaule : « D aiiyourd'liui vous avex un roi.... Dans peu de jours vous aurez la paix... >

Et le 14, une proclamation du comte de Rœderer, basée sur Tarrivée simultanée de dix numéros du Momteur et de plusieurs lettres officielles , invite les habitants et la garnison à adhérer à Louis XVIII, qui allait être représenté par le comte Hoger de Damas, guuverufur du loi. dtuui l'Alsace ^ la Lorraine et les Trois Êvéchés.

Le saci'ilice était consumiuù- Sliasljoiirf*^, ville aux sentiments napoléoniens, avait conservé jusqu'au dernier moment une foi complète dans quelque victoire éclatante qui refoulerait Tennemi sur la rive droite du Rhin; elle se serait plutôt attendue à voir ses portes enfoncées par des pétards ennemis «ju'ouverles par le talisman d'un armistice et de la cocarde blanche.

On était heureux sans doute de rentrer dans la vie normale, d'échapper au cauchemar (jui pèse jour et nuit sur une ville hermétiquement bloquée ; mais rétonnemeni Ait grand de voir surfil a l'horizon politique des noni^ (jiie les enfants i l les jeunes gens ignoraient, et que la génération mûre avait presque oubhés.

I^a paix fut sulenoellemeut pruelamée dans les rues et sur leâ places publiques ; il n'y eut , en face de ce grand et incontestable bienfait, aucune manifestation, ni d'entliousiasme, ni de déplaisir; mais le soir, au théâtre, on siffla impitoyablement une pièce de circonstance , et un adjoint au maire , rendu responsable de ce scandale , en mourut de chagrin.

Le préfet était à tel point aimé à Strasbourg et dans le dé* parlement, qu'il avait pu impunément, et sans ébranler la cujifiaiice qui' le public avait en lui , cunsei vor ses fonctions sous le nouveau ré^-imc. On lui tt'u.iil coinjjte des aiitécédeuls de sn famille nohiliain», et puis il conliniiait à servir la France. Loin de le blâmer, toute la population lui sut un gré inilni d'être resté à son poste. Les habitants de Strasbourg , {jénétrés de gratitude pour les services qu'il avait rendus à leur cité

424 BIOGRAPiilKS 4LSACi£^NES.

pendant le blocus, chargèrent le daeleur Kirstein du travail artistique d'une coupe , dont les figures symboliques en basrelief avaient été dessinées par le sculpteur Ohmacht, et qui

devaient éteriii.>ur dans l;i faaiille de M. de Lezay le souvenir de la l eeonnaissance publique *.

.Mais un voile de trisirssc resta désormais répandu sur le li'onl du préfet, li fallait, avant de songer à reprendre, au cœur même de la paix, des travaux pacifiques, il Mait spnger à réparer les désastres de la guerre, qui- avait marqué son passage dans les communes rurales; il fallait bébeiger les années alliées, qui quittaient lentement la France, et annonçaient, officiera et soldats, leur prochain retour; il fallait satisfaire les exigences d'un gouvernement nouveau , inexpérimenté... Que de motifs de soucis, de regrets, de déboires de toute nalure ! Le cœur de Lezay-Mamésia était brisé avaul qu'un accident déplorable ne vînt mettre fin à ses jours.

Au mois de juillet, le vieux marérbal Kellermann était venu prendre le commandement de la division. La population de Strasbourg accueillit avec un respect silencieux le vainqueur républicain de Valmy. On lui aurait su gré de s'être retiré devant le nouvel ordre de choses.

Pendant le cours de cet été , qui devait être le dernier pour M. de Lezay, Strasbourg,'- avait continué à être très-aniiHcc , la paix continentale ani' iiail de nonihreux voyageurs, au moins passQgèrentriit , daus ses murs. On entrevit, a plusieui'S re-

1. L'un des groupes représecte une mère et deux eiiCanU, qui rëpaodeut des fleurt sur un «ntel. Au pied de cet Bgorea, on Ut ffoseription suivaiiie:

AâHanù de Uzaf-Manêetia, Att. it\f, prœf., pnH urèis *erpaUt dve* iédfemerunt*.

Sor le revers du gobelet le trouve aoe flgiire de la déesse de It JeuusMe. U coupe devait être prieenlée i H. de lesay par une d^utalios de Strasbourg, le 7 octobre, deux Jours avant sa mortt Elle est aujourd'hui dans la làmiUe de M. le sénateur comte de Leiaj.

* A Aanoo de Lesay-M»rn<aU, priM S« ta BmM'AImm , l«i «Ito/AB» rMosaAli» •Mta 4m ■•lot de l«ar ville.

LKZÀV-JiARNÉSU« 425

prises, des touristes aDgIais, promenant leur étrange costume dans une ville dont la prospérité avait infiniment gagné par le blocus continental , et qui se serait passée de la pi ésence de ces étrangers. Au commencement de septembre , la princesse (le Gallps , arcomf>agnée de son clicvalier d'Iionneur Bergami, s'arrêta queKjuft temps au chef-lieu du lias-Bhin; elle étonna les puritains même les mondains de sa passion médiocrement voilée, iyitlii, à la même époque» les journaux de Paris et de la localité annoncèrent la prochaine tournée du duc de Beny, neveu du roi, dans les déparlemeiils de l'Est.

C'était une grande fatigue et un embarras politique qui

altendaieiil le piéf» !. li avait débuté avec éclat dans le BaslUiiii par la r(''c«'[tfion de Marie-Louise ; la réception d'un prince de la maison de Boui*bon allait clore viuieujroeui sa carrièro.

Le duc de Bcrry devait arriver le dimanche octobre. M. de Lexay-Mamésia était allé à sa rencontre jusqu'à la limite de son département y an même point où llarie-Louise lui avait gracieusement tendu la main, au printemps de 1810, en cpiitlant l'Alsace.

Le préfet avait transformé la montée de Saverue en parc anglais. Autour de l'obélisque-démarcateur , des familles de paysans étaient groupées sur des ( hai s ; d auti'es formaient des campements ; Ton rencontrait des groupes semblables auprès des grandes communes ; de «latioo en station une garde d'honneur à cheval enveloppait la voiture de voyage du prince.

A un quart de lieue de Strasboui'g, le maire. 11. Brackenhoffer, vint le complimenter; aux portes de la ville, ce fut le tour du vieux duc de Valmy.

Le prince niuiilj i elieval et lit sun enirée en uuirorme de chasseur. Les rues tiaiLiii luiuiécs, bni^aiiles; les spectateurs curieux ; mais peu de U aces d empressement. Des cris très-

426 BIOGRAFUIKS ALSACIENNES.

■tires de : Vive le roi ! Vive le due de Berry ! parlaient des

groupes.

Le dnc de Berry était observateur; cet accueil peu gracieux

ni* put lui échapper. Le public Ihsait l'ennui sur sa figure lilasér.

Dans la soiréi' , rHi lillci-ic lira un iiiagnifiquo fpii d'artilice à la lioberlsau. I W foulo iiiinicuse lui altirér par ce sp<^ctac'le; et une représeulalion théâtrale , dont Talnia faisait les honneurs » termina cette journée oflficielle, qui n'avait jias été trés-satisfoisante pour le préfet.

Les 3 et 4 octobre, que le prince passa à Strasbourg, furent remplis par des exercices militaires au Polygone par une visite à Kohi , dont le fort avait été démantelé cin({ mois auparavaii! , et où se formait uni* nouvelle houigatle sur les fo.sisi'S comblés.

Dans la soiréi' du 8, il y eut bal à l'Hôtol de ville; les journaux relatèrent que le duc de Berry avait dausé avec la femme du préfet. Kien ne nous autorise à penser que le duc de Berry n'ait été très-prévenant pour M. de Lezay ; mais ce dernier, habile à deviner les moindres symptômes de Topinion publique , ne pouvait se Aire illusion sur les résultats de ce voyage. Le peu d'affabilité, la brusquerie du prince avaient dé|)lu ; les troupes étaient silnicieusci, ou ne poussaient que des cris de commande. A la veille de liui f, avec le iluc de Heriy, une tournée d'un joni à Landau, M. de Lezay lui dit avec une noble franchise : c Monseigneur , vous traversez , en eomriei', des pays que vous gouvernerez un jour. Ce serait pour vous la plus importante des tâches de vous faire connattre des peuples. »

Cet avertissement, asses clair, ne porta point de fhiils. L'oitlre de route était arrêté. On partit le mercredi 5 octobre, â 4 heures du matin , par la route de Drusenheini et de Laulerbourg. Après peu d'heures de balte à Laïuini! , les clievaux dévoreul de nouveau l'espace ; on se dirige pai Wihsenibouig

LEZAY-MARMÉSU. 427

et Haguemu sur Strasbourg. C'était foire, eB une journée d'automne, prés de 200 kilomètres. 11 ftisait nuit close, lorsqu'on touchait à Hagueiiau. Les hahilants avait'iit pavoisé et illuminf^ leurs maisons sur le passag^e dii duc de Herry . (pii s'arrèla quelques instants à rilôlel de ville. M. de Lezay voulut devancer le prince el arriver quelques instants plus lot à Strasbourg' ; il était poussé par sa destinée.

Prés de Haguenau , il donne ordre aux paysans qui conduisent sa calèche, de prendre un chemin de traverse. On avait entassé des cailloux sur le bord de cette route vicinale* Des pétards, imprudemment lancés, précipitent les chevaux ; la voiture se heurte, verse contre cet amas de cailloux ; le préfet est lancé dans le fossé. Un violent ébloiiissement sillonne sa tête, couvii ses yeux; une atroce douleur pénètre ses reins. Le bas de son corjis a été ju essé conUe le ponnneau de son éj)ée, dont la lanje s'est brisée; l'éclat d'un tronçon est profondément entré dans les cliairs.

Un moment , le préfet a perdu connaissance ; mais bientôt revenu à lui , il se fait transporter à Haguenau ; ici un chirur^ gien russe , le docteur llarcus, attaché au dépôt des soldats alliés en convalescence, pose le premier appareil.

Les instances les plus vives sont foites pour décider M. de Lezay à rester à Haguenau , où des soins empressés vont lui être prodigués. Mais une seule pensée l'assiège el le tourmente; M'"' de Lc/ay sera dévoiée d'auMi lé. Il questionne l'homme de l'art; «Fuis-je atteindre Strasbourg sans mourir?»

Sur la réponse afiinuutive du docteur Marcus , il se fait l>orler en voituie ; il traverse , en proie à des souffrances pénétrantes, les communes où les flambeaux, allumés pour le passage du prince, jettent leurs dernières hieurs.

11 arrive entre onze heures el minuit aux portes de Strasbourg ; elles étaient fermées; on n'attendait plus le préfet, et la consigne r^ureuse refusa d'ouvrû* même au chef civil du département. Il falhit , réglementairement , prendre les ordres du

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commandant de place. 0ht quelle heure d'attente cruelle 1 ei quel effroyable contraste entre cette voiture solitaire, arrêtée près des glacis, dans une nuit sombre d'automne, avec le fonctionnaire blessé k mort, et Tintérieur de la ville illuminée

pour l'arrivéo du pi ince . et le bourdonnement confus de la foule qui n'était pas encore rentrée partout dans ses demeures.

Entiii l'ordre d'ouvrir arrive. M. de l.ezay fut porté , veju une heure du matin , sur uo lit , dont il ne devait plus se relever.

On appela, au milieu de la nuit, le docteur Gailliot; ses réponses a une épouse épei'due furent évasives.

Le prince partit le lendemain, 6 octobre, pour Golmar, et le public apprit, par b journal de la localité, qu'un accident

empêchait le préfet d'accompagrner Mgr le duc de Berry.

Je renonce à retracer une afiDuie de tiois jours, et l'anviélé qui dévorait tous les babilanli de la pi éfeclure. On n'a point agi et vécu coiiinie M. de Lezay , sans se faire adorer de ceux qui vous entourent. £t cependant cet homme, qui avait mis toutes ses forces au service de son devoir, cet homme, maintenant en face de la mort, c'est-à-dire en fiice du tribunal suprême, devant lequel tombent toutes les illusions de l'amour* propre mondain et tous les rêves ambitieux, cet homme dit : c Je veux être jugé d'après mes intentions. »

M. de Lezay mourut eu chrétien religieux et élouua par sou courage et son calme tous ceux qui rapprochèrent encore pendant ces journéi's de deuil anticipé. Les Actes de la Préfecture, miroir tidèle des travaux, mais non de la vie des préfets , ne disent pas un mot de cette fin cruelle. Une gradation significative dans le formulaire de la signature du préfet indique seule la marche progressive du mal et son issue ftmeste. Cest d'abord pour le préfet en tournée, puis pour le préfet ifiduposé, puis pour le préfet malade que signe le conseiller délégué ; enfin, le 13 octobre, il signe pour la première fois en son propre nom. La mort venait d'enlever sa proie; M. de

Diguizcd by Googlc

LEZAY-MARUÉSIA. 499

Lezay expirait à pein6 âgé de quarante-quatre ans. Deux jours plus tard, le eonvoi funèbre s'acheminait lentement Ters la

cathédrale, à travers dus haies de troupes, de gardes nationaux et d une population immense, muette de duuletir. On n enti'udait, sur le passaj^^e du cortège, que le roulement intermittent des lambom's voilés, quelques sanglots étoufles et le frôlement des drapeaux qui s'inclinaient, enveloppés de crêpes, devant les restes inanimés de ce champion du devoir.

Le cercueil du préfet était couvert de fleurs, des insignes de sa charge et de la croix de commandeur. Il était porté par les maires des communes rurales , par ces braves gens de la campagne qu'il avait tant aimés! Le maire de Strasbourg, les sous-préfels, les généraux du département tonaient les cordons; en tête du rorlége marchaient les orplu-lius. personnification de la douleur publique ; puis le clergé de la ville et la maison du préfet.

Derrière le cercueil s'avançait le duc de Valroy, étonné de rendre, a Tâge de quatre-vingts ans, les derniers devoirs à ce fonctionnaire, enlevé dans la force de l'âge à on long et bel avenir. Les officiers de hi garnison et de la garde nationale , toutes les autorités civiles, les facultés, les notables de la ville , et des détachements militaii c-? ierniaient la marche.

Apr<^s la clôture de la eéréuionie funèbre, les restes morfids du préfet demeiirèi ent provison cment déposés dans la eathédralo; et les députalious de la campagne allèrent porter dans leurs foyers les détails des souffrances qui avaient précédé la mort d'Adrien de Lezay et de la douleur publique, qui venait de rendre à l'illustre magistrat un dernier et éloquent hom* mage.

Je me suis demandé comment ce fonctionnaire, né pour

les œuvres de la paix et les exéeulanl au milieu d'une épO(iue guerrière, comment il aurait marqué sa r uie pendant les longue» années où 1*^? travaux publics et les luttes pju l* mentaires absorbaient lactivité des esprits les plus distingués. Lui

vilO niOl.UAl HU.S ALSACIENNES.

aussi , il aurait salué de ses acplaïuaUons entboutiiastcs 1 èie des cbemios de fer el de la vapeur; lui aussi, il aurait entrevu dans ces moteurs puissante l'aurore d'une civilisation nouvelle; il aurait bâté de ses vcbux , de son argent et de son intervention personnelle , Tachèvement de ces grandes voies de communication , et peut-être» au lieu de mourir renversé dans une vulgaire calèche, serait-il tombé, comme Huskisson, victime sur l«'s rails d iiti ciicmin dr f<T.

Mais .1 ((iioi bon ces liypolhèsns oisi'usci.? il est mort, pionjiier lalxuieux, après rarromplissemcnl d'une lâche modeste au puial de vue de l'iiistoire générale du pays , niais doul les habitants reconnaissants de la Basse-Alsace conserveront toujours le souvenir.

Ce qui ne meurt point dans le cœur des populations, c'est l'abnégation personnelle de l*bomme public. Adrien de Lezay non*seulemenl avait mis ses forces et son inspiration au service de son devoir, il avait donné sa fortune maternelle» et entraîné par son nom , par son exemple , par sa persuasive éloquence, d'autres hommes de bien, qui avaient peut-être d'autres devoirs à remplir. Je n'ai point dû rnchcr. dans une vie si belle et si idéale, n-tte force d'oiilrnîucini.'nl peuL-èlre blâmable au point de vue d'une morale puritaine et étroite, mais justifiée par les résultats obtenus. Que les utopistes se bi'isent, en entraînant d'autres étourdis avec eux, c'est un malheur peu regrettable... liais lorsque les esprits créateurs jettent dans le moule quils ont pétri l'airain que d'autres mains leur ont Uvré, l'immortelle slatue voit le jour, et la postérité paye de ses acelamatiotis l'avance généreuse féhe par les amis du sculpteur.

J'ai commencé ce récit, en le plaçant sous l'égide de vers composés par le père d'Adi ien de Lezay; je veux clore celte impaifaite notice par des paroles que le frère d'Adrien, le chel OCtue) de la famille , n prononcées, au moment où il quittait, en 1816, la préfecture du Lot pour celle de la Somme. Le

LKZAV-MARNKSiA

seul éaoncé de ces paroles me justifiera ^ car elles semblent éetoses sur les lèvres d'Adrien et résumer sa profession de foi administratÎTe :

< Un bon cœur , dit le (u éfct du Lot, peut si'fjlrr, à benitcoup t d'amour, et un honnéic homme à beaucoup de devoirs '. »

Post-scriptum.

Les restes mortels de M. Adrif^n de Lem-Mamésia Airent

Irniispoités, de la cathédrale, diuis Ja ^épnhtiie {uivre d'une faniille à Inquello ce noble niniristral était îUUii li*' |)ar les liens de rafloclioj) . de l'cslime et du dr-vouement uiutuei. — An moment où j'écrivais la biographie du préfet (en 1854), son cercueil se trouvait encore dans la terre de Krnutrrg^crsheini, propriété de feu M. le colonel Henri de Turckbetm; mais dans une chapelle qui ne servait plus au culte et qui n*étaît point ouverte au public.

M. César West, préfet du Bas-Bhm de 1850 à 1855, a eu ITieureuse idée de consacrer par un monument le souvenir de M. de Lezay ; par une série de mesures consij,niL'PS dans les Actes de la Préfecture, il provoqua, à partir de décembre 1853, le concours des autorités et de la population. Ces actes ont été l'expression du sentiment public dans le Bas-Bhin, qui réclamait pour le souvenir de feu M. de Lezay-Uarnésia une consécration solennelle.

H. West a changé de résidence préfectorale, avant d*avoir

f. IL le sénateur, oomte de Lezay -HarnéBia, a oeeopé soccestivemeDl ijualfe prérectarea sons la Restauntion; ce aont cellea do Lot, de 1815 à 1816; celle de la Sooime, de t816 à 1817; ceHe du Rhtoe, de 1817 é 18S2. — Rappelé en 1828 par M. de Martignac dans la carrière administrative, il

a rempli les fonctions de préfet de Loir-et>Cl)cr pendant vingt ans sans ioterruplioD. C'est le digne frère d'Adrien de Lesay, aimant comme lui le devoir, ayant comme lui des inspirations d'homme de bien cl des initiatives d'administrateur intelligent; élargissant, en un mot, toutes les positions où U s'est trouvé par le bien qu'il y a tût.

439 BIOGRAPIUKS ALSACIENNES.

pu adiever son œuvre, qui a été conduite à bonne fin par son successeur M. Migneret.

En 1855, le cercueil de M. de Lezaj-Mamésia a été transféré de Krautergeraheîm dans la cathédrale, en présence de ses deux neveux.

L'inscription de la tombe de M. de Lezay est conçue en ces termes :

ICI AKW>»B I.A bÉrOlllf.I.1C MORTBLLB

uv

FII&IIC0IS-MAAU-A8RIEN. MARQUIS D£ LEZAI-MARNlSl A HÏi IK 10 AOÛT 1769 A »At}(t*JtlLIBX, oéPAHTBNBilT M; JltlIA , MOHT A srRÀi«UOi:itCi LK 9 UCTObHK 181 i, OkSê L'BYBmCIGB ttB 8BS rOXCTIOSS, VieTIMB OB SOM ftBVOlB , BT PLBORK l'AK TOOT IB PAVft.

MUMITIVBHBKT DÉPOSé A KRAIJTBB&BtttBBIM , bAXS LB CAVBAO «OBTUAIRK DB tA PAlllLt.B nB TOBCKBBIS «

A 1STK TRANSFÉRÉ

LB 15 outobrb ma

OAtCS L'itr.LlslB CATH&ORALB t>B STRASUOVRC,

AVBc l'aotobisatioji ob l'bmpbubub »

ou COytSBWTBiiKNT UH MONSEIGNEUR AlfORi RiBS», KVP.QUE DU DIOCKSB, l'AK LES SOIKS i>E M. MI6N8RBT, PBApBT 00 RAS-RBIN.

A la dalu du '21 août 1857, le monumciil cummémoi'alif de M. de Lezay a été solennellement inauguré par un discours éloquent de M. Migneret, en présence de toutes ies autorités départementales, et d'un public nombreux, qui a salué de ses acclamations la statue destinée à perpétuer les nobles traits et rimposante personnalité de Fadministrateur philanthrope.

Aucun Alsacien n*ignore que cette belle statue, TceuTre d*un artiste érainent, M. Philippe Grass, est placée à Taogle nord-est des jardins de la préfecture, sur l'un des passages les plus fréquentes de la ville de Strasbourg.

LE GENBRAIi BAPP«

Je me sens irrésistiblement entraîné vers les hommes forts qui, sortis des rangs du peuple, s'élèvent au-dessus de lui, sans .renier leur origine première. Un pareil spectacle donne satisfaction à tous les bons sentiments, et n'afRige point le cœur, comme font les élévations subites (|ui tournent le dos A leur point de départ. Le général Rapp, fils d'un concierge de la cour de Colmar, a constamment, dans ses jours de faveur ot de prospérité, ramené ses yeux et sa pensée vers le modeste logis paternel. L'Alsace peut, à bon dioil, être fière de cet intrépide c uignon de l'empereur; je remplis im devoir de piéfé , en consacrant quelques papes à sa uiénioire.

Dans nos deux départements du Hbin, le nom du général Rapp est sur toutes les lèvres; il est connu de l'Europe entière. Un magnifique tableau de Gérard a consacré le plus beau fait d'armes du général Rapp; Fimmortalité populaire, que donnent les arts, hii était acquise avant qu'il n*eût mis le pied dans la tombe. Placée dans le temple de la gloire, sa statue peut se passer de lliommage d'un écrivain, étranger aux choses de la guei re , el n'ayant d'autre titre  fetre valoir pour raconter sa vie, que celui d élre Alsacien comme lui.

Jeunease de Rappf ses premiers faits d armes dans U Pakttinai

et en Egypte. >

Rapp est né à olriiar le 26 avril 1771. Dès mon enfance, j'ai entendu réjiélei ^on nom avec orf^neil par mon père, né dans la même ville, presque la même année, et camarade de 1. 28

4^ BIOGIUPUIKS iLLSAClENMES.

classe du généra). Ces premières leçons dliisloire conteinpo* raine et vivante, données par un admirateur désintéressé du défenseur de Dantzig, ont laissé d'ineffaçables traces dans mon

souvenir; elles me décident, au moment où sa ville natale lui élève une statue, à recueillir les traits qui peuvent servir à compléter sa piiy^iuiiumie. Les mémoires, rédigés sur les propres notes du général par quelques-uns de ses amis, et publiés, en 18ââ, par sa fiimille, font connaître surtout le guerrier; je vais essayer de peindre Thomme.

tJe n'ai pas la prétention d'être un personnage historique; c mais f ai approché longtemps d'un homme dont on a indigne- «ment travesti le caractère; j'ai commandé à des braves dont «les services sont méconnus; l'un m*a comblé de biens; les «autres m'eussent donné leur vie; je ne dois pas Toublier.!

Ces lignes se trouvent sur les premières pages du volume auquel je viens de faire allusion, et qui restera, quoique j'aie glajié et recueilli des notes auprès de quelques contemporains et amis du général, mon principal guide et la principale caution de l'exactitude de mon récîL

Bien différent de tant d'autres personnes qui ont joué des rôles ou secondaires ou presque inaperçus, Rapp ne veut point grossir son importance individuelle; il se place même un peu trop sur l'arriére-plan. Quoi qu'il en soit, je le prendrai au mot ; je le traiterai, malgré l'incontestable illustration de son nom, comme un simple général, dont la première pensée a été de devenir un bon et vaillant soldat, et qui, fidèle mx pressentiiiK iiis ilo son ejiiance et de sa jeunesse, n'a ponil aspiré à diriger les esprits, après avoir conduit des bataillons au feu de Tcnnemi.

Ce n'est pas à dire pourtant que son aptitude ait été exclu* sivement bornée aux faits de la guerre; il a été, incidemment, habile diplomate et bon administrateor. J'aurai soin de relever ces qualités sans les exalter aux dépens de son principal mérite.

Les pnrpnts Hc Rapp l'avaient destiné an < ntumerce, mais ce ftit peine j)eiiiue. Adolescent, lorsqu'il enleudait sur le champ d'exercice de sa ville natale résonner le clairon, battre le tambour, ou les chevaux piaiTer, son cceur se gonflait : sans connaître la formule moderne d'une vocation innée, il était irrésistiblement entraîné vers les rangs de ces soldats, qui allaient, peu d'années plus tard, recevoir le baptême de la victoire. On était en automne 1788; Rapp, à peine âgé de dix-sept ans, se présenta, de l'aveu de son père, dans le bureau de Fofficier de recrutement, et s'enrôla dans le 10*^ rcg^inieiu de chasseurs à cheval, dont une partie se trouvait alors cantonnée à Ûstheiin.

Au moment où Happ traversait la place publique , le plumet sur le chapeau , et fier des insignes de sa nouvelle carrière, il aperçut dans les rangs des jeunes gens qui stationnaient aux abords de la place, on camarade du même âge que lui. tVeux* tu venir avec nous?i Im* cria Rspp. Le jeune bomme interpellé fit un signe négatif; lui aussi il pressentait sa vocation ; c'était Fun des fondateurs foturs des manuAictures du val de Munster'.

D'autres catnarades, qui accompagnèrcul Hni p jusqu'à son pi cniier gîte, furent si considérablement dislajjcés par lui dans la vie publique, qu'il est inutile de mentionner leur obscure destinée. Cependant le général ne les renia jamais dans les temps de sa prospérité. •

Rapp était d'une bonne trempe. Sa force musculaire était étonnante; il brillait dans tous lès exercices gymnastiques ; mais son courage, qui prenait sa source dans sa constitution corporelle, se purifia, se sublima plus tard ; le sabreur devmt un héros apparenté à cette famille moderne dont Napoléon e^t â la fois le chef et le modèle.

Les premiers faits d'armes de Rapp se sont produits à l'ar-

t. fea M. Jacques Hartmtan, firéro de l'ancien inir de fnmce.

436 BIOGRAPHIES AUACIKKHES.

mée de Ittua^et-lloselle, oA il servit sous les ordres de Desaix, qai lui délivra, en 1795» uoe ailcstalion brillante, portant que

de citoyen Rapp, lientenant au 10" de chasseurs è cbeval, cavnil donné dans toiik-b Us occasions des prouves d'une in- «lelligenro rare, d'un sang^-froid étonnant, et d'une bravoure fdirjne d'admiration; qu'il avait élé blessé Irés-gnéveiiienl îi s trois reprises difTérenlcs, et que notamment le 9 prairial €an II, à Leizkaœ, dans le Palatinat, il s'était précipité, à la t tète d'une compagnie de chasseurs, sur une colonne de huscsards ennemis, plus que quintuple, avec un dévouement si c intrépide, qu'il remporta l'honneur de la journée. *

On craignait que sa dernière blessure au bras ne le rendit inhabile au service. Heureusement pour lui et pour l'armée, il n'en fut rien. Rapp n'avait alors que vingt-trois à vingt-quatre ans; c'eût été clore trop tôt une carrière qui allait lui valoir encore huit fois plus de blessures et une riche moisson de gloire.

Quelquefois ou a compare lA'izk;iin aux Thei mopyles ; il vaudrait mipin éviter ces rapprucliemenls. Kapp n'avait pas la prétention dètre un Spartiate; encore moins aspirait -il dès lois à une renommée historique. Un certificat de bravoure, dans, une armée de braves, lui semblait uoe récompense magnifique.

Il raconte d'une manière très -simple ses promotions ulté^ rieures :

«Devenu aide-de-eamp du modeste vainqueur d'Offenbouiig*, 0 je As auprès de lui les campagnes d'Allenia^^ne et d'Ëgypie, «J'obtins successivement le grade de cher d'escadron à Sédt- «man, — oîi j'eus le bonheui*, à la tète de "^200 braves, d'eii- « lever le reste de l'arlillerie des Turcs - et le grade de c colonel, a Samanhoul, sous les ruines de Thèbes. Je fus griè-

T. Il fut prcsentC' à Desaix par M. Étie GralT, de Goliiur, «Ion ctpitaiDC d'ârtUlerte dans la girde nattonate motiile.

« venieat blessé dans celle «iernière affaire, mais aussi je fus c cité bien honorablement dans les relalions du général en chef. »

Ce (jue Rapp passe modestenieni sous silence, c'est la mission qu'il eut à remplir auprès de Mourad-bey dans la Haute* Égypte. Il s'en lira avec habileté et prépara les voies de Tar^ rangement auquel le général en chef voulait aboutir. Le chevaleresque Mourad-bey, enchanté de Rapp, lui fit cadeau de deux beaux sabres damasquinés.

Bapp aide-d^t-camp du premier consul.

Après la bataille de Marengo et la mort de Desaix, Bonaparte attacha Rapp «n sa personne. — < Aide-de-camp du premier <i consul , j'eus quelque consistance : mes rapports devinrent «plus étendus.» — C'est toujours le même langage modeste, qui, chez Bapp, était parfaitement naturel.

Rappy devenu général de brigade, employa sa part d'in* flnence en Ihveur de plusieurs émigrés qui, à ce qu'il assure, ne lui readvent pas hi pareille. Aussi ne les aimait -il guère; sous ce rapport, le sang plébéien qui circulait dans ses vemes ne se démentit pas.

n avait jusqu'à un certain degré son franc parler auprès du vainqueur de Maren^o, qui lui accordait un rare bon sens et un excellent cœur, tout en l'accusant d'être mauvaise tète. En quelques cii conslanees Happ jiouss;» rnjij)o<ition jusqu'au point dedéplaii e; mais ees accès d huait ui Ju grand capitaine ne duraient pas. Napoléon sentait parfaitement où était pour lui la véritable atïection.

Rapp accuse, avec raison, la police de caquetage d'avoir fait un mal infini au premier consul et plus tard à l'empereur; ces rapports perfides semaient la désunion entre ses parents, ses amis, ses serviteurs ; c'étaient les traditions renouvelées de ritalie du moyen Age. Avec sa brusquerie alsacienne, Rapp se jetait à travers ces trames et les déjouait par une franchise

BIOdUPlUBS 4LSACIENRBS.

qui n'était pas dénuée de ûnesse. Napuléou ne ïeu. aimait que davantage.

CV'st sous 1l' Consulat que Rapp intervint, avec succès, pour uu aocieo major suisse, impliqué dans le procès de Gadoudal, et 8ur te point d'être eiécuté. Russillon, c'est le nom du conspirateur, ne s'en souvint pas toigours. — «Il a fait, depuis le « retour du roi, plusieurs voyages à Paris» sans que je Taie vu. cH a pensé que f attachais assez peu d'importance i ce petit « service; il a eu raison.!

Rapp pense évidemment que Tironie înofTensîve est une vengeancc permise, et, au point de vue purement humain, il a raison nissi.— * J'avais fait rayer, dit-il dans un autre passage «de ses iiiémoires, j'avais fait rayer de la liste des émigrés «plusieui^ gentilshommes; j'avais donné du l'argent aux uns, ttfait des pensions aux autres ; quelques-uns s'en rappellent; c la plupart l'ont oublié. A la bonne heure : ma caisse est fercmée depuis le retour du roL»

n fallut bien être moins libéral après 1814; la fortune du général avait subi de grandes réductions. Pendant les dernières années de l'Empire, Rapp avait près de 400,000 fr. de ravenus en dotations et traitements ; hi Restauration lui fit perdre les cinq sixièmes de cette existence princière. Mais je ne dois point devancer les événements.

Ses démarches pour des inconnus et des inditrérents paraissent avoir été couronnées de plus de succès que celles Ikites en faveui* de ses amis ou de personnages haut placés. Il excita un moment la colère de Napoléon pour avoir intercédé trop vivement en faveur de Hegm'er, et pour avoir écrit, à ce propos, une letira qui renfermait des expressions de dépit. Mais ces accès d'humeur de son auguste mattre n'étaient que passagers; on savait que Rapp, vif et boudeur, professait au fond une admiration passionnée pour le grand homme auquel la France venait de confier ses destinées. Dans ses mémoires, il saisit toutes les occasions pour mettre en relief les émi-

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