I.E GKNKR.U. RAPP
nentes facultés qui font de son empereur un élre à paj-t dans rhistoire du inonde; et ces expressions naïves ont une valeur d*antant plus grande qu'elles partent d'un raisonneur subjugué et non d'un courtisan.
Ainsi, au moment de l'explosion de la machine infernale (3 nivôse an IX), Rapp, qui suivait le })i emier consul dans la voiture de Joséphine , eut ToecasioD de voir de près l'imperturbable sang-froid do son maître, et il raconte avec quelques détails cette scène ériiou vante pour répondre aux déii-acteurs irn})if'riles qui rofiisaienl à Napoléon le courage. — * Il était tduiis sa lo^a', calme, paisible, occii|té à lor^jner les specla- «teurs. «Joséphine?!» dit-il dès qu'il m'aperçut. Elle entitiit cà rinstant même; il n'acheva pas sa question. « Les coquins, <ajouta-t-il avec le plus grand sang-froid , ont voulu me foire € sauter. Faites-moi apporter un imprimé de Y0rai4friù de « Haydn.» VoiU, je crois, des preuves de courage, i^ute Rapp, < qui ne sont pas équivoques. Ceux qui l'ont suivi sur le champ • de bataille ne seraient pas embarrassés d'en citer d'autres.»
Pendant le Consulat, Rapp (îit chargé d'une mission é la fois diplomatique et stratégique en Suisse. L'armée française avait à peine quitté le teri itoire de la nouvelle canfédératiou helvétique, en 1802, lorsqu uii inouvenient, organisé par les partisans de raiicien régime oligarchique et fédéraliste, éclata. Le Directoire helvétique, dont le siège était à Berne, fut culbuté. Il importait au premier consul de ne point laisser l'ancienne aristocratie reprendre pied. Intervenir comme dictateur et médiateur entre les deux partis, telle fut dès le premier moment sa résolution bien arrêtée; il chargea Ney et Rapp du soin de comprimer les troubles et de calmer les esprits.
Rapp était arrivé à Lausanne avec des forcer imposantes; il allait marcher sur Berne. Tout le pays de Vaud, autrefois si^et des Bernois, accueillit les libérateurs français avec des cris de joie ; toutefois on n'était pas encore complètement rassuré sur l'issue de la lutte.
4M} BIOGRÂFiiIbS ALSACIENNES.
A cette époque, un négociant alsacien, jeune encore, et ami d'enfoncé de Rapp, était établi à Lausanne; il servait comme sergent dans la milice improvisée de sa nouvelle patrie. Ses camarades l'engageaient à se rendre auprès du général français pour sonder le terrain.
L'entrevue ftil cordiale. — t Général, pouvez-vous me donner l'assurance (juc les Bornuis ne viendront plus ici ? Ua mot de vulre bouche donnera dti c(i*ur à ((uelqiies Irembleurs. — Tu peux leur dire que nou^ allons niellre Berne à la raison pour toujours.» — Puis, jetant un coup d'œil sur le modeste uniforme de son interlocuteur, le général ajoute en souiiant : • Tiens! il parait que tu as un grade dans la garde nationale vaudoise? — Je vois bien que tu te moques de moi, général Rapp, répliqua le Vaudois naturalisé, en lançant un gros juron; mais parions que je suis aussi beuivux et content que loi?» — Le général ne répondit pas; il congédia très-amicalement le jeune sergent, qui joua ce soir un rôle parmi ses cuiiiarades, pai* «; iju'il avait parlé mi |»acificateur de la Suisse.
Rapp s'acquitta de sn mission an grand ronlenfement du consul Bonaparl<'. l/acte de rnedialion suivit de près (en lévrier iSOii) rentrée des deux généraux français sur le territoire helvétique.
Bapp à AuiterUit,
Dans la première année de l'Empire, le nom de Rapp était Jt jà connu de toute Tarmée; mais il n*avait pas encore eu Toccasion de fiiîre, sur un champ de bataine, on de ces grands
coups qui attirent l'altetitiun universelle , et qui inscrivent défmitivenient un lunn dans les fasles de la gloire. La balaillt' d'Auslerlitz forme, dans l'rxisîence gueriière de Rapp, un point culminant, comme elle est un fait stratégique d'une immeu&e portée dans l'histoire même de l'Empire. 11 ne m'appartient pas de r^roduire ici en détail les corn-
LE GÉMÉRAL RAPP. 444
binoisons à la fois profondes et simples qui ont lixé à Austei lilz la victoire sous nos drapeaux. Je dois me borner à relater succinctemenl la part que Happ a prise à un résultat prédit à l'avance, avec une certitude raatbéniatique, par l'hoinme de génie qui tenait alors en maîa la destinée de l'Europe. Daas sa proelamacîoo aux soldats, l'empereur avait dit: f Les posic lions que nous occupons sont formidables; pendant que les «ennemis marcheront pour tourner ma droite, ils me présen*
< terottt le flanc Soldats , je dirigerai moi-même vos ba-
«taillons »
l*j (Hiluiis liiaiiilciianl le ^'éiicral Hiipp : Nou.s m rivâmes â > Aii^tf'ililz; les liussi'S nvaieiil des forcer supérieures aux « iiutK's; ils avaient replié nos avant-postes et nous croyaient
« déjà vaincus Ils résolurent de tenter au centre un der-
«nier effort. La garde impériale russe se déploya Un feu
< de mousqueterie se fit bientôt entendre : c'était une brigade I que les Russes enfonçaienL Napoléon m'ordonna de prendre des mamelouks, deux escadrons de chasseurs, un de grena-
« diers de la garde, et de me porter en avant Je partis au
tf galop. . . la cavalerie était au milieu de nos carrés et sabrait
«nos soldats Je m'avançai en bon ordre. fVoyes-vous,
«dis -je & ma troupe, nos frères, nos amis qu'on foule aux « pieds : vengeons - les ! veiiffoons nos drapeaux ! » Nous nous «précipitâmes sur l ailillerie, qui fui enlevée. La cavalerie nous «attendit de pir'd ferme et fut culbutée du mènic choc ; elle «s'enfuit en désordre, passant, ainsi que nous, .sur le corps «de nos carrés enfoncés. Les soldats qui n'étaient pas hlessés «se rallièrent. Un escadron de grenadiers à cheval vint me «renforcer; je fus a même d(> recevoir les réserves' qui arric valent au secours de la garde russe. Nous reconmiençftraes. «La cbaiige foi terrible; l'infanterie n'osait hasarder son feu; «tout était pêle-mêle; nous combattions corps à corps. Enfin,
< l'intrépidité de nos troupes triomphe de tous les obstacles; «les Russes fiiient et sa débandent; Alexandre et Tempereur
4i2 BIOGRAPHIES ALSACIENNES.
«d'Âulrichc furent lénioiiis de la défaite; placés sur une élé- « vation à peu de distance du champ de bataille, ils virent cette c garde y qui devait fixer la victoire, taillée en pièces par une c poignée de braves. Les canons» ie bagage, le prince Repnm, tétaient dans nos mains; mallieureusement nous avions nn «bon nombre dliommes hors de combat, le colonel Morland «n'était plu:^, et j'avais moi-même un coup de pointe dans la < tête.
«J'allai rendre compte de cette affaire à l'empereur; mon «sabre h moitié cassé, nia l)l<'ssure, le sang dont j'étais cou- «verl, un avantage décisif remporté avec aussi peu de monde «sur rélite des troupes ennemies, lui inspirèrent l'idée du «tableau qui fut exécuté par Gérard.»
Je serai désormais plus sobre de citations, mais je n'ai pas cm devoir me dispenser de reproduire l'ensemble de cette scène, qui ne déparerait point une page de Plutatque.
Nommé général de division, Rapp, pendant qu'il était alité au cbftteau d'Austerlitz, fut visité plusieurs fois par l'empereur lui-même; mais à peine guéri de sa blessure, vers la fin de décembre, il est mandé à Schœnbi liim aii[ rcs de son maîire, fpii lui donne une mission de cunliance aupt »■< des divers corps d'année stationnés en Styric, en Carinthie et dans le nord de l'Italie. Après cette tournée d'inspection, il rejoint l'empereur à Munich, où Ton allait célébrer le mariage du prince Eugène avec une princesse de Bavière. Rapp venait d'accompagner en voyage le fiancé et il avait gagné son amitié.
Rapp diplomate-
De ce moment, Rapp faisait un nouveau pas en avant dans
sa brillante carrière; ce n élail plus le simple soldat de forlune: le contact jounialier avec des hommes dont la place eiail déjà iiuiTijiK ij dans l'histoire, ses rapports incessants avec l'entoui'age immédiat de l'empereur et avec ce souverain lui-
ut GftRÉRAI. HAPP.
même, avaient imprimé aux fHcullés iulellectuelles de Rapp un développement prodigieux et suppléé à l'insuffisance de son «''ducation première. Sans rien perdre de sa Itravoure et de sa droiture, le jeune générai de division avait gagné l'habileté que donne le maniement des grandes affaires. Napoléon trouvait en Rapp un aide intelligent en dehors du champ de bataille. La coonaissance des deux langues française et allemande, que Rapp parlait également bien ou mai en sa qualité d'Alsaden, était d'un grand secours à son maître dans les gnerres d'Allemagne. Après Austertilz, le généi'al fût envoyé dans le Hanovre, récemment cédé à la Prusse, pour y observer Félat des esprits, il lit ranser le nouveau gonverncin- prussien, le comte de Sclionhiiliourj^, qui ne put s enjpèther de dénigier les succès (l'L'lm et ti'Auslerlitz ; puis il vit Bliicher en Weslphalie, et n'eut pas de peine à deviner les intentions hostiles de la Pi*usse. 11 étudia de même les hommes et les choses i Francfort , à Darmsladt» le long du Rhin, et vint rendre compte à l'empereur: cVous organiserez les bataillons de marche é Strasbourg,» lui dit Napoléon; et Rapp, après avoir rempli cette tâche , rejoint son mettre ft Wûrzbourg, où il amène le petit-fib du souverain badois, le jeune prince qui allait devenir l'époux de Stéphanie.
Rajj^ en Pnme et m Polo^. 1806-1807,
La campagjio de Prusse allait s'ouvrir; les hostilités com' mencent à Saalfeld, pour fmir, préalablement, par le coup de foudre dléna et d'Auerstaîdt. Happ fiit chaigé, vers le soir du 14 octobre, de poursuivre les débris de l'armée prussienne; il entre péle-méle avec eux à Weîmar et se présente au château ducal. M. de Pappenheim, qu'il avait connu à Paris, vint tout effrayé au-devant de loi. Rapp le rassure, et, en galant chevalier firaneais, calme les dames de la cour. «Je connaissais, dit-il, plusieurs dames de la suite de la duchesse; l'une
est devenue depuis ma belle-sceur. Chacun reprit courage. U y eul bien quelques pelils désordres; mais ce fut peu de chose. >
Le nnri*ateiii u est pas complètement exact dons cette circooî»laiiCL'; les dég^àts commis â Wcmiar furent coiisidéi^bles.
Dans celte même soirée eul Heu, au haut de la rampe de lescalier, la première entrevue de l'empereur et de la duchesse de Weiraar. Celle noble femme, par son altitude et son adnU> rable langage, parvint à fléchir la colère du vamqueur et à prévenir la confiscation des États de son mari qui avait commandé un corps prussien à léna.
De Weimar, Rapp estenvuyi' à Berlin; il y visite, de la part de Tempereur, le vieux prince Ferdinand, oncle du roi, la princesse de liesse , sœur du souverain vaincu ; puis , comme toujours, il s'ajipliiju*' n amoindrir des infortunes locales, à adijiu ir les ressentimculs de l'empereur contre des ennemis coujjiihk's , mais malheiii eux. Ainsi il-parvinf , en novembre, à sauver à Blùcber un transfèrement à Dijon, et dans ialfairedu priace de Hatzfeld, il se joignit à Duroc, Caulaincourt et Ber* thier pour conjurer Torage... Vains efforts! l'empereur prescrit l'arrestation du prmce; mais Rapp, comptant sur la clémence de Napoléon, se borne à placer provisoirement son prisonnier dans la chambre de l'ofifider de garde du palais, au Ueu de le livrer i la commission militaire qui devait le juger.
« U était environ midi. Napoléon m'ordonna d*6xpédier surle-champ cet ordre, en y joignant la lettre interceptée* du prince de Hatzfeld; je n'en lis rien. Jetais néanmoins dans une transe morlelle; je tremblais pour le prince;/^ tremblais pour moi-même. »
On sait le reste. La j)iiuceî>sc de llytzfeki éplorée, enceinte, vint se jeter aux pieds de l'empereur, qui chargea Happ de suspendre provisoirement le jugement... Rapp assista à la mé-
1. C*«8t lA lettre cteiw laquelle if. de EattreM rendait compte an prince de Hohenlebe de la aituallon de ramée ftançaise A Potadam, oû U était Tena auprès de rempereur.
morable audience... «Votre mari, Madame, d'après nos lois, a
mcrilé la mort. Gônéral Uapp, duiinez-moi sa loltrc. Voyez, lisez, Madame... » Elle était toute IrenibldwiL'. Napoléon reprend aussilôl la lelln», la déchire, la jette au feu... Puis il donne ordre à Rapp de faire revenir le prince du quartier général... liapp avoua ne Ty avoir point envoyé; et non-seulement il ne reput pas de reproche, mais r^iapoléon parut en être satisfit. La grâce du prince était évidemment arrt^tée dans Tespril de l'empereur avant raudience donnée à de Hatzfeld. Voici la lettre de remerclment que Rapp reçut du prince: cMon général,
€ Au milieu des sentiments de toute espèce que j*ai éprouvés dans la journée dliier, les marques de votre sensibiKlé , de
votre intérêt nont pas échappé h ma reconnaissance; mais hier au soir j'appartenais tout m lier au bonheur de ma luiuille, et je ne puis ni'acquitler qu ;ni |< iijr(] hui envers vous.
«Croyez, au reste, mon gênerai, qu'il est d' s moments dan.s la vie dont le souvenir est ineffarabie, et si la profonde reconnaissance, l'estime d'un homme de bien peuvent être de quelque prix à vos yeux, vous devez être récompensé de l'intérêt que vous m'avez montré. »
Rapp ménagea au duc de Weimar la rentrée dans ses États, et il en reçut, aussi par écrit, le témoignage d'une profonde gratitude.
La campagne de Pologne suivit de près celle de Prusse. Rapp y prit d*abord une part active; il poursuivit avec une division de dragons les Russes, vers Golymin; mais ici, il eut le bras fracassé, et fut obligé de se faire transporter à Varsovie, où Napoléon venait d'arriver (P*^ janvier 1807). — «Eh bien, c Rapp , tu es encore blessé , el toujours au mauvais bras. »... « C'était la quatrième blessure que je recevais au bras droit seu- « lemeol... < Cela n'est pas étonnant. Sire, toujours des batailles!»
Boyer et Ivan le pansèrent en présence de l'empereur , qui opina pour une amputation; maïs fioyer répondit de la guéri-
440 filUUBAPHi£â ALSACIËNKËS.
son, sans en venir à cette extrémité. — c J'espère bien que ce n'est pas poar la dernière fois que tous me martyriserez!» A peine guéri, il reroit Tordre d'aller gonvenier Thom, d où
il expédie des munitions et des vivres pour activer le i^ié^c de Dantzig. Après In reihliliuu de celte place , Happ on fut imninié gouverneur avec le rang de génc^ral en ( iief. Dans ses nouvelles fonctions, il devait débuter par des rigueurs; il avait à faire rentrer trente millions de contributions!... Par d'habiles ménagements, il sut éluder des ordres inexécutables, etsauver provisoirement d'une ruine complète le conmierce de cette ancienne ville libre.
De Dantzigy où cinq ans plus tard il devait acquérir une gloire immortelle, Rapp surveillait la Prusse^ tout en poursuivant sa politique de conciliation. Il ne croyait pas impossible de calmer les esprits et de gajjner les cœurs, c Les Prussiens , écrivait-il à l'empereur, ne peuvent pas oublier liu pui an lendemain leur grandeur passée. » — Mais le contre-coup de notre désastre tic Baylen se fit sentir jusque dans le Nord; il v eut en Prusse un moment de vive agitation que Rapp signala , dans la prévoyance de menées plus dangereuses encore. L'empereur n'en tint aucun compte, il répondit: cLes Allemands ne sont pas des Espagnols. >
Baffp en Autriehe, Qm^agne dê î$09.
Sur ces entrefôiiles, Rapp reçoit Tordre de rejoindre la grande armée en Autriche. H arrive auprès de l'empereur à Landshut,
et en est mal reçu. « Comment se portent vos Prussiens et vos Dantzigois? Vous auriez dû faii e payer à ces derniers ce qu'ils me doivent.» Mais, comme toujours, cette mauvaise liurnri]i ne liiil i)cis. Le naïf dévouement, l'intrépidité de Rapp, qui n'oubliait pas son premier métier, devaient constamment lui reconquérir la bienveillance impériale. — A EssUngen, Rapp, en assumant avec le général Mouton (tout à l'heure comte de
Loban) la responsabilité d'une attaque hardie à la baïonnette contre les masses autrichiennes^ sauva littéralement l'armée. L'empereur lui donna un éclatant témoignage de satisfoclion : < Si jamais tn as bien fbit de ne pas exécnter mes ordres, c'est
aujourd'hui; car le salut lie l'urinée dépeiidail de la prise d*Esslinfroii'.»
Ce devait être, dans celle carupague de 1809, le"fernie des exploits do Rapp. Trois jours avant la bataille de Wagram , i! avait accompagné l'empereur dans l'île de Lobau; il y versa el eut une épaule démise, de plus trois côtes fracassées. Kemis de cette chute, il était de service le ^ octobre à la revue de Schœnbrunn. Napoléon éUiit placé entre Berthier et Rapp. Dans ce moment, un jeune homme s'avance sur l'empereur, en fkisant mine de vouloir lui remettre une pétitîoa L'aû* décidé du pétitionnaire frappa le général , qui le somma de s'é* lofgner; et ayant éprouvé un refus, il donna ordre de l'arrêter. L'on découvrit sur lui un énorme couteau. Interrogé, il reAise de décliner son nom à une autre personne qu'à l'empereur lui-même.
L'issue de l'inlerrogaLoire que l'empereur lit subir à ce jeune fanatique par l'intermédiaire de Rapp est connue. Froidement exalté — car ses pulsations n'étaient pas accélérées — il reAisa la grâce que Napob'on lui fit oiïrir en échange d'un signe de repentir; la justice humaine dut suivre son cOurs. Pendant trois journées entières Staps relîisa toute nourriture et mourut en criant: Vitre Allemagne t Vive la UherUÎ
L'enipei'eur fut profondément Ihippé de ce symptôme, qui lui révélait les menées des sociétés secrètes en Allemagne. Il
1. Râpp avait l'ordre de dégager lo genéni Monion avec deux batalttont de la jenna garde, ftiire retrdte avee eax et prendre poattkw sar les borda do Danube. Il ne se borna point i ce premier exploit. I.a réserve ennemie, induite par l'archiduc Cliarlea, se déplojait i quelques pas; il hUait la rejeter. Le ritlage d'EssliDgen fut pris et repris cinq Ms; mais A latin Rapp et Lobau demeurèrent maîtres du terrain.
448 BIOGRAPHihS ALSACIENNES.
cbaïf ea le général de garder le coateau de Tassassin. Là paii glorieuse, conclue peu de semaines plus tard, et les prospérités des années suivantes, firent oublier ce significatif et terrible incident. Les événements suivirent leur cours fatal
Rapp assista aux fêtes du palais de Nyropbenbourg près Munich; il reçut, (le la pari du roi Max de Bavière, un accueil cordial. Pnis il accompagna l'empereur dans le i csle de son voyage à Stuttgart, itastadl, Strasbourg jusqu'à Fontainebleau.
iiapjp gouverne w (U Danizig. 1810-1812,
En 1810, peu de temps après les cérémonies du mariage
impérial, Rapp, qui passait pour un ami dévoué de Joséphine, reçut l'ordre de se rendre à son poste , à Dantzig, dont la garnison éfnil nl(»rs rniTiire de Saxons, de Hadois, de Wiirlcmbcrgeois, de llessois. de Wesfphnliens. C't'-tnit presqn'nn corps d'armée. En 1811 , un n'giment d'infanterie bavaroise vint joindre Happ, qui reeut à celte occasion une lettre affectueuse de son royat ami Max de Bavière. Je la transcris textuellement; elle caractérise celui qui l'écrit et le destinataire.
Mnniclj , le lû août 1811.
«Vous allez avoir mon l-i® d infajiterie sous vos ordres, mon cher Bapp; je le recommande à vos bontés et à vos soins. Le colonel est un brave homme qui fera son devoir; le lieutenantcolonel et les deux majors sont bons; le corps des officiers de même; et les soldats beaux et parfaits. Je les li-ouve bienheureux, mon cher général, d'être sous un chef tel que vous: und - noéh dtnn ein Elsâsser^.
€ Adressez-vous à moi, directement, tunles les fois qu'il b'agira du bien-éfre de ma lioupe, ou (juelle servira mal, chose qui, j'espèie, n arrivera pas. Je saisis celte occasion,
1. S Attaeim par-dutu» te wnanMi — Je omis devofr rappeler que le roi Ibx aimait beaneoop TAInce et Slruboeiy, où fl avait rtaldè eMinw jenne eelonel an service de Fraoee.
LK GBKÊIUL RAPP. 449
moii cher Rapp, pour vous réitérer Fassurance de ma constante
amilié. St^/ie: Max-Joseph, i
Rapp occupait à Daiitzig une position pénible: il était tiraillé eu spos oppost' par h'> (udi us <le rempcreur et pai' la misère des iiahilant^. On demanda un jour, de Paris, l'avis de Happ sur ropportuuité de faire entretenir la garnison de Dnutzig par le gouvernement prussien. Le gouverneur répondit sans hésiter — et cette fois-ci avec plein succès — qu'il serait obligé, dans ce cas, de résigner sa charge.
Les ra[>por(s et les dénonciations pleuvaient contre lui. Il usait, en effet, de ménagements envers le commerce de Oanizig, Ibisait relâcher plusieurs prises et contenait le zèle evà^ôvô des liuu nies, qui exécutaient à la lettre les régleoieiits Mir le i)locus coiiliuenlal, l>a direclion déi^ (lonaii»'< prétendait ne recevoir d'ordres que du ministère à Paris. Happ fit mettre )e directeur pendant six jours aux arrêts et l'empereur lui donna gain de cause. — cSi Bapp a puni, il a dû avoir des motifs. Dantzig est en état de siège, et, dans ce cas, un gouverneur est tout-puissant, t
Le gouverneur de Danizig jugeait avec une rare lucidité Tavenir de la prépondérance française en Allemagne. Le travail souterrain des sociétés secrètes ne lui échappait nulleniciU; il le signalait constamment a 1 attention du cahinet des Tuileries, et il prédisait tontes les éventualités tragiques dans le cas d'un revers au delà du Niémen.
« Si Votre Majesté, écrivait-il dans les premiers mois de 1812, éprouvait des revers, elle peut être certaine que Russes et Allemands se lèveraient en masse pour secouer le joug; ce serait me croisade; ttms vos alliés vous abandonneraient Le roi de Bavière, sur lequel vous comptes tant, se joindra lui-même à la coalition; je n'excepte que le roi de Saxe; peut-être que lui restera tidèlu; niais ses sujets le i'oiceraienl de faire cause commune avec vos ennemis. )»
Sans doute celle frauchise, mulhcurcusomenl prophétique, I. 29
400 BIOGRAPUIE» AL^iAClËMMËii.
déplut au premier moment; mais l'empereur avait trop d'impartialité dans Tesprît, et, pour Rapp, trop d*aflection dans le cœur pour qu'il eût pu conserver quelque mécontentement. Avaut
d'ouvrir la campagne de Russie, il passa à Da^tzi^^ Ayant aperçu dans le salon du gouverneur le buste de la reine Louise de Prusse, il le railla amicalement de cctic piédileelion. — cAh! vous avez le buste de la belle reine ebez vous! cette femme-là ne m*aimait pas. — Sire , lui répondit Kapp, il est permis d'avoir chez soi le buste d'une jolie femme: elle était d'ailleurs l'épouse d'un roi aujourd'hui votre allié.»
Pendant le souper, l'empereur ayant demandé brusquement combien il y avait de Cadix è Danlxig^: cU y a trop loin. Sire, répliqua Happ. — Ahl je coriij)i «^nds! s'écria l'empereur; nous en serons pourtant bien plus loin d'ici à quelques mois. — Tant pis! — Je vuii bien (jne vous n'avez plus envie de faire la gtJerre; vous voudriez habiter votre suirerbe hôtel à Paris. — J'en conviens. Sire, Votre Majesté ne m'a jamais gâté; je ne connais guère les plaisirs de la capitale. »
Cette soirée de quasi-intimité avait succédé à une journée de brusquerie. En visitant les travaux de la place, l'empereur avait aperçu une contravention assez grave aux règlements, et il avait dit: c Je n'entends pas que mes gouverneurs tranchent du souverain.» Rapp ne répondit mot, parce qu'il se sentait dans son tort d api ès la lettre des prescriptions. Ku réfcunàê, quoi(pic lUipp fût diamétralement opposé à la campagne «lui allait s'ôuvrir, il était, comme toujows, prêt à suivre l'empereur au bout du monde et à faire pour lui le sacrifice de sa vie, en Sibérie, conmie il l'eût fiiit dans les campagnes d'Italie ' ou d'Allemagne.
C'était, au surplus, une antipathie peu rationnelle que tant d'hommes de guerre et tant d'hommes d'État manifestaient contre cette expédition* du Nord. On a pu critiquer le mode d excculion, mais si jamai:; croisade européenne fut entreprise pour ime boiuie cl admirable cause, au nom de la civilisation
contre la barbarie, c'était bicD celle de la grande coalition contre remjiire des czars. Napoléon P pressentait près d*un demi-siècle à l'avance les empiétements successifs du colosse russe et il courut chercher dans ses propres foyera ce redoutable adversaire contre lequel Napoléon III a repris la même lutte par d'autres voies, qui seront couronnées de succès; cette foi nous resle pleine et enlière*.
lUt^^ pendant la campat^ne dtt HmtU,
Je n'ai à retracer ici ni les premiers succès ni les revers liugiques de cette campagne de 18 li, dont tous les incidents boni connus et d' ui ja seule mention fait vibrer chez nous toutes les cordes sympathiques de l'inue. Des historiens d'une l'are éloquence ont raconté notre marche sur Moscou, les flammes qui ont dévoré le quartier d'hiver auquel on venait de toucher et les souffrances sans exemple de nos légions au milieu des champs de neige qui leur ont servi de sépulcre et de linceul. Je n'ai qu'à indiquer la part que le général Happ , maintenant comte de rem[)ire , a eue dans la victoire de la Moscowa el dans Tépouvantable catasti^ophe qui a suivi de près celle infruclueuse lutte.
Il avait rejoint i'empcrenrà trois lienes en deçà de Smolensk. au nionienl même où Ton allait entrer dans la ville aux trois quarts incendiée. L'àme si fortement ireuipée de Happ était en proie à de sinistres pressentiments. Déjà en traversant la Prusse orientale y la Pologne» la Lithuanie, et en voyant la désolation complète de ces pays, les routes défoncées par les pluies , les milliers de chevaux morts ou mourants, et nos trahaards, et nos malades, et le désordre, et le gaspillage, il se disait instmctivcment que nous avions du courage, mais que la Russie avait pour elle la nature, et que le sort de Charles XII pour* rait bien être réservé au vainqueur de tant de rois.