I. Ceei «tait écrit en
4dS BlOGRàPHIBS ALSACIENNES.
Son inquiétude croissait à mesure que nous avancions dans ces steppes et qup l'ennemi fuyait devant nous. On peut faire le sacrifice de sa juopre vie et trembler cependant pour le sort de tant de liraves qui unissent Ifui- deslinée à la vôtre... mais le général Kapp, je l'ai déjà dit, avait depuis douze ans renoncé n son existence individuelle; il était Tuoe des planètes qui gravitaient, par la force des choses, autour de celte étoile fixe qui n'avait point sa pareille dans les hautes régions de rhisloire.
La veille de la bataille de la Moscowa, Rapp reçoit Tordre de faire une reconnaissance lè plus prés possible dès ligues ennemies, et lui, qui dépassait toujours les instnicfions données en face d'un dang-er, se Iroîivr un moment ou delà des vedfftes russes. On lira sur lui à miliaille. X deux lienies, il vint rendre compte à l'empereur; «Les Uusses nous attaqueront sans faute si nous ne les prévenons. »
Rapp couchait dans la tente même de l'empereur. A trois hfures du matin, celui-ci réveille son fidèle aide-de-camp. — < Rapp, as*lu bien dormi? — Sire, les nuits sont déjà fraîches.» L'empereur fit apporter du pundi, en prit un verre, après en avoir ofl'ert â Rapp, lut quelques rapports et reprit la conversation, i Crois-tu que nous ferons de bonnes affaires aujottrd*hui? — Il n'y a pas de doute, Sire; nous avons épuisé toutes nos ressources; nous sommes bien forcés de vaincre. »
A cinq heures et demie du mnfin, le? trompettes sonnent, les tambours hnltent aux champs, li.ipj) iinuile à clievnl avec Tempereur, qui est reçu partout })nr les acciamalioiis les plus enthousiastes. Au fort de celle bataille meurtrière, Happ est obligé de prendre le commandement de la division Compans, dont le chef était blessé. — Rapp interrompt ici sa narration, pour répéter que jamais il n'avait vu semblable carnage. Luimême fut touché quatre fois dans l'espace d'une heure, d*abord de deux coups de feu, ensuite d'un boulet au bras gauche, qui lui enleva la chemise jusipi'è la chair; enfin un biaeaïen le
LK GMIIAL RAPP.
frappa à la iianchc gauche, et le jeta à bas de son cheval C'était, au lutal, sa vhigl-deuxièmc blessure.
€ Je fus obligé de quitter le champ de bataille; j'en fis prévenir le maréchal Ney, dont les trou{>e8 étaient mêlées avec les miennes.... Napoléon vint lui-même me foire visite : c C'est cdonc toujours ton tour?.... Gomment vont les affaires?.... — I Sire, je crois que vous serez obligé de faire donner votre a garde. — Je ne veux pas la faire démolir; je suis sûr de ga- *gner h bataille, sajis (ju'elle y prenne part.»
On sait le reste; 5U,U(I0 hoiiunes gisaient sur le champ de bataille; iO {^^énéraux français étaient hors île combat. La victoire, conquise par des miracles de bravoure et d'énormes sacrifices, restait incomplète. Mais du moins nous entrâmes à Moscou.
Le généra] Rapp se garde bien de décrire l'incendie ; il en fait toucher du doigt les progrés rapides et irrésistibles, en racontant comment, dans cette nuit cruelle qui suivit notre
entrée, il fut obligé de se faire porter d'un quartier dans l'autre, snits trouver ni repos ni trêve nulle part. Il était arrivé à Moscou à quatre heures du soir, et s'était établi, près du. Krenil, dans l'hôtel Narischkin; à minuit le foyer de l'incendie était déjà si eiïrayant, que ses aides-de-camp réveillèrent le général, qui se lit transporter près d'une fenêtre, d'où il contemplait, muet d'effroi et rongé par la fièvre, ce spectacle sans exemple dans le monde depuis la destruction de Babylone par les mains d'un vainqueur enivré, ou depuis Rome incendiée par un tyran en démence. Mais ici, quelle différence! A Babylone, Alexandre et son armée restaient debout, intacts, sur des ruines; à Rome, l'Etat ne périchiail point par la disparition (le ijuelqnes quartiers, qui sortirent, embellis, de leur ceudie; tandis «pic ilaus la capitale de la Moscovie, où tout, excepté le Kreml, tut dévoré pai* les flammes, le vainqueur luimême s'abîma dans cet immense bûcher.
«L'incendie s'avançait sur nous, dit le général; & quatre
Aîià BIOGRAPHIES AUACIEMMES.
heures du matin, on me prévint qnil fiitlaîl déloger. Je sortis; quelques instants après la maison foi atteinte. Je me fis conduire du côté du Kreml; tout y était en alarmes. Je rétrogradai,
et me rendis au quartier des Allemands; on m'y avait arrêté rhôtel d'un général russe; j'espérai^; m y remellre de mes blessures; mais quand j'arrivai, des houlVées de feu et de l'umêe sVn échappaiciil déjà. Je n'entrai pas. .. Je rencontrai le maréchal Mortier. « Où allez-vous? me dit-il. — Le leu me chasse • quelque part que je me loge; je vais décidément au Kreml. « — Tout y est en désordre ; Tincendie gagne partout. — Où « me retirer? — A mon hôtel. Mon aide>de-camp vous y concduira.t Je le suivis; la maison était près de Tbospice des en- Amts trouvés. Nous y étions à peine, qu'elle était déjà embrasée. Je passai la Moscowa pour m'établir vis-è-vls le palais , qui était encore intact.... Mon propnélaire était un brave chapelier, qui me prodigua tous les soins possibles. J'étais à peine installé ( liez cet lionnèle arlisaii, que le feu se manifesia de toutes parts. Je (luillai à la liàte.... Nous vînmes nous établir en plein air, derrière les uujrs du Ki rinl ; c'était l'unique moyen de trouver (piehpio repos. Le veni suutBait avec une violence loi\jours croissante et alimeniait l'incendie. Je me déplaçai encore une fois, mais ce fut la dernière. Je me retirai près d'une barrière; les maisons étaient isolées, éparses; le feu ne put les atteindre. Celle que j'occupai était petite, commode; elle appartenait i un prince Galitcin. J'y ai nourri pendant quinze jours au moins 150 habitants réfugiés, »
Le 13 octobre Rapp se sentit assez remis pour se présenter au château. L'empereur lui demanda avec intérêt des nouvelles de ses quatre blessures, et lui montra le portrait du roi de Home, qu'il avait icçu la veille de la bataille de la .Moseowa. Le 18 orlobre, Rapp, ayant appris que la retraite était arrêtée, monta à cbeval pour voir s'il supporterait le mouvement, et le 10, de giand malin, il était au Kieinl, au moment où Napoléon allait quitter cette résidence. < J'espère bien que vous
LE firifitiRAL RAPP.
ne mer suivrez pas à cheval, lui dit reniperour; vous n'èles pus en étal de le faire; mettez-vous dans une de mes voitures.» Mais Happ compte sur son organisation de ftr, et refuse Toffre bienveillante de son souverain et ami. A trois lieues de Moscou» sur la route de Kaluga, en rase campagne, la conversation lut reprise, et Rapp ne put s*empécher de dire que la retraite commençait trop tard, que les habitants prédisaient un hiver rigoureux. Malgré les paroles rassurantes de Tempereur, Happ persista dans son dire: il discutait avec sa franchise hahiluelle chances de salul qu'auiaienl cue^ les blessés, si on les avnil abninloiiiiés, à Moscou, à la merci des Russes, lorsque sou jeune e( clicvaleresque aide-de-camp , riuillnume de Tùrckheim, arriva de la capitale, nnnonçanl <jue tout y était tranquille, que quelques pulks de cosaques étaient entrés dans les faubourgs» sans s'approcher du Krerol, encore occupé par les troupes françaises.
On se remit en route. Quatre jours plus tard, on culbuta prés de Malojaroslawez le corps de Kutusow, qui essayait de barrer le passage. Rapp ne prit point part à ce beau fait d'armes; mais le lendemam, au moment oùroui]>erenr faillit être enlevé par une nuée de cosaques, ce fîit Rapp qui soutînt le choc de ces barbares, à la tête de l'escadron de service. Son cbeval l eeul un coup tie lance, el se renversa sur lui: il fut foulé aux pietis jtar les cosaiiues, (jui enui ureiil au parc d'artillerie, poui' buliuer. Uapp se redressa sur ses jambes; on le reiiiil eu selle, et il arriva au bivouac du quartier général, avec son cheval tout rouvert de sang. Napoléon, après avoir ri de TaveU' lure, combla Hnpp d'éloges, et répéta ces choses flatteuses dans le bulletin officiel — c Je n'ai jamais goûté de satisfaction comparable à celle que j'éprouvais en lisant les choses flatteuses qu*il (Fempereur) disait de moi dans toutes les occasions.... Je répète avec orgueil les éloges de ce grand homme; j( ne les oublierai jamais, i Happ sentait très-bien que le César des temps modernes lui donnait un brevet d'immortalité.
456 BIOtiRAPHIBS ALSACIENNES.
On élail [itainleiiaul eu pleine retraite. Déjà, dans la marche rétrograde sur Sinolensk , commencéreiit les désastres. Aux tourments qu'inspirait à l'empereur le sort de son armée , vint se joindre Tindignalion causée par le complot de Malet. Rapp fut témoin, dans un blockhaus, deJa scène qui suivit la première lecture du Monileur et des rappoiis de police.
A une douzaine de lieues en avant de Smolensk, sur les hoïds du Bol vsthène, Happ resta, par ordre de l'empereur, avec Ney et l'arrière-^^arde, pour couvrir le passage et sauver les derniers débris de l'armée. Effleuré par une balle, et a[irès avoir eu un cheval tué sous lui, il rejoignit l'empereur le surlendemain il Smoiensk. — c Tu peux être tranquille maintenant, lui dit Napoléon; tu ne seras pas tué cette campagne. — Je désire que Votre Majesté ne s'y trompe pas. — Non, non, tu ne seras pas tué. — Mais je pourrais bien éire gelé. • Uempereur détourna la conversation, et se répandit en éloges sur la vigoureuse et héroïque résistance que Tinfrépide maréchal Ney venait de faire.
Près de Krasnoï, Uap(» rrçul l'ordre d'enfoncer rinCanterie russe à la baïonnette. Il était silencieusement assi^ auprès d'un feu de bivouac, et se préparait à ce coup de désespoir, lorsque M. de Narbonne vint lui dire, de la part de l'empereur, de remettre le commandement au duc de Trévise : c L'empereur ne veut pas vous faîi c tuer dans cette affaire, i
Rapp avoue qu'il reçut ce conire-ordre sans déplaisir; il était exténué de privations, de froid et de blessures. La température devenait chaque jour plus âpre, et l'armée tombait d*un danger dans un autre. Minsk avait été surpris; la Bérésîna était occupée par les ennemis; Ney reslait en arrière. Au quartier général de Dombrowna, l'empereur fit appeler Happ à deux heures du matin, et pendant qu'il conlérail a\ ec lui sur la gravité (!•> la situation, on cria aux amies; loul était en nimeur. — 4 Allez voir ce que c'est, dit Napoléon avec sang-froid : je suis sûr que ce sont quelques mauvais cosaques qui veulent
nous empêcher de doimir. > — Ce n'avait été, en effet, qa une fausse alerte.
A deux jours de là, Napoléon apprit avec une indicible joie que Ney avait rejoint le quatrième corps. Mais on toucliait à la Bérésina, dont la rive droite était occupée par les Russes. Dans la dernière couchée, \n ès de Borisow, Rapp et le comte Lobau passèrent la nuit sur une [ oi^ik e de [jaille. Ney lui dit en aile* mand, le matin, au moment du départ: «Notre posilîon est inouïe ; si Na|)ul('on se lire d'allaii c aujourd'hui, il faut (|n il ait le diable au curjis. ^ — Mural el Bupp t'taiLnl du même avis; ils ue pensaient pas qu'un seul homme de noire année pût échapper. Mais tout en causant , ils s'aperçurent que l'ennemi avait ûlé, et que ses feux étaient éteints. Rapp entra dans la baraque occupée par Napoléon, et annonça ce résultat inespéré. I/empe-» reur, sa garde, les trpupes de Ney et d'Oudinot passèrent; mais sur la rive gauche le combat continuait à être vif; la disproportion était immense; il fallut céder; les horreurs du pont commencèrent....
ASmorgoni, à dix-hm't lieues deWilna, Rapp fut encore une fois mandé , à deux heures du matin , auprès de l'empereur, qui lui aiinoiiea son déj^art immédiat pour Paris. Ka|»p n'avait pas t'ié mis daus le secret du voyage, et ne cacha pas le tiouble où le jetait celte confidence tardive. — «Tu t'arrêteras quatre jours à VVilua auprès de Ney, puis lu iras à Dantzig. » Les mêmes ordres lui furent répétés par écrit, après le départ de l'empereur, par le major général Berthier.
Alors commença le dernier acte de l'épouvanlable catastrophe. Rapp arriva gelé à Wilna, et en repartît sur-le-champ, d*après les conseils de Ney. cLe plus léger retard peut vous faire tomber dans les mains des cosaques; ce serait un accident iftcheux, qui ne profiterait ni à l'armée, ni à Fempereur. »
Rapp suivit ce conseil, et loua deux juifs , qui le conduisirent au Niémen. Voici comment le général raconte cette dernière scène du dernier acte : ^
458 BIOGRAPHIKS ALSACIEKNES.
<• Nous ari ivânios bieulôl à celle funeste haulcui', où Ail abandonné ce qui nous restait de nialéricl. 11 nous fut impossible de la roonlei* : nos chevaux s'épuisaient en Tains eflorts; nous les aidions, nous les excitions; mais le terrain était si glissant, si rapide, que nous fômes obligés de renoncer à ren> treprise.... Je délibérais avec mon aide-de-ramp sur le parti qu'il convenait de prendre. Mes Israélites me proposèrent de suivre un cfieniin de liiiversr, (jui avait d'ailleurs l'avantage d'ôtrc plus tuurl; ils me (lii riil iju ils répondaient de moi. Je les cnis; nous parlinies et le lenJciuaui :5uir nous étions au delà du Niémen. Je souffrais horriblement; mes doigts, mou nez, mes oreilles commençaient à me donner de l'inquiétude, lorsqu'un barbier polonais m'indiqua un remède un |>cu désagréable, mais qui me réussit. J'arrivai enfin à Dantzig: le roi de Naples me suivit à quelques jours de distance; liacdonald me remit ses troupes.... > Les Russes parurent presque immédiatement; ils se répandirent autour de la place, et le siège mémorable, qui allait couvrir de gloire les débris du 10*^ corps d'urméc , commença.
Le tiége de IkuUeig, 1813,
Un grand passé historique se rattache i la ville de Dantsig, et l'héroïque défense de cette place de guerre ne fiit qu'une nouvelle et dernière page ajoutée d de mémorables annales. A l'entrée du moyen ftge, cette dlé, merveilleusement située pour le grand commerce, fut longtemps un objet de convoitise; le Danemark, la Poméranie, la Suède, Tordre teutonique s<"! la disputèrent: elle resta finalement aux chevaliers Teutons, eu s'adi ani hit ini siècle plus iard de leur jouj^, et vers
i à r/'fioque où Couslnnlinople succombaiL Daulzig fut n eotuiue Loiuiue viiie libre par la Pologne, dont le roi resta cependant sou suzerain.
Pendant plus de trois siècles elle se maintint dans cette po>
LE GKNBRAL BAFP. 459
silion un peu ambigfuë, se faisanl représenlerâ la diète dePologTic par un député, qui avait droit de voter, et admettant é son tour, au sein de son conseil municipal , un bur^rave à titre
(le rcprésL'nkuil du roi polonais. La g^raiidiMir pt la force de Danl'/.ipf liaient dans son ronimerce, dans ics rappui ls avec la ligia; aiiséaliqiit' , dans sa situation heureuse entre toutes, ju ès de l'embouchiu e d un grand tleuve qui la protégeait contre les attaques du dehors, et lui amenait , pour être transportées au loin, les denrées de l'intérieur des terres.
De vastes magasins, de superbes chantiers , de beaux édifices religieux et civils, élevés au moyen fige, attestaient les snccès d'autrefois et la prospérité présente. Au-dessus des demeures confoilables des commerçants, au-dessus et au milieu de ces maisons à pignon, délicatement sculptées, s'élevaient la vaste église ogivale de Sainte- Marie , la bourse et la cour des nuliles (cdiii- d'Arthur), et dans le port stationnaient, agglomérés, des bàtimenis de conuuerce, chargés de céréales, de cuir, de fonrnnes, de laijies, de chanvre, à la destination d Ao^'Ieterre , de Hollantle ou des villes anséatiques.
La ville étendait au dehors aussi sou bras protecteur; beaucoup de bourgades et de villages des environs relevaient d'elle. Du baul des tours Tbabitant de Danizig pouvait avec quelque orgueil promener ses yeux vers les quatre points de l'horizon; partout il rencontrait des sites riants ou fertiles; des collines pittoresques à l'ouest, la grande lie du Werder au sud-ouest, les sinuosités et les bras de la Vistule à Test et au nord: et à une lieue, près de son embouchure, deux forteresses, sentinelles avancées sur les deux rives; et [)lus liant encore, dans la même direction, une langue de terre, avec la bourgade de Ilela, contondant ses dunes avec les Onts de la Baltique, qui viennent se briser contre ce rempart naturel.
Tonte prospérité publique ou individuelle ayant un terme , Dant/jg, si longtemps considérée comme le grenier du Nord, vit tarir, dans la seconde moitié' du dix-buitiéme siècle, les
4C0 BlOGRAPUtËS ALSACiK^^iEi>.
sources de sa grandeur politique et commertiale. Uoe jeune puissance, la Prusse, gagnail du terrain de jour en jour; elle entourait d*un cercle infranchissable la vieille cité, vassale el alliée de la Pologne. En mai 179S, les Prussiens occupèrent
Dantzig après une lutte de quelques jours , et setse ans plus tard, à la sîiilc dt* la halailli' d'Iriia, les Français, commandée ' par le mnii i h tl LdVhvic. investirent la place. L'Iieure de détresse uvaii sonné; Dantzig, déjà déchue de son rang de cité libre, allait éprouver des perles irréparables dans son existence coinmprciale. Après un investissement el un siège de deux mois el demi (du 7 mars au 27 mai 1807), la ville, bombardée pendant trente jours, se rendit au vaintpieur, qui reçut de son souverain le titre de duc de Dantzig.
A la paix de Tilait, Dantzig fut reconnue ville libre; mais c'était là un titre illusoire. Nous savons déjà qu'elle était occupée par une garnison française, sous la tutelle d'un goiivernf*nr français, et que ce gouverneur l'iait le <,o''nt''ial Kapp, riiomnie-lige de renijifreur et Français avant luiit, (juoiqu'il s'apf)liquàl de son mieux à concilier les exi^^ences les plus conlraires de sa position, et à ménager aux habilaoU la transition à un nouvel ordre de choses.
Le bombardement que Danizig venait d'essuyer, les saisies d'immenses provisions accumulées dans les greniers d'abondance, et l'amoindrissement progressif de ses relations extérieures par suite du système continental, le passage continu de troupes, tout n'élait que le prélude des scènes de désolation et de misère, dont la ville allait être le théâtre pendant le siège lie ISI.i. L\j1iIc de la |j<)pu!aiion avait eu le presseulinieiil (It's épreuves qui lui étaient réservées; pendant l'hiver de ISll à 181:3 elle s'était j)ressée autour de la chaire d'un jirolesseur d'histoire, élève de Jean de Mùller. M. Dippold, un homme de talent el de cœur, avait déroulé devant ses auditeurs attentifs et émus les grands tableaux el les péripéties de l'histoire universelle; il avait exhorté ce public intelligent, par
l'exemple des t( n^ps passés, à oe point faiiilir devant les catastrophes qu'il prévoyait dans un avenir prochain. El ces leçons éloquentes y qui ont subi Fépreuve de fimpression, portèrent leurs firuits; tes riches habitants de Dantsig endurèrent avec résignation les horreurs d*on siège prolongé, et rendirent possibles, par leur attitude et par leurs sacrifices personnels, celle héroïque défense qui a donné ô Rapp el à ses braves conipaynouî un droit incontestable à 1 minju uiion de la postérité.
ï/histoire du siège de Daiilzig pi» nl« trois phases dislinrlf's: 1rs cinq premiers mois d'aburd; puis k trimesli f do l'armistice ; enfm les quatre din niers mois, aboutissant à la fatale issue, que la bravoure des soldats, et le génie militaire, iiodomptable énergie de leur chef pouvaient retarder, mais non prévenir.
Voici quelles étaient les ressources de Rapp, au moment où il venait de se jeter dans la place, et d*y réunir les débris du W corps d'armée,
35,000 hommes de troupes de toutes les nations s'y étaient
réfun-iés. On y voviiil des Français, des; Allemande, des llollaiidais, des Polonais, des Italiens, des Espagnols, des AlVicairis; |>n'sque tous épuisés, malades, découragés par les longues privations de la campagne de Russie et comptant trouver dans les niurs de Danlzig la lin de leurs misères, des médicaments, des vivres, du repos, un abri tutélaire. Mais tout manquait ; on avait épuisé peu à peu , pour la grande armée , toutes les ressources, toutes les provisions; au moment où la place était investie, Rapp ne trouvait derrière des fortifications ébauchées que très-peu de céréales dans les magasins, point de viandes, point de légumes, point de médicaments pour les malades entassés dans les hôpitaux, une population appauvrie par le siège de 1807 et le blocus continental, et, pour combler la mesure, un froid de plus en plus juleit^r. qui prolongeait, sur la terre allemande, lesairoc essouûrauces endurées dans les steppes de la Russie.
46S BIOCRAPHIKS ALSACIBNMBS.
Des .•)5,0UU huuiaiL's cufeniiés à Daiilzi;,', 8 à 1U,0(M) élaient seuls valides; encore élaient-ce des recnies ioexpérimentées. Tot)s les militaires qui avaient échappé au grand désastre, el qui s'étaient arrêtés à Danlzig, étaient ou blessés, ou atteints du typhus, ou paralysés par les effets du froid. Rapp ne consulta que son devoir et son courage personnel; il était bien décidé, c'est son expression, à ne point se ménager; il savait d^ailkurs que même avec de simples conscrits français on pouvait tout lenler. H avait d'excellents uidt'> dans le ( uluiicl Hichemonl et le p:énpral Can)|)i <'(l(iii ; dei ni'*r coiiiniaiulcul le ^.M'iii*', et lit iiiHiD-dinit'iiicnl des eU'ortb uiuuib pour mettre la . place à l'abri d'un coup de main.
Quelque bien située que soit la ville de Dantzig au point de vue nn'litaire, entourée, comme elle Test, en partie par la Vistule, traversée par la Radaune et ki Motlau, protégée par des fossés .d'inondation et par une chaîne de coltines escar» pées, tous ces avantages naturels faisaient défimt au moment de l'ouverture do siège de 181d. Rivières et canaux étaient gelés ; aucune palissade ne défendait les abords de la place ; les [taiapf'ts étaionl dégrades. II fallut, à la bâte, sur un ler- I iiiii dur cuiijine le roc , élever (ht nouveaux ouvrages et déjjajj^er la Vislnlf. C'est à coups de baclie ({iio les troupes valides ouvrirent un l.ii ^e canal dans les glaces du fleuve ; deux fois la gelée reprit , tout à conj» , en une seule nuit : trois fois il fallut refaire ce travail de géants. Sur les glacis on eut recours au feu pour amollir le terrain, et être en état de faire les terrassements les plus indispensables ou d*éiever les palissades. G*est ainsi que le Holm, Weichselmûnde et le Neufahnvasser* . furent mis en étal de défense. Mais ces fatigues , endurées au milieu d'un froid de W Kéaumur, fournirent une nouvelle pâture aux hôpitaux imlilaiVfjî. On y cotnptait 15,000 ninlndes; en février 1813, iiO hommes mouraient par jour*, en mars