Les deux forts à rcmboucliure de la Vi«title
Lh GtlSÉRAL RAPP. 4bt^
le chiffre des décès journaliers montait à SOO. Du fond des hôpitaux militaires, Tépidémie passa aux habitants, et le denil fut bientôt dans tontes les familles. Rapp se crut obligé d'interdire les pompes funèbres, afin de maîtriser l'effroi qui gagnait les imaginations vives et superstitieuses à la vue de celle file de cercueils, qui rappelaienl chaque jour les sinistres liadiliuns de lu pt'slu au moyen âpe.
Au froid, à la misère, à renaeim vinl se joindre lu disclle pour les riclifs. la famlfie ()our les pauvres. On vianqnait de lovt : je jfi-cnds (Micoi e les expressions du g'éni'rni liii-iiiètiie. Le gouverneur avait eu vain expédié un aviso à Straisund, pour s'approvisionner; une lerapête avait jeté le bâlimenl sur la côte. Alors, tout l'espoir du chef, de ses officiers, de ses soldats et des habitants s'attache au retour de la belle saison ; mais le dégel amena un brusque dégagement de la Vistule ; les magasins, les chantiers, plusieurs quartiers de la ville furent submergés; la campagne, aux alentours, ressemblait à un vaste lac agilé, où flottaient péle-méle les cadavres des liommes et des animaux; les ouvrages des forlificalions récemment élevées fureiil détruits, et les |)()stes h's j)liis in'cessaires à la défense, tels (|iie le Holm, Heul)ude, le VVerder, la Nehrung, se Irouvèreiil mondés.
A ces fléaux de In disette, du typhus, de linoudaliou joignait l'ennemi du dehors, qui ne se bornait pas à observer la ville, en restant les liras croisés, mais qui attaquait la garnison par les proclamations et par les aimes. Les proclamations, on le pense bien, étaient un appel à la trahison. Le général nisse Lewis sommait les troupes étrangères qui se tit»uvaient au service de la France, de quitter leurs drapeaux; il agissait par les menaces et les promesses ; Bap() , pour les (léjou(>r , faisait lire ces appels devant le fixmt des bataillons ; découvrail-il des embaucheius, au lieu de les nieifre à morl el d'cxaspéi er la population par des rigueur^ , il leur faisait raser la lêtc, et les renvoyait chez eux, hués par la jMipulace.
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ËiiiiD , pour prévenir les altaqaes ou les assauts , il allait de lemps à autre, lui-même, chercher les assiégeants daos leurs canlonneinents.
C'était là un vrai tour de force qui D*ëtait possible qu'avec des soldats élevés & l'école de Napoléon» ou avec des recrues électrisées par l'exemple de leurs aînés. Le service des avantposlcs se faisait |)ar des hommes à moitié gelés , affublés de peaux, la tèle tjiveloppée de linp'o , et marchant souvent à l'aide d'un hàton. Eh bien , avcr une parnison si durement éprouvée , les ofTiciers qui commandaient sous Happ , et qui puisaient auprès de lui et dans leur propre caractère un stot* cisme à toute épreuve, trouvaient moyen de faire des prodiges de valeur, et de prendre souvent l'offensive, dés que la saison le permit.
Ce furent , pendant cette première période du siège , des alternatives do succès et de revers. Ainsi le brave colonel de
Heering était , dès les premiers jours , descendu trop avant dans la piam»- ; il se laissa enveloppur avec ses trois cents hommes ; mais la garnison française prit bientôt une éclatant'' revanche. A plusieujs reprises, il y ont <les rencontres à Laogfuhr; le 5 mars, huit cents Français y repoussèrent des masses qna(?riTple.s. Ce même jour, la nu*l«'e fut affreuse à Scbottland et à Ohra ; cinq cents Russes (de l'armée de Moldavie) mirent bas les armes, et les assiégeants comptèrent deux mille hommes mis hors de combat; mais nos troupes aussi éprouvèrent des pertes inséparables; cinq cents des nôtres furent tués ou blessés.
En attendant, l'épidémie avait toujours marché; au bout de trois mois de siège, six mille hommes de la garnison nvaieiU péri; dix-huit mille gisaient malades dans les liùpilanx , le général Frnncoschini avait succombé et le manque de vivres se faisait sentir de jour en jour d'une manière plus intuléral)le. En mars, on fit une sortie pour s'en procurer, mais les villages avaient été évacués avant l'arrivée des troupes (hinçaises, qui
ne parvinrent à ramasser qu'une centaine de bestiaux, el trois cents cinquante prisonniers. Ceux-ci allaient être un embarras de plus pour la gnmison affamée. Rapp avait institué une coramiaaion des subsistances sous la présidence du commandant Heudelet; elle fit saisir» contre des bons remboursables à la fin du blocus, le vîn qui était encore disponible dans les caves» les bestiaux dans les étables ou dans les écuries des habitants. Les moyens de rigueur étaient excusés ou légitimés par l'excès des souffrances du soldat.
On eût dit que le mal se naît des efforts qu'on faisait pour le combattre, f.e délire el les convulsions gagnaient les malades de.> Il i j ii iiix et des demeures particulières. En mai, on comptait depuis l'ouverture du siège cinq mille cinq cents décès parmi les liabitants; c'était le dixième du tntnl de la population. Douze mille soldats avaient succombé soit daus les sorties , soil sur leur lit de douleur ; c'était le tiers de la garnison. Parmi les morts on citait le général Gault» t excellent officier et brave soldat» qui méritait un meilleur sort, i
Avec les premières journées de dégel, les commandants Sxembeck et Potocki firent une sortie du côté de Langfiihr, s'emparèrent du signal d'alarmes élevé par l'ennemi , Tincen* dièrent, et poussèrent dans la direction du nord jusqu'au pittoresque couvent d'Oliva, si connu dans l'histoire des traités de paix (ICGOj. Ils se bornèrent à jeter quelques obus dans la bourgade du même nom.
Pour donner un aliûieutà rauioui -propre légitime du soldat, llapp solennisa le> fètps de IVKjues par une revue de la garnison valide» en face de l'armée de siège: sept mille honimes en bonne tenue défilèrent, l'arme au bras, les fusils non chargés, dans la plaine entre Stries et Oliva» é la barbe des Russes» qui n'osèrent attaquer ces hommes» trempés à l'antique, c Biais» dit le général Rapp» après avoir paradé» il Alhit vivre, t Cette fois, il fit une expédition dans la Nehrung» celte langue de terre» qui sépare de la Baltique une espèce f. 30
BIOGRAPHIBS ALSACIBNNES.
de golfe intérieur, le Friiiclihair où &q déver&eol la r^iogal et la vieille Vistule.
Cette sortie fut couronnée d*un plein succès. Les Russes (de Tannée de LiUraanie) furent repoussés à plusieurs lieues de distance ; on leur enleva des fourrages et des bestiaui. En même temps l'ile du Werder fbt occupée; le général Badielu fouillait la rive droite de la Vistule, et à Taide de canots on tirait aussi de la rive gauche du fleuve toutes les ressources disponibles. Ainsi l'on parvint ù ramasser .500 hètes à coines, 400 lêles de riiniu bétail, 1,200 ({uinlaux de foin, 800 quiulaux de paille et 2, .300 décalitres d'avoine.
Quel secours inespéré et inappréciable pour la courageuse garnison I on sortit d'embarras, pour un moment, quant aux vivres; mais le gouverneur n'avait pas un sou vaillant pour payer les troupes et les travailleurs des fortifications. Toutes les caisses étaient vides depuis longtemps. Dans cette extrémité, Rapp eut recours i un emprunt de trois millions, qu'il leva sur les habitants aisés. CTétait une de ces ressources dont il n'est permis de faire usage que dans les cas extrêmes. II y eut un moment de vif mécontentement ; ^ràce à la fernit'!('' , n la droiture du général en chef qui garaulissait le renibuni sèment , une bonne jjartie de l'emprunt fut réalisée. Un seul incident déplorable marqua parmi les suites de celte opération. Le sénateur Pigelau, justement considéré parmi ses compatriotes, avait été accusé de trahison par un embaucheur gracié , le prétendu baron Servien. Arrêté sur des indices qui semblaient certains, par ordre du gouverneur de la ville, Pigelau fot emprisonné, mais bientôt justifié. Alors Rapp se hâta, sans feusse honte, de lui faire une réparation éclatante , digne à la fois du général firan^^s et du sénateur de Dantzig.
Avec le retour de la bonne saison, les rencontres, au dehors de la place, devinrent de plus en plus rrctjuenles. Au général Lewis avait succédé, dans le comtuâademeal des troupes du
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siège, le prince Paul de Wurtemberg, militaire actif» qui ne laissait pas un instant de relAehe aux assiégés. Ses ressources
augmentaient d'ailleurs de jour en jour, tandis que la garnison de Rapp était, comme nous l'avons dit, sous la triple influence des priva! ions , des maladies et des combats, sans espoir de ravitaillement et de secours du dehors. Pendant ce long hiver, iiapp était reste sans communication aucune avec l'empereur ; il n'avait pu que deviner la marche des événements par le plus ou moins de mouvement dans le corps des assiégeants, lorsqu'enfin , vers le milieu du mois^de mai , pendant une sortie où les Russes Dirent chassés de leur camp de Pitskendorff , le général en chef reçut les nouvelles des victoires de Lûtzen ei de Bautzen. Immédiatement répandue dans les rangs de nos braves soldats , celte dépêche y porta une ivresse diflficile à décrire. Les cris: En avant! en avant! elaiint sortis de toutes les bouches ; l'on avait culbute les lUisses et mis 1,500 des leurs hors de combat. Déjà 1 on se ilattait de revoir l'eniperenr accourir eu triomphe sur les bords de la Vistule ; l'exaltation était nu comble, et le gouverneur, maintenant investi par son maître d'une autorité presque illimitée, put satisfaire les besoins de son cœur, en distribuant des récompenses, achetées an prix de bien du sang et de souffrances aussi cruelles que la mort. Hais peu importait; tout était oublié, femine» fièvres, blessures ; avec le soleil de juin et tes victohres de notre jeune armée, l'espérance était rentrée dans tous les cœurs. L'armistice, annoncé dans la première quinzaine de jin'n, allait d'ailleurs permedre de ravitailler la place, et d'atironter au besoin de nouvelles éjirenves et de nouveaux dangers. Hélas! celte héroïque garnison n'avait traversé qu'une faible partie de la voie douloureuse qu'elle était appelée à suivre, et qui devait aboutir soit au cimetière sous les murs de Dantzig , soit à un retour dans ces steppes de la Russie, vaste prison de glace, que Ton venait à peine de quitter.
La durée de rarmistîce fut marquée par plusieurs incidents
HIOGRAPHIES ALSACIENNES.
que je ne puis passer sous silence. Le prince de Wurtembei^ ne remplissait pas avec une loyauté parfaite les clauses des convenijons; il cbicanait sur la quotité des subsistances de ravitaînement; il livrait des viandes corrompues, et des farines d*nne qualité tellement mauvaise, qu*tl fallait les éprouver par Vanalyse chimique avant d*en faire usage. Les Russes enlevaient tous les canots qui allaient à la pécbe, et, après les plaintes portées par le gouverneur de Dantzîg au général en chef enuL'ini, un ne fit plus main basse sur ks canots, mais sur lis pécheurs et les paysans, que Ton enleva dans leurs cabanes à plusieurs lirnos à la ronde. De jour en jour, le nombre dos pièces darlillerie des as.<i«'f,n.>aii(s augmentait; vers la fin de l'armistice, on comptait 300 pièces de gros calibre, qui formaient autour de Danlzig une enceinte d'airain; plus de soixante mille bommes étaient agglomérés autour de la place, tandis que dans les premiers jours de janvier à peine si Ton avait compté sept mille cosaques. Ce chiffre restreint explique la possibilité de ta défense de Dantzîg dans un moment où la garnison presque tout entière était alitée, anéantie par le froid, et où les forts extérieure n'étaient pas en élat de résister à la moindre attaque.
A la date du 15 juin, llapp crul devoir exposer au majorgénéral FJerihier la triste situation de la place et des troupes; il déclara iorniellement qu'il ne pourrait opposer une résistance sérietise que jusqu'en octobre. II rappela qu'en 1811 l'empereur avait fait requérir à Danl/.ig 000,000 quintaux de p^rain, qu'il ne restait absolument rien dans les roagasijis, que l'effectif réel des troupes était tout au plus de vingt mille bommes , qui seraient successivement réduits, à Tépoque du l*' mai 1814, d'après une proportion fiicile à établir à Taide des faits récents, a dix ou onze mille hommes, en supposant toutefois que Ton restât pourvu de vivres. La situation des magasins, des finances, du produit de Temprunt forcé fiiit robjet d*un exposé rapide, aboutissant à la conclusion d*un
«lYoi indispensable de fonds pour la solde de rarmée et des travaux du siège, c Au surplus, ce qui reste de la garnison —
c'est ainsi que termine le général — est excellent ; elle fera ce que l'einiitTeur peut attendre de ses meilleurs soldats, et jusliti«'ni la conl'uince que Sa Majesté lui accorde, en la plaçant au nombre des coi |is de la grande oriiiée. »
Lorsqu'à la fut d'août les hostilités furent reprises après la dénonciation de l'armistice faite par le prince Wolkonski, Rapp n*en fut nullement fâché ; il rentrait dans un état franc et normal, tandis que la suspension d*annes Tavait forcé à des ménagements qui tournaient au désavantage des assiégés.
Si le lecteur a suivi avec quelque intérêt la résistance de Findomptable garnison pendant les premiers mois de Tannée, s*il n'a pu refuser aux habitants de Dantzig, si cruellement éprouvés et si résignés, toute sa sympathie, il salUichera davantage encore à la destiné'e de cette poig'née de braves. n<suilie à partir de la fin d'août par une armée décuple en lorces. A Dantzig, le [»eu d'espoir qui restait aux chefs après la reprise des hostilités, le retour de la mauvaise saison, l'isolement, la famine bientôt renaissante, toutes ces circonstances fatales réunies auraient dû briser les conrages ; mais tous étaient électrisés par les grandes idées du devoir, de l'honneur, et de la gloire â conquérir.
Les maladies ne paraissent pas avoir sévi, pendant cette seconde partie du siège , au même degré que six mois auparavant, quoique les priv.iUons fussent de plus en plus inouïes. Les chevaux, les clii«'ns, les chats étaient ilévoiés ; de pauvres pitances de farine devaient sutïire aux soldais; les habitants njème les plus aisés se nourrissaient de son et de drèche ; on manquait de sel, et pour s'en procurer, on avait recours aux moyens les plus extraordinaires et les plus dégoûtants. Et ces soldats, si pauvrement nourris, faisaient face à l'ennemi: ils allaient le chercher dans ses propres quartiers; et ces habitants exténués résistaient aux essais d'embauchage. Les lois
RIOGRAPHIES ALSACIENNES.
martiales, il est vrai, élaienl sévères, et peui-élie faisaîL-on (le nécessite vertu.
Dans ees jours de détresse, où toute ressource manquait, Rapp fit ouvrir les prisons et eipulser les malfaiteurs et les mendiants. Les Russes refasèrent de leur livrer passage. Ces malheureui libérés seraient morts entre les remparts et les lignes ennemies, mais le gouverneur se laissa fléchir, leur ^ rouvrit les portes de la ville et pour utiliser cette tourbe, il remploya aux travaux des fortifications.
A la première reprise des hostilités, les attaques ouvertes «les ennemis et leurs tenlaiives déloyales n'avaient pas été heureuses. Leurs fusées se perdaient sur les remparts , ol leurs émissaires furent saisis dans les magasins qu'ils voulaient incendier. Dans les derniers jours d'août , une lutte obstinée .s'('ta!)lit à Lnngfubr, dans cette localité si vivement disputée déjà pendant la première moitié du siège. C'était presqu*une bataille, où se distinguèrent les Napolitains, commandés par le colonel Pépé, le même qui huit ans plus tard acquit un renom dans le mouvement constitutionnel de Naples.
Le village de Langfohr resta au pouvoir des ennemis.^ Un incident dramatique avait signalé cette lutte. Au moment de noire retraite , les Bavarois et les Hessois , alors encore nos alliés, s'étaient jetés dans deux maisons crénelées, et s'y étaient maintenus pendant toute la nuit, au milieu de l'incendie du villjgc. Le lendemain le capitaine Marmier s'avança, dans le but de faire une reconnaissance vers l'un de ces postes, le découvrit et le délivra ; un bataillon entier vint au secours de l'autre; on ramena ces braves, en triomphe, à travers les ennemis ; ce fut à qui exalterait leur courage, et Bapp établit les blessés dans son propre hôtel
Pendant Tarmislice, le gouverneur, pour ne pas être en-
I. Parmi eux se trouvait on UeasoU, H. de Daiwigk, qui, dans cette retraite gloKense. arait eu rëpiole Iracassée.
LE GKNliRAL BAPP. 471
fermé complètement dans la ville , avait élevé de formîilables ouvrages de défense sur le. front d*OUva et du HageUbei^; toutes ces fortifications extérieures étaient palissadées, munies de logements cl de magasins é poudre, flanquées edfin de
(Jpux camps de haruquL:,. Oliva et les hauteurs de la gorge , qui (loscciident vcr.s le fieuve, fui ent de même mis en ('(al de délense. Aussi loisijue la flolto ennemie attaqua Dnnizirr, pendant les premiers jours de septembre , elle tira neuf mille coups de canon sans réussir à entamer la place ; elle perdit deux canonnières, en eut jusqu'à neuf de gravement endommagées, et subit des avaries dans ses frégates.
Pendant que Rapp s'était fortifié, les assiégeants n'étalent pas non plus restés inaclifs ; ils avaient élevé de formidables batteries, qu'ils démasquèrent subitement en novembre. Trois bombardes et quarante canonnières vomissaient le fer et le feu sur la forteresse; on a compté, dans Tespace de douze heures de < (uiilnil, jusqu'à iiiillc coups de canon. Cette première attaque H ayant point réussi, elle fut renouvelée quelques jours pUK< lard avec une nouvelle fureur. Les plus beaux quartiers de la ville, swv les deux rives de la Motlau, furent consumés; le Buttermarkt, la Speicherinsel , Oliva n'étaient plus qu'un amas de décombres. Une bombe éclata dans un magasin de bois , et de là l'incendie gagna les subsistances. Un seul magasin avec 4,000 quintaux de grains Ait sauvé, grâce à la bariliesse et à la présence d'esprit de Guillaume de Tûrckbeim , le chevaleresque aide-de-camp de Rapp. Et pendant ce désastre du bombardement Fennemi attaqua les redoutes qai anl'aienl élé enqiortécs sans la défense ubsliiiée de Clianjhnre , adinirai>l{ iiu lit secondé par la compagnie franche, ou « les Enfants perdus, t
Cette troupe , comme l'indique son nom , était tormée des soldats les plus intrépides , décidés aux coups de téte , à une guerre toute de surprise et d audace, et capables d'exécuter les plans les plus extravagants, de sauter, légers comme les
Alt bioghaphies alsaciennes.
chamois» par-dessus palissades et tranchées, de tomber, hardis comme les vautours, sur les ennemis épouvantés. En face des grands périls, on voit lotigours se former des associations de cette nature. Inadmissibles dans nn état de choses régulier,
elltis rendent d'immenses services au moment où tout est en jf'u. FariEii les enfants perdus de la garnison de Uantzig^ brillait un jeune ollicier qui, plus tard, a coiujuis un nom glorieux dans la guerre conU e don Carlos d'Espa^jne ; je veux f)arler de noire compatriote Conrad, qui eut Tépaule gauche fracassée dans Tune de ces attaques tentées par les Russes. Ghambure, lui-môme blessé, voulut l'engager à quitter le combat: c AUei annoncer au général que nous sommes rentrés dans la redoute. — Non, capitaine, j'ai encore mon bras droit, vous n'avez que le gauche. »
Ce sont là des scènes dignes des héros dHomère ou des paladins de Charleniagne. Je serais obligé , si je V4)ulais les relater toutes, de transcrire les mémoires du gouverneur de Dantzig, et je dois me rappeler que je n'ai à raconter ici que la vie du général lui-même.
Vers le milieu de novembre sa position n'était plus lenable. Les proclamations que les Russes répandaient parmi la garnison commençaient à produire quelque effet sur les Bavarois et les Polonais, qui devaient craindre, lors de la prise de la ville, quelque mesure de discipline sévère, puisqu'ils continuaient à servir la France, tandis que leurs souverains se détachaient de FalHance française. Rapp ne pouvait plus compter que sur les 6,000 hommes de troupes nationales , tandis qu'il en aurail lalhi m moins 20,000 pour défendre deux litues de circuit. Dans celte extrémité, le général en chef exjiédie par mer son aide-de-camp Marmier, qui, par un miracle incroyable, échappe à la croisière anglaise.
Le phnce de Wurtemberg essaya, mats en vain, d'intimider le gouverneur de Danizig lui-même par la menace de la Sibérie, d'ébranler son courage et celui de ses soldats par quelques
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assauts redoublés et par un bombardement qui ne laissait de relflche à la garnison ni de jour ni de nuit. Les fortifications eitérieures étaient accablées par les obus et la mitraille ; les redoutes et leurs parapets ne pouvaient plus opposer de résistance; les derniers vivres étaient épuisés; point d'espoir de ravitaillenient ni de délivrance.
So résignant alors à sa destinée, avec la cunsciencp d'avoir rempli son devoir jnsqti'à la deirnère iuiute du fM).ssible, èl en face des misères sans nom qu'endurait la populalion indigène depuis ooze mois, Kapp ouvrit avec le générai ennemi des négociations qui aboutirent à uneisonvention, signée le 29 novembre, et portant en substance dans ses dix -neuf ariicles, que les troupes, formant la garnison de Dantzig, sortiraient de la ville le 1^ janvier i814, qu'elles seraient considérées comme prisonnières de guerre et conduites en France; que, dès le 13 décembre, les prisonniers de guerre détenus à Dantzig seraient rendus à Vannée assiégeante ; qu'à la même époque, toutes les munitions de guerre de Danizig, tous les pontons, tout le train d'artillerie seraient remis à un cuimuissaire de Parmée de siég^o. Cette dernière partie de lu convenlioii était déjà remplie, iursfjue le général ennemi fit connaître à Rapp que l'empereur Alexandre avait refusé de ratifier la capitulation en ce qui loucbait le retour des troupes en France.
Une correspondance très-amère entre le général Rapp et le prince de Wurtemberg s'engagea par suite de cet incident ; mais il était fodle d'en prévoir l'issue. Rapp dut se soumettre i la force majeure et se laisser conduire avec ses compagnons de gloire et de malheur dans l'intérieur de la Russie. Au moment de se séparer des troupes françaises, les Polonais et les Bavarois, qui étaient forcément ramenés dans leurs foyers, brisèrent leurs armes tie désespoir.
Ainsi finit, le f janvier 1814, par une catastrophe dej)uis longtemps prévue, ce ditune émouvant, qui avait duré près
BlUGUAl'lllkS ALbAClkNNKS.
de douze mois, car rinveslUsement de la place avait com« mencé dans les premiers jours de Tanoée 1813.
Le siège de Daiitzig a pris rang, dans 1-liistoire napoléonienne, à côté du siège de Saragosse et de celai de Hambooi^. Je ne ' suis point juge compétent de sa valeur relative au point de vue de la résistance opf losée à Fattaqne ; mais il me sendile qu*en fait de délail:^ dramatiques, ses annales ne sont que trop abondantes, et que la gloire des défenseurs a été chèrenieni conqui:>e.
Jiapp à iitrqsbourif en I81Ô.
Après la paix conclue» Happ était rentré de Kiew en France; il avait été convenablement accueilli aux Tuileries par le nouveau pouvoir, mais il se trouvait désorienté au milieu des nouvelles figures qui avaient envahi la coor et en ùnce de plus d*un ingrat qu'il avait autrefois obligé. D^tmmenses dotations étaient perdues pour lui; rentré dans la classe de tous les j(énéi*aiix en reliaile, il ne pouvait plus protéger; pourquoi 1 aurail-ou ménagé ?
Lorsque Fempereur revint de l'île d'Ellie, Uapp était à Kcoucn, à la tête d'un corps de troupes, qu'il remit, le â 1 mars, à la disposition du ministre de la guerre. Bertrand mauda itapp aux Tuileries, de la pait de son ancien maître et ami.
Le général raconte lui-même cette curieuse entrevue, ou plutôt il répète textuellement, autant que ses souvenirs le lui permettent, la conversation animée, prime-aautière, qui s'établit entre lui et Napoléon; et Ton ne sait, en vérité, ce qui inspire dans cette circonstance plus d'intérêt, la franchise du général , uu Hiabilelé caressante de l'empereur, (|ui veut reprendre, corps et âme, son ancien serviteur el aide-decump.
«Et vous cuniplicz donc vous battre couire moi, Monsieur le général Happ'/ lui dit l'empereur. — Oui, sire.» L'empereur
LE géni^:rai. rapp.
so moque de lui, et répli(iue avec une parfaite intelligence He TacUon irrésistible qu'il exerçait sur un vieux soldat: «Bah! je TOUS aurais montré la téte de Méduse ! >
Les nouvelles décorations que porte Rapp font aussi Tobjet de la plaisanterie de Napoléon. Il demande à Rapp comment les Bourbons Font traité , et ayant reçu une réponse contraire à ses désirs, il s*écrie : c Ah oui! ciyolé aiyourd'hui, mis ensuite à la porte! > — Puis, il récapitule les finîtes des Bourbons, explique les motifs de son refour , les espérances de succès qu'il apfvorfe, et appuie IjeauLuiip mi la modéralitui iju'il mettra dans lus affaires. Hapj», malgré la déférence qu'il doit à l'empereur, ne peut s'empiM her de manifester le reg^ret que les conditions offertes à Dn sde n'aient pas été acceptées. tVous ignorez tous , s'écrie Napoléon , ce qu'eût été une paix semblable. Quoi ! aurais -tu peur de recommencer la guerre, toi qui as été quinze ans mon aide-de-camp? Lors de ton retour d'^ITpte, tu n'étais qu'un soldat, j*ai Ihit de toi un homme!» — De ce moment Rapp est gagné par les souvenirs; sa téte hésite, mais son cœur ému se fond complètement; il proteste de sa gratitude; il dit avec fermeté : c Si je vis encore, ce n'est pas ma fiiute! — Cest vrai; je n'oublierai. jamais ta conduite, ni ccllf (le Ney pendant la retiaile de Moscou; cl, au siège de Dantzig, /»/ ns: fait riitipoxftible.»
El puis Napoléon en vient à l'arprument in t'vsislilile . il tire la mouslaelie de Happ; il lui saule an e(jn; il le tient embrassé pendant quelques minutes : c Allons, tu prendras le commandement de l'armée du !{hin ; d'ici à deux mois tu recevras ma femme et mon fds à Strasbourg.»
Ët peu de jours plus tard, le ^ mai-s, il lui prescrit de partir, après lui avoir annoncé que ses propositions d'accommodement ont été rejetées et qu'il faudra probablement se battre. Avant de partir, Rapp reçut les insignes de grand -croix de la Légion d'honneur. Il les avait bien gagnés à Dantzig.
k son arrivée en Alsace, dans les premiers jours d'avril , il
476 BIOGRAPHIES ALSÂCIEK.NES.
apporte aux habitants les bonnes paroles dool l'empereur l'a chargfé pour eux : c Témoignez aux Alsaciens loute ma satisc faction; c*est pour leur être agréable que /envoie au milieu «d'eux un de leurs enfants.»
L'enthousiasme que Strasbourg avait fait éclater lorsqo'tm eut appris l'entrée de Napoléon è Paris appjochait, en effet, «lu (iélirt'. La cocarde tricolore avait été ai huiée {)ar la ganii- ^oii cl kl garde nationale avec un élan qui faisait ha u augui er de la rôsislance que l'on opposerait à l'ennemi, s il venait à attaquer la frontière. Personne ne se faisait illusion sur l'avenir le plus prochain; on savait que l'Europe n'adopterait pas, sans une lutte à mort, le rétablissement de l'Empire français, qui restait identifié pour elle avec le système des conquêtes. Malgré les souffrances de la première invasion, ou peut-être en souvenir des maux irréparables de la guerre, les Alsaciens se préparaient à fliire face à l'ennemi Dans les Vosges> le général avait s'assurer de ses propres yeux de la défense qu'on organisait; mais il y eut plus de lenteur, loi*sqn'on en vint à rnmplir lf*s ( adn s de l'armée active et les l angs de la garde iiahuiia!'* niobilt'. La correspondance de Ilajtp avec l'enipereur, eu mai 1810, est intéressante à plus d'un titre; on y retrouve le soin des détails auxquels Napoléon, comme tous les hommes de génie, ne dédaignait pas de descendre ; il indique au général en chef de l'armée du Rhin les moindres parcelles des corps qui pourront servir à augmenter ses ressources disponibles; il. met des fonds à sa disposition pour la monture des troupes. En même temps il l'engage è établir un système de surveillance à la frontière et à Mayence.
Rapp, au surplus, se multiplie pour satisfaire l'empereur et se mettre dans un état de défense res[)ectab!e ; il parcuiirl, à plusieurs reprises, les deux départements, visite et approvisionne les [daces fuites, passe en revue les gardes nationaux d'élite, stimule le zèle de tous les fonctionnaires militaires, civils, ecclésiastiques, et trouve le temps, tout en comtinl le
pays, dTassisler à des fêtes patriotiques à Mulhouse et à Strasbourg.
Vers la fin de mai, son quartier général est transféré de
Strasbourg à Haguenaii. A celle époque, 35 balaillons do gard«' nalioïKile mobile se Iroiivaienl sur piod, armés el exercés; c elait un effeclif de 2i,00(i liouunt's, qui au le cédaient pas de beancoup aux troupes de en fait de fenuc rt de bonue volonté; niais ces balaillons étaient destinés à garder les forteresses et à rester autant que possible rapprochés de leurs foyers respectifs; ils ne devaient pas entrer en rase campagne. C'était au fond une milico boui^eoisé; sèulement elle était en uniforme et composée d*hommes valides.
Des corps de partisans s'étaient formés sous la direction du colonel Mathieu; ils servaient d*éc1aireurs; mais ils étaient en très-petit nombre.
L'armée active, foric de 10,000 hommes im moment df l'iirrivée de Happ, ne dépassait ^ninrt' le rhillre de 20 à 22,000 hommes au niomcni où les iiostiiites .illuicut commencer. Vers le 15 juin tiapp s'était porté sur les lignes de la Lauter et à Wissembouiig ; mais loute la frontière du Rhin de Lauterbourg à Huningue et de Wissembourg à la Belgique était dégarnie. Avec des forces aussi restreintes, le général en chef n'hésita cependant pas à prendre roffensive et à s*emparer des villages de la Queich au moment même où l'on se battait à Waterloo. La nouvelle de cette funeste catastrofjhe lui parvint le 31 ; en même temps, son feible corps est menacé d'être débordé par 60,000 Busses, Aulrichiens, Bavarois, Wurtembergeois et liadois. Et cept iuJijnt il faut souger aux forteresses (TAlsace , qui vont èti-o cnrnt'cs, bloquées, assié^'^ées; car une armée alliée a déjà pénétré dans le Haut-Hhiu, el Rapp est obligé de morceler ses ressources, en faisant partir par la poste deux bataillons destinés à Huningue et à Brisach.
Son plan de campagne parait avoir été dans l'origine de défendre l'Alsace pied à pied, puis de se retirer en LoiTaine;
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mais les colonnes ennemies interceplaienl déjà la roule de la Meiirthe et de la Moselle. Dans la journée du 31, Il fit un mouvement de concentration et prit pied au nord de la forêt de Haguenau, sa droite à Seltz, son centre à Surbour|^, sa gauche étendue vers Bitche. Le général de Rottenbourg surveillait le Hhin ; le général Desbureaux était poste à Savcme.
Attaquée siirceltu li|,Mit', sui loiit ;'i Scltz et à Surboin j^'-, Tni"nit'c du lihîn s*' cléf( iidit vuillaniniLiil et resta IIl;iîl^e^sc du terrain; inni* ia iioiivlIIc de la marche des AutnCliieii^ . nr Schlesladl et StrasLourj^ ttynl parvenue au ^'^énéml en chef, il dut se replier sans délai sur le houlevard de TËsl pour couvrir et sauver au moins celte clef de la Frnnre.
Pendant ce mouvement rétrograde, le désastre de Waterloo parvint à la connaissance des troupes, que Rapp ne complaît mettre au courant de la situation qu'après 8*étre enfermé ou adossé à Strasboui^g. Il j eut un instant de désespoir et de découragement; plusieurs compagnies voulaient se jeter dans les Vosges et fbire la guerre de partisans; quelques mutins, isoles, désertèrent. A llaguenau, un régiment entier voulut quillcr les di iipcanx. Uapp, ému, désespéré, se porle au niilieti des troupes, li les liariui^Mie avec réloq»ience. irrésistililf (jue donne l'indignaliou : « Nous allons nous l»aUre dans uue heun-, s'écrie-l-il ; que les lâches s'en aillent; qu'ils abandonnent les aigles; que les braves restent auprès de leur chef et de leurs drapeaux ! » Le calme se rétablit à la voix du général, qui put se replier, sans incident nouveau, sur le cours d'eau de la SoulTel, et prendre les dispositions pour attendre l'ennemi , dont les bataillons serrés et nombreux le suivaient à la piste.
La journée du juin avait commencé. Un solei! brûlant dardait ses rayons sur la vaste plaine qui allait être le théâtre
d'une lutte acharnée. Le corps d'armée du Hhin formait presqu'uu (icuii-ccrcli', dont l'extrême dî-oite louchait à l'ill. non loin de Strasbourg, et rextrémc ^uuchc à la route de Suveme;
LE GÉNÉRAL HAPP.
le segment passait par les villages de Hœnheiro, SoulTelweyersheim, Lamperlbeim, Mundolsheim, et les trois Hausbergen.
L'ennemi attaqua împétuetiseiiieat le village de JLampertheim, défendu par le colonel Beurmann et un bataillon du 10", qui soutînt bravement le choc de 8,000 hommes, la plupart Wurterobergeois, et le feu de sii pièces de canon. A la fin il fallut céder au nombre; les vertes prairies de la Souffel, dans le vuisina^^e du presbytère et du moulin de Lamperlbeim, restèrent jonchées de cadavres fianrnis et ennemis. Jcjclteun voile sur quchiufs s' Anes (i'épuuva[ilMble barbarie.
Nos soldats se replièrent à Muiulolslieiia derrière la Souiïel. Alors l'ennemi s'ébranla à la fois par les routes de lirunialU et de Biscbwiller; il lançait 50 à 60,000 hommes de troupes fraîches sur nos bataillons harassés par les marches des précédentes journées. Le plan des alliés était de faire une trouée dans notre ligne et de séparer en deux notre corps de bataille. Rapp devina leur dessein. Les Autrichiens, forts par leur cavalerie, avaient déjà pénétré, par la route de Brumath, entre notre 15° et noire 1 6* division, et ce mouvement força les ndtres à évacuer à la hâte Mundolsbeim , pendant que le général lloltcnbourg, posté à ^ouirelweyersheiiTi, fut obligé de replier sa gauche pour couvrir Hœnheim et Biscbheim. En ce niument, Rapp en personne, à la tête dn 1P de dragons et du 7® dn chasseurs à '^hoval, se jette au centre sur la cavalerie autrichienne et wurlembergeoise, la culbute et en lait une affreuse boucherie. Alors le général Hottenbourg, qui a pu reprendre roffensivo, pousse Fennemi devant lui; une panique s'empare des alliés; les bagages, les fourgons à deux lieues en arrière de leur corps d'armée, sont culbutés, l'ennemi laisse 3,000 morts sur le champ de bataille; le terrain et la journée nous restent; mais nous aussi nous comptons 700 hommes hors de combat I Pendant toute la soirée et une partie de la nuit, les habitants de Strasbourg, consternés, émus d'ad* miration cl de pitié, virent entrer dans leurs murs des chariots
480 BtOGllAPniES ALSACIENNES.
chargés de blessés, qui rcmplissaieot Tair des cris de ; Vive t empereur ! vive l'empereur '/
Les soins les plus empressés furent prodigués à ces liraTes; c^était une journée de gloire : 15,000 hommes avaient tenu téte à un ennemi Irois à quatre fois plus nombreux ; ils avaient cédé, pas à pas, une ligne irop étendue pour leur peitt nombre; un instant séparés et ébranlés par les masses qui fondaient sur eux, ils avaient rétabli l'honneur de la journée, en culbutant la brillante cavalerie des ennemis , et , s^aiis la nuit , la faligiie et leur petit nombre, ils auraient refoulé an delà de la forêt de Bnimath, et peut-être de relie de ilaguenau, le corps d'invasion qui leur était opposé. Le général en chef dut sagement se contenter de couvrir le chef-lieu du Bas-Hhin, en tenant les hauteurs de Hceobeim, Bischheini et Schiltigheim au nord, et en garnissant au sud les bords de l'Ill à lllkircb et Graffenstaden. C'était une position inexpugnable qui laissait beaucoup de latitude à ses mouvements et lui permettait de 8 approvisionner sans faire retomber toute la cbaiige sur Tintérieur de la ville.
La nuit après la journée du 28 fut terrible. On s 'étail battu dans les rues de SonfTelweyersheim et de Mundolsheini ; le prince royal de Wurtemberg tit incendier ces malheureuses communes, et l'on vit, du haut des remparts, ce vaste brasier projeter de sinistres reflets sur Thorizon au nord de la ville. L'église de Souiïelweyersheini avait échappé à cette exécution militaire; dans la journée du 29, Tennemi répara cet oubh, et, vers dix heures du matin, le svelte clocher s*ablma dans les flammes.
Peu i peu on apprit les détails de la journée. Le prince Ferdinand d'Autriche avait été transporté blessé ft Haguenau ;
les hussards auli ichiens de lilankeustein avaient essuyé les
t. On remarqua que presque toutes les blessures portaient sur les piedâ et Ips jambes, tîne partie de nos troupes, au fort de la lutte, occupait le luut du ravin de la SoulTett elles alliés tiratent sur eux de bas ea baaL
LE GKKKRAI. UAi P. 481
pelles Jes plus forlet»; mais c'était une irisle et tardive satis* faction de songer aux pertes de Tennemi, lorsque nous avions les nôtres sous les yeux, et que la nouvelle des violences commises dans les communes rurales- arrivait, par des bandes de fugitifs, aitt oreilles des citadins consternés!
L'aspect de Strasbourg pendant ces dernières jouinées de juin et les premières semaines de juillet 1815 ressemblait k celui d'un immense camp et d'un vaste marciié. Ce n'était plus ni la disette de vivres ni le manque Av troupes du hluciis de 1X1 -i; les mes étaient remplies d'ujiiiVjriiH's, et le» campag^nards des envii ons ayant fiiil di-giierpir n terups leur grand et menu hétail, des étables en jdein vent étaient lormécs devant la plupart des maisons des faubouigs et jusqu'au centre de la ville. Toutes les casernes, tous les remparts, tous les forts extérieurs étaient garnis de gardes nationaux mobiles et sédentaires , et le camp du général en cbef offrait sur les bauteurs au nord un tableau toujours neuf et animé. C'était, dans les trois villages si connus des promeneurs de Strasbourg, le bourdonnement d une rucbe : troupes de ligne, gardes nationaux, campagnards et citadins étaient occupés à improviser, en rase campagne , de luiiindaldes relianchemenfs. Lii foule des soldais et des habitants persistaient à n*' juis aj<»(iler foi à l'abdication de Fenipereur, et les esjirits iiitelli^^eiils. (pii ik; vitvaient que trop l'abîme de malbnir où nous étions lotllbé^, étaient d'accord à se dire qu'il faliail, en fa^e de l'ennemi, faire bonne contenance, sauver Strasbourg, etsr battre nu besoin pour la patrie, ([uoique le grand bomme ne dirigeât plus les destinées de la France.
Rapp avait établi son quartier général dans File du Wacken à proximité du camp du noni; le commandement de la ville était confié au généra] Sémélé; le préfet, Jean de Brie — le même qui, dix -sept ans auparavant, avait miraculeusement
échappé au massacre de Rasladl secondait, comme de raison, l'autorité militaire dans toutes ses mesures de défense. I. 31
BlOtiRAPHIKS ALSAGIENNKS.
La population ngitéc, émue, mnis belliqueuse, fraternisait avçc les soldats. On cherchait à s'étourdir sur les événements accomplis et sur les éventualités plus ou moins fatales que Ton voyait poindre à l'horizon chargé de nuages.
Deux sorties, entreprises lé 6 et le 8 juillet^ foumîrent plutôt un sujet de distraction que d'alarmes. C'étaient des reconnaissances plutôt que des combats prémédités. La seconde, toutefois, dirigée sur les villages de Hausbergen, de grand matin, avait jeté une séi i» use alarme dans les rangs des alliés. Les ouvrnj^es. élevés par leurs troupes pour mettre ces localilés îi l'abri d'un rmip de main, avaient été emportés par les nôtres; leurs officiers supérieurs, surpris iicndant leur sonuned , avaient été obligés de se sauver sans armes et sans uniforme ; et lorsque rennemi parvint à se rallier, une lutte vive s engagea. Les troupes de sortie, prises dans la division du général Albert*, se battirent avec acharnement et ne se replièrent que lentement en feisant face aux alliés.
Hais l'intérêt du drame qui se passait alors en Alsace n'était déjà plus sur la scène ouverte et visible; il était au quartier général A mesure que les fhils accomplis & Paris arrivaient a la connaissance de Happ, il commençait à nourrir des inquiétudes sérieuses sur le coi'ps d'armée et la place qm iui étaient confiés.
l'n amiisfirf» avait été ronriu a«i VVackcn dès le 22 jiiilkl , entre le baron de VVacquant, lieutenanl-génénil, muni des pouvoirs du |)nrir c df llohenzollerii, commandant en chef de raitnée de siège, et le baron de Maureillac . muni des pouvoirs du comte Rapp. Cette convention avait é.té communiquée à tous les commandants de place d'Alsace, celui de Huninguc excepté. Par suite d'un malentendu, ou è dessein, le colonel Tavemier avait été retenu à Colmar sans arriver à notifier
!. C'était le '««le rh.issoMrs, le 1 1' et le 19» de dragons. Dans celte sor* lté ie iieulciiaiit-coloiiei Meriiii eut son clieval tué sous lui.