I.E IJKNKRAL RAPP. 48iJ
l'aitnisfice an génrral Barbanègre, (pii jeta, le 26 juillet, des bombes dans l'intérieur de Bâle. Mais ni cet iiicidenl, ni le siège de Huninguc n'exercèrent une influence sur la marche des affaires en Alsace. Il s'agissait, pour le général en chef» de savoir comment il ferait adopter la cocarde blanche par son armée et comment il parrlendrait é exécuter la grave mesure du licenciement.
Un changement de cocarde est, en lonle circonstance, nnu grave aiïairc ; les couleurs , lorsqu'elles sont des symboles Iiisturi(jUL'S, n'siiment des inléièlb et des passions; l'IIes vont au cœur j»ar les yeux. Kn 1815, après les Cent-Jonrs, déposer la cocarde tricolore et prendre la cocarde blanche, c'était pour Tarniée le renoncement h tout un passé de gloire; c'était une humiliation. Les Bourbons, s'ils avaient pu faire la loi é leurs propres portisans et adopter le drapeau tricolore, auraient peut-être pris racine dans les aflections du pays; ils auraient pu donner, sans trop de froissement, le milliard d'indemnités aux émigrés et le milliard qui allait payer l'occupation étrangère.
L'armée de ilapp avait la rage au ccBur, Iors(]ue, à la fin de juillet, un ordre du jour lui prescnvil de mettre la couleur blanche sur ses shakos et du cacher ses aigles. Ne potivaiit s'en prendre an gouvernement central, sa mauvaise humeur retombait siii' x's diclV iinuiédials.
Sur ces (Milfi'faitcs . le li(MilennuL-j,^ciiéral du roi , Dnbnîton , arriva le i) août à Strasbourg; le 10 août, le licencieineol de la garde nationale mobile fut prononcé. Quelques jours plus tard, le comte de Barbé-Marbois vint, au nom du roi, présider le collège électoral.
Cependant le général Rapp continuait h commander farmée du Rhin. 11 venait même de transférer 0e 13 août) son quar> lier général du Wacken dans l'intérieur de Slrasboui^; il rési* dait au palais. Position singulière et qui n'était possible que dans un moment de crise et de transition, pareil à celui que je suis occupé à peindre.
Rapp avait reçu l'ordre confidentiel de licencier le W corps d*arniée, en renvoyant chaque homme isolément, sans armes et sans argent, dans ses foyers. Celte mesure était tout simplement Inexécutable. Les soldats réclamaient leur solde et com>
mençaient à murmurer; ils ne voulaient pa^ i etourner cheï eux «sans le sou, comme des molfuiLeurs congédiés.» Le généra! cil clu'f nvail rjivoyé l'un de ses aides-de-camp a Paris pour faire des repioeiitalions iiistoiiles au ministre de la p-nerre et réclamer Targenl nécessaire pour le payement d un an iéré de solde très-considérable. Mais à Paris on n'avait pas de foodi»; il fallut l'impérieuse urgence de la situation pour arracher, après des sollicitations réitérées et en s'adressent au roi luimême» un à-comple de 400,000 fr. Le général Rapp, dans un ordre du jour du 18 août, fit annoncer Tenvoi de cette somme et donner Tassurancc que les fonds arriveraient successivement.
Le 93 août tin nouvel ordre du joui- portait que le Icndemniti i> août le ijoldat recevrait quinze jours de paye, et quVi piii iii (le la, de einq joiu's en cin(] jours, la solde serait ré{7Ulici I riieal payée. Les soldats étaient invités à i e>peeter « Torclre cl ia discipline, » exhortation significative dans ce moment, car elle indique clairement les inquiétudes que Ton avait conçues au quartier général.
Ce payement tardif, partiel, insuffisant s'était opéré ia veille de la Saint-Louis, qui aUait être célébrée à la place du 15 août. Les soldats assistèrent mornes et silencieux aux services ofiiciels. Le général Rapp, accompagne du comte Marbois, se rendit, avec quelque intention, dès neuf heures du malin, au Temple-Neuf et à dix heures à la Cathédrale. 11 paraît que le jrénéral, en se montrant dans cette solennité toute royaliste, voulait prouver la droiture de ses inlontions et ne pas compliquer, en s'nbstenant d'y paraiti'e, une silualion déjà tendue. Mais le soldat, qui, depuis six semaines, criait à la trahison, trouva dans ce simple acte de courtoisie un motif de plus pour nourrir ses défiances.
LE GÉMéRAL RAPP. 485
Par la force des choses , le ;,'énéra] avait eu des commuDi-
cations fréquentes avec les unicicrs supérieurs de l'armée de siège. Dans le courant de juillet, il avait reçu l'ordre du gouvernement du roi de livrer mille fusils à l'armée russe. Dès les premiers jours du même mois, on lui avait fait la propusitioa de remettre la place entre les mains d'un prétendu cuinmissaire du roi. Les arrangements relatifs à rarmktice avaient nécessité de fréquentes allées et venues. Au mois d'août , avec la cessation complète des hostilités, ces rapports étaient devenus plus fréquents encore. Il n'en fallait pas tant pour inspirer des soupçons à des hommes â la veille d^étre renvoyés et qui, depuis les nouvelles de Waterloo, étaient en proie à Tune de ces violentes douleurs morales qui troublent le jugement des meilleures tètes et gagnent en intensité par la contagion des sympathies. Bref, le général en chef était sotipeunaé de vuu- Iciir licencier ses troupes, sans salisluire leurs justes réclamatiuiis. Le soldat n'accusait pas la loyauté de Uapp, inuis on le supposait probablement sous l'empire d'ordres venus de Paris. Ouelques malveillants s'appliquèrent à répandre le bruit que l'armée du Hhin serait livrée à l'ennemi !
A ces époques de crise, les opinions les plus contraires et les plus absurdes s'accréditent avec une extrême facilité; Tinvraisemblance d'un Hiit n'arrête ni ceux qui le propagent, ni ceux qui l'accueillent comme une parole d'évangile. Si les ennemis du général Rapp Font accusé d'avoir été de connivence avec les Autrichiens ou avec le gouvernement restauré, soit pour garrotter les soldatis de l'armée du Rhin, i»ûit ])our les dépouiller, des anii> iii.ilydi oits ont prétendu que le général s'enleiulait sous main avec les lrouf»es elles-mêmes pour obtenir par la viulenet* el la révolte le payement de leur solde légitime.
Il sullil de livrer ces données contradictoires à l'appréciation saine et cahne de mes lecteurs; ils y verront à quel prix se jouent les grands rôles sur le théâtre du monde!
Le général en chef de l'armée du Rhin planait au-dessus de
486 BioGRAPiUES A^^ACll1;^^^:s.
ces soupçons en les ignorant , ou si quelques indices parvenaient jusqu*i lui» il les méprisait. En vain il s*élait efforcé de conjurer Torage en contractant un emprunt h Strasbourg. Les habitants avaient demandé une hypothèque, et le ministre des
finances, sollicité d'accorder à cet effet les tabacs déposés an ma^^asin du chef-lien, avail iclusé. Les ù-coiiiptc payés jiisi(iri( i à l'aide de Ifoiles envoyées de Pnris et nvi r iiiir uimni' de i(i(),UU(J IV. fouiiiie pur la niiiiiicipalilé sur inshim es ilu g:énéral Sémélé, gouverneur de la ville, n'avaient l'ait qu'irriter Timpatience des soldats. La sédition, préparée sous main, éclata le â septembre.
De grand matin une députation de cinq sous^officim vint exposer au général en chef les griefs des soldats, et les c conditions » qu'ils mettaient à leur licenciement.
Au mot de «conditions,! le général, qui était souffrant et venait de sortir d'un bain, s'écrie bouillonnant de colère: « Quoi! des conditions à moi! * et il i envoie les parlementaires stupéfaits.
(aïKj ( cnls sous-officiers de loiitt s les armes attendaient le résultai de cette audience. Ils demandent à leur tour d'éU*e introduits au)>rés du général en chef. Les aides-de-cam[) les empêchent de pénétrer dans son cabinet ; le colonel Schneider, chef d'état^major, essaye en vain de les calmer: c Notre solde! de raient !• voilà les cris qui partent de leurs rangs. On se retire de part et d'autre sans avoir abouti à un arrangement.
Le général en chef, en attendant, avait mis son uniforme; il sort avec son chef d'état-major et ses aîdes-de-camp ; mais déjà, dans ce coiirl intervalle, la ville avait changé il"as|i»'c! ; tout était piéparé pour frapper un ^land coup; les environs du palais étaient hérissés de haïonnettes et huit canons l>rai|ués contre la façade. Happ essaye de parler; des vociléralions couvrent sa voix ; il se précipite sur un canonnier qui se tenait, la mèche allumée, près d'ui\e pièce , et qui se confond en excns«*s à l'approche de son chef supérieur avec lequel il a
LE liÉNKRAI, RAHP. 4<S7
fait la campagne de Danliig : c Mon généi-al, je suis obligé de fairé comme les aulres! *
Partout où le général essaye d^aboitier les troupes, les baïonnettes se croisent; quelques écervelés l'ajustent: Tiirck> lieim et d*Andlau, ses bravos aides*de-camp» le couvrent de leui" corps.
De guerre lasse, Ftapp ({('^scspéri'' rentic au palais; le flot lies sédili»'iix s'y fu t'xipile après lui, l«-\s couis , It's csealiers, \ùs appartemenUs se remplissent de piquets; la chambre à coucher du général est gai ilée à vue.
En môme temps que celte scène de bas-empire se passait aux abords et à Tintérieur du palais, des canons sont braqués contre Thôtel de ville , habité par le général Sémélé: l'arsenal, la fonderie, les hôtek du receveur militaire et du payeur sont gardés; des patrouilles^ conduites par des sous-officiers, se croisent dans toute la ville, des piquets renforcent les corpsih'-gardi* des portes; ki jilaec d'Armes, occupée uiililairemenl, iv>seMiliIe à un vn.slc carup retranché, défeudu par des canons; et du centre de celle j)laçe, les ordres donnés |iar un simple sous-oflicier, et transnjis avec précision, circulent sur tout le résfiau de cette vaste trame avec la rapidité de l'étincelle électrique.
Quel était le chef inconnu de cette habile manœuvre? un produit de Télection de ses pairs, un sergent-mi^or de chasseuils du 7* dinfanterie, Dalhousie de nom. Audacieux et doué de quelque éloquence militaire, il avait, en sa qualité de plus ancien sous-officier de Tarroée du Hhin, obtenu le matin même les suffrages des conspirateurs réunis dans un liasliou jtour se concei ler sur le parti à iuTndre. Dalliousie ne s'était engagé qu upi L's avoir recueilli le seinient d une obédience aveug-le et absolue et après avoir bien établi le but de cette levée de bouclieis: « Paijemenl de l'mrièvé aumit le licenciement; rien de plus^ rien de tnoins; du reste, maintien absolu de Tordre public; respect des personnes et des propriétés.»
4SS BI0tiKAPUlE2> ALSACIENNES.
Ce prugrainme (ul exécuté à la lettre; délense absolue, sous peine de mort, fut ftdte d'entrer dans un cabaret pendant la durée de cet état de sîége intérieur, pour éviter qu*un cas même isolé d'ivi'edae ne jetât une défaveur quelconque sur rentreprise.
Lu ville , plontrée pendant quelques lieure.s Jaiis une morne slupeur, se rassura vite à la vue de cette org^anisafiuii furluau sein même du désordre, à la vue de l'allitude ciiliue, réservée de tous les soldats, qui ne répondaient à aucune interrog^atiou. Dans la matinée, les officiers des diverses compagnies avaient essayé de ramener à leur devoir les soldats mutinés. Dalhousie, pour mettre tin à ces instances, consigna tous les chefs; à partir de ce moment, le flot de la sédition coula, saus plus rencontrer le moindre obstacle, mais aussi sans causer la moindre dévastation matérielle.
Cependant cet état de choses , qui compromettait gravement la sûreté intérieure et extérieure de la ville, ne pouvait durer. A la première nouvelle de la révolte, Tannée de> alliés resserra ses cantoniii lueiil.s el reeut des renforts, <juoj<iue le général commandant les troupes du blocus eût été averti que rien ne serait tenté contre la ligne du dehors , et que Ton eût immédiatement donné une sauvegarde au générai autrichien Volkmann qui résidait à Strasbourg, sur la place d'Armes même. 11 était naturel que les alliés prissent des mesures de précaution au moment d'une aussi formidable émeute militaire, et pour expliquer leurs dispositions» il n'est pas nécessaire de recourir à des interprétations forcées. Quelques esprits soupçonneux ont pen^é qu'il y avait peut-être connivence entre les généraux alliés et les instigateurs cachés de la révolte fiour livi er la place de Strasbourg à reinienii. Le général Kapi» luimême s'est servi de cet argument pour l'aire rentrer dans le devoir la garnison mutinée, lorsque Dalhousie el quelques sous-officiers se présentèrent devant lui dans l'après-dinée du 2 septembre; mais nous doutons fort que le général eût pu
LE UÉliÉKAL hAFP. 489
croire sérieusement à l'exisleiice cTun pareil complot. Dans la position extrême où il se trouvait» il avait certes le droit de se servir de toutes les armes du raisonnement, et, à défout de connivence entre les conspirateurs cachés dans l'ombre et des
eiineinis exlérieui ^, le simple lia^ard [)ouvail aniuiier un couOit; rélincelle ëluil près de la poudrière. 11 fallait, à luiit prix, l'éleiiidrc au ])]us lôt.
La niunicipalilc fui cuuvuquée par ordre de Daihousie ; uii emprunt de 700,000 fr., réparti entre les citoyens notables et rendu exigible daus les vingt-quatre heures» rentra immédiatement. Le sergent-major, commandant les troupes, put foire lire, dans la soirée même du â septembre, devant tous les postes, l'ordre du jour suivant:
«Tout va bien; les babilants financent et les payements sont commencés. Signé: Gantison.t
Le g-éni'iiil 1Iu|j|>, dès (ju'ii cul iippi is que lus Slra.sboui{,a'uis accorilait'iii a la uoIl'ucc aiuialu ce qu'ils avaient reJu^e à ses Hollicilalions, a\ail cavoyé son chef d'état-major à la municipalité pour régler la réparliliou de renipnint torcé entre les différents corps. Cette opération et celle du payement indivi* duel se tirent avec la plus grande régularité et sans donner lieu à la moindre réclamation.
En attendant, l'état de siège intérieur continuait. Pendant deux nuits la ville Ait illuminée par ordre, dans l'intérêt de la surveillance. C'était un contraste singulier que cet air de fôte des maisons avec l'aspect des rues où passaient des palrouitles, où stationnaient dus piqnels, sans un seul ^M'onpe de bourgeois pùl se former. On circulait isolément, La cilé ap];at tenait aux prétoriens; mais ces prétoriens jouaient avec nnc rare perfection et une conscience digne d élogei> le rôle de gardiens de Tordre [lublic.
Le général improvisé sortait fréquemment à la tète de son élat-major pour s'assurer lui-même de la situation et de l'exécution de ses ordres. On lui rendit sur son passage tous les
lionneui's militaires, et il a dû savourer eu quelques beures toutes les ivresses du pouvoir, si toutefois Fidée du lendemain n'est venue troubler cette haute fortune d'un jour.
l'n seul accident fimeste interrompît le cours de cette u*agicomédie. Le cocher du général avait essayt* ilc sortir du palais, au plus fort de réinoule : il coudiiisail iiii rlian'ol (•liar<fé de belles •!«* loin ou de paille. On le fil n''ti oj^rader; il eut le niâllieur de blesser un enfant, et la troupe furieuse, se prédpilant sur lui , lui porta quelques coups dont il mourut.
Le payement des trou|>es était terminé dans la soirée de dimanche ou les premières beures de lundi 4 septembre. Oalbousie réunit la garnison sur la place d'Armes, et, après une allocution un peu décousue, il la fit défiler devant lui ; puis il alla arborer le drapeau blanc à la préfecture et & la mairie et finit par se présenter chez le général en chef, qui lui pardoima eti faveur ihi la disri|dine rL'maKjiialilc uiaiuleiiuu pendant ces deux jouriices sans précédent dans Tarniée napoléonitiuu '.
Dès que la consigne du palais et celles des deineiii oï. (>arliculières eurent été levées, tous les olTlciers supérieurs se pr écipitèrent à Tenvi chez le général pour lui témoigner tuute la douleur que révénement du 2 septembre leur avait fait éprouver. Une adresse officielle, écrite dans le même sens, signée par quatorze colonels, trais majors et par tous les chefs de bataillon, parut dans le journal de la localité. Des habitants notables se rendirent individuellement auprès du comte Rapp pour lui manifester les mêmes sentiments, et le général en chef, an inuiiiLMit (!«■ (piitter la ville et de déposer son commandement, le 17 se{)t('nibre, écrivit une lettre d'adieu, daiis laquelle il afRi'me n'avoir en (ju'à se louer de ses compatriotes. Mais c'étaient là des démonstrations otlicielh'S. De tait, le général était vivement irrité et blessé, moins peut-être de la
I. Dalbousie passa » plus lard, deraat un conaeO de guerre, et fut acquitté.
LE GÉHÉRAL RAPP. 491
sédiliou que du refus qu il avait éprouvé dans la question de
TemprunlV
Les :<uldiits licenciés après leur iiaycaicnl se rt'jiimdii eut dans Ici mes el les magasins pour iaii e leurs provisi(JMs d(! voyage: sur les {glacis de la plîtrp , il y eut dt- louchantes scènes d'adieu. Le Courrier du lias-Hhin du 5 septembre se borna simplement à annoncei' le licenciement de rarméc du lUiin el le départ immédiat du 08*^ régiment d'infanterie. Quinze jours plus tard, il se hasarde à donner un récit succinct de Févéne* ment qui a foitné dans le blocus de 1815 fépisode le plus dramatique.
Le lendemain même de lëmeute, H. de Bonthnier, le nouveau préfet investi des pouvoîi*s du roi, arriva; il trouva l uidre coiiiidélemenl nHajdi. Le 7 se[jlLiiilire , le {général Séjriélé iTinil la place de gouverneur de la ville au général Dubrelun. et dix jours plus tard, le général Ua|)p, dont la présence n était plus indispensable à Strasboui^, partit à son tour. Déjà l'armée de blocus s'était éloignée des murs de Strasbourg. Dès le 7 septembre, le prince de Hohenzollem avait porté sou quartier général de Stutzheim à Molslieim ; le général Gzellicb avait quitté Hausbeigen pour s'établir à Wasselonne*.
Quoique le blocus ne lût officiellement levé que le 25 septembre, les communications avec le dehors devinrent dès ce moment plus sures el plus faciles. On écarta, comme un mauvais cauchemar, Ir s<jiivri)ir des derniers mois, et la charité s'applifpia iiniui'ilinleinciit à piMirvoir aux besoins les plus urgents des commune» i utules si ci uellemeul éprouvées.
I. reii de Jours après la révoKe apaisée, mon père, ayant un deroîrd'affoires à romplir auprès du général, subit une très -vive incartade à propos de ratlitiide de .siia.^hnurg avant l'événeinent,- mais Ioî* aides-de-raiiip , qui iMilouraiouI ir ( alnièreut très-vite, vt. dans li luèuic inâtaut, le gé-
néral passa d'un clan de colère a une caii>( rir inliuu'.
î. L'Alsace était alors occupée par cent vifigt u cent trcute mille alliés, dont une partie quilta bieotAt aprè« le terriroire b«iieai«.
492 BIOGRAPHIES ÀLSACiEMKES.
Le comte Rapp s'élaît provisoirement retiré à la campagne. Avant de prendre une décision sur le séjour qu'il aurait à choisir, Il écrivit à Louis XVIU une lettre, que je ne puis me dispenser de citer :
«Sire,
fJe ne cherche point à juslilier uiu conduite. Votre Majesté :»ail 411e mon inclination et mon éducation niih'taii t' m'oiil toujours porté à défendre le territoire français contre toute agression étrangère; je ne pouvais surtout hésiter à offrir mon sang pour la défense de l'Alsace qui m*a vu naître.
cSi j'ai conservé l'estime de Votre Majesté, je désire finir ma carrière dans ma patrie; s'il en était autrement, je serais le premier & demander d'aller passer mes jours à l'étranger; je ne saurais vivre dans mon pays sans l'esthne de mon souverain.
fJe ne demande que cela, et n'ai besoin que de cela.»
Le général passa quelque tcjups à Paris sans être mulcsté. Il ne pouvait s'atlenilre à mieux dans le premier momenl de la réaction ultra-royaliste , puis il se retira pendant un court intervalle en Suisse. Je vais le suivre dans sa solitude. Une nouvelle et dernière phase dans l'existence du général commence.
Ea^tjt dans la retraite à Fut i.s, a H7We/Mt«in, à Rheinweiler. — .!5'a mort. — - Sa famille.
Dans la vie d'tm homme qui a rempli de hautes fonctions publiques, c'est un moment solennel que celui qui sonne l'heure de la retraite. Cette transition de l'activité au repos est
plus sensible encore dans la carrière du soldat. Quelque belle que suit la métaphore du n n pos sur les lauriers, » loi sfju'un général suspend son épée au coin de sa cheminée, lorstjn'il dépuse les insÎL'ues du commandement, soyez sùi (jue son cœur saigne, et que ces douceurs tant ambitionnées du foyer domestique lui deviendront bien souvent mortelles.
FInpp ciail ué pour l'action, il actail [)oinl fait pour élrc soldat -inlioureur. Cependant, à peiac parti de Strasbourg, il songe a iaire l'acquisilion de quelque terre en Alsace, où il pourra vivre tranquille, à l'abri des orag^es du monde politique, et se créer un intérieur. En un mot, Rapp songe à se remarier.
Je n*ai point parlé jusqu'ici de sa première union; j'ai dA imiter la réserve qu'il a observée lui-même dans ses mémoires. LVrnpcreur, m 180*), lui avait prescrit de se marier, H laissé le choix entre doux tiynrces. Le i>;énrral nous apprend, en passant, que ce premier mariage n'nvnit pas été heureux. A Danlzig il avait formé une union morganatique, el il oubliait, au sein d*unc femille qu'il adorait, les soucis et les dangers de sa haute position. M"** Belchcr, la lille d'un négociant considéré, lui avait donné deux enfants, qui flirent légitimés par leur, père désespéré de n'avoir pu donner son nom officiel à une femme chérie.
Dans les premiers jours de 4816, Happ, libre de tout engagement antérieur, épousa M"' Albertine de Rothberg , qui appartenait à une lauiille d'ancienne noblesse'. Toute jeune encor»' , el remarquablement b<'lle et gracieuse, elle mil sou anibiliou et son bonheur à rendre sereine l'arrière-saison de l'illustre général, qui avait près de 45 ans au moment de former cette dernière union. C'est la force de Tt^ge dans le cours ordinaire des choses; mais ses fatigues et ses glorieuses blessures allaient accabler Rapp d'infirmités précoces, contre lesquelles il eut à se débattre.
Dès le 15 décembre 1815 il avait annoncé son prochain mariage è son 0dèle aide-de-camp et ami M. Guillaume de Tiirckheim :
«Schneider doit vousavou' écrit, mon cher Tùrckheim, que
I. Elle tirait «on nom d'un châletu on d'nne ville litaès dans le bailliage de Dornach. — Les Rotliberg aTaient droit de bourgeoisie à Bile. Oepnts 1227 ila avalent des propriétés en Alsace.
49i BiotihAPniLS alsaciennes.
ie moraeiil de coiisiomnu'i l'œuviv approche, cl que Jr (h-sire f>iVn que vous soyez de In partie de noce avec le bt-ave d'Andlaii Je compte arriver le 'l i au soir à Olhviller. Heureux, mon cher Turckheim, ceux qui ODt un bois, un jardin, une petite maison et une petite femme; la crise, dans laquelle nous vivons, me feit tous les jours désirer ces objets. Adieu, cher philo^uplic, je vous embrasse. >
Le jeune philosophe suivit bientôt Texerople de son général, et nous allons, dans le cours de ce récit, retrouver dans In même corresj>uii(l.'inr»' les frarp? de riniriêl que Rapp prenaii ;i \d famille de son .'iiici« M ai»lt -(ir-c;imjt.
A la liate (lu 17 mars IcSKI il lui éeril, de Paii<, qii occupé de Tachât d'une canqjagne, il est dans l'indécision entre Wildensleiu, en Argovie, et Ittenwillcr, dans le Bas-Uhin. Celle irrésolution est facile à concevoir; l'un et Pautre de ces do* maines offrent des avantages matériels et des agréments pittoresques qui se contre-balancenl. Le château de Wildenstein est situé sur le revers méridional du Jura, dans une position ravissante, TAar à ses pieds, et les hautes Alpes à Thorizon vers le midi. On est dans le vestibule de la Suisse.
Dans une position moins p^indiose, mais peut-être plus ajjréalii»', le ch.^leau d lllenwiller, au pied df s Vosg-es, entoure de ricljcs ver{?prs. de prés o\ do vijrnohli .s , avail le grand avantage dVli e à [«en dislanro de Sliasilionr^^. Dans une lettre datée de KSIO, général appuie beaucoup sur celle circonstance; c'est à Strasbourg où, malgré les événements de septembre, il veut t>rendre ses quartiers d'hiver, lorsqu'il ne pourra se rendre à Paris.
Le 3 avril suivant, il mande de nouveau à M. de Tûrckheim: «Stulz est chargé de voir Ittenwiller dans tous ses détails; voyez avec lui ce qu'il y aura é feîre; toutes vos raisons sont
I, M. le l),uuii <rAiiill;iu avait étc blessé dans le combat du 28 juiu &ou$ ich uiur^ de SUasbourg.
# LK <.KNKnAL HAIT. 495
bonnes; il ny mira que l'arliclc des dcitoncialions que: jr crnins dans ces lemps difficiles , et il paratl qu'on ne va pas mal dans voire pays.
«Je suis toujours fenne au poste, chez moi, tranquille, ne craignant rien, et ni*attendant à tout; fier d*avoir bien fait mon devoir, dans tous les temps , mais surtout fier avec les exagé' rés, auxquels je ne passe rien. On esl étonné de ne pîis me voir aller aux Tiiih rii'.s; j'ai l épundii ;'i deux émissaires rju'uri m'a adressés pour mo sonder, (jiir j'irnis, l()is(|iie je vfn;iis qu*ori rendra la ronsidiM alidii ;'i I ni iiiér , i-nfi^-idéralion que les étrangers mêmes ont pour nous plus que jaiiuus. »
Après de longues hésitations, il renonee à Itlenwiller, qui resta la propriété de la famille d\i général de Cœhorn, et se décide pour le château de Wildenslein. La Suisse devait, à raison des circonstances politiques, lui sourire plus que PAlsace*
En août 1816, nous le trouvons aux eaux de Schmznacb, non loin de sa nouvelle acquisition. A la date du 16, il écrit à son jeune ami :
«J'ai été touché du souvenir tlalleur que le roi de Bavière m'a conservé, ainsi que sa famille.
< Le toast qn il a porté en mua honneur a fait du hieii à ma santé; on me i'avait déjà annoncé.
«L'acquisition de Wildenslein esl une excellente ijlluire; vous ne croiriez pas que je pourrais avoir âO,ÛÛO fr. de proiîl en revendant en détail.
«Les eaux me font le plus grand bien.... iMa femme est à Rheinweiler. Vous ne reconnaîtrez plus les enfiinla, tant ils sont gros et gras. >
Les enfants dont il parle sont les rejetons de son union de Dantxig. La terre de Rheinweiler, oît M*"^ la comtesse Hu|)p séjourna, appartenait alors à la fomille de Rothberg. Le général y rejoindra hientôt après sa femme; plufieiirs lettres écrites à M. de Tiu'ckheim sont datées du cette chaiiiumie résidence.
496 BIOGRAPBIES ALSACIKNNES. •
siluêo, couime son nom rindiquf, sur h^s hords du Mhin, clans lo pays badois, à qucKpics lieues au nord de Baie. C'est de là qu'il écrit lo 5 octobre (1810) : « Ma femme n*onhliera jamais les bon$ ol sages conseils que Madante votre mère lui a donnés.*.. Je me suis mal trouvé des bains de Schinsnacb; j*ai été obligé de les quitter , je ne fais que me droguer; on m*a mis des vésicatoires et aujourd'hui* des sangsnes....
«Je partirai le 1^ du mois prochain. Ma femme viendra me rejoindre avec le nouvean-né, après ses couches....
c Je vous ai dit ({in- je vons Terai arranger un logement è \Vîldcn^l(■in ainsi que pour les vôtres. C'est là où j'irai passer quelques mois licureux tous les ans, et c'est là où nous causerons de n<i> I ;iin[tnp:nes pour lt'squ«'lles les t'iriuip^e!^ au moins out conservé du respcclj el qu'ils ne regardent pas comme un crime.
«Le roi vient de taire un coup d'autorité en renvoyant celte enragée chambre des députés; ce qui lui attachera bien des cœurs. Vous vous rappelleres que j'ai toujours rendu justice à Sa Majesté, qui vaut bien mieux que tous ses alentours, qui Font toujours trompée d'une manière coupable, à une tr^ petite exception prés. Si tous ces messieurs savaient combien tes étrangers les méprisent, ils deviendraient peut-être meilleurs Finançais!
o AflifMi, mou clxT (luilliuuMc : vou^ serrz, à la solde futière, romuK à la liciiu-sold)' , loujnurs un des plus esUmahies militaires ((ue j'aie eurore i'ouun> »
Dix jours plus tard , il reprend la plume poiu' annoncer à son cher correspondant la prochaine délivrance de M"*^ Happ, dont la grossesse est bien avancée. — « Il faut , mon cher Guillaume, que vous fîissiex un acte de bon chrétien, en acceptant avec M"* de Lagorce die Paihenstdle* pour Tenfont qui sera né, à ce qu'il paraît, vers le SO du mois prochain. Vous n'anrex autre