‹ Biographies alsaciennesChapitre 5 sur 57 · OregoroTiiu, Histoire de lUme au moyen dge , t IV, pusim · texte numérisé non relu

OregoroTiiu, Histoire de lUme au moyen dge , t IV, pusim

el gagna les coeurs par cette humilité qui chez lui semblait une grftce <l*étaL II éprouvait inslinctivementte besoin de s'appuyer sur quelque afiection» puisqu'il allait être obligé de froisser les intérêts et les passions.

Dès le premier coneile qu'il convoqua à Rome en avril 1049, il put se convaincre que s'il voulait agir avec une vigueur extrême, renverser tous les obstacles, frapper tous les coupables, les églises de Home resleraicnl sans prêtres. Hrldebrand, maintenant son sous-diacre et recteur de Saint-Paul, le dirigeait à la fois avec énergie el modération. Kilian, évéque de Sutri, accusé de plusieurs vices, avait cherché à se défendre en faisant admettre de taux témoins^ mais à la voix du pape, il était tombé, frappé d'apoplexie, comme Ananias, sous l'impression d'une terreur panique qui s'était emparée de tous les assistants. Léon prétendait établir la règle que tous les prêtres qui auraient été consacrés par un évêque simouiaque seraient privé» de leur dignité. L'effroi Ait universel. C'est alors que Hildebrand intervint et fit établir, comme règle normale, les ordonnances moins sévères de Clément II: Mais Léon IX se montra ' implacable contre les mariages incestueux el conlre les ecclésiastiques cuucubinaii es.

Pur, lui-même, de tout péché charnel, il s'indignait contre les coupables qui avaient violé le vœu de chaslelé. Les femmes convaincues d'avoir cohabité avec des jji ètres furent privées de leur état civique et condamnées à létal de serves du palais de Latran. Cette antique demeure des papes, qui, sous 6e* noU IX, avait été un lieu de débauches, fut exorcisée par le saint pontife et rendue à sa destination première; les admirables hymnes de l'Église primitive retentirent de nouveau sous ces voûtes purifiées.

Dès son entrée en fonctions, le pape reçut, de la part de saint Pierre Damiani, un livre, fruit d'une longue et terrible expérience, un volume portant le titre significatif el néfaste de Gûtiiùrrhwnus, qui signaiuil au père des lidéies les vices

SAif^T LÉON IX. ii

hideux donl laïques et cléricaux se souillaieiit, et qm le sommait d'extirper ces excroissances du corps social. Le pape répondit catégoriquement au jeune anachorète pour le remercier de ses Instes révélations et prit l'engagement d'y porter remède dans la mesure de ses forces. A l'un des successeurs de Léon IX, au pape Alexandre II, l'œuvre de Damiani parut offrir lies sujets de scandale tels, ({u'il mil devoir renfermer dans une cassette Pfui^ triple clef. L'E*^lise, depuis ce temps, a permis rimjiression de celle anatornie du vice; car la morale publique n'est point engagée dans les publications de celte nature, et elle ne couii point de danger par des cnidités physiologiques. (Test la poésie du crime qui fausse les intelligences et pervertit les cœurs.

Dès le déhut de son pontificat, Léon IX avait à lutter avec tt'autres dilBcullés matérielles; les caisses des églises avaient été vidées par le monstrueux Benoit IX; dès lors comment nourrir la petite cour pontiflcale? 11 songeait déjà à vendre jusqu'au dernier de ses ornements, et ses amis d'Allemagne étaient sur le point de mettre leurs vêtements en vente, afin de pouvoir l elourncr dans leui* pati ie, lorsqu'un don inespéré arriva de la cour lombarde de Ik-névent. Ou a renuirqué que pendant les soixante-dix années (jui ont précédé le jtonlitical de Léon IX, et sous son règne même, on ne fra[)pa point de monnaie papale. Le peuple romain cependant vivait d'aumônes, comme il vit ai;gourd'hui du produit des étrangei-s; par une coïncidence heureuse, dans cette détresse publique, on vit se présenter à Rome un roi d'Ëcosse, illustré bien plus par la tragédie shakespearienne que par les annales contemporaines. Macbeth, meurtrier de son prédécesseur Duncan, avait à se faire pardonner cet assassinat, et il répandit avec profusion des aumônes et des largesses de toute nature. Le peuple ftit satisfait et attribua ce secours inattendu è Tinfluence du pape.

En «général, la ville de Home resta calme sutis Léon IX, qui b'appliquail à ne pas attaquer les formes de la constitution ur-

BIOGRAPHIES ALSACIKNNES.

baine. La piété réelle du pape inapirait aux babilants un mpeci involontaire, et l'union intime qui r^ait abrs entre l'empire et la papauté contribuait aussi au maintien de la paix dans les rues de la ville et dans les châteaux de la campagne. Mais Léon ne parvint jamais à se sentir i Taîse dans une cité ([ui avait été récemment souillée par tant de meurtres perïides et fie conibals jiublics. Le séjour de Rome lui inspirait une involontaire répugnance; en additionnant les mois qu'il a passés an Latran, on n'arriverait probablement pas au quart des années de son pontificat.

Déjà pendant Tautomne de 1049, nous trouvons le pape en route pour le Nord. A Passignano, en Toscane, il est rejoint par saint Jean-Gualbert, ce chevalier-moine, fondateur du couvent de Vallombreuse, et Tun des lieutenants les plus actife du pape dans fcsuvre de la réforme. H traverse Pàvîe, passe le Saint-Bernard et se rend â Glugny, partout conciliant, coitûrmant ou concédant des privilèges. Puis il entre un in- . stant ft Cologne, où un accueil magnifique l'attend; à Aix^Ia* Chapelle il reçoit la soumission de Godefroî , due de Lorraine, qui avait saccagé et incendié la ville de Verdun , et qui maintenant faisait amende honorable sur le iliéàtre même de ses méfaits, en se laissant frapper de verges et en consentant à faire roHice de manœuvre pour la reconstruction de 1 église qu'il avait brûlée.

Un synode avait été convoqué â Reims pour le 3 octobre 1049; Henri 1^, roi de France , cii*convenu par des évéques simoniaques, avaft voulu détourner le pape de son projet d'entrer en Champagne. Léon IX persista dans son dessein; un im* mense concours de tous les points de l'Europe centrale et de VAngleterre lui prouva qu'il n'avait pas ivop présumé de son influence morale. — La foule des pèlerins dans l'église de Saint- Remy, où l'on avait exposé les reliques du saint, fut telle qu'il y eut des iualheurs à déplorer. Le pape fut obligé de se réfugier dans un couvent contigu à l'église, que l'on évacua de

force pour pouvoir célébrer les cérémonies de la consécra* tioo.

Le synode fui tenu dans le temple, qui venail d'être restauré et livré au culte; une longue série de mesures disciplinaires marqua chaque jom* de cette active assemblée. L'archevêque de Reims, accusé de simonie, mais babflem^it défendu par révéque de Senlis, fut assigné à comparaître, en i050, devant un concile à Rome. D'autres dignitaires inculpés furent moins heureux; l'abbé du Potliières (dans le diocèse de Laugres) qui s'élail refuse de payer le denier de Saint-Pierre et s'était l eiidu coupaltli ri ,i( (t ^ honteux, fnf solennelienienl dépose. L'évéque de Laugros, accusé de cruues multiples, crut devoir se soustraire par la fuite au prononcé du jugement, qui le mettait hors du sein de f Église.

Cette terrible sentence de fexconimunicatioi) fut prononcée^ dans le même synode, contre plusieurs prélats prévaricateiuns; les anciennes prescriptions contre la chasse et le mariage des prêtres furent renouvelées, et lorsque, après une étonnante activité déployée pendant le concile, le pape fit ses adieux à Reims, il put se rendre le lémoi^age d'avoir, sur le sol de la France, et en face d'un roi niaheillant, déployé la même énergie qu'à Kome, en face d'une faction de puissants dynastes.

Un concile ét«'iit convoqué à Mayence, pour le 11 octoLie, el l'eirijifreur d Aiieinagne devait s'y lenconlrer avec le pape. Avant de s'y rendre, Léon IX consacra l'église de Sainte-Madeleine à Verdun, et versa des larmes sur les ruines des temples et des demeures qui avaient été saccagés par Godefroi de Lorraine. On vit à Mayence se produire des scènes analogues à celles de Reims. Un évéque de Spire, Sibico, accusé d'adultère, essaya de se défendre; sa mâchoire fiit subitement paralysée, et, de ce moment, Tassistance ne douta plus de Tiniluence irrésistible d'un pontife, qui était visiblement assisté par le Seigneur.

De Mayence, le pape retourna siu* ses pas en Lon*aiue, el

blULUAPUlES ALSAClE>.\Ëb.

arriva en novembre à Moyenmontier, «cette pépinière de sainte;* du fond de la vallée lorraine, il se dirigea vers Andlau, en Alsace. Je laisse à penser quelle dut être son émotion, lorsqu'il toucha oe sol, où il avait sans doute plus d'une fois passé comme jeune lévite pour visiter soit Hohenbourg, soit le monastère d*Altorf, fondé par ses ancêtres. Le couvent de Saint- Fabien et Sainte-Félicité à Andlau le n rui dans son enceinte; il y consacra le maîlre-antel dans l'église nouvellement reconslruile par l'abbessf Mailulde, el y plara les reliques de sainte Bicharde. I>es droiU el les privilêi^es de Tahliaye fuient renouvelés à celle occasion , sous réserva «l'un»' redevance de trois pièces de toile pour èloies, que 1 abbciise aurait à envoyer annuellement au saint-siége. Le souvenir de la sainte impératrice devait être sympathique à Léon IX, qui cultivait, comme sainte Richarde, les muses latines > et qui aimait, sans doute, comme elle, ce pittoresque vallon. J'ai tout lieu de penser que te pape ne passa point au pied de Hohenbouiig, dont il avait restauré le couvent quatre ans auparavant, sans foire une courte station au haut de la montagne; toutefois, le document qui constate d'une manière officielle sa sollicitude pour le sailli asile et pour le nom de son aïeule, n'a été émis qu'un an plus tard, en ll)5U; nous aurons à y revenir.

Arrivé à lV'|,^lise de Sainl-Cyriaque , à Altorf, où ses j)areiils étaient onleri és, le pape consacra le maître-anlcl, y déposa une grande quantité de reliques, entre autres le bras de saint Gynaque, el resta plongé dans un long recueillement sur la pierre sépulcrale des auteurs de ses join s. Quels eussent été les transports de la pieuse iieilwige, si elle avait vécu asses longtemps pour voir le cortège qui accompagnait le pape dans son pèlerinage et si elle avait pu l'ecevoir des mains d'un fils la bénédiction de l'un, des plus dignes successeurs de saint Pierre!

Pour le coup, le pontife laissa un témoignage officiel de son

séjour temporaire dans le couvent de Saint-Cyriaque. Une

SAINT LÉON IX

bulle dalée du 28 novembre 1049' rappelle les origines du eouvent fondé par les parents du pope, qui vent c baser l'avenir de ce lieu vénérable sur des privilèges apostoliques, en retirer pour lui-même des moyens de salut et assurer aux moines un appui tutélaire. » Répondant aux vœux de son cousin (patruelis) Adalbéron, chanoine de Féglise de Tonl, il reproduit les premiers actes de la fondation de ce monastère, et prescrit les premiers défrichements dnns les alenluui s. Le comte Eberliard, un ancêtre du pape, y venant fréquemment, l'avait déjà trouvé propre à la fondation d'un couvent; niais il avait été arrêté dans ses projets p;ir lu maladie et par hi mort. Son iïh, Hugues l'Enroué {aliquaniulum raucus), connaissant les intentions du comte, commença dans cette localité à construire une église en llionneur de saint Barthélémy et de saint Grégoire. Sur la demande du même Hugues, Févéque Grkenbold consacra Téglise, et Hugues fit don à cette jeune fondation des dîmes d'Altorf, et en même temps des dîmes de la campagne située autour du Bureberek*, avec celles de Mollfctrch, Grendelbruch, Scbirmeck et Bierenbach. La consécration a lieu en présence de l'abbé de Cliigny et de plusieurs prélats. Léon IX, dans celle même huile, cutdirine les dons et les privilèges accordés par ses [»ai eiils à l'église d'Altorf; par exemple, le droit de haltre monnaie, le droit de péage, et celui d'un marché, autrelbis octroyé par Terapereur Othon '*

Page 1