I.K r.KNKIlAL BARON DK C(KHOHN
la première moitié <hi onzième siècle. Je sais que dans Tancienne noblesse ftunçaise il n*est pas trois ou quatre familles qui puissent, d'une manière certaine, ratlacher leurs annales domestiques aux temps des croisades; encore existe-l-il toujours que1(|nes procédés arbitraires dans le mode d'établir ces ;îriK!alo}rit'J« reculées, il doii eu élre d«' même en Suèfie. nû le> origiiM'> do plus :iiiri<Miiii*s faniillcs ne sont pi'obîildcriiLnt pas mieux i rliiircics (jue celles des nulles. Avec Tau l.'îOft — et c'est déjà une onliquiié fort respectable — le jour se fait pour la famille de l'ingénieur hollandais; Éric-Christian Cœhorn, époux de Marf^nierite Anderson, f^il partie des Ëtats suédois. Dans ta seconde moitié du quatonièroe siècle, Toussaint Cœhom figure comme général de cavalerie; il laisse deux fils, dont le plus jeune, Pierre Cœhom, fonde, à Carpentras, la branche du comtat Venaissin. A la suite d*un dnel malheureux que ce Pierre eut à Rome avec un comte de Schuih'nbourfr . Jidii'u fie Uovere, neveu de Sixte IV, et alors évéque de peulras, avait offert à son unii suédois un asile dans son diocèse.
Le tréreainé de I expatrié, Chrisliaii-Fi éderic Cwhuru, était îrouveineur d'Upsal sous le roi Christophe; il Hit la souche de la branche suédoise, dont les membres, de père en lils, occu> pèrent de hautes charges civiles, militaires et ecclésiastiques. Nous trouvons leurs noms sons Sténon Sture, Jean 11, Gustave- Adolphe, Charles X et Charles XL Ce fut sous le règne de ce dernier roi que Menno-Charles Ccebom, second fils d*Ëric- Charles Cœhorn, s'expatria et vint chercher fortune sous les •^tafhouders do la Hollande, cpii détendait alurs son indépendance et sa iiatKuralité contre le ti.nit-puis*;ant Louis XIV. .Menim de Cfliborn se maria dans sa patr ie d'adoption, et, de f^rdile en grade , parvint à la charge de graod-niaitre d'artillerie et de lieutenant-général; c'était, en un mot, litiustre ingéniein-, émule de Vaubao; c'était le créateur de Berg-op-2oom , du fort Guillaume à Namur et le défenseur de cette place (1693);
BIOGRAPHIES AI.SAGIEMNES.
le (iirccleur du siégo mis par les Hollaudais devaiil celle ville, en 1695; Tauleur du traité sur une nouvelle manière de fortin fier les places. Il mourut, en 1704, comblé de gloire et d'honneur, laissast deux fils, dont l'un, Menno baron de Gœhoin, fut grand-beilH de la ville et du comté de Leerdam, et député de la Frbe aux États généraux. Le cousin du petit*fils de Tingénieur, Jean-Jacques de Gcefaoni, né à Maeslrîchty le 2 mars 1734, prit service en France, dans la légion de Goadé (en 1758), passa ensuite dans le régiment «rinfanterie allemande (Koyal- Alsace), en garnison à Straî-buiaj^ , où il jjjoiila de gradu en •rrade à celui tii mestre-de-camp, et mourut en 1781. 11 est le pèic (lu général, baron de l'Empire français.
S'il était permis, sans être superstitieux, de croire à des carrières prédestinées, celle du général deCœhom soraii du nombre, à voir cette longue série d ancêtres dont la plupart occupent, presque tocyours de père en fils, une place notable dans les fastes militaires de la Suède et de la Hollande. Même la branche détachée dans le midi de la France, et qui verdît au milieu du pays des -oliviers, ne prit ])oittt de cet arbre, emblème de la paix, le goût exclusif des carrières civiles. Loin de là, le grand nombre d'entre eux occupent dans les armées des rois de Fiance des yradus plus ou ruuiiis élev«'S.
Le père du général français dont le nom est inscrit en lùlc d(i (L's p.'iges, avait été l'inslructeur uïililaiie, Tami paternel du jeune prince Max de Bavière, colonel-propriétaire du régiment lioyal-Alsace. Ces relations valurent plus tard au général Gœhom un royal protecteur.
Louis-Jacques de Gœbom naquit à Strasbourg, le 16 janvier 1771 , à une époque où son père n*étatt que simple capitaine. Je ne pense pas qu'il ait été élevé par ses parents* dans des habitudes de luxe, quoique M. de Gcehom.. lorsqu'il conunan-
t. Sii mëi'c appartenait à la raiiiillt' patrit iciitiu des LaDg, qui jouissait d une belle fortune eogluutic par la ItÉTolution.
LE GÉNÉRAL BARON UE CŒilORN. bV6
dait en lieu et place du priace bavarois, lint une grandt; niaison. Au moment où son père mourut, Louis de Ckfihom n'avait que dix ans» et quatre ans plus tard, il s*enrdla dans le régi* ment de Royal-Dragons, passa dans celui de Royal-Alsace, et partit avec le grade de lieutenant pour la Guyane fhinçaise, en avril 1793.
Sa vigoureuse con<litution résisia, sans éprouver troj» de secousses, à ce climat iiieurtrici- «'l nii\ liiligues nnlil.ures. Pendant une cours*' (bus riiitérii'iir de la colonie, il fit nau- Irage [>réf> de l iuilnnicJniio de TOvapock el rciilra. Iirisé, à Cayenne, où le contre-coup des terribles évéïiemeiils de la seconde moitié de 1702 et du commenceinenl de 1703, quoique amorti pai' la dislance, se fit dés loi*s sentir d'une manière désastreuse pour tous les hommes suspectés de tenir d'affec* tion à l'ancien régime. Le capitaine Gœhom* était aimé de ses chefs, de ses égaux, de ses inférieurs; mais les liens de la discipline se relâchaient; il en témoignait son mécontentement; il portait sur son front les signes indélébiles de son extraction nobiliaire; il était tenu, bon gré mal gré, pour un aristocrate, et dut, a|)i*ès un emprisonnement de deux mois, céder sa place à des Hnil)i(i('ii\ de bas éla^-^e. On lui lacilita les moyens de la retraite, en |iri'le\lant des taisons de santé. Le 21 juillet 17Uii, le jeune eajutanie se démit dt; se.^ l'unclions ef s'embarqua, le i août, dans la rade de 1 fc^nfantpcrdu, sur Uïvégnie la Blonde, pour retourner en Fiance.
La traversée fut semée d'incidents graves, dangereux. Les bâtiments anglais, vaisseaux et corsaires, sillonnaient les mers. La frégate échappa aux uns, donna plusieurs fois la chasse aux autres, et prit quatre bâtiments de commerce. Gœhom n'avait plus d*épée; il était considéré comme simple passager; il était surveillé; la prison sans doute, l'échafaud peut* être l'attendaient à son débarquement à Brest. Gœhorn ne pouvait être
\. II avait ublcuu ce grade eu Juin iVJl.
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i*éptiblicaiii qu'à contre-ccr'iir; mai» il cUiil Fiuiiyais avant tout; en face de reiinenii, il n'innii plus quuii seul seotimeul, 1 atiioui* passionné de la pairie, le désir de la savoir unie t:i forte. Dans ces rencontres en pleine mer, son ardeur martiale l'avait signalé à Téquipage tout entier; il demandait chaque fois à faire le coup de feu, el recommençait ainsi le métier de simple soldat sans épaulette, mais le mousquet en main, au milieu de périls incessants. On débarque à Brest vers la fin de septembre 1793. Le capitaine de la Blonde introduisit auprès des représentants du peuple, en mission dans le Finistère, le jeune Cœliorn qui demande sans tergiverser ;i reprendre servie » , coiiinic simple soldat, dans les rangs de l'ariaée de l'Ouest. l) ;iiilres de ses compagnons d'infortune, dépossédés connue lui, et ayant navigué île conserve avec lui, bundait iit ; ils demandaient, avant de rentrer dans l'armée républicaine, la réintégration dans leur ancien grade. Cieliom, en y renonçant, fai* sait acte de patriotisme, car il allait, pour sa part , contribuer à la compression de la gueire civile; et, en face des balles des Chouans, sans calcul prémédité, il échappait mieux que partout ailleurs à la chance d être traité en fils de bonne famille.
L'habitude du commandement, le mépris du danger, lexpérience de la petite guerre acquise dans les forêts vierges et tes marais de la Guyane, à la poursuite des nègres révoltés, la butuic iiiiiK' (lii jeune soldat, son inrontestaMe supériorité sur tous ses rnniar;i(lt's, le firenl Liciiloi j * ju iriiuei' jiar Icj cliels (le i'arniée de FOuesl ; on l'attacha piuvi>oin'rncnl à lelalmajor de l'armée pluie à bégré sous les ordres de l'adjudantgénéral Dcnaen, qui prit de suite en affection le bhllaiit volontaire. Seize mois après son retour en France, Cœhorn fut, grâce à Tintervention directe du général Hoche, réintégré dans son ancien grade de capitaine. U avait amsi, de toute manière, reçu le baptême militaire; son éducation morale s*était faite dans le malheur et le support des injustices; son éducation intellectuelle se continuait au feu du bivouac ou sous