‹ Biographies alsaciennesChapitre 54 sur 57 · I.H «iK.NÉRAL BAHO.N llK ( (KHOR.N. T · texte numérisé non relu

I.H «iK.NÉRAL BAHO.N llK ( (KHOR.N. T

te lenle sulilnii e; car Ga'iiorii, à la difiérence (Je la plupart de $68 camarades, cultivait et alimentait sod esprit; il cherchait dans l'étude de ses puëtes favoris ud contre-poids â la rudesse des camps. La distinction naturelle on acquise, qaWcune révolution ne peut enlever, lui assurait dès ce jour une supériorîlé réelle qui devnft, à mesure que l'ordre se ri^tahlissait dans la société et dans les esprits, oiivi ir devant lui In voie des honneiir< niililniies. Il possédait d'ailleurs, je Krd tiéjà dit, à un supivriie d»'}4i/«, la premiAi'e »'( iiidispen^al h' (|ualité du .soldat; ii était familier avec la inorl, il la bravait ù outrance, toujours et partout; dans une armée, où le dernier consent devient plus ou moins brave par la contagion de l'exemple et par rinilexible tradition, Gœhom réussit, jeune Achille, à se feire remarquer par son intrépide assurance et son ironique dédain des projectiles, des coups de sabre et de baïonnette. Ce n'est pas à dire qu'il portât sur lui un secret, un charme particulier, un talisman quelconque pour conjurer les périls; loin de là, il avait peu de bonheur; dans presque toutes les rencontres, {,naiides ou petites, il était blessé avec pins ou moins de gravité; et bien avant la tjii de sa carrière, ton! son corps, ciraliisé depuis le lionl jusqu'à la cheville des pieds, portail les traces des hachures et des déchirures qu'il avait recueillies pour prix de ses exploits, souvent téméraires, plus souvent encore commandés par l'honneur, le devoir, et une ambition très-naturelle à son âge.

En janvier 1705, il passa, avec son chef, à l'armée de Rhinet-Moselle, dans le camp établi en lace des remparts de Mayence. A partir de ce jour, pendant les campagnes du Pala** linat et de Bavière (en 1795 et 1796) — campagnes moins 1m iiliintes, moins heureuses, mais marquées par des actes de cuurag»' nnssi héroïques que celles d'Italie — CiJLliorn. dans le rang nilénenr «ju'il (^empait, fit des prodiges de valeur, et conquit, parmi ses camarades et ses chefs, le renom de vaillant soldat et d'olfîcier intelligent.

BIOGRAPHIKS ALSACIBNNBS.

Les comijais du l'icddcrshfMm, de Laiiipshriiii, de Miitlcistadl, d'Oggersheini , de Malsch ou Ellliugcn, de Langenhi-uck, furent pour lui autant d'occasions do se signaler; tantôt c ctaient des charges impétueuses, qui rétablissaient Tordi'e de bataille, tantôt des officiers supérieurs, dégagés da milieu des ennemis; tantôt des positions perdues qu'il regagnait par son intrépidité. A Taflaire d'Ettlingen, on s'était battu depuis dix heures du matin jusqu'à dix heures du soir; le Tillage de Malsch avait été pris et repris trois fois; on croyait Tennemi harassé; le général Decaen s'élail rendu aupiès du géinh al en chef Desaix, lorsque, à onze heures du soir, la première hgne, où se trouvait l'adjudant Cœhoni, lut allaquée à ciiupianle pai de distance, puis refoulée; toute ia brigade allait se débander. Gœhorn réussit, dans l'obscurité, à retenir les plus braves, à leur faire prendre confiance, à faire avnneer quelques pièces de canon, et à reconquérir une position qui, sans sa présence d'esprit, était perdue. Lorsque le général reparut, le danger avait cessé, et Tadjudant sauveur n*eut qu'à recueillir Taccolade de son chef et ami.

A Taffeire de Neresheim prés de Frickingen (Wurtemberg), le danger que courut la brigade Decaen, qui faisait partie de l'année de Sambre-ct-Meuse , fut tout aussi grand qu'à iMalsch. Elle occupait la téte d'un buis en iaee de Schœndorf, et demeurait exposée à une vive canonnade qui la décimait, puis menacée d'être débordée par l'iidanterie ennemie, qui fondait sur la lisière de la forêt. Je laisse parler le général Cœborn luimême:

cMes soldats disparaissaient dans le bois, et quand je cherf chais à les arrêter, ils répondaient qu'ils ne pouvaient plus se i défendre, n'ayant plus de cartouches. tDe braves soldats ne c tournent jamais le dos à l'ennemi, tant qu'ils ont des baïonc nettes. Quant à moi, je n*ai que mon sahre et je reste ici.» «Je ne restai pas seul. Hientùl après, il arriva des cailouches « et des obusiers; le feu recommença de noti c part avec une

LE GÉNÉRAL BABOIt DB CŒHOnN. 517

f vivacité à laquelle Tennemi no s'attendait pins. liC pas rie

«cljar<fe achova de le décourager, et le champ de balaille nous tappai lint. y>

Je ne i>ais si jjios Icclnirs ne sont pas fi n|i|iés comme moi dr la simplicilé de rc h't'û (|iii n'nvait jnmoi.s ('lé Hestinô n la pnblicilé, mais jelé siii' le papier, il y a plus d'un demi-siccJe, pour servir de lecture aux enfants du général au coin du foyer domestique. — Je ne restai point eeuL La péripétie de ce petit drame militaire est tout entière dans ces mots. L'adjudant a rallié et électraé les hommes, rétabli la ligne de combat, et tenu téte, baïonnette croisée, è une masse imposante qui menaçait d*écraser les siens avant que Tarrivée d'une artillerie de campagne n'acbevAt de décontenancer les ennemis.

Au passade du Lech , Co^hom avec deux chasseurs à cheval traversa, le premier, !;i liviêre, et prit immédiatement des mesures pour la réparalion du poiil et la mise en activité d'un bac. Arrivé devant ïnf»-olsl;ifll , on s<' jii'éparail à enlever d'assauf In (rie (le jioul de rellf plare, lorsque les avant-postes de la division Beaupuy furent vigoureusement repoussés; la division entière accourut et prit position sur les hauteurs de Langenbruck, au-dessus d*un défdé que forment les hauteurs et les marais avoisinants. Je laisse de nouveau parler le général :

c L'ennemi ne tarda pas h paraître avec des forces doubles « des nôtres; la cavalerie aussi nombreuse que brillante était «celle que Tarcbiduc Charies avait détachée de l'armée du ( Rhin pour la conduire contre l'armée de Sambre-et-Meuse ; < elle annonçait la présomption de la victoire. Dans cette aflbîre «où chaque soldat, chacpje officier était obligé de se doubler, « le général Decacn m'employa à reprendre le défilé de Lan- {^enlii'uek ;"i lu (rte des ciu alwiiit i > de la 10*, cl h repousser * la caviilene ennemie <\u] nienaenit d'enlever les pièces que «son artillerie nous avait démontées. Souvent je me suis trouvé «dans celte journée mêlé avec l'ennemi, presque toujours «j'étais à (iemi-portée de fusil. Ënfin, lorsqu'une charge de

01 ^< bluùhAl'IllGS ALâ^AClliiNNt^.

«carabiniers culbuta la cavalerie ennemie dans les marais, «sans attendre des ordres qui seraient arrivés trop tard, je «tournai le marais avec un escadron du S* de chasseurs et

. «quelques canonniers à rhoval; la déroule do l'ennemi devint < complèle. » — C'est toujours la même sobriété dans l'expression, qui fait d'iuitant mieux apprécier la valeur de rollicier, remplissant ses pi riileux devoirs, sans ostentaliou, comme une cliosc qui s'entend d'elle-même.

Je touche h un incident très-grave de la vie du générai de Gœbom, incident malheureux, qui a failli trancher sa carrière et qui n'a point été inscrit^ à titre de droits acquis, parmi les états de service du jeune officier, quoiqu'il se soit» en cette occasion, sacrifié sans arrière-pensée à son devoir, aux ordres de son chef et à la haute importance qu'il attachait au maintien de l'ordre parmi les soldats.

L*armée de Snmbre-et-Meuse était en pleine retraite. Dans ces monu iib désnsireiix les liens de la discipline se relâchent; les bons, les braves, lej» l'ui ls ri^slent re qu'ils étaient dans les jours de prospérité; mais l'écume des corps monte à la surface.

On traversait le bourj^ bavarois de Burg-au, entre Ulm et Augsbour^, Tadjttdant Goeborn se trouvait à cheval à coté de son chef, lorsque des cris, parlant d'une maison écartée, frappèrent les officiers de Tétat-major. Les pillards désolaient une habitation. Le général Decaen ordonna de suite à Cœhom d*y mettre ordre, et de faire au besoin main basse sur les récalcitrants. En arrivant vers le lieu dési^mé par les lamentations, l'aide-de-ramp vit de inalheurenscs fiînirnes (pii s'lii échappaient, les vèlciiit'iiis eu laiiihciiux, et dans l'iiUérieur de la maison déviisté»' , (juatre < hai.spijrs retardataires coutinuaul leur œuvre d'elfronterie et de vandalisme. — «Sortez, brigands, » leur cria l'acyudant, du plus loin qu'il les vit; puis mettant le sabre h la main, il joignit le geste effectif aux menaces verbales, et réussit à chasser deux hommes moms obstinés que leurs complices. Deux pillards persistèrent. — «Nous ne

sommes point des banditsl — Oui^ vous Tètes; vous ii^étes point des soldats fronçais. » Alors ]*uu des séditieux mit le sabre è la main et se précipita sur son chef. Cœhom Tétend à

ses pieds: il louche plus lé}r«';''t'nitînt l'aulrequi se sauve. Puis, <-f» rigouioiix devoir acronijili, il i rloiinic auprès de son ^éiit'rnl , en lui disant : * Géui'i aL vous nir (l*'si;jii<'z t-xc lu^ive- • riient pour réprimer ces scènes de désordre ; j'obéis, mais j'en serai la victime. »

A trois jours de distance» le l***" vendémiaire an V (2 septembre 1796), les cbasseurs si rudement traités par l'adjudant et leurs camarades attendirent Gœhora dans une embuscade, se ruèrent sur lui et Faccablèrent de coups de sabre au point de le laisser étendu sur la place. Les s^énéraux Desaîx, Degnier, Beaupuy, Decaen trouvèrent le malheureux officier baigné dans son san;^, frappé, c'est l'expression de l^t|ijt, de soixantedix coups de hachures: son corps n'élnii qn nno plni»\ et. pour romlilp de malheur» il tomba, dans cet état, enli'e les mains de l'ennenii.

Il guérit toutefois, grâce à sa jeune et indestructible consti* tution ; lorsque, au bout de six mois, il pur, par voie d'échange, rejoindre son corps, il obtint à la fm un avancement depuis longtemps promis et attendu avec quelque impatience: il passa chef de bataillon (30 juin 1797), et se rendit bientdt après, avec son général, è l'armée d'Angleterre, sur les côtes de Gherboui^.

Ce ftit un instant de répit, pendant le court espace qui s*éconle

entre la paix dtî Cnmpo-Foi iiiio r[ la repnse des hostilités eu 1799. PInc»', en ((iiidib- d.idiiidaiit-général, toujours avec Decaen, sous les ordres du j^/'iirral .luiU'dan, il rentre sur celle terre d'Allemagne où il sèiait déjà signalé; mais grièvement blessé à Liptingen (Slockach), dès Pentrée'en campagne, il fut, é peine convalescent, employé, dans la division Legrand, qui occupait le fort de KehI. Puis il repassa le Rhin avec la division du général Delmas (1800). Voici en quels termes l'illustre auteur de

RfOORAPIIIES ALSACfENNRS.

l Histoire du Consulat et de l'Empire a consigné dans ses iramortelles annales les exploits de (]a>horn:

* Les généraux Delnias elLeclerc furent dirigés sur Seckingen c(à Test de Bftie), puis sur Wh, devant le pont d'Alpbruck. cGe pont était couvert de retrancbements. L'adjudant-général fCcebom, marchant â la téte d*un bataillon de la 14' légère^ f de deux bataillons de la 50^ el du 4* de hussai^ds , s'avança « en colonnes sur les relranchemenls el les enipoi la. // sauta *iensHile sur les cpdules d'un grenadier, paî«s.'i l'Alb de la sorle, «<1 ne laissa pas à l'ennemi le tcuifis de détruire le pont. Il « prit des canons el lu des pri^oiHiiers.» (Thiers, I, p. 295.)

Un seul coup de pinceau du maître dans l'arl de narrer les batailles fait ressortir les allures impétueuses de Cœhorn. Ce Ibtt se passa le mai 1800. Deux jours plus tard» le 3 mai, a lieu le combat d'Engen. Un incident de cette journée met aussi en relief la bravoure de notre adjudant-général :

f L'ennemi s*était reliré sur le pic de Hohenhœwen, avait c placé son artillerie et son infanterie sur les pentes, et rangé «en bataille, dans la plaine d'Engen, 12,000 hommes de cava- « Icrie. Morenti voulut enlever le pic el ordonner à la division « Dehnas de 1 asiiailiir

« La division Dclmas, an sortir d'un l»ois dont elle sT'toil «emparée, fut exposée à nu feu meurtrier. Elle le supporta «bravement Le général Jocopus, se mettant à la téte de Tin* cfanterie, gravit les pentes du pic, et eut la cuisse percée « d'un coup de feu ; mais le général Grandjean tourna la posicUon; Tadjudant •général Cœhorn, que nous avons vu passer cTAlb sur tes épaules d*im grenadier^ s*élança sur la scène « avec un bataillon et délogea les Autrichiens.» (Tbiers, I, p. 308.)

Il était resté exposé pendant toute la durée du combat h la mitraille et aux boulets de dix pièces de raiioii. A sept heures du soir seulement le général Richepanse vint faire cesser Ici^ attaques de l'ennemi.

L adjudant-général Cœhorn avait, dans cette brillante jour-

LE r.KNKIUL BARON DE CŒIIORM. Ô^l

née, payé de sa personne autant que dix grenadiers; il espérait de Tavancement; ses chefs immédiats le lui garantissaient. Par suite d'une espèce de fatalité qui pesait sur lui, et qui était

peut-être un peu la suite do son caractère violent et d'un esprit frondeur, il dul cou(juérir chaque grade à la suite d'une longue alleiile et par des coups d'éclat répétés. A Mœskii cli, il soutint, sur la lisière d'un bois, avec son bataillon, doiil la moitié fut mise hors de combat, ia canonnade et les attaques de forces infiniment supérieures. A Meresheini , il délogea de Tabbaye de ce nom, les c manteaux rouges t (RoUitnœnteC) autrichiens; et à Neubourg S il y arrivait, ainsi qu*à Neresheim , pour la seconde fois. Sa petite troupe , qui formait Tavantgarde de la l'^ division, fit beaucoup plus de prisonniers (1,500) qu'elle ne comptait dliommes elle-même. Le major Kornreuter, du régiment de Lascy, fut pris de la main même de rmljiidanl- général. Non loin de l;i succumlui le brnve Latoin* d'Auvoignc, le premier grenadier de France; et Gœboni eut le triste privilège de lui rendre, sur place, les derniers devoirs. Il consigne cette circonstance dans ses notes, avec l'expression d'un regret fortement senti, comme le retentissement de la voix de Tarmée du Bhin tout entière :

«Les grenadiers pleuraient, et je n'ai pu m'empêcher do «verser des larmes sur la tombe de ce respectable vieillard, . «du sang du grand Turenne, aussi brave et encore plus simple «et plus modeste que lui.>

J'ai puisé jusqu'ici avec une extrême réserve dans ces notes laissées par le général de C<ehoni; il écrivait pour ses enfants, il ne devait pas eniindi e de les fatiguer, en relatant un à un les faits qu il accomplit seul avec ses compagnons de gloire.

1. Il avait, ea 179<], sauve du pillage l'abbaye de Xeiibourg. Les habitants TOttlnrent à toute Horee te rèoompenser de cet acte de courage. GmhoTD opposa no refbs pèremptolre à ees instances; enOo, obséd6 par ses nouToanx amiB, il leur dit aalvemest: «Eh bien, si tous le roolea i tonte force, je manque de linge; donnex>rooi quelques cbemises. •

.052 ItiUl.HAHHIKs Al SAriKN.XKS.

MaÏB jai dù me borner, en face U'un public niéiiie bienveillaul, à donner des indications sommaires, de nature à laire apprécier la valeur exceptionnelle du guerrier et le caractère individuel de rhomme. Vers la fm de cette campagne de 1800, M. de Cœhom avait reçn tant de félîcilalions, il jouissait d'une réputation sf bien ac(|uise, la discipline qui régnait dans son noips était si exemplaire, qu'une promotion prochaine devait lui sembler assui*ée; de plus, il devnil ta désirer, cnr il venait d'unir à ««a destinée relie d'une jeiu)e lirie' >iiii()le, ^Mafieuse, ilouco de loules les verlii.s modeste» de >»uu sexe, et ;i[i|);irteuanl à l'une des familles patriciennes de Strasbourg. Mais son é.spoir allait être déçu. cU me fallut, dit-il, descendre du faite «de mes espérances, quand le travail de promotion parut. Le « sentiment un peu oi^eilleux de mes avantages me fit né- « gliger la bienveillance de ceux qui avaient Toreille du général « en chef.»

11 en éprouva un déplaisir si amer, qu'il demanda, à la vue de nombreux passe-droits commis i son détriment, à quitter son régiment. Il fut envoyé au corps d'armée du général Sainte»

Suzanne dont il élait connu: puis, détaché au fon<l de la Forèt- Noii n luis^mwienne, puiu iiiellre à la raison le eoiiite de Mir, chef d'uue haiide de partisans.

Pendant qu'il remplissait cette nu'ssion iui^iate, la bataille de llohenlinden, la seule grande rencontre de celte campagne de Moreau, eut lieu; Cœborn la manqua. Je l'ai déjà dit : les circonstances ne le favorisèrent nuUqment; mais il gagnait en

i. W* Sopliie de Beyer. Celle adorable femme a fliil radmintion de tona ceux qui oat eu le bonheur de Tirre dans aon intimité. Âlevèe pour le grand monde, où la famille patricienne de Beyer (Van fieyer, anssl

it'origînc liollandaiso) occupait Tun des premiers ran/rs: 1ieureu;^emenl (louée, à la fois l»cl)e cl gracieuse, s|)iriliiellc t l l>onnr. iustruite et modeste, M"'*" <1e Ciphorn no v<m ut plii>: que pour sa jeune famille cl ses devoirs niaternnls. du jour ou uue utort prématurée, sur le cbamp U'bounenr» lui enleva son mari.

LE tiÉiXËRAL BARON DE G(£liOR«\, îtM

pliilosophie pratique et en résignation ce que la Providence lui refusait en honneurs.

Pendant les quelques années de i cpos i]ui suivirent la paix

de Liinéville el d'Amiens , il fut d'abord membn' de In commission (le liquidation de l'armée tlii Hhiji, sous la présidence d'un omi, M. Matliieii-F;ivi<'rs; <*n 1S03, il passn nu ranip de Bruges; il vil !<• incmit'i consul dans le caii)|) (i Ainhieleuse. Les brillants fails d armes de rAlpIirnck el de ilulienhœwen étaient connus du clief de l'Étal ; la fig^ure balafré»^ el le nom de Cœhom firent le reste. Napoléon lui promit de l'avancement dès que retenlirail le premier coup de canon. Mais ici Cœhom usa de son crédit naissant en fkvenr de sa vieille mère, en demandant pour elle la reprise d'une pension dont elle avait joui jusqu'en 1793, comme veuve d*un ancien officier supérieur.

Il aborda la canq)agne de 1805 sans avoir en de Tavance-

nienl. A Lambach, sur les bords de la Traun, la division du corps «lu riian'clinl Davousl, dont (Im-Iioiu fjiisjiil |nntie, rj-neuiilrn les Husst's ff forcn Ip pnssn^n- de l;i rivière (31 octobre liS()5>. Cœlioi ii lui luieir .'i ses aiieieiiiies linbÎMides de . îioldal. Suivi d'iui seul maréchyl des logis el de (jiielques chasseurs, il coupa une arrière -garde d'une cinquantaine de chasseurs russes, la poursuivit dans un parc à moutons où elle s'était réfugiée, en sabra une partie, fit mettre bas les arme^ aux autres qui étaient restés étourdis par la vivacité de l'attaque» et croyaient que le petit nombre des assaillants formaient la lôte d*une colonne. Voici comment M. de Gcnliora rond compte de celte affaire à sa jeime épouse :

«Je sautai avec mon cheval par -dessus la barrière , el , le «sabre haut, leur criai en allemand de se rendre; mais nialgié «leur élouiieuienr, ils ne mirent jutinl hns les armes,..; je lus « obb^é, pour ni;i piopre sûreté, de f iin h- i' nvi-e la linilx de

" la niori Jiis(ji)e-la je n'avais eonni ijnc di'S dangers pru-

«bubles, mais le mumciit de la victoire laillil être le dernici'

534 BIOGBAPUIES ALSACIENNES.

f de ma vie; Tofficier russe qui commandait ce détachemenl» €De comprenant pas mes cris» et prévoyant une mort inévi* c table» anna sa carabine à deux coups et nrajiista, à trois pas, cdans le côté gauche; la balle passa derrière mon dos, dé- «i:iii«4L'(' (Inns la dîrerd'on pai un brave chasseur, qui abattit 'il ofliciur russe. Le j)retiiiei' aide-de-catiip du luîtréchal Da- «vousl a élé témoin de la scène et accourait à mon secours: « ruais saus Ja destinée qui Veillait sur moi, il serait arrivé trop t tard. »

Gœhorn se trouva sur le grand cbamp de bataille du 2 décembre:

cLa victoire, dit- il dans la même lettre» planait d*8vance

< sur la téte de son favori Je ne dois point oublier de te

cdire que la division où se trouve ton ami a été inébranlable

«comme un roc, sous luie "fiêle de boulets et les charges de « ruvalcrif . Je u'ai pas cessé un instant d'être calme et serein.... " Il u y a pas eu de mêlée sur noire point, et le danger a été «le même pour tous.... Le soir, l'enippri ur pnssa; je le rec connus de loin et courais devant lui pour crier aux soldats . tque c'était lui. Aussitôt les cris de Vive (^empereur I reièn-

«tirent dans les ténèbres C'est après ce moment que je

« rejoignis le général Caffarelti, dans une maison de paysan s c Hollttbita, à notre gauche.

« Je reviendrai sans argent» sans chevaux, sans récom-

< pense, mais non sans gloire, avec des mains pures, et mon «exemple apprendra de bonne heure è mes fils h ne point « compter sur la fortune, mais à acquérir en eux-mêmes assez tdf confiance, pour être, autant que possible, au-dessus des • événemenls.»

Cette lettre me dispense de tout commentaire; son éloquente simplicité montre M. de Cœhoni dans son plus beau jour.

En 4806, il entre en campagne comme colonel. Voici comment il rend compte de son sort a la bataille dléna :

LE CÉffthAL BARON DB CttHORN. 525

15 octobre 180G.

« J'en suis quitte pour une forte cuntusion de hiscaien

csur Tomoplate gauche et un cheval tué sous moi. C est le € pauvre AusterUtz qui est mort entre mes hrae, après avoir eu « le corps titiversé par un boulet qui a pénétré à deux pouces cde ma jambe droite, et est sorti si près de ma jambe gauche, « que j'en ai senti le coup assez violemment. Au milieu d'uue < grêle de mitraille , je n*ai pas eu un instant d'appréhension , € mais ensuite j'ai rendu grâces à Dieu de m'avoir conservé à

«ma famille Jétai» dans le carré le plus avancé et qui a

«soutenu les charges consécutives <le lélilc de la cavalerie

«piussienne ; nous avons tué le duc de Brunswick ; lu

«roi était devant nous avec la reine.»

M. de Gœhom put se traîner jusqu'à Berlin» où il allait trouver d'excellents parents, attachés au gouvernement prussien, mais qui devaient, dans ces moments critiques, accueillir le colonel français comme une sauvegarde envoyée par le ciel. Voici ce • que M. de Gœhom écrit à sa belle-mère, M"^ de Beyer, le lendemain même de son entrée dans le capitale : cMon premier « soin , comme mon premier désir, a été de chercher la de- « meure de votre aimable su'ur; elle avait quille Berlin, il y a «huit jours, pour suivre son mari; personne de sa famille, •iciiê/. laquelle je suis établi, n'a pu me dire positivement où telle est

«J'espère qu'on m'accordera quelques jours |M>ur achever cde guérir de ma blessure du 14, et me donner les moyens cde me blanchir et me ravitailler un peu; je vais, à cet effet, « trouver le maréchal Davoust. Dieu donne qu'il soit bien distposé; car je compte aussi lui demander une sauvegarde « pour f

A peine guéri, il rejoint son corps sur la route de Pologne; et, à peine arrivé, il est blessé pour la seconde fois dans cette

entrée en campagne.

11 mande, en riant, tfcel accident» à sa femme :

596 BIOaRAPKlKS ALSACIENNES.

-Niporent , 13 dccembrc IK06.

«J'ai été ble>>(' ir inaliii vis-à-vis do Demhe sur Ifs bonis cdu Bii^ (l'une balle au-Ues<iis de l'œil droit; mais comme le «coup était tiré ubliquement, et que j'ai la téte très-dure, le «crâne est resté entier

c Nous avons 15,000 Tartares devant nous, et on nous assure «que ce sont de très-honnétes gens qui nous aimenl beaucoup «et qui déserteront la plupart dès que nous leur aurons fait «jour, fin vérité, cela nu.' parait si fou de me trouver en fiice «des Tartares, que je ne puis m'empécher d'en rire de tout « mon coMtr »

bii pi ciianl ce luii (Mijoné, il aviiil évideiiim< iil voulu rassurer M"* de ('ii liui ri ; car h' « uuj» doul il vient d'être frappé aux e»ivirons de Var ^ftvic nï'lail pas aussi lè^vr qu'il a bien voulu le dire. Dans une autre lettre du 17 janvier 1807, datée de Varsovie même, où on l'avait transporté, il écrit : a Ma blessure . «vient de se fermer; mais une fissure dans le ciàne, depuis «l'endroit où la balle a frappé jusqu'à l'autre coin de la tète, «me force de prendre beaucoup de précautions.»

Ces coups répétés semblent à la fin lui porter bonbeur. A la date du il mars 1807, une lettre du prince de Neucbâtel lui annonça son brevet de général de brigade; et un mois plus tard, le même dignitaire lui envoie l'ordre de se rendre an camp de Finkenaltiii auprès du général Oudiiiul. Le général de (iiehorn en est ravi: il va se Iruuver avec des caniaitides qui le ('onnaissent fif longue dale. Le avril, il écrit de T''&( lif tidui II à M""^^ de Cœborn : «J ai été parffïifpnient accueilli «par l'empereur: «Je sius bien aise, m a-t-il dit, que vous soyez A content ; je vous connais, vous êtes un brave. » Le général « Oudinot est pour moi comme un frère; je suis aussi beureox «maintenant que je puis l'être. >

«La division Oudinot, écrit-il le 28 mai suivant du camp «de Marienbourg, la division a fait quelques mouvements sur « Hantsig; celle place importante a ouvert ses portes bier. Les

Page 1