I. Voy. Gregurovîus, l. IV, p
SAINT LÉON U. Si
peuples catholiques. Il y eut une afHuence coDsidérable de pèlerins et de dignitaires de l'Église > qui yinrent da fond de la Hongrie, de TAUemi^e, de l'Angleterre, de la France, porter leors hommages à ee pape, redresseur des torts et digne héritier de la soocesston de saint Pierre.
Pendant son séjuur dans son aneieime résidence épiscopale, Léon IX honora les reliques de saint Gérard , dont le corps awai tUé trouvé intact après cinquante-six ans, écoulés depuis sou (!ns<'velisst'niL'n(. De Toul , il se rrïidif sur l»'s confins de la Lorrain»', au couvent de Hesse, près Sai reljomy , <iunl il conHrma les piiviléges; puis il redescendit, dans l'arriére» saison , en Alsace. Ce Ait pendant celte seconde tournée pontificale qu'il émit le remarquable document, dans lequel il constate la présence des reliques de sainte Odile au couvent de Hobenhourg. Ici, je ne puis mieux fiure que de traduire teituellement une charte qui constitue pour le monastère, situé au sud-ouest de Strasbourg, sur une sommité des Vosges, on véritable titre de noblesse * :
< Léon , évèque , serviteur des serviteurs de Dieu , au nom du Seigneur, à l'église de Sainte-Mane, mère de Dieu, à Hohenburch , où repose le corps li»' Ju sainte vier^^e Odile et , { ai ^un entremise, sciiut aux religieuses qui à tout jamais y i'eront le service divin.
« Pendant que nous parcourions , poussé par un pieux devoir, la contrée d'Alsace, il nous arriva de visiter llohenburcb, et puisque nous portons une pieuse sollicitude à toutes les églises, une dévotion spontanée nous aurait porté vers ces lieux, sans compter que k souvenir de nos parents, qui dévotement y ont servi le Christ et y reposait en pane , nous a poussé à consacrer de nouveau, comme résidence du Saint- Esprit, ladite église, que nous avons trouvée pour ainsi dire
1. Cette bulle est placée improprement par SctHBpflln (Ais. dipt.^ t. L p. 166-169), ea 1051, au Ueu de 1050.
abandonnée. Et nous l'avons fait ainsi qu'il convient. Or, à ce temple dédié à la sainte Vierge, mère de Dieu, et à saint Nicolas, la vénérable abbesse Berthe a livré un bien avec des seris qu'elle possédait près d'Arcenbeim {Aritenheim) et prés de Heinoldesheini {MamoWiesm), Sabsenbeim, Ubresbeim (Urtheim), Gersheîm {GerMkeitn). Nous avons de plus statué que sur les deux autels, dont l'un est placé au-dessus de la léte de sainte Odile, et l'autre danvS IVglisc luincipale, personne ne célèbre la solennité de la messe, si ce n'est révéf|ne du diocèse même, et les {jeniainiers attitrés de l'é^^liso ini'iin»: et, en outre . toute personne capable (|ui se présenleraii , mais toujours avec l'autorisation et Tassentiment de 1 abbesse ou de la congrégation dans le cas oi!i i'abbesse ne serait pas présente. On aura de plus soin de se pourvoir d'un prêtre religieux qui desservira journellement l'autel de sainte Odile et remplira dignement roffice de chapelain auprès de fabbesse. Et puisqu'il convient & nos devoirs de régent apostolique de porter une bienveillance compatissante à qui brille dans Fexercice de Ja piété, ainsi (pie le portent les lettres -privilèges accordées par nos jtrédécesseurs, il nous a semblé aussi juste et convenable de nous rendre aux désirs de cette église et des religieuses (jui s'y vouent au seiTÏee du Sei^i-ueui . Or donc , nous concédons en vertu de notre autorité , et à tout jamais, ledit privilège, statuant sous réserve de la censure apostolique, et en invoquant le jugement de Dieu , que ladite église devra inviolablement posséder le bien susmentionné , et tous ceux qui ont déjà été concédés par les fondateurs de Téglise ou par d'autres fidèles serviteurs du Christ; par exemple : Rodesfaeim (Bûskeim), Torolfesheim (DorliskeimX Avelsheim (ÂvoUheim), Sah8olsheim(S(etsd<sfte»in), Bladensheim (&œ$hmm)t Scaffersheîm (S^œffershem), Ebnenheim (Obemai^, lllenkirchen {flU kireh) , Ingemarsheim , Ehenheim (sic, Niedeniai) , f^genslieim (Ef/i(ishcim), Sigolsesbeim iSigolshcim) , Alege (Ehl)^ Suntluuisen (StmaUiatisen) , Argersheim (Ergersheim) , Scopf-
SAINT LÉON IX
heim (Sdiopflieim) , Gersheim (GersUieim) , fiircheim {Berç' heim, MiUMergkeimf), TuUiogen. Quant à la terre salique de Saiot-Nabor» et de tout ce qui serait ultérieurement concédé , que personne ne se permette dorénavant d*en enlever ou de lAcher une parcelle; mais que le tout demeure intégralement aux religieuses vouées en ce lieu au service du Seigneur.
« Nous avons aussi résolu de confirmer auzdites religieuses la fecnlté d'ébre, toutes les fois qu'une abbesse viendra à décéder, sans contradiction, une alibcsse (|ui prendra la direction du couvent. Ordonnons aussi (ju'elles élisent de préférence dans leur propre sein, si elles peuvent y trouver une digne el religieuse ahbesse, sinon (pi'elles acceptent la meilleure qu'elles pourront trouver autre part et qu'elles amènent l'élue devant Tévéqne, pour qu'il la consacre, et que Tabbesse, à son tour, fesse régulièrement consacrer par l'évéque les religieuses soumises à son régime.
« Nous décrétons aussi que toute la superûde (area) de ta montagne, qui, du temps de sainte Odile, était possédée par les religieuses seules, ainsi qu'il est constaté par une ancienne .tradition, soit soumise à Tabbesse, de telle manière que per^ sonne ne s'avise, sans son assentiment, de cultiver ou d'occuper la montagne qui s'étend au-dessous de l'enceinte du mur jiaïen (infrn srpta f/t'ntilis mmi) et que personne ne se liasaide d'enfreindie e( de violer, de quelque façon que ce suit, la paix qui doit, selon notre volonté , régner perpétuellement en ces lieux. Décrétons en outre que pas une personne, de quelque condition qu'elle soit, n'exige quelque cbose de ladite église par force ou par violence, mais qu'elle puisse toujours, cabne et tranquille, vaquer aux louanges de Dieu; voulons aussi que Tabbesse ne dissipe point les biens du couvent avec une prodigalité insouciante, mais que, fidèle dispensatrice du suprême empereur, elle s'applique à conserver diligemment et à garder prudemment tous les revenus qui devront servir aux pauvres du Christ et à l'avantage de l'église.
94 BfOGIIAraiBS ALSACamiES.
non à la vanité du monde, de manière que Jos i n [ du Christ, qu'elle doit paître selon l'espiil et la chair, ne maïujuent jamais de pâturage temporel et puissent s'appliquer sans souci à la recherche et à l'acquisiLion des choses de Téteniité. Si elle contrevenait à ses de\ws, et si, avertie une, deux ou trois fois, elle ne venait pas à résipiscence, nous preserivons qu'elle soit déposée selon les régies canoniques , et devant l'église, en vertu d'une censure judician-e.
<0r donc, en vertu de Tautorité qui nous compète comme successeur de saint Pierre, nous décidons irrévocablement qu'il ne sera permis à aucun empereur, roi, archevêque ou persoiiiiajje quelconque, grand ou petit, d'agir, de quelque façon que ce buit, à l'opposile de celle lettre confinnative. Quieoiu(ii»' y contreviendrait, nous voulons qu'il demeure frappé de notre anathème apostolique, jusqu'à ce que , humblement , il vienne à s'en repentir. Mais celui qui gardera {ces préceptes), nous voulons qu'il pailicipe de la vie éternelle. Frappé sera du même anathème tout semainier ou tout autre pi'être qui se hasarderait à accabler l'église de Hohenhurch par des contestations ou des violences. Les semainiers aussi ne posséderont sur la montagne que les maisons nécessaires à leur habitation, qui leur auront été concédées par Tabbessc & titre de bénéfice.
tFait, le 16 des kalendes de janvier (Ui7 décmbre 1050), de la main d'Odon îlf, primicerius de Toul , chancelier et bibliothécaire du sié^'^t apostolique, pendaiil la seconde année du règne de Léon IX , pape , indiction IV^ »
Je pense que tout conimeulaire pâlirait à la suite de ce document, témoin de la sollicitude du saint pontife jionr l'Alsace et pour ses illustrations religieuses. Mes lecteurs auront été saisis, sans que j'insiste sur cette circonstance, par les termes affectueux qui révèlent l'attachement du pope pour le pays de ses ancêtres. Us doivent aussi être frappés de hi description des localités, et des termes relatifs A renoeinte celtique
SAIRT LÉON IX.
témoin muet d'un long passé , qui, à l'époque de saint Léon déjà, exerçait sur rimagination du peuple une mystérieuse influeDce.
Un historien d'Alsaoe, que nous avons tous connu et apprécié, feu Sirobel, place ici Ja visite de saint Léon dans le Haut-Rhin et è Strasbomigr* — Dans la capitale de l'Alsace, le pape visita la cathédrale romane, dont la reconstruction, commencée sous Tévéque Wemher, avançait alors rapide* ment. Léon approuva les plans qu'on lui soumit. Puis il consacra l'église de Saiiil-Pienc le Jeune, et, à la demande des Gdèles, il y laissa son couvre-chef, que l'on aïoiiliait pendant longrtemps à titre de relique, le mercredi de la semaiue sainte. -- Cependant, au milieu des soins donnés aux églises et aux monastères , il ne perdit point de vue le but a^jeur de son voyage daos le Nord, la pacification du pays.
Depuis que l'empereur Conrad II avait déclaré les fiefs héréditaires, il s'était formé dans les pays rhénans, comme dans l'Allemagne centrale, un nombre considérable de petites seigneuries indépendantes , souche et origme de la noblesse inférieure. Le premier effet de cette mesure, dictée par des circonstances impérieuses, fot de donner Heu i des frottements constants de seigneur à seigneur, et de seigneur à ville; la paix publique était journellement Uuublée; le j)ape avait lui-niônie , pendant son jeune âpfe, éprouvé, j»ar les niulheuis de sa propre famille, les terribles suites de cet état anarcbique. Le trouble qui régnait dans l'Église s'était communiqué à toutes les relations politiques et civiles. Pour lutter avec le mal<^ le pape s'appliqua de son mieui â foire adopter en Alsace la paix de Dieu , qui avait déjà obtenu force de loi dans d'autres parties de l'Ëurope centrale.
Une convention, jurée en 105i, par les semeurs et les villes, couvrit de sa protection, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin, les ecclésiastiques, les femmes, les marchands, les chasseurs, les pèlerins, les agriculteurs aUant aux
â6 BIOGRAPIIUS ALSAGIBKNBS.
ohnmps ou ivvrnaiil (if- leur labulir. Tous les pai licipauts à ce Irailé s'engageaient à ne point porter des armes pendant li s jours fériés, et pendant les jours de la semaine , fixés parla trêve sainte. Ln pi ine de mort était prononcée contre la personne libre qui violait le traité; le serf coupable perdait la main. Toute provocation violente était punie; tout accusé subissait Tépreuve de Teau froide. On plaça la paix de Dieu SOI» la sumlUance du clei^é, et lecture publique était donnée des article» de la convention, chaque dimanche, dans les églises. Le son des cloches annonçait, le soir du mercredi, tpie toute hostilité devait cesser pendant quatre jours.
Celui un liiiiiiens*' bienfait: les ciiinpagnejj , on dut iR'iiir le nom d(.' Léon IX , ipn valait à son natal cet armistice ré^^ulifM i t qui permettait aux opprimés de respirer un peu plus librement.
Au commencement de 1051, le pape se rend à Trêves, puis, pour la seconde fois, à Augsbourg. Dans cette ville, un pénible devoir l'attendait : il avait cité à comparatti'e devant lui Tarchevéque de Ravenne , accusé de machinations séditieuses contre la personne même de Léon. Sur les instances des évéques présents , le pape pardonna et donna au pénitent hypocrite Tabeoluliott dans la mesure de sa contrition. Un sourire sardonique, infernal, effleura la figure du prêtre rebelle ; il retourna impunément à Ravenne; mais il y niuunit d'une mort subite , et la croyance |i(»pulaire attribua cette fin soudaine à la uiaii) vengeresse de Dieu.
Pour la cêb'hiation des Cèles fie Pâques (1051), Léon IX lut de relo»H- a liuine ; il y <iwr'ïl pendant le service divin , par la seule inlltience de sa parole et de son regard, une pauvre possédée; dei faits analogues se répétèrent dans plusieurs circonstances et servirent plus tard de preuves à l'appui de la canonisation du pape.
Pendant cette année 1051 , Léon IX se rendit de nouveau dans le sud de niaiie, où les Normands continuaient à com-
SAINT LÉON IX
mettre des cruautés inouïes. Pour y arrivor , il suivit d'abord la route de Sabiaco , ei visita, dans cette belle vallée alpestre , les monastères illustrés par saint Benoit, il usa de rigueur envers Tabbé daSaero^^, qui, se sentant coupable, s'était réfugié à Trein ; puis il examina les documents des habitants de Subiaco, et fit impitoyablement brûler les titres apocryphes. Je cite cette circonstance, parce qu'elle jette rétrospectivement quelque lumière sur la manière de procéder qu'a dû employer le pape pour le couvent de llolienhuuiy. Il est évident que, avant d< fiim* celte consécralioii, .son examen s'était jifé sur les titres d<- Aniulli- que le monastèie avait consei-vés, et que l'acte solennel, qu'il accomplit pour constat ei" la vénération séculaire dont jouissait sa sainte aïeule, n'avait été décidé qu'après un consdendeux recueillement.
En arrivant dans l'Ilalie méridionale, il reçut définitivement la soumission de Bénévent; il fit son entrée dans cette ville, le jeur même de FAssomption. Alors les instances les plus vives lui arrivèrent du calapan grec Argyroâs, qui représentait le reste de Viniluence byzantine dans la Fouille. Le pape commença , en effet , à fiiire des préparatifs et des armements |>our châtier les chevaliers -bandits de la Normandie; mais, abandonné dès cf moment par Guaymar , prince de Salerne, il résolut de s'adt esser à l'empereur Henri III , avoué de l'Église de Rome; car en s'appuvanl sur l Allemagne, il pouvait espérer d'en finir avec les Normands, abriter contre leure attaques Bénévent, sa nouvelle acquisition , et sauver les habitants de la Fouille , torturés, mutilés par les bandes des fils de Tancréde de Hauteville.
Four décider Tempereur a lui fournir des secours efficaces , il fidhit, une troisième fois, s'acbeminer vers le Nord. Il se rend en Allemegne, en 1051, et commence par intervenir dans kl lutte engagée entre Henri DI et les rois André et Bela de Hongrie. Ses efforts sont couronnés de succès; puis il passe à Ratisbonne, y rend les honneurs dus aux reliques de Tévéque
BI06RAPHIBS ALSACIBKNB8.
Wolfgrang:, qui, tl'aprAs In (radition , avjnt roiiilu la vue à sainte Odile, ( orisacre ie couvent de Saint - Emeran , transport»^ à Bambcrg les ossemente du pape Clément II, et arrive à Worms en décembre. Son séjoar dans cette ville est marqué par la promesse d'un secours contre les Normands, qu'il arrache à l'empereur , auquel il cède Févéché de Bamberg et Tabbaye de Fulde contre la propriété définitive de Bénévent.
Aucun document ne conserve la trace d'une visite que le pape aurait fiiite à sa chère Alsace, maintenant qu'il se trou* vait non loin de cette province, pour la troisième fois depuis son avènement an trône poulilkal. En lÛ5i2, nous le trouvons à Padoue, continuant les privilég^cs dos églises et consacraul , dans celle de Sainte-Justine, la découverte des corps de trois saints' ; puis à Mantoue, où il avait convoqué un « oncile pour donner suite à ses actes de rigueur contre des mœurs dissolues. Ici , il rencontra pour la première fois une résistance à main armée de la part du clergé et du peuple , et se vit obligé de Aire un pas rétrograde. 11 doit être permis de proclamer que l'œuvre légitime, entreprise par Léon IX, Ait entravée et échoua devant l'aveugle opposition d'une société corrompue. Le mal devait encore progresser et provoquer la venue du grand moissonneur Hildebrand, qui allait extirper , d'un seul coup , la mauvaise herbe dont TÉgUse était couverte.
De retour à Rome, le pape eut la douleur de perdre, paiun ompuisunnement, Halynard, archevêque de Lyou, et Hugues, évêque de Langres. A la même époque (7 mai 1052), Boniface, marquis de Toscane, le soutien et le conseiller du saint-siége, mourut assassiné à Salcrne; le prince Guaymar succombait à la suite d'u&e conspiration; mais il restait à Léon IX , pour l'accomplissement de sa sainte mission , une phalange de pieux anachorètes; il avait saint Pierre Damianià Ponte-Aveilana ; prés de Vicence , saint Théobald le Ghampe*