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Biographie de M.(tarara

FRANCIS PARKMAN

est morte en 1858, laissant deux filles qui lui survivent.

Durant l'hiver, M. Parkman habite Boston, et il passe la belle saison à Jamaica Plain, délicieuse campagne des environs de la ville.

Son charmant cottage, encadré de feuillage, est assis au bord d'un lac en miniature (Jamaica Pond), et regarde les opulente* viilas et les gracieuses collines, richement boioées, qui ondulent tout autour de l'horizon.

L'auteur de Pontiac est un amant passionné des roses : dans un de ses voyages d'Europe, il en a rapporté plus de cent cinquante espèces différentes, qu'il cultive avec prédilection tant en serres, qu'en plein air. C'est en émondant sa forêt de rosiers, qu'il inédite ses ouvrages, qu'il compose ces pages fleuries, tout embaumées de parfums exquis, qu'on croit respirer en ouvrant ses livres.

Pendant les loisirs forcés que lui faisait la maladie, en se promenant dans les allées ombreuses de ses jardins, il a étudié la vie et les mœurs de la rose, ses nombreuses variétés, les soins qu'exige sa culture. Il a réuni tout cela en bouquet dans un charmant ouvrage qu'il a publié en 1866. The Book of Roses est une fraîche et suave conception, dont chaque page semble imprimée sur une feuille de rose.

Sur sa personne, M. Parkman est d'une simplicité toute américaine. Sa taille grande, mais frêle, accuse une nature toujours souffreteuse. Les traits de sa figure offrent uu de ces types remarquables qu'aimait à peindre Léonard de Vinci : harmonieuse combinaison d'intelligence, de finesse et d'énergie^ front large, nez finement taillé, menton fort et proéminent.

Du reste, rien ni sur sa physionomie, ni dans sa conversation, ne trahit la puissante imagination qui a jeté un reflet de poésie sur toutes ses œuvres.

Les lignes fines et déliées de ses lèvres, fortement accentuées aux angles, décèlent plutôt le penseur que le poète ; mais l'observateur attentif voit jaillir l'éclair au fond de son regard toujours à demi-voilé par sa débile paupière.

Sa pensée, naturellement inclinée vers les choses sérieuses, s'épanouit volontiers dans l'intimité; et le franc rire de lagaîté applaudit toujours a une saillie spirituelle.

Que dire du cœur généreux, de l'âme droite et loyale?. . . . mais l'amitié a des secrets qu'elle détend à l'écrivain de dévoiler.

Il nous reste à jeter un coup-d'œil d'ensemble sur les œuvres de M. Parkman, à les juger au triple point de vue littéraire, national et religieux.

Chacun de ses ouvrages mériterait une critique spéciale, tant il y a de louanges à donner et de réserves à faire.

On se rappelle les splendides aurores boréales

qui ont ]>aru dans le cours de l'hiver de 1871. Certaines «jens en étaient même effrayées: rapprochant ces phénomènes des désastres inouïs que chaque télégramme nous apportait, elles y voyaient de sinistres présages pour l'avenir.

Je me souviens qu'un soir nous étions alU?, quelques amis, nous promener sur la terrasse du château Saint-Louis pour mieux jouir de leur ravissant spectacle. Du nuage étrange, aux rebords frangés il* éclairs, qui leur servait <ie clavier lumineux, elles lançaient vers le zénith leurs étincelantes vibrations. L'œil restait ébloui devant ces myriades de rayons qui jaillissaient, s'évanouissaient, pour reparaître encore, se réunissaient en gerbes de rose et de saphyr, ondulaient comme un champ d'épis, mariaient* leurs nuances aux blanches clartés de l'aurore, et formaient, vers le nord, une immense draperie, si riche qu'on eût cru voir un pan du manteau divin.

Les rayonnements du style de M. Parkman sur le ciel bleu de notre histoire, ont quelque chose de ces splendeurs boréales. Ils produisent sur l'esprit une égale fascination. L'œil séduit a ne s'en peut détacher; et pour mieux justifier ( la comparaison, il faut ajouter que le sophisme y présente des miroitements qui font tressaillir la pensée catholique, et lui donnent ce genre d'effroi qu'éprouvent les imaginations populaires à la vue de nos phénomènes nocturnes.

Mais, avant d'entrer dans le domaine des réserves, laissons-nous entraîner au charme de quelques-unes de ces aurores littéraires que l'œil peut admirer sans crainte. Nous assistons à la naissance de Montréal.

" Sous plus d'un aspect, l'entreprise de Montréal appartient au temps des croisades. L'esprit de Godet roy de Bouillon survivait dans Chômedèy de Maison neuve ; et, dans Marguerite Boutgeoys, se réalisait ce pur idéal de la femme chrétienne, rieur de la terre épanouie aux rayons du ciel, qui subjuguait par sa douce influence la férocité d'un âge barbare:

" Le dix-sept de mai 1642, la petite flottille de Maison neuve, une pinasse, un bateau plat, et deux chaloupes, celles-ci à la rame, ceux-là à la voile, approchaient de Montréal. Tous les voyageurs entonnèrent à l'unisson un hymne d' actions de grâce. . .

" Le jour suivant ils glissaient le long des rivages verdoyants et solitaires, aujourd'hui tout remuants de la vie d'une ville active, et mirent pied à terre à l'endroit que Champlain, trenteet-un ans auparavant, avait choisi comme un site favorable à un établissement. C'était une langue, ou triangle de terre, formée par la jonction d'un ruisseau avec le Saint-Laurent, et connue depuis sous le nom de Pointe-à-Callières. Au bord du ruisseau s'étendait un champ, et au-delà s'élevait la forêt avec son avant-garde d'arbres isolés. Les fleurs hâtives du printemps* s'épanouissaient dans l'herbe naissante, et les

FRANCIS PARKMAN

x aux plumages variés voltigeaient dans

Maison neuve sauta à terre et se jeta à geses compagnons imitèrent son exemple ; s unirent leurs voix eu un cantique eniste d'actions de grâce. Les tentes, le baies armes et les munitions furent transà terre. Un autel fut dressé auprès, sur ; gracieux ; et Mademoiselle Mance, avec ne de la Peltrie, aidées de leur servanfe, >tte Barré, le décorèrent avec un goût qui dmiration de tous les assistants. Alors a petite colonie se réunit autour du sanciraprovisé. En avant, se tenait le P. Virêtu des riches ornements du sacrifice ; •<, les deux dames avec leur servante.; tagny, spectateur peu empressé ; et Maiive, figure guerrière, droit et grand de ses hommes groupés autour de lui, — sollarins, artisans et laboureurs — tous sol- 1 besoin. Chacun s'agenouilla dans un iueux silence pendant que le prêtre élevait e sainte au-dessus de leurs têtes ; et lorssacrifice fut achevé^ le missionnaire se . vers eux et leur dit : " Vous êtes un grain înevé qui jgermera et croîtra jusqu à ce ses branches couvrent cette terre. Vous $s qu'un petit nombpe ; mais votre œuvre 'œuvre de Dieu. Son sourire est sur vous, » enfants rempliront cette terre." k journée fut bientôt sur son déclin : le iescendit derrière les grands arbres du ut, et fit place au crépuscule. Les moufeu étincelaient dans l'obscurité, sur la . Us en prirent un grand nombre, les atjnt avec des fils en brillants festons, et (pendirent devant l'autel où l'hostie était exposée. Ils dressèrent ensuite leurs allumèrent les feux du bivouac, établiure sentinelles, et se livrèrent au repos.

Tut la première nuit de la naissance de ial.

jt-ce de l' histoire véritable ou une légende ralerie chrétienne? c'est l'un et l'autre. 1 " ras, à notre tour, nous demanderons : où r un tableau plus gracieux, une scène plus et plus fraîche ? Ne croirait-on pas lire ;ment d'épopée chrétienne?

lezvous maintenant jeter un coup-d'œil nature américaine telle qu'elle apparut uropéens dans sa virginité première ?

s, nu instant, le père Marquette dans sa erte du Mississipi.

noment où nous le rejoignons avec son gnon Joliet, ils laissent glisser leur canot «■sur l'un des affluents du Wisconsin.

i rivière serpentait à travers des lacs et ■récages qui disparaissaient sous des s de folle-avoine j et, sans leurs guides, à inraient-ils pu suivre le vague et étroit

in North America, p. 207.

chenal. Il les conduisit enfin au portage, oùy après avoir marché un mille et demi> à travers la prairie et les savanes, leurs canots sur les épaules, ils les lancèrent sur le Wisconsin, dirent adieu aux eaux qui coulent vers le Saint- Laurent, et se confièrent au courant qui devait les conduire ils ne savaient où, — peut-être au golfe du Mexique, peut-être à la mer du Sud.

peut-être au golfe de la Californie. Ils glissèrent en jjaix sur l'onde tranquille, le long d'îles surchargées d'arbres et tapissées d'un réseau inextricable de vignes sauvages ; le long de forêts, de massifs d'arbres, de prairies, — parcs et jardins de cette prodigue nature; — le long de halHers, de marécages, et de larges dunes arides; sous l'ombrage des arbres, qui, à travers leurs cimes, laissaient voir, dans le lointain, quelque sommet boisé, dont le puissant sourcil se baissait pour les regarder. Puis, à la nuit tombante, le bivouac, les canots renversés sur la plage, la flamme vacillante, le souper de venaison ou de chair de bison, la pipe durant la veillée, et le sommeil sous les étoiles. A l'aurore, quand ils se rembarquaient, le brouillard du mâtin flottait sur la rivière comme le voile d'une fiancée, puis se dissolvait aux rayons du soleil, jusqu'à ce que l'onde unie comme un miroir et que la forêt languissante se fussent endormies, sans voix, sous un eoleil étouffant. " *

Certains critiques reprocheront à M. Parkman de trop sacrifier au coloris et à la mise en scène, de faire des tableaux à effet.

Quant à nous, nous avouons notre préférence : nous admirons autrement un Corrège qu'un Overbeck, une page d'Augustin Thierry qu'un récit de Bancroft.

Si nous voulions relever un défaut saillant au point de vue de l'art, nous dirions que l'auteur est trop prodigue de notes, d'ailleurs fort intéressantes, mais qui interrompent le récit.

C'est la seule réserve que nous ferons sur la former il nous en reste d'autres à indiquer sur des ppints plus importants.

Nous avons fait aussi large que possible la part de la louange, afin de donner à la vérité tous ses droits, à la critique ses coudées franches.

Disons-le sans ambages, sous le rapport des principes, l'œuvre de M. Parkman est la négation de toute croyance religieuse. L'auteur rejette rfuesi bien l'idée protestante que le dogme catholique: il est purement rationaliste. Il n'admet d'autre principe que cette vague théorie qu'on appelle la civilisation moderne. On entrevoit une âme droite et née pour la vérité, mais perdue, sans boussole, sur un océan sans rivage. De là ces aspirations vers le vrai, ces aveux éclatants, ces hommages à la vérité, suivis, hélas ! d'étranges affaissements, ' d'accès de fanatisme qui étonnent.

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