The Junte, p
S. The Jemitt, p. 8a
il faut, peut-être un jugement plus qu'humain." Nous pourrions multiplier les citations et rendre plus évidentes les fluctuations de ce noble esprit entre la vérité et l'erreur. Trop fier pour fléchir devant ses convictions, trop éclairé pour se laisser entraîner au préjugé sans examen, mais pas assez pour embrasser toute la vérité, il ressemble à ces voyageurs attardés dans nos dangereuses savanes. Partout il sent le sol fléchir sous ses pas, et il s'avance en tâtonnant tantôt à droite, tantôt à gauche, cherchant, dans l'ombre, un sentier qu'il ne trouve pas.
Citons un dernier passage plus éclatant encore que tous les autres, et qui honore autant l'historien que ceux dont il écrit :
" Les compagnons du P. Druillettes étaient tous des convertis, qui le regardaient comme un ami et un père. Il y avait prières, confession, messes et l'invocation de saint Joseph. Ils construisaient leur chapelle d'écorce à chaque bivouac, et aucune fête de l'église ne passait sans être observée. Le vendredi-saint, ils étendirent leurs plus, belles peaux de castor sur la neige, placèrent dessus un crucifix, et s'agenouillèrent autour en prière. Quelle était leur prière?
C'était une supplication pour demander le pardon et la conversion de leurs ennemis, les Iroquois. Ceux qui connaissent l'intensité et la ténacité de la haine d'un sauvage verront dans cet acte plus que le changement d'une superstition à une autre. Une idée avait été présentée à l'esprit du sauvage, idée nouvelle à laquelle il avait été auparavant complètement étranger.
C'est là le pi us. remarquable exemple de succès
3u'on trouve dans toutes les Relations des 'ésuites ; mais cet exemple est bien loi nei' être le seul qui prouve qu'en enseignant les dogmes et les observances de l'église romaine, les missionnaires enseignaient aussi la morale du christianisme. Quand on cherche les résultats de ces missions, on reste bientôt convaincu que l'influence des Français et des Jésuites s'étendait bien au-delà du cercle des convertis. Bile finit par modifier et adoucir les mœurs de plusieurs tribus non converties. Durant les guerres du siècle suivant, on ne retrouve pas souvent ces exemples d'atrooité diabolique dont les premières annales sont remplies. Le sauvage brûlait ses ennemis vivants ; mais rarement il les mangeait: il ne les tourmentait pas non plus avec la même délibération et la même persistance. C'était encore un sauvage, mais pas si souvent un démon. Le progrès n'était pas grand, mais il était visible. Et il semble s'être accompli partout où les tribus indiennes se sont trouvées en communications étroites avec quelque société de Blancs bien réglée. Ainsi la guerre de Philippe dans la Nouvelle-Angleterre, toute cruelle qu'elle fût, était moius féroce, à en juger par l'expérience canadienne, qu'elle n'aurait été, si une génération de ra\i\KKt& ^.v viliBêa ii'&veÀt ^s& «ta&Va \fc& tJs&& ^sKfcas&s»
FRANCIS PARKMAN
aspérités de la barbarie. Toutefois c'est aux prêtre» et aux colons français, mêlés de bonne heure avec les tribus de l'immense intérieur, que ce changement doit être surtout attribué. Dans cet adoucissement des imenrs, quel qu'il lut, et dans le catholicisme soumis de quelques centaines de sauvages apprivoisés, réunis en missions stationnaires dans différentes partiesdu Canada, se trouve, après l'intervalle d'un siècle, tout le résultat des travaux héroïques des Jésuites. Les missions avaient failli, parce que les Indiens avaient cessé d'exister. De toutes les tribus sur lesquelles reposaient les espérances des premiers missionnaires canadiens, il ne restait que des vestiges: presque toutes étaient virtuellement éteintes. Les missionnaires avaient travaillé ardûment et bien, mais ils étaient condamnés à bâtir sur une fondation croulante. Les indiens s'évanouissaient, non pas parce que lacivilisation les détruisait, mais parce que leur propre férocité et leur indolence indomptable rendaient imposable leur existence en face de la civilisation. Peut-être les énergies plastiques d'une race supérieure, ou la souplesse servile d'une race inférieure, chacune à sa manière, les aurait-elle préservés : quoiqu'il en soit, leur extinction était une conclusion inévitable. Quant à la religion que les Jésuites leur enseignaient, malgré tout ce que les protestants peuvent y trouver à critiquer, c'était la seule forme de christianisme qui vraisemblablement pouvait prendre racine dans leur nature informe et barbare." l
Gomment concilier ce magnifique témoignage, ce jugement si impartial avec tant d'autres passades des écrits de M. Parkman, où il proclame l'inutilité des travaux apostoliques, où il pourit de pitié à la vue des efforts de la Nouvelle-France pour convertir et civiliser les Sauvages ?
Il a manqué à l'historien américain de fortes études philosophiques, un couronnement intellectuel du genre de cette éducation oxfordienne qui transporte sur les cimes de la vérité, qui, en Angleterre, donne aux écrivains une hauteur de de pensées, une largeur de vues, que n'ont pas atteintes les écrivains de ce continent.
M. Parkman confond trop souvent deux choses essentiellement distinctes, le principe et son application. La vérité par elle-même est toujours pure, c'est le rayon sans tache; mais chaque fois que la vérité s'exprime dans la nature humaine, elle traverse un nuage. Le rayon alors se décompose, une partie rejaillit triomphante, étincelle et s'épanouit en fruits de vie. Une autre partie se noie, languit et reste mêlée d'ombres.
Les splendeurs que M. Parkman lui-même découvre dans la prédication évangélique, dans l' apostolat de l'église, au Canada, sont trop écla-
}. TheJesuiU, p. 318.
tantes pour ne pas révéler une origine plus qu'humaine. Les ombres légères, inhérentes à la faiblesse de notre être qui voilent parfois l'éclat de la vérité, ne devraient pas l'empêcher d'apercevoir lu foyer divin d r où elle jaillit.
En résumé, les écrit de M. Parkman mêlés de bien et de mal, sont l'image de la nature liu- | mairie. Le ciel n'est pas sans nuages, la lumiè- | re n'est pas sans ombres, mais c'est le jour. On reconnaît partout l'esprit supérieur, le cosur honnête, qui, à travers ses tâtonnements, admire le beau, cherche le vrai, aime le bien.
Son histoire est une réparation et une œuvre de justice que nos ennemis nous ont trop longtemps refusées.
Etranger à notre pays, ignorant nos luttes de partis, il ne s'est pas laissé préjuger par les calomnies inventées avant lui. Il est allé aux sources mêmes de notre histoire; il les a étudiées avec un soin, un amour dignes de tout éloge; il a ensuite raconté les événements, tels qu il le» a vus, et il a dit : " Acceptez ou rejetez met " conclusions; mais voici les faits. "
Nous ne pouvions guère espérer mieux d'un ennemi impartial.
' L'éloquence des faits, racontés véridiquement et loyalement^ triomphe des appréciations erronées ; la lumière perce à travers les nuages, et l'impression qu'elle laisse est tout à l'avantage de notre nationalité. Une expérience personnelle de plusieurs années nous met en droit de l'affirmer. * Nous avons même connu dea protea-
1. Depuis que noua avoue écrit ce qui précède, dm ' yeux sont tombée, par hasard, sur une critique du , ] P'œtiurt de M. Parkman publiée récemment par n , écrivain français, M. Alexandre Détonons. Sou ea extrayons les lignes suivantes qui corroborent notre jugement sur l'historien américain :
" Anglo-Saxon et protestant, il ne faut pas demander à M. Parkman des jugements définitifs sur nous. Néanmoins, si l'amour de sa race et les ardenn de sa . croyance l'aveuglent quelquefois, sa loyauté est au-dessus de ses préjugés.
" Sous la plume de oot étranger, l'ancienne France se révèle dans une jeune et splendide beauté. Boa pèraf pensent, parlent, agissent comme il convient à des neames de chair et de sang mus par d'héroïques ressorti : nous vivons en eux et par eux. Quels oaraotères doux et fiera ? quelle initiative I quel mépris de la mort I 4 quelles puissantes individualités 1 Le baptême trempait ces gens-là dans l'amour du bien de la patrie, "
Plus loin, après avoir cité an passage du livra de M. ' Parkman, l'éorivain français ajoute :
«' Vient ensuite le récit d'entreprises inouïes, de eouffranoes sans pareilles, do sanglantes catastrophes, et de triomphes qui nous donnèrent la plus noble des eotonier Mais ce qui domine en tous ces événements, c'est la boaté inhérente à la raco française, le don vainqueur ignoré de tous les autres peuples, l'invisible lyre dont les accords domptaient les natures les plus rebelles. Koa aventuriers savaient se faire aimer -.,
" M. Parkman est très-explicite sur oe point : il abonde en faits que nul ne lira d'an œil eeoj d'autre part, il nous rend de précieux témoignages :
« Les colons français, dit-il, en agirent, à l'égard de l'inconstante et sanguinaire race qui réclamait la sou-
FRANCIS PÀBK-MAN.
tantts éclairé a rejeter les conclusions de M. Parkman, et se ranger de préférence de notre côté.
Il y aurait bien à relever ça et là, au point de vue de la critique historique, quelques erreurs échappées à l'auteur principalement dans see première écrits ; 1 mais
Maigri «qu'an point de vue catholique, il y « & reprendre dans les livres de M. Parkman, il a acquis à la recoo naissance des Canadiens, un droit qu'ils n'oublieront pas : ' aucun écrivain n'a plus que lui contribué à faire et admirer notre histoire, en dehors
mpècher
Et, en l'admirant, on ne pourra tf aimer la religion qui l'a faite si beiie. ,
Hons n'hésiione pas à dire que le Canada lui doit un témoignage public de reconnaissance.
Kt, si l'on nous consultait sur le mode à suivre, non* suggérerions au gouvernement fédéral de Aire peindre et placer son portrait dans la bibliothèque du parlement, à Ottawa.
< Je ne terminerai pas celte biographie sans exjjrimer à M. Parkman une pensée que la lec- -tare de see ouvrages a souvent fait naître dans mon esprit:
—Je ne sais, M. Parkman, si vous vous êtes tendu compte de l'attraction qui vous a conduit , i l'étude de notre histoire, qui vous a tait consa- .crer toutes les énergies devotreêlreâ l'écrire, ou plutôt A la chanter. Je n'hésite pas à voue le dire : c'est que votre nature, élevée, amante det grandes et belles choses, avait besoin d'un ■liment digne d'elle. Cet aliment, elle l'a trouvé dans nos sublimes annales.
Ajontcrai-je une autre raison qui sans doute voua fera sourire ? Vous penses que c'est le bn- •ard qui a imprimé cette direction à votre esprit. Le hasard, mon ami ce n'est rien, c'est le néant, — La niant n'a pas d'action. ■
Tsnlili je ottM terra, dans un «prit de mansuétude Hen propre à oontruter d'nna «dotante maniera avee keruabf rapaee dei Kspagnols it la dnroté des Ad.
■ Dmmt U nim dt la oelmiiatim anglaùe, iln'élait It- 9***1 eompUdtt tribut ; dans li flih de la Ooloxaumnr raugina, ellis twurr tout. "
1. Ce défaut nit inriout seniible dans ta prefriiore aarUi i* VHittairtd* la Arau-atÏM dt Pontiac, la prearitr eavraf* hb torique de H. Parkman.
Pair m'en olt«! qu'un eiemplo, Usa trompa on don. aaat b eblffra mpaetlf dea deux armées 1 la batailla 4M Bbdnta d'Abraham,
eVntu-Foye.
J. H. BagiM T
__ M Taché, député-iuiiiirtreder Terrai de
>, a an rbauransû idée de donner lu nom da
H. Parkman a on nouveau imimhip, dani le Comté de
Nous qui crayons, nous bv(
primer cette force mystèrie
vie: nous l'appelons la Providence.— Oui, la
Providence se" sert de voua, à votre insu, pour
l'accomplissement de ses desseins.
Jetez un coup-d'ceil sur ce continent d'Améri-
3ue, notre patrie commune, que nous chérissons 'un égal amour. Appelée la dernière à la vie de la civilisation, elle est devenue une immense ruche d'abeïlles, dont les bourdonnements et l'activité étonnent l'univers. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que des événements prodigieux s'y préparent. Placée au centre des mondes, formée de tous les éléments du globe, une société, gigantesque s'y élève. Réunissant,-dann un harmonieux ensemble, les génies des différentes nationalités, elle produira une civilisation qui gouvernera le monde.
Regardez le continent américain, ce géant sorti hier du berceau ; tandis que sa tète couronnée de glaces éternelles, touche le pâle, ses pieds s'appuient sur le cercle antarctique : d'une main, il atteint l'Europe, de l'autre, l'Asie. Voyez quelles artères puissantes font circuler la vie dans sa large poitrine.
Un jour viendra où, étendant ses deux bras autour de l'univers, il soulèvera le globe, dans un effort sublime, et ira le déposer, à genoux, au pied du trône de Dieu.
Tout faible que voua soyez, atome imperceptible dans cette immensité, vous servez, dans votre sphère d'instrument à la Providence.
Il faut, pour l'accomplissement de ses grands desseins, que les différentes races qui affluent sur ce continent, se fusionnent harmonieusement, comme autrefois, après l'invasion des barbares, ces peuples nouveaux qui ont donné naissance à l'Europe moderne.
Or, chacune de vos œuvres, malgré ses imperfections, fait tomber quelques préjugés, ces barrières fatales qui empêchent nos diverses nationalités de se donner la main dans nne cordiale fraternité, et de marcher, en une seule famille, & la conquête du progrés matériel et divin.
C'est là votre plus beau titre de gloire, et le mérite de vos études.
Quand vous serez parvenu à la fin de votre carrière, vous pourrez appuyer sur Ton œuvres votre tête blanchie par le travail, et vous rendre ce témoignage : J'ai usé ma vie pour le bien de mes semblables, avec une intention droite et pure : je puis m'endormir avec l'espoir qu'il m'en sera tenu compte.
Québec, ce Sî février 1871.