LA MESSE
L'aurore avait jeté sur les pas du soleil Sa corbeille de rose et son manteau vermeil, Lorsque les mariniers trouvèrent un asile Pittoresque et champêtre au rivage de l'île.
POÉSIES
Ce nouveau continent est un présent du ciel ; Et c'est la qu'aujourd'hui le marin immortel Veut en faire au Seigneur un hommage sublime En y faisant offrir l'adorable victime.
Un autel de feuillage et de mousse est dressé Au sommet du coteau, sur un tronc renversé.
Au-dessus, un massif de coudriers et d'ormes, Ombrageant le rocher de leurs branches énor-
[nies, Ressemblent aux arceaux d'un temple naturel.
Des lianes on voit les verdoyants cordages Retomber en festons au-dessus de l'autel Et des cierges bénis, parmi les fleurs sauvages, Dont les pieuses mains du prêtre et des marins Ont jonché le sol vierge et les degrés divins. Sur les bras de la croix rustique se balance Un faisceau d'étendards aux armes de la France.
Cependant est venu le moment solennel Et le prêtre gravit les marches de l'autel.
L'équipage vêtu de ses habits de fête S'agenouille, et Cartier se prosterne à leur tête. Notre patrie a vu bien des jours glorieux :
Mais jamais elle n'eut d'instant plus précieux. Le prêtre auguste et saint, avec la blanche hostie, Elève vers le ciel un regard qui supplie.
Pour la première fois en ce pays nouveau Est offerte la chair et le sang de l'Agneau.
Le flot attentif baise avec respect la plage, Et la brise au rameau suspend son doux ramage. Car ce vaste désert est devenu sacré, Depuis que du Sauveur le sang l'a consacré.
La France américaine, en ce moment suprême, A reçu l'onction de son premier baptême.
Et Cartier crut ouïr, dans les hauteurs des
[cieux, Joint à la voix du prêtre, un chant mystérieux : C'était l'hymne d'amour et de reconnaissance De la terre et des mers chantant leur délivrance. C'était la sainte voix de leur ange gardien Qui priait au berceau du peuple Canadien.
5 août, 1869.