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LE PORTRAIT DE MON PÈRE

Il est là, dans son cadre, au vieux mur suspendu, Le front large et pensif, l'air calme, mais austère. Le regard, plein de feu, dans l'espace perdu ; Toujours je l'ai vu là, ce portrait de mon père.

Quand l'ombre de la nuit descend sur le manoir, Que tout devient obscur au salon solitaire, Un rayon toujours brille et parait se mouvoir : C'est l'œil étincelant du portrait de mon père.

De la toile parfois semble se détacher Et descendre vers moi cette ombre qui m'est Elle vient à ma droite en silence marcher [chère*. Et m'indique du doigt le portrait de mon père.

Quand surgissent les jours d'orage intérieur, Où l'âme est sans vertu, le courage éphémère, Pour raffermir mes pas au sentier de l'honneur, Je n'ai qu'à regarder le portrait "de mon père.

Si jamais au torrent me laissant emporter, A ses nobles leçons je venais à forfaire, Rougissant de moi-même, oserais-je affronter Le foudroyant regard du portrait de mon père.

Vingt ans passés, la mort vint frapper au manoir; Lorsque ma mère en deuil revint du cimetière, Elle me dit montrant le cadre orné de noir :

" Embrasse, mon enfant, le portrait de ton. çète*

POÉSIES

" Pour être comme lui digne de tee aïeux, " Et comme lui remplir une noble carrière, " Être grand citoyen et chrétien vertueux, " Viens t'inspirer devant le portrait de ton père."

L'imiter fut depuis mon suprême désir, Et quand je fermerai mes yeux à la lumière, A Dieu je veux léguer mon dernier souvenir Et mon dernier regard au portrait de mon père.

19 février, 1869.

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