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MOUVEMENT LITTERAIRE AU CANADA

L'histoire de chaque peuple, comme celle de -chaque individu, est toujours marquée par un double mouvement d'expansion physique et intellectuelle. Chez le peuple naissant, comme chez l'enfant, c'est d'abord le développement matériel qui se manifeste avec le plus d'énergie. A^vant de s'asseoir au banquet des nations, une longue série de luttes l'attendent; et c'est en essayant ainsi ses forces qu'il acquiert cette virilité qui assure son existence.

A cette première période de développement, en quelque sorte physique, succède le mouvement intellectuel. La nation, confiante dans l'avenir, se replie, pour ainsi dire, sur elle-même, compte ses titres de gloire, les trophées qu'elle a conquis sur les champs de bataille. Jusqu'alors, plus occupée à donner de la besogne à l'histoire qu'à l'écrire, elle n'avait eu que le temps, entre deux coups d'épée, de marquer sur ' son bouclier le nombre de ses victoires. L'action avait absorbé la pensée. Mais à l'heure du repos, elle éprouve le besoin de chanter ses exploits, et de se créer une patrie dans le monde des intelligences aussi bien que dans l'espace. C'est l'époque de la littérature.

H semble que l'époque actuelle marque, pour le peuple canadien, cette seconde phase d'exis-

avait été merveilleusement secondé par ces conquêtes politiques. La génération nouvelle, plongée dans cet atmosphère fécond, éblouie par les séduisantes perspectives de l'avenir, s'élançait avec amour dans l'étude, afin d'être prête, un jour, à remplir toutes les carrières que ce règne d'indépendance nationale ouvrait à ses légitimes ambitions.

Il faut aussi tenir compte d'une troisième influence, non moins importante, exercée sur la jeunesse qui prend aujourd'hui possession de l'avenir, par quelques esprits d'élite qu'on peut regarder à la fois comme ses ancêtres et ses contemporains: ses ancêtres, car ils l'ont devancée par l'âge et la renommée, en dotant le pays d'œuvres qui ne mourront pas ; ses contemporains, puisque plusieurs d'entre eux vivent encore au milieu de nous. L'impulsion, qu'ils donnèrent aux lettres, se personnifie en deux hommes éminents, dont l'un s'est acquis, par 'ses travaux historiques, des droits incontestables à la reconnaissance de tous les Canadiens, et dont l'autre vivra toujours parmi nous comme un talent hors ligne, et a sa place marquée à la suite des premiers poètes de la France du dix-neuvième siècle.

Nous voulons parler de MM. Garneau et Crémazie.

La catastrophe qui a si douloureusement briséV la carrière de ce dernier, ne doit pas nous em-

tence. Le réveil littéraire, qui se manifeste de pêcher de rendre justice à son mérite littéraire «AntMno^o on fi>ît «rootontii. Tovânomont An efc £ l'ascendant que sa muse patriotique a eu

sur la société canadienne.

Quant à notre historien national, il nous est d'autant plus agréable de rendre hommage aux. services qui nous l'ont rendu cher, et à l'action qu'il a exercée, qu'on a cherché, dans ces derniers temps, à amoindrir l'importance de son œuvre. A part certaines réserves, nul homme impartial ne peut contester l'ampleur et la solidité du monument qu'il a élevé.

Nous n'oublirons jamais l'impression profonde que produisit, sur nos jeunes imaginations d'étudiants, l'apparition de Y Histoire du Canada de M. Garneau. Ce livre était une révélation pour nous. Cette clarté lumineuse qui se levait tout à coup sur un sol vierge, et nous en découvrait les richesses et la puissante végétation, les monuments et les souvenirs, nous ravissait d'étonnement autant que d'admiration»

Que de fois ne nous sommes-nous pas dits, avec transport, à l'aspect des larges perspectives, qui s'ouvraient devant nous : — cette teç*^

toutes parts, en fait pressentir l'avènement, ou, du moins, en laisse naître l'espérance.

Après deux siècles de luttes incessantes, de combats sans relâche, des jours plus calmes sont venus, et ont offert aux esprits ce recueillement indispensable au développement de la pensée. L'éducation s'est répandu rapidement : les sources intellectuelles ont été versées à flots sur la génération présente, tandis que l'horizon politique s' élargissait devant elle et donnait libre cours à toutes ses généreuses aspirations ; et aujourd'hui l'on peut compter parmi nous toute une pléiade d'hommes lettrés, animés d'un noble enthousiame, et qui s'occupent, avec ardeur, à exploiter nos vieilles chroniques et à célébrer nos gloires nationales.

On n'a pas assez remarqué la coïncidence de ce progrès littéraire avec l'ère de liberté qui succédait, à la même époque, au régime oligarchique dont le despotisme avait amené les sanglantes journées de 1837 et 38, et d'où sont sorties toutes nos libertés constitutionnelles. L'ébranlement imprimé alors aux intelligences \ bette, s\ Wxmfcxite, s«k w&* ^^ ^»' ta ^ w *'

LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE

sous nos pied.*, c'est le sol «le la patrie ! Avec ] quel noble orgueil, nous écoutions les divers chants lie cette brillante épopée! Nous suivions les premiers pionniers de la civilisation dans leurs découvertes ; non* nous enfoncions hardiment avec eux dans l'épaisseur de la forêt, plantant la cr.»ix, avec le drapeau français, sur toute la ligne du Saint-Laurent et du Mississipi. Nous assistions aux faibles commencements de la colonie, aux luttes héroïques des premiers temps, aux touchantes infortunes de la race indienne, à l'agrandissement de la Nouvelle- France; puis, après les succès enivrants, les éclatantes victoires, venaient les revers ; après Carillon, Oswego, Mouongahéla, venait la défaite d'Abraham: puis enfin le drapeau fleurdelysé, arrosé de notre sang et de nos larmes, retra versait les mers pour ne plus reparaître.

Sur cette grandiose réalité, les brillantes strophes de M. Crémazie alors dans tout l'éclat de son talent, jetaient, par intervalle, leur mantean de gloire. Il nous rappelait, en vers splendides, les hauts faits d'armes de nos aïeux :

les jours de Carillon,

Où, sur le drapeau blanc attachant la victoire, Nos pères se couvraient d'un immortel renom, Et traçaient de leur glaive une héroïque histoire.

Nous frémissions d'enthousiasme au récit

de ces temps glorieux,

Où seuls, abandonnés par la France, leur mère, Nos aïeux défendaient son nom victorieux Et voyaient devant eux fuir l'armée étrangère.

Nos yeux se remplissaient de larmes à la lecture de cette touchante personnification de la nation canadienne retracée dans " Le Vieux Soldat Canadien"

Descendant des héros qui donnèrent leur vie, Pour graver sur nos bords le nom de leur patrie, La hache sur l'épaule et le glaive à la main.

Ayant survécu aux malheurs de la patrie, presque aveugle,

Mutilé, languissant, il coulait en silence Ses vieux jours désolés, réservant pour la France, Ce qui restait encor de sou généreux sang ; Car dans chaque combat de la guerre suprême Il avait échangé quelque part de lui-même Contre les verts lauriers conquis au premier rang.

Quant le vent, favorable aux voiles étrangères, Amenait dans le port des flottes passagères, Appuyé sur son fiis. il allait aux remparts:

Et là, sur ce beau rleuve où son heureuse enfance Vit le drapeau français promener sa puissance, Regrettant ces beaux jours, il jetait ses regards !

Et puis il comparait, eu voyant ce rivage Où la gloire souvent couronna son courage, Le bonheur d'autrefois aux malheurs d'aujourd'hui-,

Et tous les souvenirs qui remplissaient sa rie, Se pressaient tour à tour dans son âme attendrai Nombreux comme les flots qui coulaient devait

[lai.

Ses regards affaiblis interrogeaient la rive*, Cherchant si les Français que, dans sa foi naïre, Depuis de si longs jours il espérait revoir, Venaient sur nos remparts déployer leur fat*

nière:

Puis, retrouvant le feu de son ardeur première, Fier de ses souvenirs, il chantait son espoir:

" Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse, " Pour vous, Français, j'ai combattu longtemps " Je viens encor daus ma triste vieillesse, " Attendre ici vos guerriers triomphants.

" Ah! bien longtemps vous attendrai- je encore " Sur ces remparts où je porte mes pas?

" De ce grand jour quand verrai-je V aurore ? " Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

" Qui nous rendra cette époque héroïque •' Où, sous Montcalm, nos bras victorieux, " Renouvelaient, dans la jeune Amérique, " Les vieux exploits chantés par nos aïeux?

" Ces paysans qui, laissant leur chaumière, '* Venaient combattre et mourir en soldats, " Qui redira leurs charges meurtrières?

" Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

" Quoi ! c'est, dis-tu, l'étendard d'Angleterre, " Qui vient encor, porté par ses vaisseaux, " Cet étendard que moi-même naguère " A Carillon j'ai réduit en lambeaux, " Que n'ai-je, hélas ! au milieu des batailles " Trouvé plus tôt un glorieux trépas, " Que de le voir flotter sur nos murailles I " Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

" Pauvre vieillard, dont la force succombe^ " Kêvant encor l'heureux temps d'aotrefois.

" J'aime à chanter, sur le bord de ma tombe, " Le saint espoir qui réveille ma voix.

'*' Mes yeux éteints veixont-ils dans la nue " Le fier drapeau qui couronne leurs mâts?

" Oui, pour le voir, Dieu me rendra la vue 1 " Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?"

On comprend facilement l'enthousiasme qw devaient exciter, dans des cœurs de vingt ans, ces chants si nouveaux, ce? hymnes patriotiques qui ressuscitaient fous no3 yeux, comme le poète le disait lui-même,

Tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux.

Ceux qui étaient alors en âge de goûter les beautés littéraires, peuvent redire encore tout ce qu'il y avait de charme dans la voix de ce barde canadien, debout sur le rocher de Québec,

AU CANADA

mtant avec des accents, tantôt sonores et its 7 comme le clairon des batailles, tautôt ifs et mêlés de larmes, comme la harpe êl en exil, les bonheurs et les gémissei de la patrie. Chacun de nous alors souaprès le jour où il pourrait mêler sa voix le du chantre canadien, et rêvait, avec l'ardeur juvénile, quelque long poëme é, pour le moins, à l'immortalité. Que rs, éclos dans ces heures d'ivresse, ont \f tout penauds, le chemin de la solitude i étaient nés !

Î8 l'élan était donné à la jeune génération ; ssor qu'a pris depuis, la littérature; le né au souffle de l'amour de la patrie, e jeunesse studieuse a voué à la science, it de fonder des espérances sur l'avenir.

îe année voit éclore quelque essai nouveau »u moins heureux. Hier encore tous les de la presse saluaient l'apparition des is Poétiques de M. Lemay, ce jeune tai suave, si mélancolique, qui éveille de si sympathies. Et n'a-t-on pas vu, il y a à deux ans, sous l'influence des causes que venons de signaler, se révéler soudaineun écrivain plein de fraîcheur, sous les ux blancs d'un vieillard, l'auteur des An- Canadiens, qui s'était ignoré lui-même nt trois quarts de siècle ? Kien n'est plus à suivre que la filiation d'idées qui unit uteurs et leurs contemporains à ce que xmrrions appeler notre premier cycle litté- L' épigraphe placée en tête des Anciens diens, et dû à la plume de notre grand national; le bel éloge à l'adresse de M.

au, par lequel s'ouvre le douzième chalu même ouvrage, précisent les influences '.. DeGaspé a subies, les sources d' in spi- 8 où il a puisé. 1 Ecoutez maintenant ce poète, plein d'élégance et d'élévation, de M. Lemay, et dont l'inspiration accuse me origine :

Quoique faible encor, ma musa de vingt ans ;e dire aujourd'hui de sa voix enfantiue,

oici cette épigraphe qui a parti RaiiB signature, ou reconnut t la large facture du maître :

é comme un aiglon sur le hautproraontoire, ant ses pieds de roc dans le fleuve géant, •c voit ondoyer; symbole de sa gloire.

Jante splendeur de son vieux drapeau blanc.

38 du château fort, la jeune, cathédrale nonter vers le ciel son clocher radieux ; n gel us du soir, porté par la rafale, jchos de Beaupré, jette ses sous joyeux.

f dans son canot, que la vague balance, [uois, sur Québec, lance un regard de feu.

urs rêveur et sombre, il contemple en silence idard de la*Fraueeetla croix du. vrai Dieu.

Comme autrefois Reboul au divin Lamartine :

" Mes chants naquirent de tes chants." x

Sans doute notre littérature n'en est encore qu'à ses premiers essais j le terrain est à peine déblayé sous nos pas j comme autrefois les vieiles forêts en face de nos pères, l'immensité s' étend encore devant nous. Mais enfin les premiers jalons qui indiquent la route à suivre, sont plantés, les premières assises de notre édifice littéraire sont posées. Pourquoi désespérerions-nous de donner à la France une colonie intellectuelle, comme nous lui avons donné une France nouvelle sur ce continent? Certes, elle ne serait pas moins fière de cet autre joyau ajouté à sa couronne. '

Quel est maintenant le devoir de la critique en présence des louables eflorts dont nous sommes témoins? De la direction qu'elle imprimera aux idées dépend, en grande partie, l'avenir des lettres canadiennes. La critique a un double écueil, également dangereux, également fatal, à éviter. D'un côté, une fade flatterie, des éloges prodigués sans discernement, la plupart du temps dans le but de se débarrasser du fardeau d'une critique sérieuse, et qui peuvent perdre les plus beaux talents en les enivrant par de faciles succès. D'un autre côté, le persiflage, qui n'est qu'une forme de l'impuissance, et qui peut jeter le découragement dans certaines intelligences d'autant plus faciles à frois- . per qu'elles ont toujours le défaut de leurs équalités, une sensibilité exquise inhérente à leur talent : natures frêles et délicates qui s'étiolent au contact des mesquines passions, et se replient sur elles-mêmes, semblables à la sensitive, souvent pour ne plus se rouvrir.

Une étude attentive, un examen sérieux des ouvrages qui surgissent, de sobres encouragements, mêlés de conseils graves, telles sont les qualités d'une saine critique, propre, à la fois, à fortifier le talent et à le diriger, à réprimer se» excès et à favoriser son essor. Heureusement que le type du censeur éclairé et judicieux n'est pas inconnu parmi noun. Qui n'a souvent admiré les fines appréciations, les critiques ingénieuses et délicates de M. Chauveau, dans son Journal de V Instruction Publique? Poète charmant, orateur et littérateur distingué, il met son expérience au service de toutes les jeunes renommées, leur tend une main amie, et leur offre ses- conseils, avec cette grâce parfaite, ce tact exquis, cette sagesse discrète qui décèlent toujours l'ami sous le censeur.

Il est un autre écueil de la critique contre lequel peuvent venir s'échouer bien des tentatives, be briser bien des espérances, et qu'il importe de signaler en passant: c'est le dédain un peu

1. La Poésie, Ode dédiée à Jf. 0. Çréuuaie, par J£. L. H. FréchelU.

LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE

mij/t'ii*' <!': cariai Ti'« fc p'urrie*. d'ailleurs l-ienveil- ' Jai*f <r-, outre tout co qui se publie au Canada: j>.ijui"i é.é^unk"' ft !iii<rinerit tailléen, mais qui ])roN'--*-r»t un': e-péce de scepticisme en littérature-. Tout en accordant une ju»te louange ' au mérit", elN-h affectent d'établir des parallèles ! ironiques entre les meilleur* écrivains canadiens j et le* auteurs françui*, mettant invariablement une dintance immense entre les heureuses inspiration», It'M plus l>eaux produits de notre sol, et len œuvres du génie français. Certes nous pommes loin de nous faire illusion sur la faibles 4e des débuts littéraire* du Canada; mais, d'un autre côté, nous ne sommes pas prêts à délivrer à notre pays en toute occasion, un brevet d'infériorité. D'ailleurs, c'est précisément à canne «le cette faiblesse même qu'il faut se garder de couper les ailes, d'avance, à toute inspiration. Quelle confiance voulez-vous qu'un écrivain ail dans ses forces, quel élan voulezvous qu'il prenne, si vous ne cessez de lui crier: " Vous avez beau vous consumer de tra- 44 vail, quel que effort que vous fassiez, vous ne 44 ferez jamais que vous traîner bien loin à la 4> suite des grands maîtres ; vous ne serez ja- 44 nuuN qu'un pâle imitateur, crayonnant plus 44 ou moins urti^temeut des pastiches."

Souvent, — les nerfs un peu agacés par ces prédictions blessantes pour l'amour-propre national, et qui peuvent laisser de fâcheuses impressions, — nous avons pris la peine de mettre en regard certaines pages de nos meilleurs auteurs canadiens, poètes ou prosateurs, avec les écrits du même genre des célébrités françaises d'aujourd'hui. Et, nous le disons sans hésiter, nous n'avons pas tu à rougir de la comparaison. Les études de M. Etienne Parent, par exemple : non discours sur le Spiritualisme, ses lectures sur L'intelligence dune ses rapports avec la Si>détè % ne dépareraient nullement les ouvrages de M. Victor Cousin. 4I La larçeur des idées," dit M. Rameau après avoir cité un fragment d'un* lecture du philosophe canadien, " est admirablement soutenue par l'ampleur de la forme ; de tels livres sont faits pour être appréciés dans tous les pays du monde, et les Canadiens doivent so féliciter d'avoir produit un si vigoureux penseur; ses travaux doivent leur être précieux a double titre, et comme œuvre éminente et comme œuvre nationale On peut leur présager une longue jeunesse et une rare énergie dan* leur développement à venir." l

Dam» un autre genre, "L'Episode de 1759.

et V Histoire de Harnache de M. Ferland peuvent soutenir le parallèle, comme modèle de style, comme fini d'exécution, avec les croquis les pins délicats les peintures les plus exquises, les pastels achevés de Prosper Mérimée ou

\. La vlrit* titgt 4* dîr» qat M. P*r»nt m s'itt pa* fc>aj*ur* teau ta gar4t coati* l*utftiie*o« de la I oitawpait awfora*.

d'Octave Fev.illet. " La vivacité du trait distingue ces tableaux," dit encore M. Rar après avoir cité une des charmantes esqo de M. Ferland, "et l'atticismede l'esprit çais, font voir que sur les bords du Saint reut notre langue n'a pas plus dégénéré notre caractère.

Quant à la poésie, les strophes ravisa de M. Chauveau sur l'enfance, entre auto petit bijou littéraire intitulé La Première* munion, égalent tout ce que la musedi ceau a inspiré de plus suave et de plus ca à Madame A nais Ségalas ou à M. de 1 chesne, et figureraient avec grâce dans!

cueil des poésies enfantines de Victor Hog excellait dans ce genre, avant qu'il eût je lyre dans la boue.

Mais voici un triomphe que la littérattn nadienne, née d'hier, aurait dû, ce sembk tendre encore bien longtemps: notre prt poète national, dans une heure d'inspir&tû osé se mesurer, sur le même sujet, ar< génie poétique le plus merveilleusement que la France ait produit depuis le com cernent du siècle. Epreuve redoutable, c la défaite semblait infaillible; et cependa poète canadien est sorti victorieux de joute littéraire. Plus d'un lecteur sourira crédulité à cette prétention. Mais que compare le chef-d'œuvre de M. Crémarie, élégie sur Les Morts, avec l'harmonie poél de M. de Lamartine intitulée Pensée des M et l'on sera tenté de croire, après avoir ni deux pièces en regard, que les signatures deux poètes ont été interverties, tant las riorité du poète canadien est incontestable, reste, quel que longue que soit la citation, i allons mettre le lecteur en mesure de faire même le parallèle, afin de n'être point d'exagération.

Voici d'abord l'élégie de M. de Lamartine PENSÉE DES MORTS.

Voilà les feuilles sans sève Qui tombent sur le gazon ; Voilà le vent qui s'élève Et gémit dans le vallon ; Voilà l'errante hirondelle Qui rase du bout de l'aile L'eau dormante des marais ; Voilà l'enfant des chaumières Qui glane sur les bruyères Le bois tombé des forêts.

L'onde n*a plus le murmure Dont elle enchantait les bois:

Sous des rameaux sans verdure I^es oiseaux n'ont plus de voix ; lie soir est près de l'aurore ; L'astre à peine vieat d'éclore, Qu'il va terminer son tour;

AU CANADA

Il jette par intervalle Une lueur, clarté pâle Qu'on appelle encore un jour.

L'aube n'a plus de zéphyre Sous ses nu âge 8 dorés ; La pourpre du soir expire Sous les flots décolorés ; La mer solitaire et vide N'est plus qu'un désert aride Où l'œil cherche en vain l'esquif} Et sur la grève plus sourde La vague orageuse et lourde N'a qu'un murmure plaintif.

La brebis sur les collines

Ne trouve plus le gazon ;

Son agneau laisse aux épines

Les débris de sa toison ;

La flûte aux accords champêtres

Ne réjouit plus les hêtres

Des airs de joie ou d'amours ;

Toute herbe aux champ est glanée :

Ainsi finit une année,

Ainsi finissent nos jours !

C'est la saison où tout tombe Aux coups redoublés des vents ; Un vent qui vient de -la tombe Moissonne aussi les vivants :

Us tombent alors par mille, Comme la plume itfutile Que l'aigle abandonne aux airs.

Lorsque des plumes nouvelles Viennent réchauffer ses ailes A l'approche des hivers.

C'est alors que ma paupière

Vous vit pâlir et mourir,

Tendres fruits qu'à la lumière

Dieu n'a pas laissé mûrir 1

Quoique jeune sur la terre,

Je suis déjà solitaire

Parmi ceux de ma saison ;

Et quand je dis en moi-même :

" Où sont ceux que ton cœur aime ? "

Je regarde le gazon.

Leur tombe est sur la colline.

Mon pied le sait: la voilà !

Mais leur essence divine, MaiB eux, Seigneur, sont-ils là ?

Jusqu'à l'indien rivage Le ramier porte un message Qu'il rapporte à nos climats; La voile passe et repasse:

Mais de son étroit espace Leur âme ne revient pas.

Ah 1 quand les vents d'automne Sifflent dans les rameaux morts, Quand le brin d'herbe frissonne.

Quand le pin rend ses accords

Quand la cloche des ténèbres

Balance ses glas funèbres,

La nuit, à travers les bois,

A chaque vent qui s'élève,

A chaque flot eur la grève,

Je dis : tl N'es- tu pas leur voix? "

Du moins si leur voix si pure Est trop vague pour nos sens, Leur âme en secret murmure De plus intimes accents ; Au fond des cœurs qui sommeillent, Leurs souvenirs qui s'éveillent Se pressent de tous côtés, Comme d'arides feuillages Que rapportent les orages Au tronc qui les a portés.

C'est une mère ravie A ses enfant s dispersés, Qui leur tend, de l'autre vie, Ces bras qui les ont bercés; Des baisers sont eur sa bouche ; Sur ce sein qui fut leur couche Son cœur les rappelle à soi ; Des pleurs voilent son sourire, Et son regard semble dire :

" Vous aime-t-on comme moi? "

C'est une jeune fiancée

Qui, Je front ceint du bandeau,

N'emporta qu'une pensée

De ea jeunesse au tombeau :

Triste, hélas ! dans le ciel même,

Pour revoir celui qu'elle aime

Elle revient sur ses pas,

Et lui dit : " Ma tombe est verte 1

Sur cette terre déserte

Qu'attends-tu? Je n'y suis pas ! "

C'est un ami de l'enfance,

Qu'aux jours sombres du malheur

Nous prêta la Providence

Pour appuyer notre cœur.

Il n'est plus, notre âme est veuve;

Il nous suit dans notre épreuve

Et nous dit avec pitié:

" Ami, si ton âme est pleine,

De ta joie ou de ta peine

Qui portera la moitié? "

C'est l'ombre pâle d'un père Qui mourut en nous nommant ; C'est une sœur, c'est un frère, Qui nous devance un moment.

Sous notre heureuse demeure, Avec celui qui les pleure, Hélas ! ils dormaient hier !

Et notre cœur doute encore, Que le ver déjà dévore Cette chair de notre chair!

LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE

L'enfant <Iont la mort cruelle Vient de vider le berceau, Qui tomba de la mamelle Au lit glacé du tombeau; Ti^us ceux enfin dont la vie, XJn j»;ur ou l'autre ravie, Emporte une part de nous, Murmurent sous la poussière:

li Vous qui voyez la lumière, De nous vous souvenez-vous ? "

Ah ! vous pleurer est le bonheur suprême, Mânes chéris de quiconque a des pleura !

Vous oublier, c'est s'oublier soi-même:

N'êtes vous pas un débris de nos cœurs?

En avançant dans notre obscur voyage, Du doux passé l'horizon est plus beau ; En deux moitiés notre âme se partage, Et la meilleure appartient au tombeau !

Dieu de pardon ! leur Dieu ! Dieu de leurs pères! Toi que leur bouche a si souvent nommé, Entends pour eux les larmes de leurs frères ! Prions pour eux, nous qu'ils ont tant aimé !

Ils t'ont prié pendant leur courte vie, Ils ont souri quand tu les a frappés !

Ils ont crié : lt Que ta main soit bénie ! " Dieu, tout espoir, les aurais-tu trompés?

Et cependant pourquoi ce long silence ?

Nous auraient-ils oubliés sans retour?

N'aiment-ils plus? Ahl ce doute t'offense!

Et toi, mou Dieu, n'es- tu pas tout amour?

Mais, s'ils parlaient à l'ami qui les pleure, S'ils nous disaient comment ils sont heureux, De tes desseins nous devancerions l'heure; Avant ton jour nous volerions vers eux.

Où vivent-ils ? Quel astre à leur paupière Répand un jour plus durable et plus doux ?

Vont-il peupler ces îles de lumière ?

Où planent-ils entre le ciel et nous ?

Sont-ils noyés dans l'éternelle flamme?

Ont-ils perdu ces doux noms d'ici- bas, Ces noms de sœur, et d'amante, et de femme ?

A ces appels ne répondront-ils pas ?

Ah ! dans ton sein que leur âme se noie !

Mais garde- nous nos places dans leur cœur.

Eux qui jadis ont goûté notre joie, Pouvons-nous être heureux sans leur bonheur?

Étends sur eux la main de ta clémence :

Ils ont péché ; mais le ciel est un don !

Ils ont souffert: c'est une autre innocence ! Ils out aimé; c est le sceau du pardôp !

Ils furent ce que nous sommes, Poussière, jouet du vent j Fragiles comme des hommes, Faibles comme le néant!

Si leurs pieds souvent glissèrent, Si leurs lèvres transgressèrent Quelque lettre de ta loi, O Père, ô Juge suprême, Ne regarde en eux que toi !

Si tu scrutes la poussière,

Elle s'enfuit à ta voix ;

Si tu touches la lumière,

Elle ternira tes doigts;

Si ton œil diviu les sonde,

Les colonnes de ce monde

Et des cieux chancelleront;

Si tu dis à l'innocence :

" Monte, et plaide en ma présence!

Tes vertus se voileront.

Mais toi, Seigneur, tu possèdes Ta propre immortalité ; Tout le bonheur que tu cèdes Accroît ta félicité.

Tu dis au soleil d'éclore, Et le jour ruisselle encore !

Tu dis au temps d'enfanter, Et l'éternité docile, Jetant les siècles par mille, Les répand sans les compter ?

Les mondes que tu répares Devant toi vont rajeunir, Et jamais tu ne sépares Le passé de l'avenir.

Tu vis 1 et tu vis ! les âges, Inégaux pour tes ouvrages, Sont tous égaux sons ta mai» ; Et jamais ta voix ne nomme, Hélas ! «es trois mots âe l'homme:

Hier, aujourd'hui, demain \

O Père de la nature, Source, abîme de tout bien, Bîèn'à toi ne se mesure; Ah ! ne te mesure à rien t Mets, ô divine clémence, Mets ton pokl& dans la balance, Si tu pênes le néfent !

Triomphe, ô vertu suprême, En te contemplant toi-mêttve !

Triomphe en noue pardonnant t

AU CANADA

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