‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 187 sur 196 · MU · texte numérisé non relu

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don Arohivea

lâlei à Paris.

l'Ancien Régime au Canada. Au dessus de l'organisation civile et politique, plus ou moins mêlée de défauts et de qualités, qui présida à la ' formation de la Nouvelle-France, planait une grande pensée que l'écrivain protestant n'a pu comprendre qu'imparfaitement, et qu'il n'a exprimée que pour la dénaturer bien souvent, ou pour l'obscurcir par ses préjugés. C'était la pensée catholique et civilisatrice, qui avait été le premier mobile des fondateurs de la colonie, depuis le roi de France jusqu'à l'humble colon. Le Canada aurait pu prendre pour devise cette parole de Champlain ; " Le ealut d'une âme vaut mieux que la conquête d'un empire." C'était cette pensée qui donnait aux missionnaires le courage d'affronter la mort sous les formes les plus horribles parmi les hordes sauvages, dans l'espoir de les amener à la vérité. C'était elle qui inspirait le dévouement de ces vierges chrétiennes qui venaient peupler' nos cloîtres. De ces cœurs tout remplis de l'esprit apostolique descendait, dans les différentes elasses du peuple, aênies sentiments de foi .et de prosélytisme, m suit la trace à travers les diverses phases de notre histoire : partout et toujours elle do-

ine les événements.

Malheureusement de si longs et de si pénibles efforts n'eurent qu'un succès partiel et passager. Tant de sueurs et de sang tombèrent sur un sol ngrat. Les natifs siiiïJp'H restèrent, pour la plupart, sourdes à. la prédication évungélique. . "Uiifi m l'issue ne répondit pas à l'attente, l'idée

en était pas moins sublime et la tentative gé-

A la fin de la période théocratique (1665), quand des mains de l'Eglise qui jusqu'alors avait gouverné presque exclusive ment, la colonie passa aux mains de l'Etat, la pensée primitive subit une modification, mais ne disparut point. Tandis que des intérêts nouveaux se faisaient jour, et absorbaient une partie de la vie, que l'autorité royale affirmait sa présence et travaillait activement au progréa de la colonisation, l'Ejrli-e. de son coté, poursuivait, avec Un nouveau zèle, l'œuvre qu'elle avait déjà commencée. Elle-trouvBielin auxiliaire puissant dans les rois de France qui se montrèrent toujours les

bien que de la jeune église du Canada. Ce lut pour continuer les traditions du passé qu'une attention sérieuse fut apportée dans le choix des colons reor n tés en France. Sans doute, quelques désordres accompagnèrent l'accroissement de la population; ces résultats étaient inévitables; mais ils ne firent pas oublier la pensée première. L'Eglise acheva de glaner sa moisson d'élus parmi les tribus indiennes, en même temps qu'elle imprima au cœur du peuple canadien un esprit de foi et d'attachement au catholicisme, que ni les menaces, ni les téductions du protestantisme ne purent ébranler.

Ce coup d'tail rapide suffit pour faire voir la

L'ANCIEN RÉGIME AU CANADA

grandeur et la beauté du sujet que l'écrivain américain avait à traiter. L'histoire de ce continent en offre peu qui méritent autant de fixer l'attention du penseur et de l'historien. Cependant, il faut bien le dire, M. Parkman n'a pas compris cette époque ; il n'en a pas saisi le vrai caractère. Au reste, quand on a lu et étudié les écrits de M. Parkman, on est convaincu qu'il ne pouvait pas la comprendre. Les principes qui faisaient agir la plupart des personnages dont il évoque le souvenir, et qui forment un des éléments essentiels de notre histoire, appartiennent à un ordre de choses qu'il n'admet point. Ou retrouve presque à chaque page de nos annales l'empreinte des motifs surnaturel? qui animaient le.s homme?, et qui étaient l'âme de la colonie, surtout à son origine. Or M.

Parkman eét rationaliste; il semble rejeter tout ce qui ne tient pas immédiatement à la vie présente, tout ce qui te rattache à un monde supérieur, â nos destinées fnrtures. Il examine et juge tout, le.s hommes et les choses, le.-* pensée* et les acte.», au point «le vue purement naturel et humain. Dès fors le plus beau côté de notre histoire disparaît à .«es yeux. Ce qu'il

une plume catholique, mais simplement tienne. Si l'on n'admet pas qu'elles s saient à de tels supplices clans l'intérêt \ de la religion ; n'était-ce pas, du moins, l'intérêt de l'humanité et de la civilisât»

Ayant toujours vécu dans une atmoi protestante, M. Parkman ne soupçonne pi ce qu'il y a de blessant pour des cathc dans certains passages de ses livres.

On conçoit ce que devient le vrai cai de notre histoire représenté sous un jourl celui que nous venons d'indiquer. Les d( ou ce qu'il blâme comme tel, relevés en et mis en relief, font disparaître en pi grandeur de l'ensemble. Une comparais»

(Ira pius sensible l'effet que produit sur 1 lecture le Y Ancien Régime au Canada, rez-vous un voyageur qui voudrait connî nature de notre pays, et qui parcourr campagnes au cœur de l'hiver. Sou3 se s'étend un tapis «le neige à perte de vue : aude sa tête, un ciel gris et terne, éclaii rares intervalles par quelques rayons d'ui pâle et sans chaleur. Il entrevoit bien, vers la poudrerie, quelques grandes *t perspectives ; mais tout cela est sans anin

y a de plus grand, de plus généreux, de plu:-

Uér.ique dans notre pa*.~é lui échappe, ou ne ! la vie e-?t absente. Il s'en retourne le

fait quVflieurer .-on esprit. Il ne s'explique ) glacé, emportant avec lui l'idée d'une

ingrate, et d'un peuple disgracié du cil damné à vivre au fond de ses foyers,

guère :e but et l'utilité des missions; il croit

encore inoin- au désintéressement de nos apô

très: il prend en pitié le travail évangélique. j dans une prison perpétuelle. Il n'a à p<

La cou-tance d»-s missionnaires et l'inutilité de ! rien vu de ce qui fait le charme de nos pa

ieiir.-; efforts n'excitent chez lui qu'un orguil- ! ni la richesse do nos prairies, ni la b

h:«jx dédain. On remarque dans ses ouvrages | parure ^^ forêts, ni les belles fêtes des

précé-iiT.t-, le même e.»prit, en général, et les j Sons, ni le beau ciel d'été enveloppant

irén.e. préjugé- : mais avec un mélange d'ail- ] écharpe de lumière et de chaleur nos h

mirât ion, d-r témoignais .-ympathiques, d'aveux ! sans borues.

fc..v;Crf"- q'ii coii-o.ent de bien îles tristesses, et

lof.', pard >uu*-r bien des dét'ablance-. Dans ie

f.o:iv<-aii .jvre. de l'auteur, au contraire, on

f/,u -ta-.*, av-': p"in*. un»- recrudescence «ie fana-

î.-n.": .«■- aj/préc.ations <;aimes, les pages im-

j/Skf'.n'. -'■ font M" plu - eii plu» rares. Le ton

*>:• .«xv;. .af#<:«: fait parfois place â un accent <i ,/',/.;<■ q-.; t*-\ i'-rit .-urtoiit lor-que l'auteur ».?*.■«■ 'u.f 'j .i:-î..<*n p-iig;' u«.*\ .S'agit-il de la '>•#.*. v"î-ï.or# '**• q»i«:!q:i'-- -auvage:-, d'une cérét:.',*..<: ';:*'fj'#.jq , ;ir. -i tj eu. te ou «le l'invocation ';*.-. i-îi. .».'.•. -;j f ap'én.e d*ï quelque né>iphytes, •/,.-./> ;*'-.-* ra'î'/f.'é av«i un* légèreté de lan- ?'*/" q •. :*-'- f r«- --s^-.j-r 1'*^ con-ciencea catho-

Lîi

'..n •;#!<; et rij'.ïve de certaines

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.*- .î v.p i-j...*- croyance au merveilleux.

',*-. ';ré-Jti.jré, miii" ri<ns insigni-

# i v •/<i l ff *.i t %.\. noté- ave >oin a titre de t,yt>'. -.:*. >'.*. tt tkhMiti il i\ xlltr ie« préjugés fat* M /*•. •.♦■ I* tut fyn *•'£,. par ex«-mpl", le récit ■J* ,4 *—¥ .t-'Â 'i'i \.*w: J'oi.cet. Les souffrances ***. ,*■«■, ,y.v/#... *..«;■• '|-j«:';«î ru;- joriuaire eut a mbir à//t.K ;,*/j<;':« fer*"; '•'< air d** moquerie qui fait u*>, 4 . t-, ii nwl/.ï. pourtant que de pareilles *M*h*** 'Wt+AtA *Utt *Mrkt*f )'•< ne di* pas pour

M. Parkman met souvent en parais deux colonies de la Nouvelle-Angleterre la Nouvelle-France et invariab'.ement il la supériorité à son pays : ce qui fait } de son patriotisme plutôî que celui < impartialité. 11 if e>t guère possible e aux yeux de la froide rais-.n, qu'il en puii ain>i. Dans son imagination, la Nouvt gleterre a été le berceau des lumières raison et de la liberté : et la Nouvel e-F:

éié le séjour de l'ignorance, de la supe et de la servitude. Nos ancêtres étaient '• an ignorant population trained to sul and depen îance through centuries of feu monarcnical despotism.

S'il en e>t ainsi, lui demanderons-non ment se fat-il que nos annales soient 1 riches de i : Amérique du m -ni. qu'elles s< source intarissable où Ton puise aujourd lumières historiques, où nos savants voi Etats-Unis viennent refaire une partie propre histoire. Pour n'en citer qu'un e:

L'ANCIEN RÉGIME AU CANADA

îor

us ancienne description de New- York n'est- MU.dueà la plume d un de nos missionnaires, . Jogues ? Rien n'est plus mesquin que les lies de la Nouvelle-Angleterre comparées xrîtres. Nos ancêtres se rendaient dune >tede leur existence sociale, observaient des fements, puisqu'ils les consignaient dans dts l dont la valeur n'est contestée par per- 9. Les hommes éclairés qui en étaient les in et dont le nombre était considérable, se 'aient en contact journalier avec Me peuple ri- frisaient part de leurs connaissances.

leurs, il ne faut pas l'oublier, la population lîenne ne comptait guère qu'une dizaine de âmes à la fin du 17e siècle. Et cepenil existait déjà depuis longtemps des maii'éducation pour les deux sexes à Québec Montréal. M. Parkman observe lui-même b collège des Jésuites de Québec fut fondé ans avant celui de Harvard.

terait facile de multiplier les preuves et de ntrer qu'ici le niveau intellectuel n'était iferieur à celui des populations anglo-améies. Quant au reproche de superstition 'auteur nous fait, nous l'admettons volon- La crédulité publique était grande dans pays à cette époque, comme partout en pe j mais du moins, chez-nous, était-elle nsive ; tandis que dans la Nouvelle-Angleelle prenait un caractère de cruauté qu'on urra jamais nous reprocher. M. Parkman lieux que nous le nombre des victimes qui son pays furent traînées au gibet pour .de superst.tion ou de sorcellerie.

Parkman termine son histoire de l'Ancien ne par un coup d'œil général sur les réa de la conquête. On y remarque la phrase nte : " L'Angleterre a imposé au Ca ada, ■é Jui, le " bienfait d'une liberté rationnelle julière." Nous sommes surpris de voir une IleasHertion sous la plume de M. Parkman.

ni possède si bien notre histoire devrait r que cet avancé est en flagrante contran avec la vérité historique. 11 serait ain-i ie dire que c'est l'Angleterre qui, après a imposé aux Ktats-lJnis leur indépen- . Nous avons conquis notre liberté poliavec notre sang et nos sueurs, comme les icains leur indépendance nationale. C'est >btenir cette liberté que nos pères onteomdepuis 1759 ; c'est pour e'ie que les vicde ;\1 sont montées sur l'éohafaud.

re peuple se proclame le féal sujet de la le-liretagne ; et il reconnaît qu'elle a nont réparé ses torts envers lui. Mais en j temps il reste fidèle à ses devanciers j et àte avec l'histoire que c'est grâce à leur |ue résistance, pendant près d'un s.ècle, i conservé intactes sa religion, sa langue lois. M. Parkman sait très-bien que la [ne constante de l'Angleterre, qu'elle aconée par l'acte de l'unidn des deux pro-

vinces canadiennes, a été l'anéantissement de notre nationalité. Le sort de l'Irlande ou peutêtre même celui de l'infortuné Acadie nous était réservé ei l'Angleterre n'avait pas craint le voisinage des Etats-Unis.

Et, puisque l'occasion se présente d'en faire, la remarque pourquoi nos compatriotes n'ont-iîs pas embrassé la cause des Américains en 1775 ?" N'est-ce pas parce que les délégués des Etats- Unis n'avaient pas osé garantir aux Canadiens le peu de libertés qui leur était laissé ? Sans le fanatisme puritain, l'Angleterre n'aurait pas aujourd'hui un seul pouce de terrain dans l'Amérique du Nord.

Le livre de M. Parkman est un long réquisitoire contre l'Ancien Régime au Canada. D'après ses vues, l'introduction du, système féodal modifié par la monarchie au profit de l'absolutisme, aurait été la cause principale de la décadence et finalement de la ruine de l'influence française en Amérique. La centralisation du pouvoir paralysait l'initiative individuelle, et fut i'obstacle constant qui arrêta le progrès de ïa colonisation. L'auteur exagère les défauts de la féodalité canadienne et ne fait ressortir qu'imparfaitement ses avantages. Chercheur infatigable, il a fait de notre histoire une étude minutieuse, et qu'on peut appeler microscopique.

Avec une patience digne d'une meilleure cause, il ne laisse passer rien sans examen. Chaque fois qu'il découvre un défaut, il l'observe avec un verre grossissant. Aperçoit-il, au contraire, une qualité, il tourne son instrument bout pour bout. Il en résulte une peinture intéressante, savamment combinée, coloriée avec art, où l'on découvre tous les traits de l'original; mais qui produit l'effet d'un tableau de Ilog^arth.

Le malheur de M. Parkman est d'écrire avec un système préconçu, avec une idée fixe qu'il veut faire prévaloir. Les idées modernes de civilisation, de démocratie et de républicanisme sont pour lui le type de la perfection sociale. Il oublie trop une vérité qu'il a exprimée luimême quelque part: •• Qu'il n'y a pas de panail cée politique excepté dans l'imagination des " rêveurs politiques." Les systèmes les plus populaires aujourd'hui, les progrés réels et prétendus dont le l ( Je siècle est si fier, feront peutêtre sourire de pitié le siècle qui va venir. Nos idées lui sembleront au-si arriérées que nous paraissent aujourd'hui celles des siècles derniers. Pour juger une époque avej impartialité, l r historLm doit avant tout se mettre au-dessus de toute préoccupation, de toute influence du moment. C'est à cette sjule condition qu'il peut e-pérer que ses jugements seront confirmé-* par . la postérité. Il doit prendre pour devise ce mot d'un grand peintre itaiie.i : Aeternitali pingo.

M. Parkman ne doit pas conclure de ce que nous venons de dire que nous soyons partisans de l'Ancien Régime. Nous sommes de notre époque et nous l'estimons pour ses qualités, e^

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•• •««- : - il- vareiilt* idées, dès 163

L' ANCIEN RÉGIME AU CANADA

her records tell. The reddest blood •n her old aimais mark the track of ,dian gentilhomme." uand abandonnés par la France, épui- ;mrces, le Canada fut écrasé par le

fallut pour le vaincre, une armée )reuse que toute sa population, nomnés et enfants. Un pareil peuple a us semble, sinon à l'admiration, du

justice de ses ennemis.

reste à examiner l'histoire de l'Ancien i Canada au double point de vue de

et du style. Ici, notre tâche devient

et surtout plus agréable pour le saain. Il est difficile en effet que l'éloge it puisse égaler le mérite. M. Parksde éminemment la qualité distinctive

la ténacité. Il s ? est passionné pour rire: il a voulu la connaître à fond, et il n'a rien épargné, ni les fatigues, ni s, ni les recherches, ni les études les les et les plus fastidieuses. Plusieurs iversé l'Atlantique pour aller touiller lèques européennes. Il a surtout comlitférentes archives de Paris, et il en i une masse énorme de documents lont un grand nombre sont tout-à-fait lu Canada.

bien se rendre compte des lieux où se es les scènes qu'il décrit, il a parcouru is les Etats-Unis et le Canada. Les nibliques et particulières de notre prn- >nt fourni de nombreux matériaux. Il malysé, comparé tout cela avec une pabénédictiu. Aussi ses livres sont-ils les mosaïques disposées avec autant le science.

rendre ce témoignage à M. Parkman consciencieux jusqu'au scrupule. Il aucune question sans en avoir con-

les faits avec une minutieuse exactiaccompagne son récit d'une variété ; qui dénote un travail infini; et ce l'étonnant, c'est que la multiplicité de 3 n'a rien d'aride. Il a le secret de toutes choses sous un aspect vivant et e. On peut cependant reprocher à le ne pas apporter as.«ez de discerne- 3 le choix de ses matériaux. Des réongers, inspirés évidemment par la

par la vengeance, sont quelquefois me autorité avec autant de confiance >cuments olliciels. L'historien se fait ho de calomnies que le plus simple levrait faire rejeter. Est-il l>esoin de lapitre XIX (page 35 1 ) où les Jésuites isés d'avoir abusé' du tribunal de la i d'après les rapports de Cavelier de la îD'Allet, tou» deux ennemis jurés des

Jésuites ? M. Parkman n'ignore pas que ce dernier, fut un des principaux auteurs de la suppression des Relations des Jésuites, ces annales inestimables, où M. Parkman lui-même a puisé à pleines mains, et dont il déclare la sincérité au-dessus de tout soupçon. Notre orgueil national est souvent froissé par les commentaires défavorables dont il accompagne ses citations. Nous y sommes d'autant plus sensibles que notre patriotisme, toujours en éveil, nous a accoutumés à envisager notre passé sous un aspect trop idéal ; plutôt conforme à nos rêves qu'à la réalité. Trop souvent on a fait des panégyriques au lieu de l'histoire. Les livres de M. Parkman ont du moins cela de bon, qu'ils nous apprennent à examiner nos annales avec les yeux de la froide raison.

Quant au style de l'Ancien Régime, l'auteur semble avoir voulu appliquer à l'histoire le précepte qu'Horace donné aux poètes : Ut pictura poesis ; peintre, il est paysagiste à la manière de Claude Lorrain. Que d'autres lui en fassent un reproche ; pour notre part, nous aimons mieux admirer le don magique qu'il possède d'animer tout ce qu'il touche ; sous sa plume les cendres du passé ressuscitent et palpitent de vie. Les personnages qu'il met en scène passent sous les j'eux du lecteur et se détachent en relief avec une singulière vigueur sur les grands paysages de la nature canadienne qu'il décrit avec une poétique vérité. Aussi les critiques américains le comparent-ils à Washington Irving ; quelques-uns même le préfèrent à l'auteur d'Astoria.

Que dirons nous en résumé, de l'histoire de l'Ancien Régime au Canada? Elle resemble à l'un de ces paysages de la nature canadienne, alors qu'elle étalait toute sa Rauvage beauté, quand ni le feu, ni la hache de l'homme civilisé n'avaient encore déchiré le manteau de ses forêts vierges. Le voyageur européen qui l'eut contemplée, sans la connaître, par une belle matinée de printemps, aurait cru y trouver une sécurité parfaite. Rien en effet ne paraissait troubier la sécurité du sommeil primitif où elle reposait.

' Aussi loin que le regard peut s'étendre à l'horizon, sur la crête bleuâtre des montagnes lointaines, ou sous le dôme des forêts, tout semble calme et inoffensif. L'air est pur et serein, un soleil éblouissant colore des nuances les plus riches et les plus variés le ciel, la terre et les eaux. L'atmosphère tiède est embaumé par les senteurs pénétrantes du feuillage nouvellement épanoui, des écorces résineuses, des plantes marines, des rieurs écloses sur la mousse ou sous la fraîcheur des bois. Une vague et mystérieuse harmonie accompagne le balancement des têtes chenues des arbres, des halliers et des hautes herbes de la prairie.

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