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ÉTABLISSEMENT DE LA CONGRÉGATION DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC

8 Décembre 1867.

itais hier à cette belle et touchante cé-

et vous dirai-je les suaves émotions

ti éprouvées ? Imaginez une charmante

de printemps, toute éclatante de lu-

spyée de chants d'oiseaux, inondée de

de fleurs naissantes, qui vient tout-à-

19 réjouir au milieu de cette froide et

on d'hiver qui commence, et vous aurez

idée de l'effet de cette fraîche et rayon-

lennité. Ce contraste n'en était pas le

charme.

3 qu'au dehors tout est morne et déi le givre et la neige jettent leur blanc ur tout ce qu'ils touchent, que les nuages ver ne laissent descendre qu'une terne que l'air muet et irileux ne répète que ssements de la bise qui vous glace plus î cœur que les doigts, voilà que tout-à-

me suis trouvé transporté en pleine r printanière, en mettant les pieds dans ite chapelle du séminaire, si gracieuse implicite, parée eu ce moment de ses ux habits de fête. Parfums, harmonie, —ivresse de l'ouïe, du regard et de l'o- 1eurs à profusion, fleurs d'autels, guire roses enlacées autour des colonnes, )r et de soie sur les riches vêtements; J'encen-', lumière scintillantedes cierges, nients des voix d'enfants fraîches et pures les chants d'oiseaux ; — pmivais-je rêver

belle image de la joyeuse saison ?

bis cet éclat extérieur n'était que le rejubilation intime de toute cette assisnie de loin comme de près pour prendre itte fête séculaire.

émonie s'est ouverte par la translation e, au chant des litanies, de la statue de »-Vierge du sanctuaire intérieur de la tion a la chapelle du séminaire. La lacée sur un riche brancard, étincelant s, de pendentifs et de glands d'or, était ir les épaules de quatre élèves-congré- ; et a été déposée sur un tiône, au i chœur. La messe a été chantée par vêque de Kingston,^ en présence de êque assistant au trône, au milieu du x clergé qui remplissait le sanctuaire.

La nef était encombrée d'une foule composée, en grande partie, d'anciens congréganistes.

Les différentes parties de la messe, chantées par les élèves, et alternées par des airs de musique, ont été parfaitement exécutées.

Un ancien congréganiste, M. l'abbé Racine, a prononcé le sermon de circonstance. Nous noua garderons bien de ternir l'éclat si pur de cette fête par des éloges indiscrets ; de mêler un encens profane à ces chastes parfums de la piété. Le prédicateur qu'on avait trouvé digne d'exprimer la pensée d'une pareille solennité, pouvait-il en présence d'un tel spectacle, inspiré par de tels souvenirs, manquer d'être éloquent ?

Au sortir <te la messe, une adresse a été présentée par M. le curé de Québec, au nom des anciens congréganistes, qui ont exprimé^ le désir de perpétuer par une offrande le souvenir de cette solennité. M. l'abbé C. Légaré y a répondu en termes émus et délicats.

Dans l'après-midi, la fête s'est terminée par le chant des Laudes, suivi du salut, de la consécration à la Sainte- Vierge et du Te Deum ; à la suite duquel la procession s'est remise en marche, précédéj de la statue de Marie, qu'on est venu replacer dans son sanctuaire.

Après les divins enchantements de cette journée, en voyant détiler, une dernière lois, la procession recueillie, à la lumière de mille cierges qui brillaient dans les mains de chacun des assistants et que la tombée de la nuit reudait plus éclatants ; — en écoutant la mélodie douce et mélancolique des litanies qui se berçait lentement parmi les nuages d'encens, j'éprouvai une indicible émotion. Mille souvenirs du passé, toutes les belles années de mon enfance et de ma jeunesse m'apparurent; je me rappelai ma vie de collège, les purs et intimes bonheurs que j'y goûtai, fleurs épanouies qui s'embellissent à mesure qu'elles s'éloignent, et que remplacent aujourd'hui les fleurs du cimetière, ces cheveux grisonnants qui rappellent tout le chemin parcouru — et je me pris à pleurer abondamment.

Douces larmes qui ne tombaient pas solitaires parmi cette foule d'anciens éièvesque je voyais, à mes côtés, émus et transportés comme moi»

Flevimus dum recordaremur Sion. De

pareilles impressions ne s'effacent plus.

LA FÊTE DE LA BONNE SAINTE-ANfl

Mon cher ami,

Vom me demandez les notes que j'ai jetées Fur mon carnet pendant mon pèlerinage à la Bonne Sainte-Anne: je vous les iivre dans tout leur négligé, telles qu'elles me sont venues bous l'ii^piration du moment. Peut-être pourront- «■IU'.m inspirer quelques tannes pensées.

Mardi, 'Jtî juillet, lete de wiinte Anne, j'étais detaut à quatre heures et demie du matin. Le départ du St. George, qui devait transporter les ]tèlt*riiH à la tanne Suinte-Anne, était annoncé

{imrdiiq heurt»*; ce qui n'a pas empêché le lalniu do ne laisneY le quai Saint-André qu'à six heures. Kiitin le vapeur s'ébranle, et nous travcr.Hiuii a la l'ointe-Lévi, (»ù un tan nombre de jii)lrrih-> viennent se joindre à nous. Le bateau «■■! littéralement encombré; les pieux enfants «1* Krm |.»rnirtit la majorité de ce-* voyageurs. |ii-;im: iup de nierai de famille avec de petits rnlaiiif ■ian M N*h bra-, des infirmes, des boiteux. t\r • iillli/é < de toutes sor:es: car la tanne sainte Anne a lunt d« mir-éricordes j>our les misères humaine".

(!<!ii« fbiilf uVr-t ni bruyante, ni empressée: i!ii-;H-iir>: miMiifs MWc.iipi'tit a lire dans leurs Ijvm--! i\f piélé, ou a réciter h-ur cha|)elet. D'aufrt-4 r/,i,v«r'«-t)t a d«'ii)i" voix: c'est bien là un p*-up!«- d" pidi-riiiN Le recueillement de la foi a l#»#.-A n, h doij't -iir w-M levr-s, la grâce divine a jHA u fi 'loin r'-lfi'l mit ces tannes figures.

If Ih*h «hImI dt juillet r-c lève sur les côtes *U. 1a l'on. te l«Avi f dam une atmosphère tout *Hij#'fiirjiiA« el *'i*ty>rt moite de la rosée du i'i.iioi, L'hfr hnw fraîche ride la surface du |Ji-ii-f#: il «/>*<• h: U'HtUw tU'H branches de peul,\ t r.t.: m. #| : Àfi»tfl«-is dont le bateau est tout pa-

V* t-- b'ot. U*%wa u')ti». arrivons à la Bonne h*,»,**- A m.'-, *M nom a précédés, «le quelques thi:i,ii-- f \* (êrnnttinrtuyw amené les j>èleriusde /m.w i,.fMifrà'j:t ( i|i- la Pointeaux-Trembles et des jtMt'ttrrt ■•■ * ir i,r*tttut%uti't,

l.'<9,,i,,' A »»'■/ a fi*!' 1 , encore de quai en cet *./,'»/ #,i, 1* ■ i^t-ttiff-r" ''.''id obigé-; de subir l'ent,n> l* 'i' -titAf a u-tti- mi cha.oupe.

fp'fcy.. ■' "•' ï,t<>h- au pw-d du coivau. d'où elle f .H Hn'.i.' -/rw.-.i ijwin' nt »-ur la verdure des H.n n A tt,*. coup!" d<- lieu*»*, en arriére, la j/M'. »/ Hf'tt'ttêif*,*- '\>- fcair.t" Anne terme majesltiiit't*H,t u* rh//f»jc>r», 'J o-JH je* abord* de i*éj.i-e. I* ^*«»tv.. ;*« cb*H»p< v/nrin». fourmillent de vvitW** *t '!" jAltriu* ; cependant le* paroissiens Wt Muuruk* dan* fours familles : ia messe a

été célébrée pour eux dès six heures dan:

a tin de laisser l'église libre aux pèlerins.

Plusieurs membres du clergé et leHinea du Séminaire de Québec, maintenant en va»

au Petit-Cap de Saint-Joachim, sont venu leur pèlerinage et assister M. le curé, messes et les communions se succèdent sa terruption depuis l'aurore, et l'église e?ttou encombrée : ceux qui ne peuvent pénétrer la nef se tiennent à genoux en dehofs, defl portail ou aux fenêtres.

A dix heures commence la grand'mess pèlerins, chantée par M. le grand-vicaire chereau. supérieur du Séminaire. Ne :

chercher ici ni l'éclat «fes cérémonies, ni 1< finement* de la musique moderne : toi simple, grave, antique,. Le mâle chant < rien exécuté par des voix de prêtres ; et, :

fertoire, un cantique chanté par un sauvag descendant île* Huruus. M. l'abl>é Vinceu cre du diocèse de Quétac. La voix mélo»

de M. l T abbé Vincent, qu'on pourrait app< d< -ruier des Hurons. avait un charme tout culier dans cet antique et vénérable sanc qui a si souvent retf nti des belles et naïvei de ses ancêtres. On ne décrit pas les ém»

qu'on éprouve dans un pareil lieu, à pareil il faut aller ies y éprouver soi-même, se m 1 cette foule, prier, cuanter, pleurer, jouir elle, voir les larmes d'attendrissement coui yeux, les rayons du ciel tomber en pleines fij la grâce «t'en haut dé tarder à plein cœur.

de coutume, plus d'une béquille a été h dans l'église. li y avait la une dame de York qui y élair venue l'année dernière avait complètement perdu l'usage d'un a l'autre était presque étrint. Après avoi son vœu, elle est retournée guérie. Cet née, elle est encore venue p^ur renouvel actions de grâces à sa bienfaitrice.

Au reste, pour ma part, ce qui m'étoo:

ce ne sont pas les miracles : je serais bea plus étonné s'il ne sVn opérait pas. « Christ, eh-que loi* q'fii fa i -ait un mi disait: '• Ooyi-z-wus ? " Et. après le pr il ajoutait : ••Aiii-z. votre ù*\ vous a gi Cette h mie cr -it. Comment K-s miracl s'oj «érrraient-Ls pa«?

Aprè< la me^se. >u:vie de la vénération relique de sainte Anne. M. l'abbé Vinct iik'ii ami. le savant et tr;:p in^ie-;e curé de th«acii;m. M. Tabl-é Be.iumont, nous exair en curieux les nombreux ex-voto suspendu murs du vieux temple.

LA FÊTE DE LA BONNE SAINTE-ANNE

du maître-autel, qui est fort riche travail, on admyre un tableau de lu au pinceau «l'un des plus grands ait», Lebrun. C'est un présent de , vice-roi de la Nouvelle-France, oit les armes à l'un des angles du

peintures des petits autels sont îre Luc Lefrançois, récollet, mort es ont été données par Mgr. de

tenant, par ordre, les peintures de imençunt du côté de l'épitre ; eau de saint Louis, roi de France.

b tableau représentant le vaisseau iras, au moment où il est délivré .nger.

eto qui représente le père Pierre...

du navire Le Saint-Esprit, faisant ite Anne.

e où Ton voit le vaisseau de Royer les glaces et sauvé miraculeuseercessiun de sainte Anne. On ne her de sourire en remarquant au être toile, sainte Anne montrant i lire à la sainte Vierge, sans avoir •ce voir de la scène de danger qui pieds. Au reste, presque tous ces : d'autres mérite que le souvenir mce nui s'y rattache : quelquesaricatures.

eto de Louis Cypret sauvé du nau-

re scène de naufrage, où l'on voit u navire taisant un vœu à sainte it Antoine de Padoue.

18 de la porte latérale, un petit ente grossièrement la forêt et un é sous un arbre. Sur l'avantçoit un petit chien qui a l'air de ant quelque chose, raconte qu'un canadien, nommé ivaillait, seul avec son chien, .dans n virons de Tadoussac, fut entrainé 'un arbre qu'il venait d'abattre, et racturée. Resté pris sous le tronc se dégager, et n'espérant aucun ette solitude, il se recommanda à 3 Anne qui aussitôt lui inspira un t. Il prit un morceau d'écorce, i son sang, et le donna à son chien igné d'aller chercher du secours s. Le fidèle animal comprit la

maitre, et courut au poste de son air inquiet et le morceau d'é-

sang, qu'il jetait aux pieds de ontrait, donnèrent l'éveil. Queli'empressèrent de suivre le chien isqu'à son maitre. Celui-ci, déisement, et guéri en peu de temps, son vœii et déposer cet ex-voto en sa reconnaissance.

8° Du côté de l'évangile, à l'entrée de Pescalier du jubé, petit tableau sur bois, scène de naufrage entre les deux église de Beauport et de la Pointe-Lévi : caricature effrayante. ■ 9° Naufrage du navire de M. Goulin.

10° Scène maritime, copiée, d'après un ancien ex-veto, par M. Plamondon. Le navire de M. Juing, marchand de Québec, poursuivi par trois vaisseaux de guerre hollandais, s'échappe miraculeusement par l'intercession de sainte Anne. Au moment d'être pris, un nuage l'enveloppe, le dérobe à la vue de l'ennemi et lui donne le temps d'aller chercher un refuge dans l'embouchure du Saguenay.

1 lo. Sainte Anne et la sainte Vierge aux pieds desquelles est agenouillée Mademoiselle de Bécancour, des Trois-Rivières, plus tard religieuse ursuline au monastère de Québec, sous le nom de mère Sainte-Trinité.

12o. Une miniature représentant une dame Riverin de Québec, agenouillée, avec ses quatreenfants, au pied de l'autel de aainte Anne.

13o. Un petit tableau, représentant le navire le Saint- François, du Canada, armé par M.

Lamorille, et commandé par Pierre d'Astaritz. Ce vaisseau fût démâté le 20 septembre 1732 et sauvé miraculeusement.

Des faisceaux de béquilles sont accrochés ça et là aux corniches de l'église.

Partout, dans cette maison de Dieu, on touche du doigt le surnaturel: chacun de ces objets, témoin du passé, vous crie: "Miracle." Et vous tombez à genoux, adorant Celui qui aujourd'hui comme autrefois, passe parmi nous en faisant le bien.

Je m'informe de M. l'abbé Beaumont d'où:

vient- cette odeur de parfums répandue dans toute la nef. C'est du baume, me dit-il, que les pèlerins cueillent au bord du chemin, où il croît eu abondance, et auquel ils attribuent des vertus curatives.

Au sortir de l'église, nous allons visiter, à deux pas d'ici, le Kremlin, bâti sur le flanc de la montagne, parmi un épais massif d'arbres.

C'est une vaste construction en pierre, flanquée de tourelles, lambrissée et peinte avec goût. Ce château, aujourd'hui abandonné, fut construit, vers 1815, 1 par M. Ranvoysé, ancien pure de Sainte-Anne.

Grand admirateur de Napoléon, il avait donné à son castel le nom, assez mal choisi, de Kremlin, . en souvenir de la campagne de Russie. Une jolie petite chapelle, adossée aux rochers s'élève à droite, avec son clocher élancé, à demi perdu dans la verdure.

Cette forteresse du Kremlin, qui, avec ses travaux extérieurs, avait coûté, dh>on, 90,000 francs, fut habitée pendant six ans par son propriétaire : il mourut à l'âge de soixante-et-onze ans.

1. Il a été récemment converti en hospice à .l'usage des pèlerins.

LA FÊTE DE LA BONNE SAINTE-ANNE

En parcourant les salles désertes de cet édifice ouvert à tout venant, je ramassai à terre, par hasard, un vieux papier, dont la teinte jaunip attira mon attention. Le premier mot qui frappa ma vue en le dépliant, fut la belle signature du marquis de Vaudreuil. C'est un ordre de milice adressé sans doute au père de M. Ranvoysé. Expédiée douze jours seulement avant la bataille de Sainte-Foye, cette proclamation convoquait les miliciens de la côte de Beaupré, et leur ordonnait d'aller rejoindre l'année du chevalier de Lévis qui s'avançait pour assiéger Québec.

Pendant que nous lisons ce curieux document, l'heure du départ arrive, et le sifflet du bateau-à-vapeur se fait entendre. Nous allons rendre un dernier hom maire à la Bonne nain te Anne, serrer la main de M. le curé 5 et nous

rejoignons la longue procession des pi dirigeant vers le St. George qui noua dans la soirée* à notre bonne ville de ft -Malgré qu'en ait dit le fanatique, qo un oertain journal de cette ville, ni moi pieux pèlerins et pèlerines de sainte An n'avons perdu notre journée. " L'homno " pas seulement de pain, dit Jésus-Chri u de toute parole qui sort de la bouche A Et nulle part cette parole divine ne se/ai entendre à l'esprit et au cœur, que dans* tuaire, où, depuis des siècles, elle aconsç d'âmes, guéri tant de malades, essuyé 1 larmes, relevé tant de courages!

Québec, ce 28 juillet 1870.

UN SOUVENIR DE VOYAGE

Ion cher Rédacteur,

Durant votre visite chez moi, au mois dernier, r ous m'aviez fait promettre de vous envoyer une hronique pour votre feuille. Je m'en voulais, lier, de vous avoir fait cette promesse inconsilérée; car en feuilletant l'une après .l'autre iliaque page de mon carnet, en parcourant le >arterrede mes souvenirs pour cueillir quelques leurs qui ne fussent pas trop fanées, ma main e rencontrait que des pavots. J'étais sur le oint d'abandonner mes stériles perquisitions, >rsque j'aperçus, à l'écart, à demi-caché eous î8 feuilles jaunes de l'oubli, un tout petit bounet d'anecdotes que je vous envoie. Peut-être rouverat-il grâce aux yeux^e vos amis.

Le 25 juillet 1867, je partais de

ours à cinq heures du matin, et je descendais à i gare de Poitiers, à sept heures et demie, par ne matinée délicieuse. Le chemin de fer s'aràte, dans la vallée, au pied de la montagne, sur ^quelle est située l'antique ville de saint Fortuit, évêque et poète, et du grand saint Hilaire. k-uxyeux d'un Canadien, Poitiers a un faux air e notre vieux Québec. Bâti, comme lui, sur un ïomontoire escarpé, environné de murailles anquées de bastions, le Clain, petite rivière qui e jette dans la Vienne, coule en serpentant, à es pieds. On entre dans la ville par six portes

tftifiées.

Je gravis la montée rapide qui tourne sur le ftncdu promontoire, à peu près comme notre ite de la Montagne, et je pénétrai dans les rues roites et tortueuses de la ville.

Après m' être installé à l'hôtel de France, je 6 fi* conduire, rue de l'Industrie, au Gésu, rélence des RR. PP. Jésuites, où je désirais serr la main du R. P. Martin, fondateur du col- $e Sainte-Marie de Montréal, et qui a laissé

si excellents souvenirs au Canada.

Après quelques instants d'attente, la porte du xloir s'ouvre, et j'aperçois la, bonne et plaie figure du P. Martin, un peu vieillie, mais î jours lumineuse dans son auréole de cheveux incs. Je n'avais pas encore eu le temps de * nommer, qu'il s'élance dans mes bras, 'embrasse avec effusion .,:" — Quoi 1 s'écrie-til, c'est vous! venu jusqu'ici

fond du Canada 1 Depuis quand ètes-vous à itierrt ?

— J'arrive ce matin.

— Où logez-vous ?

— Hôtel de France.

— Ecoutez j la règle des Jésuites défend de donner l'hospitalité à aucun étranger, sans la permission du supérieur. Mais, ici, je suis supérieur, et je permets au P. Martin de vous recevoir. Portier, allez chercher les malles de Monsieur l'abbé à l'hôtel de France. Et vous, mon. ami, suivez-moi j je vais vous installer tout à côté de moi, dans la chambre même réservée au Père Provincial. Comme nous allons jaser ensemble de ce bon pays du Canada! Figurez-vous que, "depuis mon départ, je n'en ai, à peu près, reçu aucune nouvelle.

Là-dessus, après m'avoir mis en possession d'une excellente chambre dont les fenêtres s'ouvrent sur les grands arbres de la cour, nous descendons au jardin. Pendant que nous nous promenons sous les charmilles, le long des vignes en espaliers, dont les grappes de raisins se balancent à la brise, le Père m'inonde de questions sur le Canada.

— Comment est un tel ?

— Mort, lui dte-je.

—Et un tel ?

— Mort.

—Et un tel ? .

— Mort auhsi.

— Quoi ! s'écrie-t-il, sont-ils donc tous morts ?

— Eh bien ! oui, presque tous les vieillards de votre temps ne sont plus. Vous le voyez, quelques années suffisent pour renouveler une génération.

Un nuage de mélancolie* avait passé sur le front de mon vieil ami.

— Je ne serais donc plus qu'un étranger en Canada, reprit-il avec un sourire triste.

— Oh ! non, lui dis-je, les hommes meurent j mais les bons souvenirs ne meurent pas.

Pendant plusieurs heures, la conversation ne tarit pas ; les hommes et les choses de la vieille et de la Nouvelle-France revinrent tour-à-tour sur nos lèvres.

Je demeurai plusieurs jours dans la compagnie de cet excellent ami. Le Père Martin possède des trésors, pui>és à Rome et en France, sur l'histoire du Canada. Avec une bienveillance parfaite, il me fit part de toutes ces ri-" chesse. Ld nuit, je travaillais j et, le jour, le bon Père me servait de cicérone dans la ville de Poitiers.

Le Blossac, belle promenade plantée d'arbres, qui longe le bord du cap, me rappelait la terrasse de Québec. Comme ici, la montagne est escarpée : la vue s'étend au loin sur uue belle plaine

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