‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 191 sur 196 · DANS LE FLEUVE SÀINT-LAURENT · texte numérisé non relu

DANS LE FLEUVE SÀINT-LAURENT

SftOlB HISTORIQUE — MŒURS ET CAPTURE DU MARSOUIN — PRÉPARATION DE SES DÉ- POUILLES — HUILES ET CUIRS.

Les voyageurs qui parcourent le Saint-Laurent itre la traverse de Saint-Roc h et le Golfe, obrvent un spectacle aussi curieux qu'intéresmtf et tout particulier à notre fleuve et à ses liages : c'est la vue des troupeaux de marraine qui viennent respirer et se jouer à la surce de l'eau. Durant les beaux jours, lorsque temps est calme, et qu'ils ne sont effrayés par icun bruit, on les voit nager autour des embarktions, et l'on entend distinctement le sourd uflement de leur respiration.

L'éclatante blancheur de leur peau contraste r ec le vert sombre des flots, et les fait paraître mme des glaçons couverts de neige. Quand se montrent, on voit d'abord leur tête ronde, ia an jet d'eau qu'ils lancent de leur soufflet luelques pieds en l'air, et successivement leur net leur dos. Quelquefois on aperçoit la ferile portant son petit sur sa queue; celui-ci, i est d'un gris bleu, semble se tenir fermement aehé, comme s'il faisait le vide entre lui et sa ire. Lorsque celle-ci a deux petits, on les Et appuyés de chaque côté de ses nageoires. l reste, ils paraissent avoir la faculté d'adhésolidement sur toutes les parties de leur tare. On observe seulement que, pendant 'elle les allaite, elle se penche d'un côté en géant. Bon lait est abondant et épais, il resnble assez à celui de la vache, auquel serait lié une assez forte dose de carbonate de soude ; qui loi donne une saveur alcaline.

Ken n'est étrange et singulier comme d'enîdre, durant le silence de la nuit, leurs puis- Dto soupirs qui s'élèvent à chaque instant de u les points de l'horizon.

Le marsouin n'appartient pas au genre des iasona. C'est un mammifère de la famille des iffleurs, et de l'espèce des dauphins, que les turalistes désignent sous le nom de marsouins rtnceps, ou à tête, arrondie. Comme le dauûn, il a deux nageoires ; et la queue posée xrisontalement. Il ne se rencontre, paraît-il, îe dans les parages du Saint-Laurent et de Baie d'Hudson. Sa longueur varie de quinze vingt pieds. On en a capturé quelques-uns iî mesuraient jusqu'à vingt-cinq pieds. Son

oreille est presque imperceptible. C'est une légère cavité qui n'est guère plus grosse qu'une tête d'épingle : cependant il a l'ouïe extrêmement délicate, et le moindre bruit l'effraie.

On croit que les marsouins vivent très-vieux. Du moins, si l'on observe les dents de ceux qui paraissent les plus âgés, on constate qu'elles sont extrêmement usées, quoique leur émail soit très-dur, et que la nourriture ordinaire du marsouin, composée de petits poissons, soit d'une nature qui offre peu de résistance à l'action de ses mâchoires.

La capture de ce superbe cétacê dut tenter l'avidité des anciens habitants de la Nouvelle- France. Aussi voit-on que la pêche du marsouin a commencé à être faite des la fln du 17e siècle. Ce fut le hasard qui fit découvrir aux colons que le marsouin pouvait se prendre dans les tentures de pêche. Les premiers que l'on, prit furent trouvés dans des pèches aux harengs, où ils étaient entrés en poursuivant le petit poisson. Il y a une trentaine d'années, quelques-uns ont encore été capturés de la sorte à la Rivière-Ouelle.

C'est à la pointe formée par cette rivière et par le fleuve Saint-Laurent que furent tendues les premières pêches aux marsouins.

Dans les dernières années du 17e siècle, (entre 1680 et 1699) M. de Vitry, membre du conseil Souverain à Québec, obtint de Louis XIV l'autorisation de construire une pêche à la Rivière Ouelle. Il fit, en outre, au roi la demande de deux milles livres de fil à morue, et de la même quantité de cordage de un et deux pouces. Après avoir obtenu ce premier don, il demanda et obtint une somme de cinq cents livres. L'année suivante les mêmes gratifications furent faites au sieur de Vitry ; mais il parait que son entreprise ne réussit pas.

Une nouvelle tentative fut faite en 1705, et fut couronnée de succès. Depuis cette époque, on n'a jamais cessé de tendre la pêche aux marsouins de la Rivière Ouelle : cette entreprise ayant toujours été fort lucrative.

La première concession de la pêche aux marsouins fut faite, le vingt juillet 1707, à six habitants de la Rivière-Ouelle par l'intendant Baudot. Voici le texte de cette concession :

" Jean Delavoye, Etienne Bouchard, Pierre

in

LA PÊCHE AUX MARSOUINS

" Soucy, Jacques Gagnon, Pierre Boucher et " François Gauvin nous ayant exposé qu'étant il habitants de la Boutheillerie, sur la Kivière- "Ouelle, proche voisins les uns des autres, " qu'ils se seraient unis ensemble pour faire la u pêche du marsouin dans la devanture de leurs 11 terres à la pointe de la dite Rivière-Ouelle qui "est un endroit très-propre pour faire la dite 11 pêche, laquelle même ils ont commencé de- 41 puis deux ans, et ce suivant le droit de pêche " qu'ils ont par leur contrat de concession, et " comme quoy qu'ils usent de leur droit, ils u pourraient être troublés dans l'exercice de " la dite pêche, ils nous demandent qu'il nous " plaise les autoriser pour continuer la dite en- " treprise. Le Sieur de Boishébert, seigneur de " la dite Terre de la Boutheillerie, entendu, qui " nous a dit que par leur contrat de concession " le dit droit de pêche leur avait été accordé et " qu'il ne s'opposait point à leur demande, à " laauelle ayant égard, —

il Non s autorisons l'union faite entre les susu nommés pour faire la pêche au marsouin dans u la devanture de leurs habitations, défendons " de les y troubler à peine de tout dommage et " intérêt.

«' Fait à Québec ce vingt juillet, 1707.

" (Signé) Ràudot."

Les six premières parts de la pêche passèrent successivement aux descendants des propriétaires, et furent subdivisées parmi un si grand nombre de familles que, de nos jours, il était à peu près impossible de retracer les drojt de chacun. C'est afin de se reconnaître au milieu de cette confusion, et de constater les titres des différents propriétaires, que la société de la pêche s'est constituée en corporation légale par un acte de la législature de la Province de Québec passé en 1870.

On doit remarquer à la louange de cette société que depuis plus d'un siècle qu'elle subsiste, jamais aucun procès n'est venu troubler la paix parmi un si grand nombre d'associés. C'est un iait qui vient en contradiction avec la réputation chicanière acquise à la race normande, dont la plupart des Canadiens tirent leur origine.

Le dixième des huiles provenant de la pêche, que les seigneurs de la Rivière-Ouelle ont toujours perçu depuis 1748, ne relève pas, comme en serait porté à le croire, du droit féodal ; car 3e droit de pêche avait été concédé aux censitaires en même temps que leurs terres. Mais à la suite d'une contestation survenue entre eux et les pêcheurs de l'anse de Sainte-Anne au sujet de leurs limites mutuelles, ils eurent recours, pour obtenir justice, à l'influence- de la seigneuresse, madame de Boishébert, veuve du fils du premier seigneur de la Rivière-Ouelle, M. de la feoiteiilerie. Ce fut en considération des services

Qu'elle leur avait rendus en cette occasion, et e l'engagement qu'elle prit de les protéger à Vavemr, tant par elle-même que par ses héri-

tiers dans la seigneurie, que les propriét la pêche lui abandonnèrent le privilège ième des huiles dont les seigneurs ont j qu'à nos jours.

Il existe, parmi les papiers de la pêc ordonnance du trop fameux intendant

Sour réprimer certains abus, et dont q ispositions assez singulières méritent connues :

" Sur les représentations qui nous li faites par les seigneurs de la Rivière '* que les habitants de la dite coste vont ti " coups de fusils sur une pointe à laqa< " établi nne pêche à marsouin, etyi " même leurs bestiaux, sans aucun droit, " lui cause un tort considérable, attendu " poisson s'éloigne de la dite pointe : ne " sons défense aux habitants du dit liei -' Rivière-Ouelle et à tous les autres d'ail " des coups de fusils sur la dite pointe " mettre leurs bestiaux, à peine contre 1 " trevenans de confiscation des bestiatu " outre de vingt livres d'amende contre 1 " priétaires des dits bestiaux et contre la 41 seurs, applicable à la fabrique de la pa 41 Sera la présente ordonnance lue et pu " la porte de l'église du lieu.

« Fait à Québec le 22 juin, 1752.

" (Signé,) Bie Quelques spéculateurs anglais, entre MM. Lymburner et Craxvford de Québec, à bail, le 25 janvier 1798, la pêche de vière-Ouelle. Mais comme ils ne survei pas par eux-mêmes les opérations, ils fin pertes considérables qui furent une des de leur faillite, et qui les contraignirent lier leur contrat en 1804.

Les désordres auxquels se livrèrent, pointe de la Rivière-Ouelle, les agents des geois de Québec, comme on les appelait restés célèbres dans la mémoire des bal du lieu. Ils ont fourni de texte à pluaw gendes, plus ou moins fantastiques, qd fl frayé, pendant longtemps, les imaginât»!

perstitieuses, et qu'on se plaità raconter, 1 au coin du feu, pour amuser les /eu* Plusieurs anciens prétendaient avoir en le bruit d'orgies diaboliques qui se prolonj même après le départ des employés de la pagnie anglaise.

La maison de la Pointe a été regardée, temps après, comme une habitation redoo et hantée, selon l'idée d ? un grand nomb gens. Il y avait alors peu de personne eussent osé y coucher seules la nuit. L' ment de cette maison près du fleuve à Yt mité de la Pointe, ombragée encore aujoun par la forêt, et le passage fréquent des Sam qui avaient l'habitude d f y venir camper, contribué à entretenir ces mystérieux souve Les associés de la pêche ont réussi à dt diter les fables qui ont eu cours pendant

LA PÊCHE AUX MARSOUINS

3, mais en expiation des scandales x les étrangers, et pour attirer la prociel sur leurs travaux, ils ne manquent faire bénir la pêche, chaque prineurs pieuses croyances se révèlent les croix qui sont plantées ça et là le r age.

rons plus loin les luttes sanglantes cheurs font, sur la grève, contre leurs uatiques. Remarquons, en passant, 'ointe n'a pas toujours été témoin de assi pacifiques. En 1690 en tr' autres, sment de la flotte anglaise qui remonee, y avait fait une descente, les habillèrent en toute hâte, et, conduits par e curé, M. de Francheville, armé s du mousquet, ils assaillirent vigoules ennemis, et les forcèrent à se remas vite qu'ils n'étaient venus, manière originale dont ce fait est rai une relation de l'époque :

inemis s'étaient flattés de mettre à 18 opposition. Lorsqu'ils furent aux 58 habitations, ils crurent qu'il n'y 'à débarquer et se mettre à table. Ils irpris que, pour la première entrée, on rit une salve de coups de fusils. A la 3uelle, le sieur de Francheville, curé, capot bleu, un tapebord en tête, un bon état, se mit à la tête de ses paroisent plusieurs décharges sur les charai furent contraintes de se retirer au îc pertes. "

iDtea époques, on a essayé de prendre n, sur plusieurs endroits de la côte, et ement aux îles de Kamouraska et î de Sainte- Anne delaPocatière; mais ses essais n'a été assez productif pour r à les continuer d'une manière péril faut cependant excepter l'île aux iù l'on a toujours tendu depuis assez , à peu d'interruptions près.

8 derniers temps, on a fait diverses pour noyer le marsouin au moyen de le petit nombre qu'on a réussi à la sorte n'a pu suffire à donner du nouveau procédé.

ints des Etats-Unis ont fait, dans ces innées, des études spéciales sur notre

', la célèbre société américaine, cone nom de Smithsonian Institute, a «r et transporter un squelette de mariné à son musée d'histoire naturelle ; be année elle devait envoyer un de rateurs, pour faire empailler un spé-

lelques années des Américains de Bos- Bheté un marsouin vivant qu'ils ont par les chars, dans une vaste caisse eau et de varech. H a été exposé dans use bassin construit en verre, où il a

excité la curiosité de la foule ; malheureusement il est mort peu de temps après son arrivée à Boston.

Un autre a été conservé vivant, pendant dixhuit mois, à New-York au musée de Barnum,.

où des milliers de visiteurs l'ont vu traîner une nacelle dans son aquarium.

in.

La pêche aux marsouins de la Rivière-Ouelle est construite au moyen de perche de dix-huit à vingt pieds de longueur, plantées à environ un pied et demi les unes des autres, sur la grève qui, en cet endroit, assèche à environ un mille et demi de la ligne de la haute marée. La tenture de la pêche exige, chaque année, l'emploi de 7200 perches. Du temps des bourgeois, on liait ces perches entre elles par un double rang de cordes ; mais l'expérience a prouvé que cette précaution était superflue.

Le demi-cercle, que forme la pêche, a trenthuit arpents, ou un mille et un tiers de longueur ; et se termine, à cinq arpents du bout de la Pointe, par une courbe plus rentrante, qu'on appelle le raccroc.

Cette ouverture sert de porte à la pêche. On a coutume de la tendre du huit au vingt-cinq d'avril, époque vers laquelle arrivent le caplan et l'éperlan qui viennent frayer le long de la grève. Comme ces petits poissons forment l'une des premières et la plus abondante pâture du marsouin, au printemps, c'est alors qu'il s'ap-

E roche de terre et se met à leur poursuitel'heure de la marée montante est le moment du fraie ; c'est aussi l'heure de son repas. H est maigre et affamé, lorsqu'il fait son apparition, et il se gorge d'aliments avec une telle voracité qu'en huit ou dix jours, il acquiert cinq ou six pouces de graisse, et quelquefois jusqu'à huit pouces. Cette graisse le recouvre tout entier* d'une enveloppe que les pêcheurs nomment capot. On explique la promptitude avec laquelle il prend cet énorme embonpoint par la facilité d'assimilation qu'offre sa nourriture, et par le développement considérable de son appareil digestif.

Les propriétés soporifiques du caplan et de l'éperlan sont fort connues ; il n'est donc point surprenant que le marsouin, après s'en être repu, éprouve une langueur et une somnolence qui le rendent insouciant et plus facile à capturer. Les pêcheurs redoutent ceux qu'ils a^'ç&ltoa&.tafe savants ou coureu-ra d& taàta* : <» vwfc ^

Li PÊCHE AUX MARSOUINS.

i» renard* île nier, qui ont échappé à plus d'un danger, ci qui puaanl au

■ tiennes it l'entrée Je la |iécue, l'alarme ui troupeau! uvec une lagaoKi, ei qui souvent Ih empêchent Je s'y engag-r, S'il n« réussissent paa

à les arrêter, ils leur servent de Kxiveui lu a entrains tl » leur suite au travers dea perches. Ces vivant* ne peuvent être captures que lorvqn'll.i Bout .in - ■ ■ i ■ gras ei atupitles pur l'excès 'le leur gloutonnerie. Le Speoiacle qu'oM'eni if- troupeaux de inar- •OUJos, à l'heure où ila pèchent en côtoyant le rivage, est unique dan- bdii genre. Qnuu.l <■» a, nleropli une pareille scène, on ne l'oublie plus.

Au luuis Je mai dernier, plusieurs personne»

de l'enJroit en ont êie lémi..in? ihuis le? i;ir.\.iietances les plus favorables. La journée qu'elles avaient choisie pour aller se placer sur les rochera du bout de la Pointe, afin d'y jouir de ce spectacle, était magnifique ; et ces superbes cètacées se muniraient avec une abondance qui ne •'était pas vue depuis longtemps : ils fourmillaient dans l'anse de Sainte-Anne, et dans l'embouchure de la RiviéreOnelle. A la fin du montant, on les voyait doubler la Pointe par bandes nombreuses, en suivant leur courae ordinaire; ils longeaient, les rochers, en avalant, arec avidité, le petit poisson, dont l'eau était littéralement épaissie. Comme la mer à peu de profondeur eu cet endroit, ils nageaient presque toujours à la surface, et si prés de la grève, qu'il eût été facile de les atteindre d'un jet de pierre. La nappe du Ueuve en était toute fclanche. Les jets d'eau qu'ils lançaient de leur é vent eu poussant leur souffle, retombaient e courbes gracieuses, et se dispersaient en goutti lettes qui étincelaient comme des diamants a soleil.

C'est en poursuivant ainsi leur proie, que les marsouins, devenus indolents et endormis, s'en gagent, sans soupçonner aucun danger, dans h porte de la pêche. ÏJès qu'ils l'ont franchie, l'ins tiuct leur fait prendre le large pour chercher l'eau profonde. Ils traversent ainsi la pêche en diagonale, el rencontrent les perches, dont la longue file leur parait comme une muraille, et dont les extrémités agitées par le cour trechoquent et les effraient. Alors i tournent et remontent le long de l'aile du large dans l'espoir de trouver une issue. La courbure de la pêche les ramène peu à peu vers le rac croc ; mais quand ils s'en approchent, ils s'a,

Erçoivent que, là, l'eau est moins profonde, i retournent donc vers le fond de la pêche, où ils rencontrent les mêmes obstacles. Dès lors, ils sont complètement écartés, deviennent effrayés, et ne m montrent plus guère à la surface <de l'eau. Apré3 quelques nouvelles tentatives d'évasion, ils se réfugient Ordinairement dans

Jeux endroit* le» plus profond; pttiU et la marc-CTtuce. lis naget et, selon l'expression des p ent plus qu'à la tonde. 1 temps, la marée se retire rapidement.

A l'époque des grandes mers, lea m t'iii,,u,.iii, et il est très-facile de les tuer; durant les petites mers, l'eau baisse t et ils peuvent nager sur uni étendue. Alors la chasse que leur 11

■ -■ un Fnectacle des plus o mou vi Les hommes qui font le quart sur le rivage, I mt au nombre Je six, descendent 4r s en suivant le bord e-\lérieur d pêche. Ils franchissent les perchi large, et se mettent à la poursuite des c Quand ils sont en grand nombre, il faut se h de Us tuer pour ne pan être surpria par la m montante, On en a pris autrefois jusqu'à ents dans une même marée, et dix-huit a urant la même saison. Il y a trois a n marsouins ont été tués de nuit d îéme marée par quatre hommes seulemen ui est regardé comme un exploit peu ordir leux-ci ne a' attendant pas à une ai forte pi l'avaient pas eu le temps d'envoyer chéri du secours.

Les pêcheurs sont armés de harpons el pontons. Le harpon est un dard n lettes qui s'ouvrent quand on veut 1 est longd'enviroo deux pieds et attaché à courroie. Il se termine par une douille d laquelle on enfonce un manche de bois s L'esponton est un dard ordinaire fixé à U che de sept ou huit pieds. Les harpe lancent le harpon parfois à une bonne disU et l'enfoncent dans le flanc du marsouin.

ci se sentant piqué, bondit à la surface di plonge et se roule pour se débarrasser dn 11 qui le blesse, et s'enfuit de toute sa vitssae, traînant à sa suite le canot par la corde, d un bout est fixé au harpon, et l'autre e> par un des Itarponneurs du canot.

Une course effrénée s'engage i le canot, emporté avec violence, t peine la surface des flots qui bouillon les énormes coups de queue du uionBtre u L'eau, en peu d'instants, devient toute M car le marsouin aune quantité pro'' '" sang qui varie de huit à dis gallor commence à ee fatiguer ; alors on de lui en retirant daus le cauot une pan corde. Le harponneur, debout sur 1 lance l'esponton, dés qu'ils e> portée. Poussé par une n exercée, le trait perce parfois l'a en patt, el le sang rejaillit jusqu'à pieds hors de l'eau. Malgré ces pi le marsouin s'agite encore longtei:

pirer, ai ses blessures n'ont pas al épiniére. Le moyen le pi m tuer, est de lui enfoncer Vet

LA PÊCHE AUX MARSOUINS

ment en arrière du soufflet, ce qui lui rompt t Mne dorsale.

Qu'on se figure, si l'on peut, l'animation que présente la pèche aux marsouins, lorsqu'il y en a une centaine dans les mares, que vingt-cinq ou trente hommes sont à leur poursuite, que cinq ou six canots traînés, par les marsouins, sillonnent la pêche en tous sens, que les espontons eont lancés de toutes parts, et que les hommes •ont tout couverts du sang qui jaillit à flots. Au milieu des clameurs des combattants et des sitement* plaintifs que poussent les marsouins blessés, quelques harpon neurs sautent sur leur dos, d'autres s'élancent à la mer jusqu'aux épaules, et brandissent les espontons, semant partout le carnage et la mort. L'enceinte de la pêche ressemble, à la fin de cette lutte, à un lac de sang.

Ilya quelques années, les passagers d'uu steamer européen furent témoins d'une pareille scène, et manifestèrent leur enthousiasme en faisant tirant une salve de coups de canon.

Le marsouin ne cherche jamais à se défendre il ne songe qu'à fuir, et comme il est de nature essentiellement moutonnière, il ne se sépare point du troupeau. Si parfois il renverse un canot, ou quelques hommes, d'un coup de queue, ce n'est que par hasard et dans sa fuite.

On a été souvent témoin, au milieu du massacre de ces pauvres animaux, de scènes de dévouement maternel vraiment touchantes : des mères, dont les nourrissons étaient enfermés dans la pêche, se sont laissées échouer et tuer en dehors des perches, plutôt que d'abandonner leurs petits.

Ou cite comme un fait exceptionnel un accident arrivé à l'un des harponneurs : il fut mordu à- la jambe par un marsouin blessé, et traîné à une distance considérable ; mais sans doute l'animal à l'agonie n'avait saisi cet objet qu'au hasard.

Un autre harponneur, après avoir frappé de son arme, s' étant obstiné à la retenir, fut lancé en l'air par b marsouin qui se retourna subitement et le fit retomber dans l'eau la tête la première, aux grands éclats de rire de ses compagnons.

Aussitôt que tous les marsouins ont été tués, un signal convenu est fait du large aux hommes du rivage pour leur indiquer le nombre de marsouins capturés, afin qu'on leur expédie les chevaux nécessaires pour les traîner à terre sur de grosses menoires. Pour y attacher les marsouins, on leur perce la queue d'un trou d'environ deux pouces de diamètre, par où l'on passe des courroies. Il faut se hâter dans ce travail ; car la marée commence déjà à monter. Si l'on n'a pas de chevaux, ou si le temps manque pour emmener tous les marsouins à terre, ou a recours à un ancien mode d'ancrage appelé Barbe de Chatte. H consiste à fixer dans la vase huk à dix perches, formant une croix de

Saint-André, sur laquelle sont liés les marsouin*,, où ils restent jusqu'à la marée suivante.

Lorsque toutes les charges sont formées, profitant du flottage de la marée, chacun des chevaux, dirigé par des passes connues, traîne depuis un jusqu'à cinq marsouins, si les conducteurs ne 80 nt pas effrayés par la rapidité du montant qui facilite leur marche.

L'opération du dépècement se fait immédiatement sur le sable du rivage. Le marsouin est tourné sur le dos, et quatre dépéceurs, armés de longs couteaux, le fendent depuis la queue jusqu'au cou. Une coupe transversale est faite autour de la tête. De larges incisions séparent le lard de la chair. Le squelette est ensuite rejeté de côté et le capot, ainsi séparé, est fendu en deux dans sa longueur. On enfonce des crochets de fer aux extrémités de chacune des parties qui sont traînées par des chevaux jusqu'à proximité des hangars. Un plan incliné reçoit ensuite le capot que des crochets, fixés à un rouleau, retiennent par l'extrémité inférieure. Un dépéceur détache le lard de la peau qu'on replie autour du rouleau. A mesure que le lard retombe sur le plan 'incliné, on le coupe en larges morceaux auxquels on donne le nom anglais dejlake ; et on les jette dans des vastes cuves. L'huile qui coule sur le plan est reçue dans des auges.

Les pauvres ne manquent jamais de venir quérir leur part de la pèche j et la chanté proverbiale de la société ne les renvoie jamais les mains vides : chacun s'en retourne arçec une Jlique dans sa chaudière, ou accrochée au bout d'uue petite branche. Les- associés sont convaincus que le succès de leurs travaux dépend des largesses qivils font à Dieu ; et leur générosité mérite réellement ses bénédictions.

Les morceaux de graisse sont subdivisés en petites parties au moyen d'une machine, et jetés dans les bouilloires. L'huile qu'on en retire est fort recherchée à cause de sa limpidité, et surtout de ses qualités lubréfiantes. Elle est encore excellente pour l'éclairage : un lampion flottant brûle jusqu'à soixante-douze heures sans s'éteindre.

A défaut d'un nombre suffisant de futailles pour recueillir les huiles, on se servait autrefois d'une espèce d'outrés confectionnée avec l'estomac des marsouins préparé à cet effet, et qu'on nommait ouiskouis, sans doute d'après un mot sauvage.

Un marsouin donne jusqu'à trois cents pots, (une barrique et demie) d'huile.

Dans les années de grande abondance, quand il y avait deux et trois cents marsouins étendus à la fois sur le sable de la grève, une quantité

LA PÊCHE AUX MARSOUINS

énorme d'huile se perdait, et coulait en ruisseaux dans l'anse du Grand Dégras et dans celle du Petit Dégras qui l'avoisine.

On aura une idée des profits que la pêche de la Rivière-Ouelle a rapportés à ses actionnaires par le fait que l'huile s'est vendue à un prix qui a varié de cent à deux cents piastres la barrique. Au reste, il y aurait uu article à écrire eur les richesses côtières de la Pointe, dont ils sont les propriétaires. Outre le marsouin, le poisson de différentes espèces, y abonde. On attribue cette fertilité à la situation de ce promontoire qui s'avance dans le fleuve entre des anses profondes : il projette à une lieue environ au large de celle de Sain te- Anne.

Dane le seul automne de 1370, plus de cent mille anguilles ont été prises sur ce littoral et dans son voisinage immédiat.

La peau du marsouin, dont il nous reste à parler, est revêtue d'un limon ou couche gélati-

neuse qui s'enlève facilement par la macé Ce limon est lui-même recouvert d'une p transparente et délicate assez semblable pier de soie : elle se détache aisément. -

La peau du marsouin est très-épaisse e force extraordinaire, qu'elle soit verte • royée. Comme ce cuir n'a pas de graii quiert un poli superbe.

Le corroyage et le tannage de ce cuir s à l'esprit de recherches et d'entreprises M. C. Têtu, de la Rivière-Ouelle. Les p:

essais de ce procédé furent faits il y a ui taine d'années, et obtinrent un plein L'invention de M. Têtu a été brevetée, et l'honneur x d'une médaille et d'une ment norable aux expositions universelles de I et de Paris.

15 juin 1873.

Page 1