‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 38 sur 196 · Life of Madame de la Peltrie · texte numérisé non relu

Life of Madame de la Peltrie

pour recueillir le sang de Jésus-Christ, en instruisant les petites filles sauvages ?

Ces paroles étant tombées sous les yeux de Madame de la Peltrie, elle pénétrèrent son âme d'une telle ardeur apostolique, que " depuis ce temps, " ajoute la Mère de l'Incarnation, " son esprit fut plus en Canada qu'en elle-même. "

Cependant comme elle voulait avant tout faire ce qui pouvait le plus contribuer à la gloire de Dieu, elle consulta des personnes doctes et de grande vertu, leur exposa les sentiments de son cœur avec une entière sincérité, et leur mit entre les mains un papier où elle avait écrit tout ce que Dieu lui avait inspiré à ce sujet.

Tous d'une voix unanime lui déclarèrent que sa vocation avait tous les caractères d'une mission divine, et qu'elle ne devait pas différer de suivre la voix de Dieu. 1 *

Mais bien des croix devaient l'assaillir et purifier son âme de toute, attache terrestre, avant qu'elle pût réaliser ce vœu.

Déjà les continuelles instances de son père pour lui faire contracter de nouveaux liens, T'avaient obligée de se réfugier dans un monastère, d'où elle n'avait eu le temps d'accourir que pour recevoir le dernier soupir de sa mère.

Ces douloureuses épreuves affectèrent sa santé; elle tomba si dangereusement malade que les médecins déclarèrent qu'ils n'avaient plus aucun espoir de la sauver. On n'attendait plus que son dernier soupir ; et plusieurs personnes même ' terminaient à la hâte un habit de Saint-François,

e)ur l'en revêtir, selon son désir, avant d'expirer, eux religieux Capucins, agenouillés à son chevet, récitaient les prières des agonisants, lorsque tout-à-coup elle se sentit inspirée de faire un vœu i Saint Joseph, de lui promettre d'aller bâtir une église eu son honneur au Canada, et d'y consacrer, sous ses auspices^sa fortune et sa vie au service et à l'instruction des filles sauvages. A peine eut-elle prononcé ce vœu qu'elle tomba dans un sommeil profond. A son réveil, au grand étonnement de tout le monde, elle se trouva parfaitement guérie. Les médecins en la ▼ayant purent à peine en croire leurs yeux, car ili [la pensaient déjà morte; et l'un d'eux, après lui avoir tâté le pouls, lui ayant dit, sans rien atToirde ce qui s'était passé entre elle et Dieu : "Où est donc votre fièvre, Madame? serait elle allée au Canada?" Surprise de l'entendre parler ainsi: " — Oui, elle y est allée," répondit-elle en souriant d'un air significatif, niais que personne K comprit.

Arrachée ainsi miraculeusement à la mort, die ne songea plus qu'à exécuter sans délai le **a qu'elle avait fait à Dieu. Elle s'en ouvrit à quelques" amis; mais dès les premières paroles, tous relevèrent contre elle, taxant son projet

L Vie de» premières Ursulinea de France, par Charles 1 I Jjlate-FoL — VU de la Mère de V Incarnation, par Dom

d'idée romanesque, et de véritable folie. Ils ne pouvaient comprendre comment une jeune personne de sa condition, d'une santé si délicate, douée de tant d'avantages extérieurs pût avoir l'idée d'abandonner un si brillant avenir pour aller traverser les mers, et s'ensevelir au fond des forêts de l'Amérique.

Son père eut, vers le même temps, quelques soupçons de son dessein, et résolut de la remarier. Mais quelle ne fut pas sa stupéfaction, lorsqu'il l'entendit, au contraire, solliciter la permission de consacrer sa personne et sa fortune aux missions du Canada ! Il fut anéanti à cette nouvelle, et lui déclara que si elle n'accédait pas à sou désir, il en mourrait de chagrin. Plusieurs personnes de qualité et de mérite, et même des religieux unirent leurs sollicitations aux siennes, et lui représentèrent que Dieu ne pouvait pas exiger d'elle un sacrifice qui causerait la mort de son père. Partagée ainsi entre l'amour filial et la religion, en proie aux plus poignantes angoisses, elle s'adressa à un religieux de' la Compagnie de Jésus, dont elle connaissait la prudence consommée, et le supplia de l'éclairer de ses lumières. Ce religieux, après y avoir sérieusement réfléchi devant Dieu, lui répondit qu'il croyait avoir trouvé un moyen de tout consilier.

Non loin d'Alençon vivait alors un gentilhomme de haute famille, d'une brillante fortune, et jouissant d'une réputation d'éminente sainteté. M. de Bernières Louvigny était trésorier de France à Caen, et, par sa position, avait de fréquents rapports avec M. de Chauvigny.

Celui-ci, connaissait l'angélique vie qu'il menait, ne tarissait pas en éloges sur son caractère et ses mérites. Le R. Père conseilla donc à Madame de la Peltrie de lui faire connaître sa généreuse entreprise aussi bien que les obstacles qu'elle y rencontrait, et de l'engager à la demander en mariage à la condition de vivre ensemble comme frère et sœur. Quelque singulier que parût ce projet, la nécessité força Madame de la Peltrie d'y recourir. Elle écrivit sur le champ à M. de

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ppliait s' agissait de son salut et de la gloire de Dieu.

M. de Bernières recula d' étonnement à la réception de cette lettre, et ne sut d'abord^ que répondre. Il avait fait le vœu de chasteté, et n'avait nullement cherché à le tenir secret. ^ Ce vœu était la principale cause de ses perplexités ; car il craignait de scandaliser ceux de ses amis qui en étaient instruits, et qui ne pouvaient connaître les conditions de son union avec Madame de la Peltrie. Mais l'immense bien qui devait en résulter balançait les raisons qui le faisaient reculer. Enfin après avoir longtemps imploré les lumières du ciel, il remit toute l'ailaire entre les mains de son directeur et. de quelques amis intimes. Tous, d'un commun accord lui décla-

LA MÈRE DE L'INCARNATION

rèrent que la gloire de Dieu y était intéressée, et qu'il devait accepter. Il écrivit alors à un de ses amis, M. de la Bourbonnière, le priant d'aller demander de sa part, à M. de Chauvigny, la main de Madame de la Peltrie. A cette proposition, l'heureux père ne se posséda plus de joie, et vola auprès de sa fille, qui naturellement accepta sans difficulté. Mais M. de Bernières, toujours poursuivi par l'idée de la singularité de cette démarche, retomba dans ses anciennes perplexités. M. de Chauvigny finit par cruire que les avancé? qu'il avait laites n'auraient pas de suite. Il alla donc un jour trouver sa fille, et lui déclara qu'il fallait, ou que M. de Bernières se décidât à l'épouser,

naissent pas. Elle eut recours à l'intercession de Saint Joseph, son refuge ordinaire dans toutes les circonstances difficiles, et elle re nouvel la le vœu qu'elle avait déjà fait d'aller établir au Canada une fondation destinée à l'instruction des jeunes filles sauvages. Son espoir ne fut pas trompé ; car, contre l'attente générale, la seatence du parlement décida en sa faveur. Sa famille ne put s'empêcher de reconnaître, dans cet événement, le doigt de Dieu, et se reconcilia avec elle.

Cependant le bruit s'était répandu qu'elle était mariée avec M. de Bernières; et comme ils étaient tous deux très-avancé-? dans la perfection,

ou qu'elle signât un papier qui la déshéritait de ce mariage étonna tout le monde, et leur attira la plus grande partie de ses oiens. Mai lame de j les plus amères railleries.

Madame de la Peltrie

la Peltrie parvint à calmer se-? inquiétudes, ne répondait à toutes ces attaques que par un Mais afin d'éviter de nouvelles scènes à l'avenir, doux sourire, disant, avec modestie, qu'elle elle écrivit à M. de Bernières pour lui demander n'avait t'ait que suivre la volonté de Dieu, evue à Alençon. Il s'y rendit, et ils i Une telle conduit

une entre i

e peut encore aujourd'hui délibérèrent ensemble, en présence «le leurs amis. ' paraître étrange à bien des personnes ; mais outre sur la décision qu'il fallait prendre. Après un , que l'avenir lit bien voir que c'était une inspi mûr examen, l'idée d'un mariage fut al-an- ' ration du ciel, nous pouvons répondre, avec ub

comme s'ils étaient mariés. La chose était possible à cette époque; et il ir était pas rare que, pour ménager certains intérêts, ou certaines susceptibilités de famille, on eût recours à un mariage secret, c'est-à-dire célébré seulement en présence du curé et de deux témoins. Il était donc facile à M. de Bernières et à Madame de la Peltrie de faire croire qu'ils étaient mariés; ils n'avaient pour cela qu'à paraître ensemble dans leurs familles et chez leurs amis.

Sur ces entrefaites, une nouvelle épreuve vint fondre sur notre courageuse héroïne. M. de Chauvigny, déjà avancé en âge et depuis longtemps tourmenté par la goutte, mourut subitement, emportant dans Ja tombe l'espoir d'avoir trouvé, pour sa fille un époux digne de soutenir l'honneur de son nom. Madame de la Peltrie fut profondément affligée de cette mort, quoique M. de Chauvigny eût bien souvent soumis sa piété filiale à de cruels assauts. Mais la providence voulut elle-même dénouer cette entrave. Assez d'autres, du reste, devaient encore se soulever sous ses pas. Sa famille, témoin des grandes libéralités qu'elle faisait aux pauvres et aux églises, lui contesta le droit d'entrer en partage de la succession paternelle, et tenta même de la faire interdire, sous prétexte qu'elle était incapable d'administrer sa fortune. Le présidial de Caen avait même déjà prononcé une sentence favorable à ses parents; mais elle en appela au parlement de Normandie. Elle faillit encore perdre ce second procès, pour avoir refusé, par une excessive délicatesse de conscience, de prêter un serment juste et licite. Mais les saints ont àes ressources que les autres hommes ne con-

spirituel n'est jugé par personne. Dieu se plaît quelquefois à mener les grandes âmes par des voix extraordinaires, qui déconcertent nos courtes vues et choquent notre faible raison; mais il serait téméraire de les blâmer parce qu'on n'entrevoit pas tout le dessein de Dieu sur elles. Madame de la Peltrie et M. de Bernières avaient d'ailleurs pris toutes les précautions que conseille la prudence chrétienne, pour s'assurer que leur conduite était agréable à Dieu ; et ce n'est qu'après avoir consulté des hommes sages, pieux et expérimentés, qu'ilf se décidèrent à agir contre les règles communes: d'autant plus que les mœurs et les usages de l'époque ou ils vivaient rendaient cette conduite beaucoup moins singulière qu'elle ne le serait aujourd'hui.

Au reste, 'l'orage que cette démarche avait suscité dans le monde ne tarda pas à se dissiper, et Madame de la Peltrie ne songea plus qu'à se rendre à Paris, afin de s'occuper activement de sa fondation.

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