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Bùtoirt de l'Eglite, par Rohrbaoher

INTRODUCTION

enflammèrent les imagination?. L'amour des découvertes fermenta dans tous les cœurs. C'est alors que l'homme qui personnifie toute cette époque, Christophe Colomb, se lève, et que .debout sur les rivages européens, il scrute du regard les horizons des mers où l'esprit d'en ■ haut, qui l'illumine, lui découvre les terres nouvelles promises à son génie.

Ce fut à Ferdinand le Catholique et à Isabelle, «cm épouse, que Dieu réserva l'honneur de comprendre la pensée de ce grand homme. Car ces deux souverains venaient de mettre la dernière main à l'œuvre des croisades, en rejetant de l'Espagne sur les côtes d'Afrique, le dernier 8ultan de Grenade, Boabdil avec ses Maures.

Sur les traces de Christophe Colomb, s'élancèrent bientôt d'autres découvreurs, qui, chaque jour, levèrent un nouveau pari du voile mystérieux qui, pendant tant de siècles, avait dérobé à V univers ancien cette moitié du' monde. Alors s'ouvre Ja première page de l'Histoire de la Nonvelle-France.

Ici, Ton nous pardonnera de nous arrêter quelques instants, et de baiser avec amour et respect, cette première page de nos annales, si fervente et si pure, qui prophétise toute la suite de notre histoire ; — de nous prosterner tout ému devant ces premiers vestiges qu'ont laissés nos pères sur la route d'une conquête qui fut plus encore celle de Dieu que celle de leur roi.

C'était par " une matinée du printemps de l'année 1535. Toute la ville.de Saint-Malo était dans une sainte allégresse, car on célébrait la solennité de la Pentecôte. Dans ces temps heu- [.' leux où la société était encore toute imprégnée 4e l'idée religieuse, un profond recueillement et «ne tendre piété sanctifiaient toutes les fêtes de l'Eglise. Cependant, ce jour-là, la vieille cathédrale gothique de Saint-Malo était remplie d'une fade encore plus nombreuse qu'à l'ordinaire ; tu à l'issue de l'office du matin devait avoir fini une touchante cérémonie.

Au milieu de la nef était réunie une troupe, tompôeée de plus de cent hommes, qu'à leur air et à leur accoutrement, il était facile de reconnaître pour des marins. A la veille de partir pou une longue et dangereuse expédition, ils venaient, par une démarche solennelle, implorer 1* protection de Celui qui commande aux vents «taux tempêtes. Un cercle de plusieurs gentilshommes entourait leur chef, qui, appuyé sur le pommeau de son épée, était absorbé dans la [.méditation et la prière. Ce chef, on l'a reconnu, 'était Jacques Cartier, accompagné de ses brai Y* marins; ces gentilshommes, c'était Claude 1 J ~> Pontbriand, fils du seigneur de Montcevelles échanson du Dauphin ; — c'étaient Garnier de ftm beaux, Charles de la Pommeraye, de yelle, Philippe de Kougemont et plusieurs ne jeunes gens de distinction qui, par amour ir les aventures, avaient voulu s'associer, nme volontaires, à l'expédition.

A l'heure de la communion, tous, Cartier en tête, vinrent s'asseoir à la table sainte. Il faisait beau voir, agenouillés sur les dalles du temple, comme de simples enfants, ces fiers gentilshommes aussi chevaleresques que François I ; et ces vieux loups de mer, qui, toute leur vie, avaient affronté la furie des flots et l'horreur des tempêtes. Ces âpres visages, dont les traits, hâlés par le soleil et l'écume des vagues, se détendaient sous les rayons de la prière, apparaissaient épanouis, transfigurés, doux comme des visages d'enfants.

.- Elle est grande et belle aujourd'hui la France, drapée dans sa force et sa gloire ; 2 — Mais étaitelle moins grande et moins belle en ces jours où ses enfants, dignes fils des croisés, venaient tous courber leur front dans les temples ; quand son roi s' agenouillait sur le champ de bataille ; quand, arrivé aux dernières étapes du malheur, il pouvait encore dire: Tout est perdu, fors l'honneur !

Après la célébration des saints mystères, toute la troupe s'avança jusque dans le chœur de la cathédrale, et vint se ranger autour du trône où l'évêque de Saint-Malo, Monseigneur Bohier, revêtu des ornements pontificaux, appela sur eux et sur leur expédition toutes les grâces du ciel, et leur accorda sa bénédiction.

Cet acte solennel fut le sacre de la France Américaine, à son berceau. Ainsi fut écrite, aux clartés du sanctuaire, la première page de son histoire. Plus tard, bien d'autres pages de cette histoire furent écrites au pied des autels, et souvent avec le sang des martyrs. Car c'était encore les gestes de Dieu que faisaient les Francs, en créant une France Nouvelle sur les rivages canadiens. Israël, au désert, marchait à la lumière de la colonne de feu j — la Croix, cette autre colonne lumineuse, guida toujours nos pères au désert du Nouveau Monde. Et lorsqu'on ouvre aujourd'hui le sépulcre des générations où dorment ces preux chevaliers de la civilisation, l'odeur de l'encens et les parfums de l'autel nous embaument encore.

Trois jours après l'imposante cérémonie que nous venons de décrire, le mercredi, 19 mai 1535, trois voiles disparaissaient, au loin, sur la ligne de l'océan. C'était la petite flottille de Cartier, la Grande Hermine, la Petite Hermine, et YEmerillon qu'une brise favorable venait de pousser hors de la rade de SaintrMalo, aux acclamations de la foule accourue sur le rivage.

On se figure difficilement aujourd'hui l'audace et la témérité de ces voyages sur des mers inexplorées, vers des mondes inconnus, que l'imagination surexcitée des peuples enveloppait de fables et de mystères effrayants.

Peu de jours après leur départ, les trois vaisseaux furent assaillis par une violente tempête. "Le temps, dit naïvement Cartier, se changea

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