‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 52 sur 196 · Relations de · texte numérisé non relu

Relations de

TROISIÈME ÉPOQUE

chambres, dont la plus grande, qui n'avait que seize pieds carrés, servait tout à la fois de chœur de parloir, de cellules,, et de réfectoires, et dont l'autre était réservée pour les classes.

Un petit appentis, contigu à la maison, fut construit pour y dresser la chapelle. L'enceinte du cloître était formée par une palissade en bois, qu'elles firent élever autour de l'habitation. 11 est facile d'imaginer dans quel état de gène et de malaise se trouvèrent ces pauvres institutrice?, entassées les unes sur les autres avec leurs élèves, dans cette étroite chaumière. Ce fut là cependant qu'elles habitèrent pendant plus de trois années, souffrant toutes les privations et toutes les incommodités, un froid excessif en hiver, une chaleur étouffante en été, respirant un air vicié dans ces appartements encombrés de petites sauvagesses d'une malpropreté dégoûtante, et dont les vêtements exhalaient une infection insupportable. " La saleté de ces enfants qui n'étaient pas encore formées à la propreté française, rapporte la Mère de l'Incarnation, nous soumit à de rudes épreuves. Tous les jours nous trouvions quelques ordures dans notre soupe, des charbons, des cheveux, quelquefois même un vieux soulier. Mais Dieu nous donnait la force de supporter tout cela sans trop de dégoût." Ces anges de charité se trouvaient heureuse au milieu d'un tel dénument.

" Tout cela, continue la Mère de l'Incarnation, nous offrait des délices plus agréables qu'on ne pourrait l'imaginer. Nous nous estimions mieux logées sous ce pauvre abri que dans un palais, car nous y possédions les trésors que nous étions venu chercher si loin, nos chères néophytes."

Le inonde est bien éloigné de comprendre le mystère de ces jouissauces surhumaines ; mais J'ame qui une fois s'est abreuvée à ce calice d'absinthe, ne peut plus en détacher ses lèvres, car elle aspire au fond de la coupe un divin dictame, ce vin mystérieux dont s'enivrent les élus.

Dés son arrivée dans le pays, la Mère de l'Incarnation se ressouvint de la vision prophétique qu'elle avait eue six ans auparavant. " Je reconnus clairement que c'était le pays que le Seigneur m'avait montré ; ces grandes montagnes, ces vastes forêts, ces plaines immenses, la situation et la forme des lieux, tous les aspects me retraçaient ceux que j'avais vus et qui étaient encore aussi présents dans mon esprit qu'à l'heure même. Cette révélation me donna une nouvelle ferveur et une inclination plus vive pour tout souffrir et tout faire ce que Nôtre-Seigneur voudrait de moi dans ce nouvel établissement"

La colonie de la Nouvelle-France était encore bien ikible à cette époque. Québec n'était qu'un village renfermant à peine deux-cent-cinquante habitants. Montréal n'existait pas encore ; et à l'on excepte une poignée de colons groupés autour du fort des Trois-Rivières, on ne voyait

de défrichements qu'aux environs de Québec. l Mais cette petite population, issue du plus pur .sang de la France, possédait un principe de vie qui l'enracinait profondément au sol, et lui promettait un rapide développement. ;< On avait apporté, dit le Père de Oharlevoix, une très grande attention aux choix de ceux qui s'étaient présentés pour aller s'établir dans la Nouvelle- France On continua les années suivantes d'avoir la même attention, et l'on vit bientôt, dans cette partie de l'Amérique, commencer une génération de véritable chrétien*, parmi lesquels régnait la simplicité des premiers siècles de l'Eglise." Les mœurs austères, la foi vive et pure, la piété solide de ce< familles patriarcales faisaient renaître l'âge d'or delà fo\

Nous avons déjà dit l'ordre admirable que Champlain avait établi au sein de cotte petite société. 2

Après la mort du père de la Nouvelle-France (1635), son successeur, M. de Montmagny, continua l'oîuvre si heureusement commencée.

Caractère aussi distingué par sa piété que par son courage, sa prudence et son dévouement, il consacra sa persévérante énergie à cimenter les principes de religion et d'honneur déjà implantés au cœur du peuple. Son premier acte en mettant pied à terre à Québec fut le présage de son heureuse administration, aussi bien que l'éloge de sa foi. Une croix avait été érigée sur le chemin qui conduisait du port au sommet de la montagne. 3 Le nouveau gouverneur s' agenouilla pieusement avec toute sa suite au pied du rustique monument, et fit une courte prière, afin d'invoquer la protection du ciel sur lui-même et sur le pays dont la destinée lui était confiée.

Les chroniques du temps se réjouissent de l'heureuse influence qu'exerça son bienfaisant génie.

" Je puis dire avec vérité, écrivait le P. Le Jeune en 1637, que le sol de la Nouvelle-France est arrosé de tant de bénédictions célestes, que les âmes nourries à la vertu y trouvent leur vrai élément, et partant s'y portent mieux qu'ailleurs. . Nos églises sont trop petites ; c'est une consolation bien sensible de les voir ordinairement remplies, usque ad cornu altaris. . . .Les prières se font à genoux et publiquement, non seulement au fort, mais aussi chez les familles éparses ça et là. . .La vertu, par la grâce de Notre-Seigneur, marche ici la tête levée ; elle est dans l'honneur et dans la gloire, le crime dans l'obscurité et la confusion. Je le dis avec joie et bénédiction de Dieu, ceux que sa bonté nous a donués pour

1. Tadoussac, entouré de montagnes stérilo*, n'était qu'un poste de trafionnts do polie te ries.

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