Uist. de l'H<3tel-Dieu do Québec
liaient à chaque instant de succomber à l'épidémie. Renfermées jour et nuit dan* ces petites chambres encombrées de malades, respirant sans cesse une atmosphère iniëctée par la contagion, il semblait impossible qu'elles pussent y échapper. Mais leur héroïsme grandissait avec les épreuves. Madame «le la Peltrie elle-même voului partager leurs fatigues. " et quoiqu'elle fût d'une constitution fort délicate, elle remplissait, avec un zèle merveilleux, les offices les plus; humbles et les plus rebutants."
Une seule inquiétude les tourmentait dans cette calamité j c'était la crainte de voir les sauvages, frappés de panique, retirer leurs enfants du monastère, et priver ainsi leurs admirables institutrices du bonheur de s'immoler pour elles. Mais cette alarme n'eut point de suite j ils vinrent avec plus d'empressement que jamais les confier à leurs soins.
Le fléau ne disparut qu'au mois de février 1640. Nos Mères commencèrent alors à se reposer un peu de leurs fatigues; mais tout le linge de leur maison avait été épuisé ; les étoffes mêmes de leur costume, leurs guimpes, leurs bandeaux, tout avait été employé à panser les malades. Ce ne fut qu'à l'arrivée de la flotte du printemps qu'elles reçurent les effets indispensables à leur vêtement.
Cependant les lettres de la Mère de l'Incarnation avaient réveillé l'enthousiasme de l'apostolat dans les monastères de Paris et de Tours. Toutes les religieuses de ces saintes communautés brûlaient du désir de venir partager les fatigues et la vie crucifiée de leurs sœurs du Nouveau Monde.
La Mère de l'Incarnation n'avait cependant pas déguisé les rudes labeurs de cette vie. Elle en avait, au contraire, tracé l'âpre peinture dans toute sa rigidité.
" Pour goûter la vocation du Canada, écrivaitelle à la supérieure de Tours, il faut de toutes nécessité mourir à tout ; et si l'âme ne s'efforce de le faire, Dieu le tait lui-même et se rend inexorable à la nature, pour la réduire à cette mort, qui, par une espèce de nécessité, l'élève à une sainteté éminente. Je ne puis vous dire ce qu'il en coûte pour en venir là:"
Et dans une autre lettre où elle annonçait une perte cruelle qu'avaient subie toutes les communautés de Québec.
" Ce.ne sont pas ces choses-là qui font souffrir, mais c'est une certaine conduite de Dieu sur l'âme, qui est plus pénible à la nature que les tortures et les gênes. Lorsque je vous dis que les ouvriers de l'Evangile sont morts, et que leur vie est cachée en Dieu, c'est qu'ils ont passé par cette conduite, se joignant à Dieu, et se rendant avee lui inexorable à eux-mêmes.
pour faire mourir toute vive cette nature qui est si nuisible aux parfaits imitateurs de Jésus- Christ. Il me semble que je vous vois dans l'impatience de savoir si j'ai tant sçuffsrt j oui,
TROISIÈME. ÉPOQUE
atop cœur ne voue peut tien céder; et j suis pas encore au bout. ■ Ahuri ne mïfrf arrivée à 1b perfection de oeui dont je parte."
Maie loin de lee intimider, l'excès mêm Ces tribulations alimentait l 'enthousiasme gieux des Ursulines de F rance. Suri réitérées de la supérieure du monastère de Paris, l'archevêque consentit à accorder deux reli gi eusse à la mission du Canada. La Mèrt Marguerite de Flécelies de Saint-Athanaae et le Mère Anne le Bugle de Suinte-Claire air ivèrenl A Québec le 7 juillet 1640.
Cette nouvelle recrue lut accueillie avec allégresse; ruais fit songer plu» que jamais à la nécessité absolue de commencer sans délai lu construction du monastère, que ta faiblesse des moyens avait fait retarder jusqu'il ce jour.
On comprend à pcitii» comment leur étroit logis pouvait servir d'asile a un si nombreux personnel. Outre le* cinq religieuses, le pensionnat se composait de quinze à dix-huit élèves sauvages, sans compter le* élève* externes qui fréquentaient les clan-e».
11 Je vous dirai comment nous pouvons tenir tant de personnes euun si petit lieu. L'extrémité di-e chambres est divisée en cabanes laites d'ais de pin: un lit est pincé pré* de terre, et Vautre comme au plalund, eu sorte qu'il y faut monter avec une échelle. Avec tout cela noue noue «timons plu? heureuse que si nous étions dans le monastère le plus accommodé de la France. 1 '
Un antre inconvénient résultait de l'arrivée des" Ursulines de Paris, issue d'une branche de la famille de Sainte Ursule, différente de celle de Tours. Outre la diversité des costumes, les deux communautés n'étaient pas sonmises aux même constitutions, celles de Parie s' engageant, ' par un vœu solennel, à l'éducation de la jeu-
TJne telle diversité ne pouvait snbf ■■ . .■ dans le même monastère «ans altérer l'harmonie, et (r de graves difficultés. La Mère de l'Inin se vit donc dans la nécessité de travailler à fondre les deux constitutions, afin d'établir l'uniformité, tout en tes adaptant auxbesoins du pays. La solution d'une quesuo'n'si délicate exigeait un jugement exquis, 3 ef une prudence consommée. La Mère de "l'tncirriation, éclairée des lumières qu'elle ptiisâftdajiK ■W iwfiables colloques avec Dieu, y consacra tente l'ardeur de son zèle. A la suPte.de longue conférences avec ses soeurs, elle réussit autant par l'entraînement de son exemple et de son incomparable piété, que par l'ascendant de ■on grand esprit, à opérer l'union désirée, et à prépererdi's constitution uniformes, chef-d'œuvre ïkabilité et de eagesse.
Lee principaux articles établissaient:
1°. Que les Uraulines de Tours feraieirt-h»
quatrième vœu particulier aux -religieusee dé
Paris, oelui d'instruire la jeunesse -, mois seulement- pour, le temps de leur séjour eu Canada; de sorte que.tri. (fuelqee raison les obligeait de retourner eu France, «I h» in enraie» déliées. . 2 U . Que IsnVnitlmeH^e Paris adopteraient le costume de lu congrégation' de Tours.
Cee.dsux clauses principales réglées, les autres uiodilioatioua lurent ace ueillia ioua difficultés.
Le projet de constitution ainsi élaboré fut envoyé en France pour recevoir la sanction des deux communauté.-) de Tours et de Paris. Non seulement il reçut une approbation unanime, mais il parut si nage|et si habilement concerté, qu'il réveilla l'idée de réunir, sous une règle unique, Tordre entier des Ursulines de France, issue de lu double congrégation de Paris et de Bordeaux. La proposition devait même en être laite a l'assemblée générale du clergé de France qui devait se réunir en 1645. Hais diverses circonstances entravèrent cette fusion qui n'eut jamais lien. Le seul vestige qui en subsista lut le sentiment d'admiration qu'avait excité cette mâle conception, indiced'une pensée auvsi vaste que puissante, et d'une connaissance étonnante de cœur humain. La Mère de l'Incarnation lut regardée comme une des femmes les plus remarquables de sou époque, si féconde cependant en' "suimes illustres; elle eut autant d'admirateurs le son génie, qu'elle en avait eu de sa sainteté.
Cependant les lettres d'approbation étant arrives eu Canada, la Mère de l'Incarnation s'occupa de, faire mettre eu vigueur les articles d'union. . Ils lurent signés par tonte la communauté, le 8 septembre 1641, en présence du P. Vimont, supérieur des Jésuites. Ces règles toutefois ri' étaient que /provisoires; elles furent suivies jusqu'à l'année IU7t Alors, à la prière des Uii-ulînes, des constitutions conformes aux premiers engagements, et adaptées au pays, furent rédigées par le P. Jérôme Lalemant. On les observa jusqu'à l'année 1682, époque à laquelle les Ursulineade Québec s'affilièrent A la Congrégation des Ursulines de Paris, à la suggestion de Mgr. de Laval. " ■