Le P. de Charlevoix
et intérieurs que Dieu avait mis en moi. Je perdais la confiance de ceux qui me conduisaient: et les personnes les plus saintes, et pour qui j'avais eu plus d'ouverture, étaient celles de qui je recevais les plus grands sujets de mortification, Dieu permettant qu'elles eussent des tentations continuelles d'aversion contre moi. "
Ainsi le ciel et les créatures étaient conjurés contre elle. Les croix les plus navrantes, suscitées par les personnes qui lui étaient les plus chères, venaient déchirer son âme déjà brisée par les désolations intérieures. Sa douce et tendre amie, la Mère de Saint-Joseph, fut pour elle la cause involontaire de chagrins d'autant plus douloureux qu'ils faisaient vibrer les fibres les plus délicates du cœur, la sensibilité exquise de l'amitié. Ses efforts pour établir l'unité de règle dans son monastère la rendirent suspecte à la communauté de Tours. Son directeur même se préjugea et s'aigrit contre elle. Enfin, pour comble d'afiiictions, Madame de la Peltrie, qui, depuis l'arrivée des Ursulines, ne s'était jamais séparée d ? elles, qui avait partagé, avec un courage surhumain, toutes leurs privations dans le misérable réduit qu'elles habitaient, les quitta tout-à-coup, dans le dessein d'aller créer une nouvelle fondation à Montréal.
Vers la fin de l'été 1641, M. de Maisonneuve, suscité de Dieu par des voies extraordinaires, débarquait à Québec avec Mlle. Mance et une troupe de braves, pour aller planter l'étendard de la croix et de la France sur l'île de Montréal. Entraînés par cet esprit religieux et chevaleresque, ils venaient y établir une colonie, et. servir de rempart aux incursions des Iroquois. Gomme la saison était trop avancée pour commencer leur établissement, ils passèrent l'hiver à Billery, chez M. de Puiseaux, vieillard vépérable qui consacrait ses Jours et sa fortune à la conversion des sauvages. Pendant les longues soirées de l'automne, Madame de la Peltrie fit connaissance avec Mlle. Mance et se lia d'une sainte amitié avec elle. Eprise de plus en plus de son rare mérite, et vivement sollicitée par elle et les siens, elle s' enthousiasma pour l'œuvre de Montréal, et se crut appelée à y renouveler ce qu'elle avait si heureusement commencé à Québec.
Au printemps de 1642, elle partit avec Mlle.
Mance, emportant tous ses meubles, et em»
menant avec elle sa suivante, 1 et un jeune homme attaché à son service.
Ce départ laissa les Ursulines, déjà si pauvres, dans un dénûment complet. Il ne leur resta plus qu'un petit nombre de meubles qu'elles avaient apportés de France, et trois lits pour leurs quatorze élèves. "Nous les faisons coucher sur des planches, écrivait la Mère de l'Incarnation ■ nous mettons sous elles ce que noua pouvons pour en adoucir la dureté • et nous empruntons aux magasins des peaux pour les cou*