‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 70 sur 196 · La Mère Oaowriiità* Saint- Augustin · texte numérisé non relu

La Mère Oaowriiità* Saint- Augustin

LA MÈRE DE L'INCARNATION

désordres, elle eut une vision où lai furent prédits les fléaux dont Dieu menaçait la colonie.

" Elle vit quatre démons furieux, aux quatre -côtés des terres voisines de Québec, qui les secouaient si rudement qu'ils se proposaient de renverser toute la colonie. En même temps, elle aperçut un jeune homme d'un air majestueux, qui montra l'autorité qu'il avait sur ces spectres, en ce qu'il les arrêta un peu de tempe; puis il leur lâcha la bride, et elle entendit les démons qui disaient que ce qui allait arriver •convertirait tous les pécheurs. " x

Elle était encore en prière, lorsque vers cinq heures et demi du soir, par un temps calme et serein, on entendit tout à coup, dans le lointain, un bruit sourd semblable au roulement de plusieurs carrosses, lancée à toute vitesse sur un pavé de pierre. Au même instant, un choc violent se fit sentir, accompagné de mille bruits confus, imitant tout à la fois le pétillement du feu dans les greniers, le bruissement d'une grêle de pierre tombant sur les toits, le roulement du tonnerre, ou le mugissement des vagues en fureur se brisant contre le rivage. La terre bondissait sous les pieds, s'affaissait, se soulevait, ondulait comme les flots de la mer, et se crevassait en mille endroits ; les arbres étaient agités comme dans la tempête, les uns se tordant, s' entrechoquant, les autres s' arrachant et jonchant le sol de débris. Les rochers se fendaient et s' écroulaient ; des quartiers de pierre se détachaient du flanc des montagnes et roulaient au fond des vallées, déracinant et entraînaut dans leur chute des troncs d'arbres et des monceaux de gazon. Les édifices ébranlés chancelaient tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Les clochers des églises se balançaient comme les arbres dans les grands vents ; les cloches sonnaient d'elles-mêmes. Les toits des maisons s'élevaient et se courbaient en ondulations; les murs se lézardaient; les planchers, les cloisons craquaient, se disloquaient; les portes s'ouvraient et se refermaient avec violence. Les animaux domestiques, saisis de frayeur, s'élançaient hors des maisons, en poussant des cris et des hurlements.

L'agitation n'était pas moins grande sur l'eau que sur la terre ; les glaces énormes du fleuve, épaisses de cinq ou six pieds, s'ouvraient avec un formidable fracas, se soulevaient, s'entrechoquaient, comme dans- une violente débâcle, et retombaient brisées en mille fragments. Des interstices jaillissaient des nuages de fumée ou des jets de boue et de sable. Les poissons euxmêmes, saisis de vertige au milieu de cette épouvantable confusion des éléments, s'élançaient hors de l'eau; et l'on entendit même les sourds ronflements des marsouins, nageant par troupeaux dans les eaux du lac Saint-Pierre, où jamais on n'en avait vu auparavant.

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