CONJUGES
SERTUM HOC FrANCISCI YkENS MANU ANNO 1636 CONTEXTUM DEIPARAMaUE A PeTRO VAN AVONT PICTAM ADORNANS PATRUO DILECTO POSUERUNT ObIIT hic 26 7" 1875 ^LLA 27 AUG. 1869 (l)
L'église de S' Jacques possède, depuis 1871, une deuxième composition de Pierre van Avont. Elle orne la chapelle de tous les Saints, dite de S' Hubert, et représente un %epos de la Sainte Famille, accompagnée d'anges et de divers bienheureux. Ce tableau librement imité, en certains endroits, de Pierre-Paul Rubens, est traité de la manière suivante :
L'Enfant Jésus reposant sur le sein de la S'^ Vierge, en occupe à peu près le centre. Vers ce groupe, S'^ Marguerite d'Antioche, qui tient de la main gauche, à l'aide d'un cordon de soie, le dragon infernal couché derrière elle. S**^" Madeleine se penche, à quelque distance, vers Marie et son divin Fils. Derrière les saintes, S* Georges cuirassé, un drapeau rouge dans la main gauche, et les yeux fixés sur la S'*" Vierge et son Enfant, qui sont assis près d'un bâtiment, à l'entrée d'un portique de verdure, orné de roses, et près duquel s'ébattent deux anges. Le petit S' Jean-Baptiste avec son agneau, est accompagné d'un chérubin qui caresse l'animal. Le fils de Zacharie et d'Elisabeth paraît vouloir se diriger vers l'Enfant Jésus, dont un second esprit céleste lui fait signe de ne pas troubler le sommeil. A quelque distance. S' Joseph est endormi contre un arbre ; plus loin broute son âne. La scène se passe au coucher du soleil, au milieu d'un paysage orné d'une splendide vé-
(I) Cet article et le suivant ont été ajoutés à la biographie de van Avont, après la rédaction primitive de 1869.
gétation, qu'animent des fleurs et qu'ombragent des arbres magnifiques. Des filets d'eau vive y font régner, à gauche, une agréable fraîcheur. Un ciel superbe s'étend sur cette admirable composition. La S**" Vierge, ainsi que la plupart des figures de saints, paraissent être des portraits ; toutes sont magistralement traitées. S' Jean- Baptiste et les angelets sont dignes de van Avont, qui peignait si supérieurement les enEmts. Nous ne saurions étendre cette louange au petit Jésus, dont les formes replètes excluent toute idée de divinité.
L'église de S^ Jacques est redevable de cette précieuse toile à M. Pierre-Jean Taeymans, amateur anversois, et à sa mère, Dame Anne-Catherine Fret, épouse en secondes noces de feu M. Jean-Corneille Casus. C'est en mémoire de celui-ci que ce don a eu lieu, comme le constate Tinscription suivante :
HaNC ChRISTI JeSU in MaTRIS GREMIO aUIESCENTlS LMA- GINEM SPECIOSAM PeTRI VAN AvONT OPERAM /ETERNA IN
PAGE aUO CITIUS REQUIESCAT
JoANNES Cornélius Casus 28* junii 1870 inopinato
ipsis ereptus Anna Catharina Fret conjux ejusque filius Petrus
JoANNES Taeymans pio IN Christum ejusque Matrem et Nutritium affectu pp.
Nous avons dit que ce tableau est librement imité, en plusieurs endroits, de Pierre-Paul Rubens. Il suffit, pour se convaincre du fondement de cette observation, de jeter les yeux sur certaine planche exécutée d'après ce maître. Elle représente la S*^ Vierge tenant sur son sein l'Enfant Jésus endormi ; devant ce groupe, le petit
S' Jean-Baptiste avec son agneau, accompagné de deux anges, dont un lui fait signe de ne pas éveiller le jeune Sauveur. Plus loin. S' Joseph sommeillant, appuyé contre un arbre, et, à quelque distance, son âne, broutant. Cette gravure porte les inscriptions suivantes :
Obdormit ecce Jestdus, forniosus ille Jesulus.
Dilectus ille Jesulus, compescito labellula.
Tet. failli. %tibens pijixit. Corn. Galle exctidit.
Lorsque la planche fut devenue la propriété de Corneille de Boudt, graveur et éditeur anversois, elle fut retouchée en plusieurs endroits, et on y ajouta les mots suivants :
Cor. de Boudt excu. Antv.
Elle ne porte pas de nom de graveur; mais l'auteur du catalogue d'estampes de Messire del Marmol avance qu'elle a été indubitablement exécutée par Gérard Edelinck, lorsqu'il faisait l'apprentissage de son art chez Galle (i).
Nous faisons observer à cet égard^ que le compte de la gilde anversoise de S* Luc, du i8 septembre 1652 au 17 septembre 1653, indique le graveur Gaspard Huybrechts ou Huberti, comme le maître de Gérard Edelinck (2).
Il est fort probable, du reste, que celui-ci fréquenta plus tard l'ateHer de Corneille Galle, le jeune (3). Mais ce qui nous semble résulter de la comparaison que nous
(i) Catalogue cité, p. 28, n" 471.
(2) Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, transcrits et annotés par Ph. Rombouts et Th. Van Lerius, avocat. T. II. p. 241.
(3) Corneille Galle, le vieux, était décédé antérieurement au 29 mars 1650. Liggeren cités, T. I, p. 464, note 2.
avons faite de la gravure en question avec des productions signées de ce dernier, c'est que cet artiste a travaillé à la planche en question, quoiqu'il n'y ait mis que Vexcudit, et non le sculpsit.
L'ancienne chapelle du chef-métier des merciers (Jjet hoofdamhacht van der mcerschen) , dans la longue rue Neuve, possède aussi un tableau de van Avont. Il représente la 5"'® Vierge et l'Enfant Jésus. Marie est assise, vêtue d'une tunique rouge et coiffée d'un voile de couleur brunâtre. Elle tient sur ses genoux le jeune Sauveur, qu'elle nourrit de son lait virginal et qu'elle entoure de son bras droit. Une draperie blanche sur laquelle repose le petit Jésus, qui est nu, est étendue sur ce bras.
L'expression de la S'^ Vierge est pensive ; nous lui trouvons les mains un peu longues, mais les draperies sont bien dessinées. L'Enfant potelé et d'une gracieuse exécution fait honneur au maître.
Ce tableau peint sur bois est bien colorié. Son bel encadrement sculpté est orné de deux têtes d'anges et surmonté d'un petit buste de S*^ Anne.
L'administration des hospices, propriétaire actuelle de cette chapelle et de la maison-Dieu dont elle dépendait, possède une seconde peinture de van Avont. Elle a pour sujet la 5'^^ Famille et des anges, dans un paysage. Les figures n'en sont pas sans mérite, et la vue champêtre, dans laquelle elles sont représentées, est digne de l'artiste.
Nous avons admiré dans le cabinet de M. Antoine van Belhngen, à Anvers, un petit tableau de van Avont, finement peint et ayant pour sujet le Sauveur portant sa croix, ci 5" Véronique.
M. Kervyn de Volkaersbeke signale dans l'église de
Notre-Dame S' Pierre, à Gnnd, une superbe copie, exécutée par van Avont, d'après Antoine van Dyck. L'original en a été gravé par Scetsélon (Schelte) de Bolswert et représente une T)anse d'anges, en présence de la Sainte Famille (i).
Le catalogue du musée de Gand, rédigé par M. A. -P. Sunaert et publié en 1870, mentionne sous le n° 82, une Sainte Famille, dans un paysage. L'auteur décrit dans les termes suivants ce tableau de van Avont : « Dans un beau paysage avec des rochers à droite et des montagnes dans le lointain, devant un groupe de grands arbres, à gauche, est assise la S'^ Vierge avec l'Enfant Jésus, qui étend ses bras vers le petit S* Jean accourant de la droite. Celui-ci est suivi d'un groupe de deux anges chargés d'un panier de fruits. Deux anges voltigent dans l'air, vers la gauche. — Hauteur 3,85, largeur 1,22. Toile.
M. Albert Krafft indique les tableaux suivants de van Avont, dans son Catalogue de la galerie du Belvédère, à Vienne, édition de 1853, page 165, n° 5 : a Paysage boisé ; sur le devant la Madone avec l'Enfant Jésus et S' Jean est assise, entourée d'une foule de petits anges. Signé : Tecter van ^vont. — Bois. » — N° 7 : ft Paysage boisé, avec la S" Famille au-devant entourée d'une foule de petits anges dont quelques-uns suspendent des guirlandes entre les arbres. Signé : T^eeter van kAvojiI. — Cuivre. » Page 166, n° lé : « La déesse Flore, assise dans un parc étendu et borné dans le fond par un château, est entourée d'une foule de génies qui jouent avec des fleurs. Signé : Teeter van ^Avont. — Cuivre. »
(l) Les églises de Gand, II, 249.
La description des tableaux, etc., de la galerie de Son Altesse François-Joseph, chef et prince régnant de la maison de Lichtenstein, imprimé à Vienne , en 1780, mentionne au n° 605, un tableau de van Avont, représentant « la 5""= Vierge, l'Enfant Jésus et 5' Jean. La Vierge assise sur un rocher, à la sortie d'un bocage, tient l'Enfant Jésus debout sur ses genoux ; il paraît donner la bénédiction à S' Jean, qui se trouve devant lui, portant une croix dans ses mains. Au premier plan, à droite, trois anges mènent un agneau en laisse, et plus loin, à gauche, d'autres anges conduisent l'âne, qui doit servir de monture à la Vierge. — La composition de ce petit tableau est agréable et d'un bon coloris ; et le paysage est d'un très bon goût. — Peint sur bois, haut de 14 pouces sur 21 de largeur. »
L'auteur de cette vie est propriétaire d'une composition de van Avont. Elle représente le petit 5' Jean-Baptiste debout à l'entrée d'une grotte légèrement tapissée de verdure ; il tient de la main droite sa croix à laquelle est attachée une banderole, et étend la gauche vers son agneau qui le regarde d'un air intelligent. Le bienheureux enfant porte des cheveux longs et bouclés, qu'entoure une auréole ; une légère draperie, retenue par un cordon rouge, lui sert de vêtement. La tête a une expression douce et sérieuse ; le corps bien éclairé et en grande partie nu, se distingue par un dessin plein de grâce et des formes potelées. Les bras offrent d'heureux raccourcis et la figure entière donne une preuve des plus avantageuses du grand talent de van Avont, dans la représentation des enfants. L'agneau dont la toison est peinte avec beaucoup de naturel, lui fait aussi honneur. Derrière ce groupe magistralement traité et
qui se détache sur une partie de la grotte, s'étend une eau qui baigne un paysage boisé, d'une belle exécution, et qui a pour horizon un ciel d'azur, représenté au moment du coucher du soleil. L'artiste a signé de la manière suivante ce petit tableau peint sur bois, du faire le plus transparent : P. v. ^Âvont.
Cette production nous fut adjugée à Anvers, dans une vente pubHque, dont faisait partie une autre composition du maître, représentant la 5'^ Vierge tenant V Enfant Jésus, 5' Joseph et S^ Jean-Baptiste. Elle était digne de van Avont et a passé dans le Brabant septentrional.
Nous avons acquis depuis un second tableau de notre maître II est peint sur cuivre et représente la Madeleine pénitente. La sainte assise près d'une grotte, contemple le ciel, où lui apparaît une lumière surnaturelle. La partie supérieure de son corps est voilée uniquement de ses longs et beaux cheveux bruns : la partie inférieure est couverte d'une draperie rouge, sur laquelle s'étend un manteau bleu. La main droite tient un crucifix : Madeleine appuie le front sur la main gauche, dont le bras repose sur une tète de mort, couverte d'une étoffe rouge. A droite, des montagnes et une éclaircie de ciel.
Ce petit tableau est bien dessiné et finement peint. Nous aurions désiré un peu plus de distinction dans la tète de la sainte, qui certes n'a jamais fait pénitence de la façon dont van Avont l'a représentée ici.
Gérard Hoet ne signale aucun tableau de notre artiste, dans ses deux volumes de catalogues de ventes publiques, publiés en 1752. Pierre Terwesten en mentionne trois, dans son supplément à cet ouvrage, édité en 1770 :
1° 5"= Marie-Madeleine accompagnée d'anges, belle peinture ; 2° la 5*^ Vierge enlourêe de génies célestes. Ces deux productions faisaient partie de la collection de Jean Sibrechts, peintre et marchand d'œuvres d'art, admis dans la gilde de S* Luc, à Anvers, en qualité de fils de maître, en 172 1- 1722. Elles furent vendues dans cette ville, en 1754, la première 64 florins, somme considérable pour l'époque, la seconde, 16 florins. 3° La 5" Vierge et l'Enfant Jésus accompagnés de deux anges et entourés d'une guirlande de fleurs, adjugé à 11 florins 10 sous, à Anvers, en 1764, à la mortuaire de Lambert van Gemert. Il est bon de ne pas perdre ici de vue, qu'à cette époque, les œuvres d'art étaient généralement vendues à vil prix.
Terwesten, qui ne donne qu'une partie du catalogue des tableaux du peintre Pierre Snyers, vendus à Anvers, en 1752, a omis d'y mentionner un Paysage de Luc van Uden, dont notre artiste avait exécuté les figures.
La superbe collection de Pierre-André-Joseph Knyff", chanoine noble gradué de la cathédrale d'Anvers, mise aux enchères en cette ville, au mois de juillet 1785, renfermait trois tableaux de van Avont. Ils sont décrits dans le Catalogue de la manière suivante : N° 47, « Un beau paysage où Ton voit, sur le devant, l'Enfant Jésus sur les genoux de la S**" Vierge. Qiielques anges apportent des fruits, une croix et un agneau ; à gauche, sont deux anges avec une corbeille remplie de raisins. Ce morceau est très beau en tout. Haut 21 pouces, large 29 1/4. Bois. » Vendu 13 florins 15 sous. N° 25 i, (( La S'" Vierge assise dans un beau corps d'architecture ; elle a un habit de soie blanche ; l'Enfant Jésus qui est sur son genou, semble donner la bénédiction au
petit S' Jean accompagné de sa mère ; d'un côté l'on voit S^'^ Elisabeth (i), S'^ Agnès et S^^ Catherine richement vêtues, et de l'autre, S'" Cécile vêtue de soie noire, et touchant l'orgue, accompagnée de deux petits anges ; au haut est une draperie retroussée. La beauté de l'ordonnance , la douceur du coloris , et la correction du dessin forment ici un des plus beaux morceaux qui soient sortis du pinceau de cet artiste. Haut 15 pouces, large 23 3/4. Bois. )) Adjugé au Sieur Wubbels d'Amsterdam, à 19 florins. N° 416, « S'" Marie-Magdelaine à genoux, un bras appuyé sur une tête de mort, placée sur une éminence où sont un crucifix et des hvres. Elle est devant un rocher, les mains jointes et les yeux tournés vers une gloire d'anges, qu'on aperçoit dans les nues ; la droite offre un joli paysage de Kcrings ; le devant est orné de fleurs et de fruits. Tout y est d'une extrême fraîcheur, et détaillé sans sécheresse. Haut 12 1/4 pouces, large 15 1/2. Cuivre. » Vendu 10 florins.
Le Catalogue Knyff" vient de nommer Alexandre Keerincx, car c'est bien de lui qu'il s'agit en cet endroit. Disons ici, en passant, que, d'après MM. les biographes, cet habile artiste serait né à Utrecht, ce en quoi ils se trompent. Alexandre Keerincx est, en effet, un enfant d'Anvers, où il vit le jour, en 1600. Il était fils du Signor Matthieu ou Mathias Keerincx et d'Anne Mo3'zons. Il fut baptisé à S' Jacques^ le 23 janvier de ladite année, et reçu franc-maître de la gilde de S' Luc, en 16 18-
Van Avont ne fut pas seulement un excellent peintre,
(i) Probablement S'*^ Elisabeth de Hongrie.
surtout de figures enfantines ; il fut aussi un graveur de beaucoup de mérite. Il exécuta à l'eau-forte deux planches signées et représentant l'air et la terre, figurés par des enfants. Ce sont indubitablement deux des quatre citées par Chr. Kramm, d'après L. Heller, et qui ont pour sujets les Eléments. Gustave Parthey rapporte que Wenceslas Hollar a gravé, d'après notre maître, quatre compositions de même nature, dont trois portent la date de 1647. Brulliot nomme, en outre, d'après Kramm, parmi les gravures originales de van Avont, deux enfants et lin faune, et, de plus, un génie sur des nuages. La collection de M. le chevalier J. Camberlyn, de Bruxelles, vendue à Paris, en 1864, contenait une eau-forte de notre artiste représentant deux anges figurés en regard sur un fond blanc, dans l'attitude de soutenir une couronne.
L'auteur de cette biographie possède vingt petites eaux-fortes, peu ou point décrites et dont la première porte l'inscription : P. van Avond (sic) fecit. — F. de Widt exe. Elle représente un angclet assis et jouant du triangle. La seconde, numérotée 2, le petit S^ Jean-'Baptiste ams, la croix appuyée sur sa poitrine et étendant les mains. I a troisième, un petit ange assis, tenant une rose et son bouton, de la main droite, et montrant le ciel, de la gauche. La quatrième, un angelet assis, faisant ondoyer une banderole. La cinquième, marquée 5, le petit 5' fean- Baptiste à genoux et velu d'une peau de mouton, ayant près de lui une écuelle. La sixième, un petit ange assis, le bras droit levé, la main gauche appuyée sur un tertre. La septième, un angelet debout, la main droite levée vers le ciel et étendant le bras gauche. La huitième, un angelet assis sur les nues et jouant de la harpe. La neuvième, marquée 9, un petit enfant, vu de dos, debout, et tenant un voile étendu
sur le bras gauche. La dixième, le petit S^ Jean-'Baptiste assis dans l'attitude d'appeler quelqu'un. La onzième numérotée, un petit enfant debout et tenant une grappe de raisins. La douzième, un angelet assis, la main droite élevée vers le ciel, la gauche appuyée sur un nuage. La treizième, un petit enfant, vu de dos, assis sur un nuage. La quatorzième, un angelet représenté la face tournée vers le spectateur et tenant les mains croisées sur la poitrine. La quinzième numérotée, un petit ange debout et couvert d'un voile, paraissant appeler quelqu'un. La seizième, également numérotée, un petit ejifant vu de dos, la main droite levée vers le ciel, et la gauche reposant sur un nuage. La dix-septième, un angelet en contemplation, agenouillé sur un nuage. La dix-huitième, un petit enfant en marche, vu de dos, et tenant une légère draperie sous le bras droit. La dix-neuvième, un petit enfant, le genou gauche à terre, la tête tournée vers le ciel, et tenant une grappe de raisins. La vingtième numérotée, un angelet debout et tenant une pomme de la main gauche. — En comparant ces eauxfortes, qui font grand honneur à van Avont, avec les gravures exécutées d'après ses dessins par Wenceslas Hollar, on s'aperçoit que notre peintre a utilisé plus d'une fois ces études de figures enfantines.
Le maître fournit aussi les dessins des gravures sur bois, dont Christophe Jegher, d'Anvers, orna l'ouvrage de son concitoyen, le Jésuite Guillaume Hesius, intitulé : Embleniata sacra de Fide, Spe, Charitate, imprimé dans notre ville, en 1636, par Balthasar Moretus, fils de Jean et de Martine Plantin. On y distingue un nombre considérable de figurines d'enfants, d'une morbidesse charmante, exécutées avec infiniment d'esprit. Ces emblèmes ne contiennent pas moins de cent seize petites planches.
parmi lesquelles on remarque des ruines, des paysages, des marines, etc.
Wenceslas HoUar publia, en 1646, et plus tard, d'après les dessins de notre maître, une superbe série de planches, la plupart de format oblong, et dédiées par van Avont à Georges von Ettenhard, chevalier du S' Empire Romain, trésorier-général de la cruciade (cni-^ada) en Espagne et protecteur des beaux-arts. Le titre de cet ouvrage est ainsi conçu : Pœdopa^nion sive puerorum ludentiiwi scheviata varia pictorum usui aptata. Nohilissimo Domino D. Georgio ah Ettenhard, Sacri Imperii eqitili, Majestatis CathoUccC thcsaurario generali Sanclœ Cruciatce in regnis Hispaniarum : singulari omnium bonaritm artittm paîrono Pet. van Avont Antwerp. inventor L. M. D. D. Il est surmonté des armoiries du Mécène et orné de quatre ravissantes figures d'enfants, dont un vu de dos, est superbe, et qui sont en train de tresser des guirlandes de fruits, de la plus belle facture. On y trouve, en ces termes, la preuve que van Avont a imprimé lui-même ces planches : Tet. van Avont exe. Cum privilegio. — W. Hollar fecit.
Le Tœdopagnion qui fait le plus grand honneur à van Avont et à Hollar, eut un second titre, orné du portrait de Georges von Ettenhard, qui n'est pas de Hollar, et de trois enfants représentés avec des guirlandes de fruits. On y lit ces inscriptions : Petrus van Avont inv: W. Hollar fecit 1646. — F. de Widt exe. — Gustave Parthey, que nous suivons ici, signale deux copies de ces titres, imprimées en 1648, par J. -P. Steenweghe, qu'il mentionne dans une des tables de sa description des planches de Wenceslas Hollar, comme un marchand d'objets d'art, établi à Anvers. Nous croyons que cela n'est pas prouvé,
car nos Lig^eren ne renferment pas l'admission à la maîtrise de Steenweghe, qui devant se trouver en contact journalier avec le public, pouvait difficilement cacher sa qualité aux doyens de la corporation de S' Luc. Un troisième titre est orné du portrait de van Avont ; nous en avons parlé ci-dessus.
L'ouvrage renferme en outre, vingt-six gravures, portant la plupart les noms de van Avont et de Hollar. En voici la description^ d'après Parthey : i° Le Sauveur enfant, S'^ Jean-'Baptiste et trois anges ; 2° le petit Jésus, S^ Jcan-'Baptiste et quatre anges; 3° quatre anges portant la croix dans le ciel ; 4° sept anges portant la croix sur les nues; 5° cinq anges auprès du saint Sépulcre ; G° concert d'anges sur des nuages, sans signature. Notre exemplaire de cette planche porte l'inscription suivante, d'une écriture du XVn*' siècle : T. van .Avond (sic) pinxit. — Hollar sculpsit. Cuni privilégia Régis. 7° Concert d'anges sur la terre; 8° danse de sept anges; 9° deux anges et un enfant ; 10° trois anges et deux enfants assis sur des nuages ; 11° trois anges et deux enfants assis sur des nuages, dans des poses différentes des premières ; 12° quatre anges et un enfant; 13° quatre enfants dormants; 14° un enfant et deux satyres, daté de 1647; 15° quatre enfants dont un monte un bouc qui galoppe ; 16° quatre enfants, un satyre et une chèvre, daté de 1647; 17° le même groupe retourné, daté de la même année ; 18° quatre enfants, un satyre et une panthère, daté également de 1647 ; 19° quatre enfants, deux satyres et un bouc, daté de 1654; 20° quatre enfants, deux satyres et un bouc, composition différant de la précédente ; 21° cinq enfants et un satyre; 22° six enfants, planche datée de 1647 ; 23° six enfajits, un satyre et un bouc ; 24° sept enfants ; 25° neuf enfants ; 26° Bacchus et dix enfants.
Parthey ajoute à cette série une planche représentant deux enfants et trois tigres, gravés par Hollar, d'après Pierre-Paul Rubens, En comparant, du reste, les compositions précédentes, qui sont en partie religieuses, avec le titre primitif de l'ouvrage, et en tenant compte des dates apposées sur quelques-unes de ces gravures et de leur format différent, on demeure convaincu que le Pcedopœgnion de 1646 n'a pu se composer des trente planches, y compris les trois titres, mentionnées par Parthey.
Cet auteur énumère de la manière suivante la série des quatre Éléments, gravée d'après van Avont, par Wenceslas Hollar, et qui doit être distinguée d'avec les eauxfortes du peintre, représentant les mêmes sujets : 1° VAir, cette composition, dans laquelle figurent six oiseaux, prouve que van Avont s'entendait fort bien à rendre les volatiles, de même que les quadrupèdes qu'il avait introduits dans les œuvres précédentes. La planche est signée : P. van Avont inii. — W. Hollar fecit 164J. 2° h Feu, signé des deux maîtres, daté de 1647, et portant la mention : F. de Widt excudit ; 3° l'Eau, Pet. van Avont inuenit et excudit. Cum privilegio ; 4° la Terre, avec la signature des deux artistes et la date de 1647.
Le Tadopcegnion, auquel nous revenons, et qui ne se composerait d'après le Blanc (II, p. 375, n°' 199-213), que de quinze planches y compris le titre et un portrait, en comptait vingt dans la belle collection de Pierre Wouters, chanoine de S' Gommaire, à Lierre, trésorier et bibliothécaire de Sa Majesté Apostolique, etc. Elles sont renseignées par N.-J. T'Sas, à la page 150, n° 1627 du catalogue de la vente publique de ce cabinet, qui eut lieu à Bruxelles, en 1797. Le numéro cité mentionne
de plus les portraits de van Avont, publiés en 1646 et en 165 1, dont nous avons déjà parlé, et une planche, avant la lettre, représentant quatre enfants couchés, gravés par Hollar, d'après van Avont. (Parthey, page ici, no 507-516).
Le même catalogue indique six têtes de satyres, sur une feuille, gravés par Conrard Lauwers, d'après Pierre van Avont (p. 108, n° 1227); h cerf mort, couché par terre, contre une terrasse, près de deux gros troncs d'arbres, gravé en 1646, par Wenceslas Hollar, d'après le même, (p. 151, n° 1630J ; la Madeleine sur la natte, gravé d'après notre maître, par Hollar, /. Meyssens exe, et aussi par Théodore-Jonas (et non Théodore-Jean) van Merlen, francmaître de la gilde de S' Luc, à Anvers, en 1631-1632 (p. 173, n° 1888) (i).
Le catalogue raisonné du cabinet d'estampes de M. Winckler, banquier et membre du sénat, à Leipzig, rédigé par Michel Huber et J.-G. Stimmel, mentionne au tome III, renfermant l'école des Pays-Bas, et publié en 1805, les estampes suivantes, exécutées d'après les dessins de notre maître et non indiquées ci-dessus : 1° le portrait de Georges von. Ettenhard, gravé par Hollar, réédité en 1648, et portant la marque : F. de Wit excud.; 2° la Vierge dans une gloire d'anges, la couronne en tête, le sceptre à la main. Elle est assise sur les nues, V Enfant Jésus debout sur wi de ses genoux. Les auteurs du catalogue croyaient que la gravure de cette pièce en petit in-folio et cintrée, était l'œuvre de (Théodore-Jonas ?)
(i) La première de ces Madeleines porte les inscriptions suivantes; Tet. van Avont inuen. et excud. Cuin privite^io. — IV. Hollar f. — /. Meyssciis exe. La seconde : Tetr. van Avont inmnit et excudit- Çum privilégia. — Theodor. Jon. van Merlen fecit.
van Merlen ; ^° la Madeleine sur les nues, transportée au ciel par deux anges. Pet. van Avant inv. et excud. Cum privilégia, petit in-folio cintré. Nous ferons remarquer que cette description est incomplète. Il y a dans le ciel une gloire de cinq têtes d'anges et au-dessous du groupe principal, deux anges et une tête de séraphin, qui montent dans les hauteurs. Notre exemplaire porte au crayon l'inscription suivante : Pei^it par P. Ruchalle. Nous croyons que l'auteur de cette note a entendu écrire : Gravé par P. Ruchalle. Nous verrons que cet artiste, qui fut reçu franc-maître de notre gilde de S' Luc, en 1641- 1642, a encore exécuté une autre planche, d'après van Avont ; 4" au haut des airs des anges transpartent la craix dans le ciel, et au bas, d'autres anges méditent sur les instruments de la Passian. C. Galle excud., petit in-folio cintré. Faute d'indication suffisante, nous ne saurions dire s'il s'agit ici de Corneille Galle, le vieux, ou du jeune ; 5° /tJ Christ mort couché à terre sur un linceul l, pleuré par deux anges. Petrus van ^vont inventar, petit in-folio, en travers ; 6° Qjiiatre pièces montées sur une feuille infolio, contenant les quatre parties du jour, représentées par autant de figures de jeunes femmes vues jusqu'aux genoux, dans le costume du temps de V^rûsit. Le matin, par l'aurore, une torche allumée à la main. Le midi, par Vénus avec l'Amour, tenant un cœur enflammé. Le soir, par Diane caressant un lévrier d'une main et tenant un dard de l'autre. La nuit, par Proserpine, tenant d'une main une corne d'abondance, de laquelle sort du feu, de l'autre, une fourche tridentée. Sans nom de maître. Quatre estampes d'un très beau burin. Petit in-folio. Huber et Stimmel attribuent toutes ces gravures à var; Avont.
Le catalogue de la collection Winckler indique les planches suivantes, gravées d'après ce maître et non mentionnées ci-dessus : i*' la Vierge assise sous un pommier, r Enfant sur son giron et un ange à genoux lui présentant une grappe de raisins. Gravé par Pierre Rucholle, grand in-4°, en travers ; 2° la Vierge assise entre deux hases de colonnes, ayant sur ses genoux l'Enfant qui pose une couronne de fleurs sur la tête du petit S^ Jean. Gravé in-folio, par Gilles Rucholle ; ■^° la Madeleine, après s'être dépouillée de ses riches bijoux, reçoit une discipline d'un ange et une croix d'un autre. Gravé en petit in-folio, par Pierre de Jode, Nous ne saurions, faute d'indication plus précise, dire s'il s'agit ici de Pierre de Jode, le vieux, ou du jeune ; 4° cinq enfants dont deux placés a droite, tiennent les mains croisées sur la poitrine. Gravé par Wenceslas Hollar, petit in-folio, en travers ; 5° quatre enfants conduisant une chèvre à travers la campagne. Gravé par Wenceslas Hollar, grand in-folio, en travers ; 6° douzes pièces numérotées, copies du '^adopœgnion, que M. Winckler ne possédait qu'en partie. La dernière numérotée 12, ve^résent^k tme jeune femme, en médaillon, dans un cadre que quatre enfants ornent de fleurs et de fruits. La gravure porte l'inscription : Tcedopcegnion sive puerorum ludentium schemata varia. Petr. van Avont Antverp. inventor. F. de Witte excud. Petit in-folio, en travers.
En comparant la description de ce n° 12 avec le titre publié par Wenceslas Hollar, on acquiert la conviction qu'il existe une différence assez notable dans la composition des deux planches.
7° Sur le devant, vers la droite, la Madeleine à genoux dans le désert, h coude appuyé sur une tête de mort, devant un crucifix posé sur un quartier de rocher. Au milieu, vers
la gauche, un groupe d'anges transporte la croix dans le ciel. Superbe fond de paysage. Gravé à l'eau-forte par Wenceslas Hollar. Cette estampe signalée par Huber et Stimmel comme l'œuvre capitale du peintre et du graveur, avait 21 pouces de largeur sur 14 de hauteur.
Le Blanc cite, outre les pièces énumérées précédemment, les suivantes, gravées par Hollar : 1° des anges portant les instruments de la Passion. Nous avons sous les yeux une planche du format petit in-folio et en travers, représentant des anges qui transportent la croix au ciel. Cette composition dont nous avons déjà parlé et qui nous paraît différente de la précédente, est signée : T. V. Avont in. — W: H: fe. QPetrus van Avant invenit. — Wenceslaus Hollar fecit) ; 2° Diane nue assise au pied d'un arbre et tenant une pique, près d'elle sont deux chiens. Pièce en hauteur; 3° ^bacchanales d'enfants, suite de 8 planches petit in-folio et énumérée probablement cidessus ; 4° le cerf couché. ln-/\.° en largeur ; 5*' des chiens. quatre planches petit in-folio, en largeur ; 6° vue du monastère de Groenendael, grand in-folio, en largeur.
Parthey signale deux vues de ce monastère, gravées d'après van Avont par Wenceslas Hollar, l'une en 1647, l'autre en 1649 et dédiées à Pierre van Parys, prieur de ce couvent.
Bryan cité par Kramm, mentionne comme l'œuvre de van Avont, les planches suivantes, non comprises dans les énumérations précédentes : 1° la 5"^^ Vierge, r Enfant Jésus, S^ Jean et 5"'^ Anne ; 2° Marie allaitant le divin Enfant, près de qui se trouvent 5' Jean-Baptiste et un ange; )° la 5'^ Vierge et l'Enfant Jésus sur des nuages, avec l'inscription : %egi7ta Cœli : 4° vingt-quatre planches représentant des enfants, dont chacun est accompagné d'un
ange; 5° deux bacchanales d'enfanis ; l'une a pour sujet ^acchus à qui on porte secours pour monter dans son char, l'autre, quatre enfants attelés à ce char. Signé : Tet. van lAvont inv. fecit et excud. Il est probable qu'une partie de ces planches sont des gravures d'après le maître.
Parthey signale les estampes suivantes exécutées par Hollar, d'après van Avont, et non indiquées ci-dessus : 1° la Dviadeleine agenouillée, et 2° une Vue du monastère de Rouge cloître (en flamand, %pod-ldooster'), datée de
Enfin le Catalogue Camberlyn attribue à van Avont quatre génies s'amusant à faire des bulles de savon, pièce en hauteur.
Nous sommes convaincus que la nomenclature qui précède, quoique assez nombreuse, est pourtant incomplète.
Il nous reste, pour terminer cette biographie, à indiquer l'année du décès de van Avont. Le paiement de sa dette mortuaire n'est pas renseigné dans les comptes de la gilde de S' Luc, et les registres d'enterrements de la paroisse de S' Jacques, que le maître habitait encore en 1650, ne nous apprennent rien de son service funèbre.
Nous savions seulement autrefois que l'artiste était décédé, à l'époque de la publication du Gulden Cabinet de Corneille de Bie. Cet ouvrage ayant été terminé, d'après le titre, en 1661, et van Avont y étant cité parmi les défunts (pp. 36, 100, 124), nous pouvions placer l'année de sa mort entre 1650 et 1661. Nous pouvions même la fixer, d'après les probabilités, entre 1654 et 1661, Wenceslas Hollar ayant, comme nous
l'avons vu, reproduit par la gravure, à la première de ces époques, un dessin du maître.
Un document important qui nous a été signalé par M. F.-Jos. van den Branden nous dispense heureusement de ces dates approximatives. C'est l'état de biens de van Avont, dressé après son décès et présenté à la chambre des pupilles d'Anvers, par Catherine t'Kint, veuve de Pierre van Avont. L'intitulé de cette pièce nous apprend que le maître est mort ah intestat, le i novembre 1652, dans sa maison, située au Luysbekelaer, à Deurne, près d'Anvers. Il fut enterré à Deurne même, et les frais de son enterrement et service funèbre s'élevèrent à 30 florins. Le peintre laissait pour héritiers Catherine t'Kint, sa veuve, Anne van Avont, sa fille du premier lit, majeure en juillet 1654, époque de la production de l'état, Pierre van Avont, son fils du même lit, religieux-profès au couvent des Guillelmites d'Alost, Dominique van Avont, âgé d'environ dix ans, Catherine van Avont, âgée de six ans, et Jean-François van Avont, âgé de trois ans et demi, ces trois derniers issus du second mariage de l'artiste.
Si celui-ci, comme nous l'avous vu, n'avait guère attendu longtemps pour convoler en secondes noces, sa veuve suivit son exemple, car l'acte que nous analysons nous apprend qu'elle était, au mois de juillet 1654, la femme d'un certain Adrien de Bie. C'est en vertu de son autorisation, qu'elle rendit compte de la mortuaire à Jean van Aldenhoven, le beau-frère par alliance de son premier mari, qui représentait Anne van Avont, bellefille de Catherine t'Kint, à Romain Coecke, prieur des Guillelmites d'Alost, et à frère Pierre van Avont, religieux-profès dudit couvent et frère germain d'Anne.
Les autres auditeurs du compte étaient le procureur Jacques Herreyns et le notaire Antoine de Pieters, tuteurs légaux de Dominique, Catherine et Jean-François van Avont, cnûmts du second lit.
La veuve déclara que, pendant six semaines, elle avait habité la maison mortuaire avec ses enfants, et que le peu d'argent comptant qu'elle y avait trouvé avait été dépensé pour leur entretien commun. Les meubles et effets dépendant de la succession, y compris l'argenterie, les tableaux et les gravures, à l'exception de quelques planches de cuivre, aliénées plus tard, avaient été vendus publiquement à Anvers, le 7 février 1653, au marché qui s'y tient les vendredis, et avaient rapporté la somme de 1375 florins 5 sous.
La maison de la rue de l'Empereur ayant été vendue par van Avont, en 1650, ne figure naturellement plus dans l'état de sa mortuaire. Les sept maisonnettes au Kauwenberg évaluées, en 1644, à 3000 florins, dont il fallait déduire 1600, du chef d'hypothèques dont elles étaient grevées à cette époque, y font également défaut. Un acte authentique du 17 février 1646 prouve que le maître en était alors seul propriétaire ; nous avons vu qu'il les avait aliénées, en 1645, moyennant 2812 florins, à son ancien élève François Wouters (i).
L'état énumère par contre une belle habitation d'agrément (Jmis van plaisaniie), nouvellement bâtie et comptant trois chambres au rez-de-chaussée, une cuisine, des caves, plusieurs chambres à l'étage et des greniers. Une ferme, des arbres en plein vent et des terrains mesurant avec la maison, environ 125 verges, composaient le
(i) Voyez la p. 191 ci-dessus.
domaine, qui était enclos d'un mur mitoyen. C'était là l'immeuble situé au Luysbekelaer, à Deurne, et mentionné par van Avont, dans sa requête de 1652, à la chambre des pupilles. Jean de Mont l'acquit, le 28 mars 1653, pour Catherine t'Kint, la veuve du maître, au prix de 5036 florins. La succession possédait, en outre, une pièce de terre située à Deurne, près du canal d'Hérenthals, d'une contenance d'environ un bonnier 28 verges, et une autre pièce d'à peu près 326 verges, sise également à Deurne, près dudit canal. Van Avont avait vendu ces biens, en 1652, à un nommé Engelbert de Bie ; mais un procès s'était élevé entre les parties, à cause du paiement du prix. Catherine t'Kint, à ce dûment autorisée, y avait mis fir, au moyen d'une transaction avec Elisabeth van Berchem, veuve et héritière universelle de l'acheteur, et versé dans la mortuaire la somme de 1840 florins 4 1/2 sous, que celle-ci avait promis de payer. Van Avont avait vendu aussi au gentilhomme Jean-David Scholiers, au prix de 1488 florins, une pièce de terre avec ses dépendances, de plus d'un bonnier, dont sa succession toucha un solde de 458 florins. Le graveur et éditeur d'estampes Gaspard Huybrechts, qui signait d'ordinaire Huberti, y versa 33 florins, prix de gravures dont il restait redevable au maître. Les autres débiteurs d'estampes étaient le prieur de Groenendael, près de Bruxelles, dont van Avont avait dessiné le monastère, qui fut gravé d'après lui, par Wenceslas Hollar, Jean Schuyfi et Conîeille Tielemans; le premier avait à débourser 75 florins^ le second 50 et le troisième 16 fl. et 6 sous.
L'état mentionne pour mémoire deux obligations, à charge de Corneille van Hensbcrch, à La Haye, montant
pour solde à 330 florins et considérées comme irrécouvrables. Parthey citant comme établi à Amsterdam, F. de Wit, éditeur d'une partie des gravures exécutées d'après les dessins de van Avont, nous signalons ce van Hensberch, pour prouver que le maître avait encore d'autres relations en Hollande.
Nous verrons plus loin que ce ne furent pas les seules.
Les deux derniers postes des recettes se composent, l'un de 306 florins 8 1/2 sous, que les tuteurs du Guillelmite Pierre van Avont avaient laissé bonifier à la succession de son père ; l'autre de 100 florins 13 sous, produit de la vente publique de quelques planches gravées sur cuivre. C'est ce qui fut constaté par le registre de vente signé par Julien Teniers, un des dix clercs-jurés du métier des fripiers-crieurs publics, et fils du peintre Julien et de Susanne Congnet. L'actif de la mortuaire s'élevait à 9280 florins 17 sous.
Nous voyons figurer parmi les postes du passif, un paiement de 16 sous, au messager des peintres ou de la gilde de S' Luc, pour sa tournée d'annonce de la vente des œuvres d'art provenant de van Avont. Nous y en remarquons un autre de 12 florins, touchés par un fermier de Ranst, près d'Anvers, pour trois mois de frais de nourriture de Marie-Thérèse van Avont, fille du second lit du maître, décédée, comme nous l'avons dit, le 18 août 1652,
Les suivants concernent les beaux-arts : un fabricant du nom de Gabron, mais dont l'état ne fait pas connaître le prénom, réclamait 40 florins à la succession pour livraison de panneaux au défunt. Isaac Wiltens, ébéniste à La Haye, exigeait 44 florins 14 sous, pour
fourniture de cadres de bois d'ébène. On sait que nos anciens maîtres n'en mettaient guère d'autres à leurs tableaux. Voilà, du reste, soit dit en passant, une nouvelle preuve des relations de l'artiste avec la Hollande. Le célèbre Adrien de Bie, peintre à Lierre, prétendait 14 florins, à charge de la mortuaire, pour la gravure de quelques planches exécutées pour le défunt, et la fourniture d'une tonne de bonne bière. Cet article est important, en ce qu'il nous apprend qu'Adrien de Bie a gravé, particularité inconnue jusqu'ici. Il ne faut pas, du reste, confondre ce maître, qui était, en 1654, le mari de Claire van Bortel, avec le second époux de Catherine t'Kint, quoique celui-ci se nommât exactement comme lui.
Gérard Vinckenboons, fabricant de pinceaux, réclamait 14 florins 5 sous. Van Avont était redevable de 1000 florins à un certain Robert Génie. Il était tenu, d'après une convention sous seing-privé^ du 5 septembre 1651, de payer un intérêt annuel de 6 pour cent de cette somme, pour sûreté de laquelle il avait remis à son créancier quelques tableaux et un certain nombre de planches sur cuivre. L'état nous fait connaître que Génie fut autorisé à vendre son gage à son profit, et qu'il rapporta une somme moindre que celle qui lui était due. Il lui fallut néanmoins s'en contenter, ainsi qu'il s'y était engagé.
Le passif nous apprend ailleurs, qu'outre l'hypothèque des 3327 florins 4 1/2 sous, revenant aux enfants du premier lit de van Avont et constituée le 2 mai 1651, la propriété du Luysbekelaer, à Deurne, en supportait une autre de 1200 florins, à 75 florins l'an, en faveur de Marie Sterlincx, veuve de Jean de Meyer. D'autres
biens avaient encore été assignés pour sûreté de cette dernière somme.
La mortuaire de van Avont remboursa à la veuve du peintre 4618 florins 13 sous, qui lui revenaient d'un tiers dans la succession de son père et de deux autres héritages. Ses hardes, linges et joyaux, qu'elle avait le droit de garder devers elle, étaient estimés valoir 388 florins 3 sous.
Van Avont n'avait qu'une domestique et fut assisté par une garde-malade. Les médicaments qui lui furent fournis par Adélaïde (en flamand ^dcla ou ,Jllitta) Marcquis, apothicaire, coûtèrent 44 florins. Cette pharmacienne, baptisée à S' Jacques d'Anvers, le 5 mars iéo6, était fille du docteur Lazare Marcquis, médecin de Pierre-Paul Rubens, et de Marie van den Broeck. Chose singulière, l'état ne dit mot du médecin de notre artiste.
Les lecteurs intelligents n'auront pas manqué de conclure de ce que nous avons raconté dans le cours de cette biographie, que van Avont se trouvait dans une position très em^barrassée. Le compte de sa mortuaire confirme tristement cette situation. Nous y lisons, en effet, que le maître avait engagé une partie de ses meubles au mont de piété, et qu'ils en furent retirés, après sa mort, contre remboursement de 34 florins 9 1/2 sous.
Le passif montait à la somme de 11,748 florins 9 3/4 sous. Déduit de l'actif, 9280 florins 17 sous, il restait un déficit de 2467 florins 12 3/4 sous.
Dans cet état de choses, les tuteurs des mineurs, du consentement de Messieurs les administrateurs de la chambre des pupilles, ainsi qu'Anne van Avont et son
frère Pierre répudièrent la succession du maître, par acte passé dans la susdite chambre, le 24 juillet 1654, signé A. Janssens.
Il nous peine de voir se terminer ainsi la vie d'un artiste de grand talent. Sa pénible position nous explique d'ailleurs pourquoi van Avont laissa parfois échapper de son pinceau des œuvres peu dignes de lui Le pauvre peintre travaillait, dans ces moments, à tenir tête aux nécessités de la vie. Les opérations immobilières et le goût de bâtir causèrent, croyons-nous, ses malheurs, car il s'en fallait, d'après l'état de sa mortuaire, que sa maison de Deurne fût intégralement payée.
Nous ignorons si notre peintre était parent d'Abraham van Avont, sculpteur à Bruxelles, admis comme francmaître en cette ville, le 23 avril 1621, de Pierre van Avont, étranger à la capitale des Pa3^s-Bas catholiques, apprenti chez le premier, le ir septembre 1622, reçu maître à Bruxelles, en 1625, et des autres van Avont, signalés par Alexandre Pinchart, dans ses tArchives des arts, sciences ei lettres, tome I, pages 36, 37 et40. (i)
Sources : Registres des paroisses de Malines, consultés par M. G.-J.-J. van Melckebeke. — Registres des paroisses d'Anvers. — Registres de la chambre pupillaire (JVeesmeesterskamer) d'Anvers, des années 1644, 1650, 1652 et 1654. — Protocoles du notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, de l'an 1644, i° xxv. — Ph. Rombouts et Théod. van Lerius, Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde de Saint Luc, à zAnvers, TA, pp. 586, 619, 662, T. II, pp. 103, 106 (P. van deCruys),pp. 39, 68 (F. Wouters), pp. 28, 29 (P. Wouters), pp. 44, 52-53, 58, 143, 175 et T. I, p. 553 (Alexandre Keerinckx).— M. Huber et J.-G. Stimmel, Catalogue cité de Winckler, T. III, pp. 19, 23. — G. Kramm, De
(i) Gette notice est datée des 21 décembre 1869 et 20 novembre
îevens en uierJcen der vlaanische en hollandsche kunstscbilders, en^., T. I, p. 36. — Ch. le Blanc, 3,ianuel de l'amateur d'estampes, T. II, pp. 373, 375, 378. — G. Vertue, xAdescription of the works of. . . . Wenceslaus Hollar. London, 1759, p. 115. — P. Terwesten, Catalogus of naavilyst van schilderyen, 's Gravenhage, 1770, pp. 94, 368. — GusTAV Parthey, Wen^l Hollar. — 'Beschreihendes Verieichniss seiner Kupferstiche, nos 179, 492, 507, 509-521, 522-525, 849, 850, 886. — Les autres sources sont indiquées dans le texte.
Un abrégé de la biographie qui précède a paru, en 1873, dans y Allgeineines Kûnstler-Lexîkon (T. 11,^^.4^^,481), publié par le docteur Jules Meyer. W. Schmidt l'a fait suivre d'une liste très intéressante des gravures exécutées par Pierre van Avont ou par d'autres, d'après cet artiste. Nous y renvoyons le lecteur.
Anvers, le 25 septembre 1874.
Henri VAN BALEN, le vieux
(en flamand Hendrik VAN BALEN, de oude)
(1573 ?-lé32).
Ir^l>)
ous avons dit dans le Catalogue du musée d'Anvers, publié en 1857, que d'après Topinion commune, Henri van Balen, le vieux, naquit à Anvers, en 1560, ou vers cette époque. Nous avons ajouté que , quelque singulière que nous parût cette date, comparée à celles de son admission à la francmaîtrise de S' Luc en i592-(i593), et de son mariage en 1605, nous n'avions rien trouvé qui vînt l'infirmer, après avoir compulsé les tables des registres baptismaux de toutes les paroisses de la ville d'Anvers, depuis le commencement de la tenue de ces actes jusqu'en 1571. Nous n'avons pas été plus heureux depuis, en parcourant, acte par acte, les plus anciens registres de baptêmes de S' Georges et de S' André, dont le premier commence en 1568 (nouveau style), et le second l'année précédente. Ces volumes attendent encore leurs index ; nous avons revu les plus anciens de ces églises et des autres, sans être plus heureux dans nos recherches. De façon que nous pouvons afiîrmer actuellement, avec plus d'assurance que jamais, que l'acte de baptême de Henri van Balen manque à nos registres paroissiaux. Nous avions transcrit aux archives de la ville d'An-
vers un acte de l'an 1603, concernant un Henri van Balen, fils de feu Guillaume, que nous soupçonnions fort être notre peintre, mais comme sa qualité n'y était pas mentionnée,, nous en étions réduit à des conjectures à cet égard. Heureusement un acte daté de 1582, et découvert par M. F.-Jos. van den Branden, archiviste adjoint d'Anvers , vint nous tirer d'embarras. Ce document est un acte de vente reçu par les échevins Jacques van Wachtendonck et Jacques Zuerius. Il mentionne l'aliénation faite par maître Jacques Hoeymaker, marchand de grains, et demoiselle Anne Reynierstock, sa femme, en faveur de Guillaume van Balen, marchand de matières grasses, c'est-à-dire d'huiles, de suif, de chandelles, etc. (vettewarier) , et de Mechtilde van Alten, son épouse, d'une maison avec jardin et dépendances, nommée S'^ Anne, située dans la rue des Béguines, qu'on appelait de Breestrate (rue large), entre la maison de Belle (la Clochette) d'une part, et celle de Henri van Diest, fripier, d'autre part (i).
Cette Mechtilde van Alten, dont un registre de baptêmes de S* Jacques orthographie le nom van Aelten, fut, en 16 10, marraine d'un des enfants de Henri van Balen, le vieux, et ce nouveau-né reçut le prénom de Guillaume, que portait le mari de celle qui le tint sur les fonts.
D'un autre côté, l'acte cité de 1603 concerne une rente acquise par Henri van Balen à charge de la maison achetée en 1582 par Guillaume, de sorte que nous soupçonnions fort que ce Guillaume, marchand de matières grasses {vettewarier), et Mechtilde van Alten étaient'
(i) Protocoles scabinaux, suh Moy et Neesen, vol. III, fol. }S verso.
bien les parents de notre Henri. S'il eût pu nous rester quelque doute à cet égard, il aurait été entièrement levé par l'acte de partage des biens de ces époux, dont M. F.-Jos. van den Branden nous donna communication.
Ce document, daté du 12 avril 1627, et dont nous reparlerons, mentionne les enfants de Guillaume van Balen et de Mechtilde van Alten, tous deux décédés à cette époque, et indique les époux de quatre de leurs filles.
En comparant les prénoms de ces personnes avec plusieurs de ceux des enfants de notre peintre, et en examinant la liste des parrains et marraines de ceux-ci, nous eûmes l'entière conviction que l'acte de 1627 nous mettait en présence de la famille du maître. On sait, en effet, qu'un usage généralement suivi à cette époque, et même bien plus tard^ était celui de donner aux enfants les saints patrons adoptés dans les familles de leurs parents.
Henri van Balen figure en tête du partage de 1627. Quoiqu'il fût, à cette époque, le seul représentant mâle de sa famille, nous sommes persuadés, en comparant les dates des actes de baptême et de réconciliation de ses sœurs survivantes, avec l'église catholique, après le rétablissement du culte romain, en 1585, que notre peintre était l'aîné des enfants de Guillaume van Balen et de Mechtilde van Alten.
Ceux-ci se marièrent dans l'église de S' Jacques, le 9 février 1572 (vieux style); ils eurent pour témoins Georges Baes et Herman Tops. Les registres de baptêmes de la paroisse citée ne présentent pas de lacunes à cette époque, et pourtant on n'y rencontre aucun nom d'enfant des nouveaux époux. D'un autre côté, le plus
ancien acte baptistaire de cette famille qui nous ait été conservé, est daté de 1577, et a été inscrit à S' Georges. Or, si le registre de cette paroisse est au complet en 1572, il y manque toutes les inscriptions opérées l'année suivante^ à partir du 18 février jusqu'au 15 décembre. L'an 1574 étant parvenu en entier jusqu'à nous et ne contenant aucun acte relatif à des enfants de Guillaume van Balen, nous sommes persuadé que son fils Henri vint au monde en 1573, eu égard à sa réception à la maîtrise de notre gilde de S' Luc en 1592- 1593. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est l'expression de vieillesse qu'accuse le portrait de notre peintre, gravé par Paul Pontius, d'après Antoine van Dyck. Et pourtant, dans notre hypothèse, Henri van Balen ne serait pas même mort sexagénaire ! (i)
(]) Ceci était écrit, lorsque M. F, Joseph van den Branden, archiviste adjoint de la ville d'Anvers, publia, en 1877, un acte notarié dont il a avait fait la découverte et qui est daté du 28 août 161 8. Henri van Balen, le vieux, y figure et s'y dit âgé de 43 ans : il serait né par conséquent en 1575. Pierre-Paul Rubens y est mentionné également et s'y dit avoir 47 ans, ce qui nous indique 1577, comme date de naissance. Jean Breughcl, de velours^ y comparaît aussi et y accuse environ 48 ans, ce qui reporterait sa naissance vers 1570. Cette date est évidemment erronée, puisque les deux inscriptions funéraires qui existaient de lui dans l'ancienne église de St Georges, à Anvers, le disent âgé de 57 ans, en 1625, époque de son décès, ce qui renseigne sa naissance à 1568, ou même à 1567, s'il faut s'en tenir à sa lettre du 10 juin 161 1, adressée à Hercule Bianchi et publiée en 1868, à Milan, par M. Jean Crivelli, à la page 184-18) de son ouvrage intitulé : Giovavi Urueghel, pitior jîatiniiingo, etc. Le peintre dit, en effet dans cette lettre, qu'il a accompli sa 43e année.
Sans contester l'âge indiqué par Henri van Balen, le vieux, nous concluons de ce qui précède que la date de 157) pourrait bien être tenue comme inexacte, les artistes ne sachant pas toujours très exactement leur âge, ainsi que cela nous a été démontré plus d'une fois, même par des actes authentiques Anvers, 16 juillet 1877.
Sa sœur Anne, nommée la première après lui, dans l'acte de 1627, fut baptisée à S* Georges, le 30 avril 1577. Elle fut tenue sur les fonts par Herman sBorck, Robert Joris et Anne Bols, qui lui donna son prénom. Anne van Balen épousa, d'après le document de 1627, Jacques van Eeckhout. Sa sœur Claire fut tenue, le 10 août 1578, sur les fonts de S' Georges, par Guillaume Marisse et Claire Marmens. Les cinq enfants qui la suivirent, furent réconciliés à S' Jacques avec l'église catholique, le 14 août 1589, d'^où résulte que leur père, au moins, avait adhéré à l'une ou l'autre secte protestante. Ils se nommaient Josine, qui devint la femme de Gabriel van der Swalem (i), Catherine, qui eut pour mari Jacques vanden Cruyce, Gertrude, qui donna sa main à Michel vander Eertbrugghen (2), Guillaume, mort
(i) Gabriel van der Swalem épousa Josine van Balen, dans l'église St Jacques, le 26 novembre 1617, avec dispense d'un ban, et en présence de Gérard de Swerte et de Michel van der Eertbrugghen, mari de Gertrude van Balen, sœur de Josine. Le nom de l'époux de cette dernière est orthographié van der Swalmen, dans l'acte qui fut dressé en cette circonstance.
(2) Le mariage de Michel van der Eertbrugghen et de Gertrude van Balen fut célébré à S^ Jacques, le 21 novembre 1609, en présenée de Corneille vander Eertbrugghen et du Signor Jean Gomez Cano. Les époux eurent, entre autres enfants, un fils nommé Henri, qui fut tenu sur les fonts de ladite égHse, le 25 novembre 16 17, par son oncle Henri van Balen, le vieux, et dame Anne de Visschere. Des lettres échevinales du 25 juin 1627 nous apprennent que Michel vander Eertbrugghen, qui fut capitaine de la garde bourgeoise, était tailleur et qu'il possédait dans la longue rue Neuve, une maison nommée Saint Mai tin, avoisinant l'ancien cimetière de S' Jacques. Vander Eertbrugghen, qui était sans doute aussi marchand de draps, avait acquis le 25 août 161 8, avec sa femme, cette propriété, qui appartenait au célèbre peintre Jean Brueghel, de Velours. Le maître la leur avait cédée moyennant une rente annuelle de 72 florins et 10 sous.
antérieurement au 12 avril 1627, et Mechtilde, décédée également avant cette époque. Michel Jansscns fut témoin de leur réconciliation. Le nom de Henri van Balen ne figurant pas dans cet acte, il en résulte que le maître avait reçu le baptême des mains d'un prêtre catholique. Elisabeth , l'avant-dernière des enfants de Guillaume van Balen et de Mechtilde van Alten, fut tenue sur les fonts baptismaux de S' Georges,, le 22 octobre 1589, par Jean van der Heyden et Jeannette de la Fonteyn. Elle était célibataire, à la date du 12 avril 1627, ainsi que sa sœur Jeanne, dont nous n'avons pas trouvé l'acte de baptême.
Van Mander nous apprend à la page 295 verso de l'édition originale de son Schildcr-Bocch, qui fut publiée à Haarlem, en 1604, que Henri van Balen, le vieux, eut pour maître Adam van Noort (r). La mention de la réception de l'artiste, en qualité d'apprenti, fait, comme plusieurs autres, défaut aux Ligqeren de la corporation anversoise de S' Luc. Il faut d'autant plus se féliciter que le biographe cité nous ait transmis le nom de l'excellent peintre qui ouvrit cà notre Henri la carrière des beauxarts. L'élève ne suivit, du reste, guère la seconde manière de son maître, si brillamment représentée dans notre église de S' Jacques, par le chef-d'œuvre qui a
(i) Après avoir cité avec éloge le paysagiste aiiversois TobieVerhaecht ou plutôt van Haecht, van Mander poursuit ainsi : Adam van Oort (lisez van Noort) die oock fraey van figueren is. S'ghelijcx Heyndrick van Balen en Sebastiaen Vranckx (lisez : Vrancx), gheleert hebbende by Adam van Oort, en is nu oudt outrent 31 jaren, etc. Van Mander, op. cit., p, 295 verso. Dans l'édition de Jacques de Jongh, publiée à Amsterdam, en 1764, le texte primitif a été tronqué dételle façon que Sébastien Vrancx y est seul renseigné comme élève d'Adam van Noort. Voyez l'ouvrage cité, T. II, p. 178.
pour sujet : S^ Pierre présentant au Sauveur à Capharnaum le poisson qui contient la pièce d'argent du tribut.
Henri van Balen, le vieux, fut admis dans sa ville natale à la franc-maîtrise de la gilde de S' Luc, en 1592- 1593, comme nous l'avons dit plus haut. Il se rendit ensuite en Italie, où il conserva des relations. Cela résulte de plusieurs lettres de Jean Brueghel, de Velours, adressées à Hercule Blanchi, à Milan, en 16 14, 1616, 1618, 1622 et 1624 (i). Il visita Rome, pendant son voyage, comme le prouve sa réception dans la gilde des Romanistes, à Anvers, dont il fut doyen en 16 13. Son ami Pierre-Paul Rubens fut désigné, le i juillet de cette année-là, pour lui succéder.
Van Balen résidait en 1602- 1603, dans la cité qui lui donna le jour, puisqu'il admit, à cette époque, quatre élèves dans son atelier. Ils se nommaient Josse Thys, Henri et Nicolas van Erp et Simon de Man. Le premier fut reçu franc-maître, en 1 607-1 608, et Nicolas van Erp, en 1606-1607. Celui-ci était le frère de Henri, dont les Liggeren ne mentionnent pas l'inscription, en qualité de franc-maître, non plus que celle de Simon de Man. Un acte authentique du 27 mai 1623, que nous avons sous les yeux, nous prouve la parenté de Nicolas et de Henri van Erp, qui était encore en vie à cette époque, mais dont la profession n'y est pas relatée. Il résulte de ce document que le Henri van Erp, mentionné à la note i de la page 420 du tome I des Liggeren, publiés par M. Ph. Rombouts et par nous, n'est pas l'élève de van Balen, puisque ce Henri y est indiqué
(i) Giov. Crivelli. Giovanni Bniiçhel, pittor Jîamuuu^ço, 0 sue lettere e quadretti esisteuti pressa VAmlvosiana. Mikno, MDCCCLXVIII, pp. 220, 224, 251, 283, 329.
comme ayant cessé de vivre antérieurement au 3 mai
Si le célèbre peintre Gérard Zegers devint l'apprenti de notre maître, ce fut en 1 603-1 604, date indiquée par les Uggeren, qui ne mentionnent que le premier des deux artistes. Mais le fait de l'apprentissage de Gérard Zegers chez van Balen n'est rien moins que prouvé.
Henri van Balen, le vieux, épousa, à S' Jacques, le II septembre 1605, Marguerite Briers, dont le nom est parfois écrit de Brier. Ils eurent pour témoins Gaspard Briers, probablement le père, sinon le frère de la mariée, et maître Jean de Pape, greffier de la ville d'Anvers.
La jeune femme de van Balen était fille de Gaspard Briers, qui remplit l'office d'écoutête des seigneuries d'Eeckeren et de Berchem, et de Jeanne van der Ryt; celle-ci survivait à son mari à la date du 4 mai 1633 (i).
Nous avons découvert les enfants suivants de ces époux : 1° Gaspard, baptisé à S' Jacques, le 29 juin 1576 ; il fut tenu sur les fonts par Gérard de Rasier, orfèvre et ciseleur de mérite, franc-maître de notre confrérie de S' Luc, en 1 561-1562, et par Christine (Stynken) van den Queboom. Il est probable que celle-ci se nommait van den Queborn et qu'elle appartenait à la famille des peintres de ce nom. 2° Balthazar, baptisé dans la même église, le 25 novembre 1577; il eut pour parrain Gérard van der Lamen, l'aïeul de Christophe-
(i) Un poste du compte de la cathédrale de la Noël 1605 à la Noël 1606, nous apprend que Gaspard Briers, le vieux, fut enterré dans l'église de l'abbaye de S^ Sauveur, dite de Pierre Pot ; ce poste est daté du 19 janvier 1606. On célébra pour le repos de son âme un service de première classe.
Jacques van der Lamen, peintre de grand mérite, et pour marraine, Elisabeth van Napelteren. 3° Gérard, réconcilié, à S'^ Walburge, avec l'église catholique, le i août 1589, en présence de Gisbert Leyten et d'Hélène (Heylken) Adriaenssen.
Cette réconcihation prouve qu'au moins le père de Gérard avait momentanément abandonné la foi catho- Hque. Nous ne pouvons, du reste, indiquer l'époque exacte de la naissance de cet enfant, non plus que celle de son frère Philippe, qui fut capitaine d'une compagnie ordinaire, au service de Sa Majesté Catholique et qui était, comme lui, l'aîné de Marguerite Briers, ainsi que cela résulte d'un acte du 14 mai 1633, qui nous a été communiqué par M. F.-Jos. van den Branden ; il épousa Elisabeth van Dyck, dont la filiation nous est inconnue.
Gérard Briers fut écoutète de la seigneurie d'Eeckeren, comme son père (i). Quant à sa sœur Marguerite, elle fut tenue sur les fonts de S^ Jacques, le 28 février 1589, par le Signor Grégoire del Piano et Demoiselle Gasparine Moens, dont les noms rappellent des familles distinguées de notre ville. La jeune fille était donc entrée dans sa dix-septième année, lorsqu'elle donna sa main à Henri van Balen, qui en comptait environ trente-deux, à cette époque.
Marguerite Briers donna à son mari onze enfimts, quj furent tous baptisés à S* Jacques : 1° Gaspard, le 20
(i) Gérard Briers épousa, le 29 juillet 1614, dans l'église de St André, Anne de Pape, fille de Jean, ancien échevin distingué de cette ville, et de Hubertine Baert. Leur mariage, qui eut pour témoins Henri van Balen, le vieux, beau-frère de Gérard Briers, et Jacques de Pape, frère d'Anne, fut célébré avec dispense du troisième degré de consanguinité et de tous les bans.
juin 1606 ; parrain, Guillaume Boeckaert, marraine, Jeanne Briers, ou plutôt Jeanne van der Ryt, veuve de Gaspard Briers, et aïeule maternelle du nouveau-né. Nous avons lieu de croire qu'il mourut en bas âge.
2° Madeleine, le 29 septembre 1607 ; elle eut pour répondants devant l'église, le célèbre peintre Jean Brueghel, de Velours, et Marie Gysbrechts. La petite fille décéda en 16 14 et fut enterrée à S' Jacques le 5 septembre de cette année-là. Le 5 juin précédent un autre enfant de Henri van Balen et de Marguerite Briers, probablement Gaspard, leur aîné, avait été inhumé dans la même église.
3° Guillaume, le ro juin 1609 ; parrain Corneille Schut, marraine, Mechtilde van Alten, veuve de Guillaume van Balen et aïeule paternelle de l'enfant. Ce Corneille Schut fut reçu, en 1611-1612, franc-maître de la gilde anversoise de S* Luc ; il exerçait la profession de pâtissier Çpasteibakker) qu'il ne faut pas confondre avec celle de confiseur (hanketbakker) . Les premiers débitaient des pâtés de gibier et de viande, tandis que les seconds fabriquaient des gâteaux et d'autre dessert.
Notre Corneille avait voyagé en Italie et avait séjourné dans la capitale de la Chrétienté. Aussi fut-il reçu, en 1599, dans la gilde des Romanistes d'Anvers, et en fut-il doyen en 16 10. Nous le trouvons en 1 621-1622, au nombre des amateurs de la chambre de rhétorique de la Giroflée (Violiere), qui faisait partie de la corporation de S' Luc. Nous en parlerons encore dans le cours de cette biographie.
4° Jean van Balen, tenu sur les fonts, le 21 juillet 161 1, par le Signor Jean Coomans, ou plutôt Coymans, et Madeleine van Passel, (et non van Postel, comme
nous l'avons dit par erreur dans le Catalogue du musée d'^Anvers, publié en 1857). Jean Coymans était amateur et marchand de tableaux et fut admis, en cette qualité, comme franc-maître de la gilde de S' Luc, en 1607- 1608. Son tilleul Jean van Balen s'est fait un nom dans la peinture, que lui enseigna son père : nous lui consacrerons une biographie spéciale.
5° Pierre, le 11 avril 1613 ; parrain, Pierre Brasseur, amateur des beaux-arts ; marraine, Catherine van Marienberg, la seconde femme de Jean Brueghel, de Velours.
6° Gaspard, le deuxième enfant de ce nom, tenu le 12 mai 161 5, par le Signor Jean van Waerbeke, notaire, et Catherine Moerentorf, fille de Jean Moerentorf ou Moretus et de Martine Plantin, et femme de Théodore Galle, graveur de mérite (i).
Gaspard van Balen devint peintre comme son père ; nous dirons ailleurs ce que nous avons pu apprendre de lui.
7° Marie, le 8 mars 16 18 ; parrain, le Signor Pierre- Paul Rubens; marraine, Marie de Sweert. Elle épousa à S* Jacques, le 24 juillet 1635, Théodore van Thulden, un des principaux élèves de son illustre répondant de baptême. Le futur eut pour témoin Jean de la Barre, peintre sur verre et graveur à l'eau-forte de beaucoup de mérite, natif de Bois-le-duc, comme van Thulden. La jeune fille, qui venait d'entrer dans sa dix-huitième année, fut assistée par son oncle maternel, le capitaine Philippe Briers.
8° Henri van Balen, le jeune, le 17 mars 1620;
(i) J.-B. VAN DER Straelen. Gesïagt-Iyste der nakomeUiigen van den vermaerden Chrisloffel Tlanlin, blz. 15-19.
parrain, son oncle maternel, le Signor Gérard Briers ; marraine, Elisabeth CoUaert. Il étudia la peinture et fut reçu, en qualité de fils de maître, dans notre gilde de S' Luc, en 1631-1632 (i). Henri van Balen, le jeune, était décédé avant le 4 novembre 1638, ainsi que cela resuite de l'inventaire authentique de la mortuaire de sa mère. Sa réception à la maîtrise de la corporation des peintres, à l'âge de 11 à 12 ans, n'a rien qui doive nous étonner, puisqu'il existe d'autres exemples de ces admissions précoces, relatifs à des fils d'artistes, inscrits dans la confrérie.
9° Henri van Balen, le troisième, le 16 janvier 1623; parrain, le Signor Pierre Wouters, marraine, Anne- Marie Gores. Il fut peintre comme son père, et comme nous avons rencontré quelques renseignements qui le concernent, nous lui consacrerons une notice spéciale.
10° Jeanne van Balen, le 30 janvier 1626 ; parrain, le Signor Michel van der Eertbrugghen, mari de Gertrude van Balen, oncle paternel de l'enfant ; marraine. Mademoiselle Elisabeth van Dyck, femme de PhiUppe Briers, oncle maternel de la petite Jeanne.
11° Marguerite van Balen, le 9 octobre 1628 ; parrain, le Signor Jacques van den Cruyce, qui avait épousé Catherine van Balen, tante de l'enfant; marraine, Josine van Balen, sœur de Catherine (2).
Vers l'époque de la conclusion de son mariage, c'est-
(i) Les Liqgeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, transcrits et annotés par Ph. Rombouts et Th. van Lerius, avocat, T. II, pp. 23 et 30.
(2) M. Pierre Génard a public une partie des renseignements qui précèdent dans son Luisler der St Lucasgilde, pp. i et 2. Nous avons revu, complété et annoté les actes qu'il cite.
à-dire en 1605-1606, Henri van Balen ouvrit son atelier à Antoine Adriaenssen, qui fut reçu franc-maître en 1614-1615, et à Jean van Saligen, dont les Liggeren ou registres d'inscriptions ne mentionnent pas l'admission en cette dernière qualité. François van Lippeloo commença son apprentissage chez van Balen, en 1 606-1 607, et se trouve annoté comme franc-maître en 1616-1617. Il résulte des recherches de M. le chevalier Léon de Burbure, que par acte collégial des bourgmestre et échevins d'Anvers, du 25 septembre 1608, Henri van Balen fut désigné comme doyen de la gilde de S' Luc. C'était là un grand hommage que le magistrat rendait au mérite du peintre, car les chefs de la corporation, à cette époque, étaient tous des artistes distingués. Van Balen remplit les fonctions de sous-doyen, en 1608- 1609, le célèbre graveur Pierre de Jode étant premier doyen. Notre maître lui succéda en cette qualité, en 1609-1610^ assisté comme doyen en second de Théodore Galle, graveur distingué.
Il ouvrit, à cette dernière époque, son atelier à divers élèves. Les Liggeren citent Henri Ingelants, admis comme maître en la même année 1609-16 10, Guillaume Neeffs qui reçut ce grade, en 1 622-1 623, Ferdinand Schuermans, qui l'obtint en 1616-1617, François Denteer, qui ne l'acquit jamais, Jean van Drieschere, qui en fut doté en 1620-1621. Aucun des élèves de Henri van Balen, le vieux, que nous avons passés en revue jusqu'ici, n'a laissé de traces dans l'histoire de l'école flamande. Celle-ci a-t-elle été juste envers eux? Il serait également téméraire de l'affirmer ou de le nier. N'oublions pas, en effet, d'un côté, que plus d'un nom inconnu autrefois, a] été réhabilité à notre époque. Et
sachons, de l'autre, que bon nombre de marchands de tableaux ont l'habitude d'enlever ou de faire enlever des peintures, même distinguées, qui tombent entre leurs mains, toutes les signatures d'artistes qui leur sont inconnues.
Quoi qu'il en soit, van Balen eut pour apprenti, en 1609-16 10, un des plus grands peintres de l'école flamande, le fameux Antoine van Dyck. Ce phénix de l'art alla, comme on sait, se placer plus tard sous la discipline de Pierre-Paul Rubens et fut inscrit comme franc-maître, en 16 17-16 18.
La gilde de S' Luc ayant trouvé bon de se défaire d'une partie de sa vaisselle, van Balen lui acheta^ en 1611-1612, des assiettes et des plats d'étain, qui furent livrés au poids. L'artiste en acquit vingt-deux livres et demie, à raison de 10 sous la livre, soit pour un total de II florins 5 sous. Nous verrons plus loin que la maison du maître était bien garnie de meubles de toute espèce.
Van Balen, comme nous l'avons dit, rempHt en 16 13 les fonctions de doyen de la gilde des Romanistes (i).
(i) La gilde des Romanistes, composée de personnes qui avaient visité la capitale de la Catholicité, fut érigée à Anvers en 1572. Elle était placée sous l'invocation des saints apôtres Pierre et Paul, et faisait célébrer ses offices dans l'église cathédrale, en 1575. Ils eurent lieu au chœur jusqu'en 1589, époque à laquelle ils furent exonérés dans la chapelle du Saint Sacrement. Ils avaient été suspendus dès 1579, par suite des troubles qui agitaient notre ville, de la persécution du culte catholique par les prétendus réformés et du départ du plus grand nombre des confrères. Après une interruption de trentetrois ans, c'est-à-dire de 1682 à 171 5, ces services furent repris en l'église S* Georges, le 29 juin 1716. Ce jour-là on y fit l'exaltation solennelle des reliques des SS. Pierre et Paul, que la gilde venait de recevoir de Rome. Cette association pieuse cessa d'exister en 1786,
Le maître assista, le 29 juillet 16 14, en qualité de témoin, au mariage de son beau-frère Gérard Briers qui épousa, dans l'église de S' André, Anne de Pape. Celleci appartenait à une famille distinguée de notre ville et était assistée de son frère Jacques de Pape. Elle était parente de Briers au troisième degré de consanguinité canonique, dont ils obtinrent dispense.
Van Balen ouvrit, en 1614-1615, son atelier à Hercule Vausseur, dont la réception à la maîtrise n'est pas mentionnée. Son professeur est qualifié dans le compte de la gilde de 16 16-16 17, d'ancien {oudermarî) de la corporation. Il fit don, à cette époque, d'une somme de 6 florins, pour tirer de prison Abraham Grapheus, fils d'Abraham, le messager (knaep) de la confrérie.
Lors de la tournée qui se fit le 19 septembre 16 16, pour la collecte de la contribution annuelle de la gilde, l'ancien van Balen reçut amicalement à sa table ses confrères de l'administration de la corporation. Cette invitation leur plut tellement, que le doyen Jean Moerentorf ou Moretus, la mentionna dans son compte, à propos d'une dépense de 8 florins faite le soir de ce jour-là, par le serment de service, à l'auberge du Rubis (den Robyn) (i).
par suite de l'édit de suppression des confréries porté par l'empereur Joseph II, le 18 avril de cette année-là. Elle comptait 17 membres en 1783. Son dernier consul Pierre-André Sledde remit, le i juillet 1794, les archives de cette corporation, aux marguilliers de S' Georges, qui les conservent encore.
La gilde des Romanistes se recruta constamment parmi les personnes les plus distinguées de notre ville. Plusieurs artistes célèbres en firent partie. Ses chefs portèrent originairement le titre de doyens. A partir de 1633, cette dénomination fut employée conjointement avec celle de consul, qui finit par prévaloir.
(i) « Den 19 7berj in 't omgaen van hetkeersgelt des noenens tôt
Notons ici, en passant, que notre maître était encore au nombre des anciens de la gilde, du i8 septembre 1619 au 18 septembre 1620, d'après les comptes de la confrérie.
Henri van Balen, le vieux, fit avec sa femme un testament réciproque et mystique, qui fut déposé le 3 février 1617 parmi les minutes du notaire Jean van Waerbeke, d'Anvers. Malheureusement cet acte manque à la collection si riche de documents de ce genre conservés aux archives de notre ville. Nous rappellerons ici que Jean van Waerbeke avait été, en 16 15, le parrain de Gaspard van Balen, le second enfant de ce nom, qui était né à notre maître.
Celui-ci reçut, le 4 août 1617, deux nouveaux élèves, Melchior Gommers, dont l'admission à la maîtrise n'est pas mentionnée, et Jean van Woelput, qui l'obtint en 1620-1621.
Van Balen fit don, en 1619, à la chambre de rhétorique de la Giroûée (Fiolierc), unie à la gilde de S' Luc, d'un habit de satin noir relevé d'argent et destiné aux représentations théâtrales de la corporation (i).
Trois élèves demandèrent l'entrée à son atelier, en 1620-1621 : André de Licht, qui passa maître en 1628- 1629, Melchior Wouters, qui obtint ce grade, en 1627- 1628, et Jean-Baptiste Goyvaerts, à qui il paraît n'avoir jamais été accordé. André de Licht, le premier de ces trois apprentis, fut doyen de la gilde, en 1634-1635.
den ouderman Hendrick van Balen ut vrientschap onthaeit, des avonts in den Robyn acht guldens met den dienenden eedt vcrteert... 8. — » Rekening van St Lucas gilde van 19 y^er 1616-19 y^er 1617. (i) J.-B. VAN DER Straelen. GescUedenis der Antiverpschc Rcdcrykkatner de Violiere of Fiolettebloem, blz. 62.
Quoique cet artiste soit inconnu actuellement, le fait seul de son élévation à la tête de la confrérie, prouve que c'était un peintre de mérite.
Son maître tint, le 8 janvier 1621, sur les fonts baptismaux de S'-^ Walburge, Gaspard Briers, fils de son beau-frère Philippe et d'Elisabeth van Dyck. Jeanne van der Ryt, sa belle-mère, fut marraine de l'enfant.
Henri van Balen fit don, le 18 avril 1621, à l'égHse de S' Jacques, d'une somme de 50 florins, aumône fort considérable pour l'époque et qui était destinée à l'avancement de la bâtisse de ce bel édifice religieux.
Les anciens doyens de S' Luc ayant résolu de contribuer extraordinairement aux frais annuels de la gilde, van Balen versa de ce chef, en 1 621- 1622, une somme de six florins. Il en avait donné autant, en 16 12-16 13, d'après une ancienne coutume, lors de la reddition du compte de son décanat. Il est très probable que ces derniers six florins auront servi à régaler les auditeurs de ce compte.
Notre peintre fit placer, en 1622, dans la balustrade de bois qui servait de clôture aux fonts baptismaux de l'église S' Jacques, une colonnette de cuivre, ornée des armoiries de S' Luc.
Plus bas se Hsaient ces mots :
Balen
Des marguilliers trop enclins à se rendre aux avis du Sieur Jean Kaulman, professeur d'architecture à l'Académie d'Anvers et grand amateur de démolitions, firent
disparaître la balustrade avec ses ornements, dans les premières années du XIX^ siècle.
Jean Brueghel, de Velours, mourut à Anvers, le 13 janvier 1625. Ce célèbre artiste qui était lié d'amitié avec van Balen, avait testé le 4 janvier de ladite année, devant le notaire Jean van Waerbeke (i). Il avait institué en qualité quatre tuteurs à ses enfants mineurs, Catherine, Anne, Ambroise et Claire-Eugénie, issus de son mariage avec Catherine van Marienberghe ou van Marienburg (car le nom est orthographié diversement). C'étaient Paul van Halmale, qui remplit les fonctions de trésorier et d'échevin d'Anvers, Pierre-Paul Rubens, Corneille Schut, le pâtissier, qui avait été parrain, en 1609, de Guillaume van Balen, et Henri van Balen, le père de cet enfant. Notre peintre accepta cette charge, ainsi que ses collègues, et en était encore revêtu à l'époque de son décès.
François van der Eertbruggen fut reçu élève de notre maître, en 1625-1626. Il appartenait très probablement à la famille de Michel van der Eertbruggen, mari de Gertrude van Balen, sœur du peintre, et passa maître en 1633-1634. Deux autres apprentis, admis en même temps que lui chez notre artiste, Abraham Kols et Octave Lamens, n'ont jamais été inscrits en une autre qualité dans les registres de la gilde de S' Luc.
Van Balen fit orner, en 1627, la balustrade de marbre placée à l'entrée de la chapelle de S' Antoine l'ermite, à S' Jacques, d'une colonnette de cuivre, sur laquelle il
(i) Les minutes reçues par cet officier ministériel, dans le courant du mois de janvier 1625, manquent à la collection de l'hôtel-deville.
fit inscrire son nom et le millésime que nous venons d'indiquer (i). Cette colonnette existe encore. Elle est ornée des emblèmes de la chambre de rhétorique la Giroflée (yioliere), des armoiries de la gilde de S' Luc et des attributs des beaux-arts. Nous en donnons ici la gravure.
Mechtilde van Alten, veuve de Guillaume van Balen et mère de notre peintre, décéda en 1627, antérieurement au 12 avril. Le journal de l'église S' Jacques renseigne au 23 mai de ladite année un paiement de 6 florins fait par l'artiste, pour la sonnerie ordinaire qui avait eu lieu le soir de la veille de l'enterrement, et un
(i) Michel van der Eertbruggen, beau-frère de Henri van Balen. le vieux, fit placer, dans la même balustrade, une colonnette de cuivre, sur laquelle sont gravés l'image du patron du donateur, son nom et la date de 1627.
autre de la même somme, pour la tenture du chœur, lors de la cérémonie funèbre.
Van Balen reçut deux nouveaux élèves en 1627-1628: Jean-Baptiste Boschi ou Boscho, admis comme francmaître en 1636-1637, et Henri Blom, qui reçut ce grade, en 1 641- 1642.
Notre artiste fut témoin, à S' Jacques, le 5 décembre 1628, du mariage d'Isaac Wiericx et d'Agnès Herrewyn. Il eut pour co-témoin son illustre ami Pierre-Paul Rubens. C'est ce qui résulte des recherches de M. le chevalier Léon de Burbure.
Les derniers élèves de van Balen mentionnés dans les archives de la corporation de S' Luc, furent en 1628-1629, Charles Caudri, franc-maître en 1634-1635, Antoine van Lemens, qui ne paraît pas avoir jamais reçu ce titre, et, en 1631-1632, Martin Mandekens, qui l'obtint en 163 3-1 634.
Un élève non inscrit dans les Liggeren est le fils de Henri van Paesschen. D'après l'état authentique de la mortuaire de Marguerite Briers, veuve de Henri van Balen, van Paesschen était resté redevable à celui-ci de la somme assez ronde à cette époque, de 120 florins, pour frais d'apprentissage de son fils Adrien. Ce Henri van Paesschen exerçait la profession d'orfèvre et avait été reçu franc-maître de la gilde de S' Luc, en 1595- 1596. Il est probable que sa fortune n'était pas bien brillante, car sa femme étant décédée en 1624, la dette mortuaire de celle-ci ne fut pas payée à la gilde. D'un autre côté, parmi les créances désespérées de Henri van Balen figurait un total de 1057 florins dus par Henri van Paesschen, outre les 120 déjà mentionnés. Son fils
ét.iit resté en outre redevable d'une somme de 24 florins à son ancien professeur.
Il résulte de ce qui précède, qu'outre l'honneur que les apprentis pouvaient faire à leurs maîtres, leur réception était encore pour ceux-ci une source de revenus. C'est ce que confirme un contrat du rS mai 1623, reçu à Anvers, par le notaire Henri van Cantelbeeck, le vieux. Cet acte concerne le peintre Pierre Tassaert, le vieux, fils de Guillaume et d'Ide Schacp, tous deux défunts à cette époque. Le jeune homme, qui fut reçu à la franchise de S' Luc, en 163 4-1 63 5, fut confié par ses tuteurs Jean Becanus et Thierry van Boom à maître Luc Floquet, peintre dont le nom n'est pas inconnu. Celui-ci s'engagea à loger Pierre Tassaert dans sa demeure, à lui apprendre son art, pendant six années consécutives, commencées à la mi-mars 1623, et à le nourrir dans l'intervalle. En outre^ Floquet était tenu, à partir de la troisième année, à fournir à son élève le linge et les habits convenables à son état. Par contre, les tuteurs de l'orphelin devaient avancer à son maître la somme de 32 florins 8 sous. Mais ayant remis à Floquet 100 florins, dont l'intérêt à raison du denier seize, s'élevait à 25 florins 4 sous, pendant les six ans, ils le lui abandonnèrent et lui permirent, en outre, de déduire du capital, au moment du remboursement, les 7 florins 4 sous, qui devaient parfaire les 32 florins 8 sous, dont ils étaient redevables. Enfin ils s'engagèrent à procurer à leur pupille un bois de lit avec ses accessoires et deux couvertures de laine. Moyennant ces conditions, Luc Floquet s'engagea à se comporter en bon maître à l'égard de son élève et à lui apprendre et enseigner tout ce qu'il pourrait.
L'acte que nous venons d'analyser ne concerne sans doute aucunement Henri van Balen, le vieux. Nous n'en avons pas moins cru devoir le citer ici, parce qu'il est contemporain de ce maître et qu'il jette du jour sur les mœurs artistiques de son époque.
Il n'est pas probable, du reste, que van Balen se soit jamais engagé à loger et entretenir chez lui l'un ou l'autre de ses élèves. Le prix de ses leçons était aussi plus élevé que celui de Luc Floquet, car il y a loin des 120 florins dus par Henri van Paesschen, pour frais d'apprentissage de son fils Adrien, aux 32 florins 8 sous promis à Floquet, qui au surplus ne touchait pas cette somme, sans autre charge que celle de ses leçons.
Il est à remarquer qu'Adrien van Paesschen et Pierre Tassaert, le vieux, ne figurent ni l'un ni l'autre, comme apprentis, dans les comptes de la gilde de S* Luc. Il en est de même du célèbre peintre François Snyders, le vieux, qui, d'après l'inscription de son portrait, publié en 1649, par Jean Aleyssens, a été l'élève de Henri van Balen, le vieux. Cette indication ne concorde pas, du reste, avec les Liggeren de la gilde de S' Luc, qui nous apprend qu'en 1592-1593, Snyders fut reçu dans l'ateUer de Pierre Brueghel, le jeune. Toutefois, comme il est arrivé plus ou moins souvent qu'un élève quittant son premier maître pour un autre, n'a plus été réinscrit comme apprenti de celui-ci, rien n'empêche de croire que Snyders a reçu les leçons de Henri van Balen, le vieux. Il est néanmoins certain que l'influence de ce maître ne saurait être constatée dans ses productions, non plus que celle de Pierre Brueghel, le deuxième. Snyders étudia et s'appropria la manière de peindre de Pierre-Paul Rubens.
La corporation de S* Luc ayant à faire face, en 1630- 1631, à de lourdes charges, van Balen consentit, comme la plupart des anciens doyens, à payer 12 florins, pour les alléger. Ses confrères, le peintre Josse de Momper, le jeune, et le graveur Charles de Mallery, à qui leur fortune ne permettait probablement pas un pareil sacrifice, ne versèrent que la moitié de cette somme.
Nous venons de faire allusion à la position financière de Henri van Balen : le moment nous paraît donc venu d'en instruire le lecteur.
La première acquisition du maître dont nous ayons trouvé mention, eut lieu le 19 juillet 1603, par acte passé devant les échevins maître Paul van Lyere et Jean de Visschere. C'était celle d'une rente annuelle et perpétuelle de 4 florins Carolus, avec ses arrérages, hypothéquée le 6 août 1541, par le peintre Jean Leys (i), fils de Georges, en faveur de Marguerite Jacobs, veuve de Gauthier van Nyeuwenhuysen, sur la maison nommée 5'= ,yinne, située dans la rue des Béguines, dite Breede-
(r) Il s'agit ici de Jean Leys, le vieux, élève de Pierre Tesch, en 1505-1506, franc-maître en 1517-1518. D'après les recherches de M. le chevalier Léon de Burbure, cet artiste était peintre en titre de la ville d'Anvers, conjointement avec le célèbre Jean Mandyn. Ils touchaient chacun de ce chef, une somme annuelle de 25 florins. Au départ de Jean Crausse, en 1552, nos deux peintres furent nommés ordonnateurs de Vommegang, c'est-à-dire chargés de l'organisation des chars et autres décors employés lors des fêtes communales. Leurs émoluments, en cette qualité, étaient de 12 k' 10 escalins, monnaie de Brabant. Jean Leys exécuta pendant un temps, plus de travaux spéciaux pour la ville que Jean Mandyn, à qui il paraît avoir été préféré pendant les premières années qui suivirent leur nomination. Il était aussi graveur sur bois, comme le prouve un plan de la ville d'Anvers, exécuté en 1555, d'après son propre dessin. Il vivait encore en 15 58-1 5 59- (Chevalier Léon de Burbure).
strate. Cette propriété, comme nous l'avons vu, avait été acquise par les parents de van Balen, en 1582 (i).
Le 20 décembre 1604^ l'artiste comparut devant les échevins Jean van Brecht et Nicolas van Mechelen^ pour réaliser en leur présence l'acte d'une vente que venaient de lui faire Henri Pigache (2), maître d'école, et Marie Baes, sa femme. Il s'agissait d'une maison dans la longue rue Neuve, nommée le Lis rouge (de roode Leiie), composée d'une cuisine, d'une cour, d'un puits, d'une citerne, etc., et située à l'ouest de l'hospice S'^ Barbe (3), Comme un grand nombre de documents de ce genre, le contrat ne nous fait pas connaître le prix d'achat. Il nous apprend seulement que la propriété était grevée de diverses redevances de l'import annuel de 120 florins 9 1/2 sous, que van Balen prit à sa charge, à partir de la Noël 1604. La maison restait en outre hypothéquée avec des propriétés voisines, du chef d'autres charges très fortes, que celles-ci devaient prester en premier lieu (4).
Un acte reçu le 7 janvier 1605, par les échevins Corneille de Wyse et Nicolas de Herde, constate que le maître remboursa à Vincent Meulevv-els, fils de Vincent et de Catherine Dortant, tous deux défunts, une rente annuelle de 26 florins 5 sous, y compris les arré-
(i) ScàbinaU protocollen 1603, sub Moy et Neesen, vol. II, f" 113 verso.
(2) Un Henri Pigache ou Pigage fut inscrit en 1606- 1607 dans les Liggere}! comme apprenti du peintre Josué van Maie. Il était sans doute parent de notre maître d'école-
(5) Elle porte actuellement le numéro 80 delà longue rue Neuve et est habitée par le vénérable M. Pierre Hofman, fondateur et directeur de l'hospice des vieillards pauvres, dédié à S' Charles Borromée.
(4) Protocoles scabinaux, 1604, sub Moy et Neesen, vol. I, f''4i3.
rages échus depuis la S' Bavon ou le i octobre 1604. Cette rente était hypothéquée sur la maison acquise par l'artiste en cette année-là (i).
Le 10 mai 1622, van Balen remboursa à Jean-Charles délia Faille, au denier seize, le capital d'une rente perpétuelle de 100 florins carolus, avec les intérêts échus depuis la S' Jean-Baptiste 1619. Cette rente faisait partie d'une plus forte de l'import de 200 florins l'an. Le peintre paya également les arrérages de la moitié que le vendeur s'était réservée, et ce jusqu'à la S' Jean 1622. Cette redevance créée par Adrien Smissaert, négociant, était hypothéquée sur une maison située dans la longue rue Neuve et formée de deux bâtiments, nommés l'un l'Homme sauvage (de Wildemaii) et l'autre S"" Gertrude. La première appellation resta à la nouvelle propriété, dont nous aurons à reparler. Il fut convenu finalement que pendant les quatre années à courir, depuis la S' Jean 1622, van Balen paierait l'intérêt de la somme restante au denier dix-huit, c'est-à-dire, moyennant 88 florins, 18 sous annuellement (2).
Le 12 mai de la même année 1622, le peintre remboursa également au denier seize, à Catherine Wils, femme de maître Pierre van Aerdenbodeghem, notaire et clerc de la secrétairerie communale, le capital d'une rente perpétuelle de 26 florins l'an, hypothéquée sur la maison V Homme sauvage , longue rue Neuve. Van Balen paya, en outre, les intérêts échus jusqu'à ce jour.
(i) Protocoles scabiiiaux, 1605, sub Moy et Neesen, vol. II, f" 16.
Le nom de Vincent Meulewels rappelle celui de Pierre Meulewels, facteur ou poète de la chambre de rhétorique le Souci [de Goiidbheni).
(2) Acte reçu par les échevins Charles de Merre et Antoine Sivori. — Protocoles scabinaux, 1622, vol. III, fol. 112.
L'acte nous apprend que Catherine Wils était fille d'Etienne, qui lui avait, entre autres, constitué cette rente en dot et qui comparut au remboursement (i). Cet Etienne Wils ne doit pas être confondu avec le peintre de ce nom, qui fut inscrit en 1607- 1608, aux Lîggeren, comme élève d'Abraham Janssens van Huyssen, admis en qualité de franc-maître en 16 15-16 16, et qui remplit, en 1625-1626, les fonctions de doyen de la corporation. Nous sommes persuadé, du reste, qu'il tenait de très près au père de Catherine.
Ce n'est pas sans motif que van Balen avait dégrevé de ces deux rentes une maison dont il n'avait pas encore acquis légalement la propriété. Il était, au reste, convenu du prix d'achat et s'était rendu, dès le 24 juin 1622, acquéreur de l'immeuble, qui appartenait à Elisabeth de Meyere, femme de Jacques van den Bogaerde. Le contrat de vente fut reçu le 18 juillet suivant, par les échevins Paul van Lyere et Antoine Sivori. Cet acte nous apprend que la maison comptait, entre autres, deux cuisines, plusieurs chambres au rez-de-chaussée, une cour, un jardin, une galerie, plusieurs chambres à l'étage et des greniers. Le maître paya comptant à la vendeuse la somme de 2400 florins, soit 5079 francs 36 centimes, qui en vaudraient cinq fois autant à notre époque. On lui tint compte naturellement des deux rentes dont il avait fait le rachat, et van Balen s'engagea, en outre, à en payer annuellement une de 500 florins, à compter de la S' Jean-Baptiste 1623, à Elisabeth de Meyere. L'artiste prit enfin à sa charge les cens et
(i) Acte reçu par les échevins Guillaume Despommereaulx et Louis Clarisse. — Protocoles scabinaux, 1622, vol. III, fol. 113.
rentes auxquels la propriété restait hypothéquée et qui montaient annuellement à la somme considérable pour l'époque, de 169 florins 4 1/2 sous (i).
D'après une découverte faite par M. F.-Jos. van den Branden, dans un registre de requêtes adressées au Magistrat d'Anvers, van Balen avait promis^ outre le prix d'achat, de donner un tableau de sa main à Jacques van den Bogaerde, le mari d'Elisabeth de Meyere. Quelques difficultés s'étant élevées à cet égard, il fut décidé en 1628, que notre peintre avait satisfait à ses obligations, moyennant la délivrance de cette œuvre d'art (2).
Le maître s'établit dans la demeure spacieuse qu'il venait d'acquérir, et qui porte aujourd'hui le n° 78 de la longue rue Neuve, et est incorporée au Refuge des vieillards, établi sous l'invocation de S' Charles Borromée.
Nous lisons dans l'inventaire dressé après le décès de Marguerite Briers, veuve de Henri van Balen, que l'Homme sauvage n'était plus grevé, à cette époque, que d'un cens annuel de 6 à 8 sous, au profit du chapitre de la cathédrale. Cet acte relate diverses quittances de rentes auxquelles la propriété était hypothéquée ; elles portent les dates des 23 avril 1623, 13 août 1626 et 9 décembre 1634, celle-ci déHvrée à la veuve de l'artiste.
Les actes que nous venons d'analyser ne nous apprennent pas à quelle époque la maison de van Balen avait été rebâtie. La date de 1603 que nous y avons lue, avant 1857, sur une poutre, peut aussi bien se rapporter à une reconstruction partielle que totale. Les
(i) Protocoles scabinaux, 1622, vol. III, i° 117. (2) %equesiboec'k, 1628, fol. 8 verso.
documents en question se bornent à nous dire que la propriété se composait autrefois de deux maisons distinctes et le contrat du 28 juillet 1622 nous fait connaître que l'immeuble avait eu pour dernier locataire le Portugais Jean de Paz. Elisabeth de Meyere l'avait acquis le 10 juillet 16 18 à la suite d'une expropriation.
Nous verrons plus loin s'il est vrai, comme on nous l'avait rapporté, qu'en 1857, la cheminée d'une des chambres de cette demeure était ornée d'une toile de van Balen, ayant pour sujet la vanité des choses d'icibas.
Le 3 avril 1624, le maître remboursa à Jean-Charles délia Faille, au denier seize, le capital de la rente de 100 florins, qui continuait à grever la maison que l'artiste avait acquise deux ans auparavant. Il en paya également les intérêts échus (i).
Van Balen comparut le 12 avril 1627 par devant les échevins Jean Brandt et Henri de Clerck, pour liquider, avec ses sœurs, la succession de leurs parents Guillaume van Balen et Mathilde van Alten, qui était décédée cette année-là, comme nous l'avons vu.
Les cohéritiers du maître sont désignés dans l'acte comme suit : Anne van Balen, assistée de Jacques van Eeckhout, son mari et tuteur ; d'après la coutume d'Anvers; Josine van Balen, assistée de Gabriel van der Swalem, son mari et tuteur ; Catherine van Balen, assistée de Jacques van den Cruyce, son mari et tuteur; Gertrude van Balen, assistée de Michel van der Eertbruggen, son mari et tuteur, Elisabeth van Balen,
(i) Acte reçu par les échevins Jean Brandt et Henri de Clerck. — Protocoles scabinaux, 1624, vol. IV, fol. 4 verso.
célibataire majeure, pourvue d'un tuteur légal, et Jeanne van Balen, absente. Le document nous apprend que la part du peintre se composait de la maison nommée 5"" Anne, située dans la rue des Béguines, qu'on appelait de 'Breestrate, et que ses parents avaient acquise le 22 août 1582, de maître Jacques Hoeymaker et d'Anne Reymerstock, sa femme. Le maître obtenait, en outre, les habillements et les meubles délaissés par sa mère. Le tout lui était attribué, tant pour sa part d'enfant légitime, qu'en remboursement des avances qu'il avait effectuées pour sa mère, en faisant rebâtir l'immeuble en question et en le dégrevant de rentes dont il était chargé (i).
La part des sœurs de van Balen consistait dans les sommes qu'elles avaient touchées de leurs parents et dans celles qui leur furent suppléées par l'artiste. L'acte ne nous en fait pas connaître le montant (2).
D'après l'inventaire dressé après le décès de Marguerite Briers, veuve du maître^ celui-ci avait acheté le 16 novembre 1627, de Christophe van den Hove, notaire à Anvers, une rente annuelle de 4 florins 2 sous 1/2 denier, à charge de ladite ville.
La dernière acquisition de van Balen lut laite con-
(i) L'inventaire dressé après le décès de Marguerite Briers nous apprend, qu'outre celle que van Balen avait acquise le 19 juillet 1603, il remboursa une rente annuelle et perpétuelle de 8 florins, le 2 décembre 1625, une autre de 2 florins, le 10 décembre suivant, une troisième de 9 florins, le 21 octobre 1626, toutes à charge la même maison. Elle n'était plus grevée, après ces décharges successives, que d'un cens annuel de 3 mites, et rapportait un loyer de 72 florins 4 sous, l'an.
(2) Protocoles scabinaux, 1627, vol. IV, fo 40. Cet acte nous a été communiqué par M. F.-Jos. van dcn Branden.
jointement avec sa femme Marguerite Briers. Elle consistait en deux rentes à charge des Etats de Brabant, d'un import total et annuel de 77 florins, outre les arrérages. Elles leur furent vendues le 22 mai 1630, par Jeanne van der Ryt, veuve de Gaspard Briers, leur belle-mère et mère. L'acte qui en fut dressé nous apprend que celle-ci avait été instituée légataire universelle de son mari, en vertu d'un testament reçu le 20 mai 1600, par le notaire Adrien Bollaerts (i).
Nous allons nous occuper maintenant des peintures exécutées par notre maître. Toutefois il nous paraît bon de faire d'abord justice de deux attributions erronées. L'une concerne la superbe verrière de la chapelle du S' Sacrement, dans l'église S' Jacques, à Anvers, qui, selon Jean-Baptiste Descamps, aurait été exécutée par Jean-Baptiste van der Veken, d'après les dessins de Henri van Balen (2). Cette oeuvre d'art est ornée des portraits agenouillés des donateurs Jean de Cachiopin et Madeleine de Lange, sa femme. Elle a, comme on sait, pour sujet principal Rodolphe, comte de Habsbourg, qui accompagné de son parent Régulus de Kybourg, rencontre à la campagne un prêtre et son clerc, portant
(i) Acte reçu par les échevins André Gerardi et Henri van Halmale. — Protocoles scabinaux, 1630, vol. II, fo 17 verso.
(2) Voyage pittoresque de la Flandre et du 'Brabant, Paris, MDCCLXIX, p. 160. Descamps a copié en cet endroit un opuscule dont la troisième édition, revue, corrigée et augmentée^ parut à Anvers, en 1757, chez Gérard Berbie, libraire-imprimeur. On y lit à la page 33 : « A côté de l'autel est une grande fenêtre, dont les vitres sont peintes par Jean-Baptiste van der Veecken : Henri van Balen en a donné le dessein {sic). » Le peintre-auteur français a fait des emprunts nombreux à ce livret, dont le privilège d'imprimer est daté du II juin 1755, et qu'il ne cite jamais.
le S' Viatique à un malade ; le comte descendu de cheval avec Régulus, leur présente leurs montures, pour les conduire à leur destination.
Nous avons dit à la page 93 de notre Notice des œuvres d'art de l'église paroissiale et ci-devant insigne collégiale de 5' Jacques, à ^Anvers, que Jean-Baptiste van der Veken ne pouvait avoir exécuté cette verrière, qui porte la date de 1626, puisque d'après les recherches de M. le chevalier Léon de Burbure, cet artiste était déjà mentionné en 1620-1621, comme décédé (i). Nous avons fait connaître, en outre, un des principaux motifs qui nous portaient à rejeter l'opinion que van Balen aurait fourni le dessin de cette verrière.
Nous savons actuellement, par suite de comparaisons consciencieusement faites, que le carton de cette magnifique composition est dû à Martin Pepyn. M. Jean- Baptiste Capronnier nous a appris, en outre, que celui qui l'a transporté sur verre, avait aussi travaillé pour la chapelle de l'ancienne cour, à Bruxelles. Tel a été le résultat de l'examen qu'il a fait de cette verrière et des fragments provenant de la susdite chapelle, lorsqu'il a restauré en 1868, l'œuvre conservée à S* Jacques. Le nom du peintre sur verre qui l'a exécutée, reste, au surplus,, ignoré jusqu'ici.
La deuxième attribution fausse concerne un tableau qui se trouvait dans la maison de van Balen, longue
(i) L'extrait suivant du compte de la cathédrale, de la Noël 1620- 1621, relatif à un paiement de verres, fait à la veuve de Jean-Baptiste van der Veken, qui exerçait la profession de vitrier, en même temps que celle de peintre sur verre, démontre pleinement cette assertion : « Item, aen de weduwe van Baptista van der Veken, voor rekeninge van gelaeswerck, g. 91. »
rue Neuve. Trompé par des indications erronées, nous avons dit dans l'édition du Catalogue du musée d'Anvers^ publiée en 1857, que la cheminée d'une des chambres de cette demeure était encore ornée, à cette époque, d'une toile de la main du maître, ayant pour sujet la vanité des choses d'ici-bas ou plutôt la brièveté de la vie. Nous avons voulu revoir naguère cette composition, qui a été déplacée, et avons pu nous convaincre, à la première inspection, qu'elle était postérieure à van Balen. Aussi le petit génie, entouré d'accessoires divers, qu'elle représente, a-t-il été reconnu par M. Pierre- Antoine Verlinde comme l'œuvre de Jacques de Roore (1686- 1747), à qui il fait honneur. Près de lui se trouvent, dans un vase, des fleurs bien peintes par Gaspard-Pierre Verbruggen, le jeune (1664-1730).
Nous allons passer maintenant en revue quelquesunes des œuvres du vieux Henri van Balen en nous arrêtant spécialement à celles qui ornent la ville d'Anvers. Le plus ancien tableau du maître dont nous ayons trouvé mention, porte la date de 1608; il représente les Noces de Thétis et de Pelée, et orne la galerie royale de Dresde (i). La signature abrégée de cette œuvre est singulière en ce sens que l'artiste a intercalé un e au commencement de son nom, H. v. Bael., au lieu de H. v. Bal.
Une lettre de Jean Brueghel, de Velours, adressée le 12 octobre 1618, à Hercule Blanchi, amateur italien, nous apprend que l'artiste venait d'achever une guirlande de fleurs, au milieu de laquelle il avait prié van Balen
(i) JuLius HuBNER. Verieichniss der Kôni^lichen Gemàîde-Galîerie :^« Dresden. Dritte... Atcflage, i86y, 191, 11° 791.
de peindre une Madone et de petits anges. Notre maître avait terminé ce travail antérieurement au 6 novembre suivant, ainsi que cela résulte d'une seconde lettre de Brueghel, à Blanchi. Le tableau dont il s'agit devait être une œuvre d'importance, puisque le premier des collaborateurs en avait fixé le prix à 1450 florins, outre les frais de transport Ci), car la composition était destinée à un seigneur italien nommé Louis Melzi.
La gilde anversoise de S' Luc prit part, en 16 18, à un concours ouvert par la chambre de rhétorique le Rameau d'Olivier (de Olijftak) et y remporta le prix de peinture. Cette distinction fut décernée à un blason exécuté par Henri van Balen, le vieux, avec ses collaborateurs François Francken, le jeune, Sébastien Vrancx et Jean Brueghel, de Velours. Quoique la part de travail de chacun de ces quatre excellents artistes soit très facile à déterminer, nous allons décrire l'œuvre entière qu'ils produisirent en commun^ plutôt que de nous borner à la partie qui concerne uniquement notre maître.
La composition est représentée, sauf la bordure dont nous parlerons en dernier lieu, sur une console à quatre gradins, dont l'auteur ne saurait être indiqué avec certitude. Quoi qu'il en soit, François Francken, le jeune, a figuré, sur le premier gradin, un peintre assis devant son chevalet et occupé à travailler au portrait en pied d'une dame, accompagnée d'une enfant, et, à quelque distance, d'un cavaHer. Près de l'artiste, qui nous paraît ressembler extrêmement à François Francken, le jeune, lui-même, un écolier en train d'écrire, s'adresse à un
(i) Giov. Crivelli, op. c//., pp. 248-251.
autre debout près de lui et qui tient une planche, à laquelle sont attachés deux livres. Une cuisse d'oiseau est suspendue à la console. Non loin de ce groupe, S' Luc est assis près de là, sur le bœuf symbolique accroupi, et rédige son évangile. Enfin deux feux flamboyants terminent cette partie de la composition, dont les figurines et les accessoires sont très bien dessinés, posés avec beaucoup d'intelligence et peints d'un pinceau très délicat et très habile. Le bœuf de S' Luc laisse seul à désirer.
L'étoff'age des deuxième et troisième gradins a Sébastien Vrancx pour auteur. Sur le second sont représentés un sanglier, un cerf et un lièvre morts, ainsi qu'une gueule monstrueuse de laquelle s'échappent des flammes et de la fumée, et à l'ouverture de laquelle on distingue un hibou et un coq. A quelque distance, une plume fichée en terre, un bœuf gras, couvert d'une draperie et le cou orné d'une guirlande ; deux jeunes femmes très gracieuses sont en train d'achever sa toilette. Un couvercle renversé , une colombe tenant un morceau d'olivier, allusion à la chambre de rhétorique de ce nom (de Olijflak) et un pot à bierre de grès sont figurés près de ce groupe.
Sur le troisième gradin sont peints une chèvre debout, une montre d'or, quelques plantes de violettes, qui rappellent la chambre de rhétorique de ce nom {de Fioliere), un canard, Apollon debout avec son carquois, tenant sa lyre de la main droite, et son arc, de la gauche. Enfin deux oliviers, plantés dans des paniers d'osier, nouvelle allusion à la chambre de rhétorique du Rameau d'olivier.
A l'exception du bœuf gras, dont le dessin laisse à
désirer, ces figurines et les accessoires sont d'une exécution ravissante.
Le quatrième gradin avait été confié au talent de Henri van Balen, le vieux. L'artiste y a placé, au centre, un peintre richement habillé, la palette à la main et debout près d'un osier. C'est un portrait et nous le soupçonnons fort de représenter van Balen luimême, lorsqu'il était encore dans toute la fleur de sa jeunesse. A sa droite, une figure assise, probablement l'Envie, indique, de la droite, l'artiste et tire la langue à un génie ailé qui prend son essor. A gauche, une femme également assise, qui tient de la droite une couronne, et, de la gauche, une branche d'olivier chargée de fruits, nouvelle allusion qui n'a plus besoin d'explication. Près d'elle, un rameau desséché, deux cailloux et un rouleau de pâtissier.
Le peintre est posé avec une rare élégance, les autres figurines sont très bien dessinées et exécutées avec une grâce parfaite qui n'exclut pas la vigueur.
Jean Brueghel, de Velours, s'était chargé de décorer le cadre de ce tableau. Il y représenta une guirlande emblématique composée de soucis, de violettes de diverses espèces et de rameaux d'oliviers chargés de fruits. La devise de la gilde de S' Luc : M'^t jonsten versaenit {iinis par raiiiilic) deux fois répétée, est entrelacée à la guirlande, dont la composition rappelle les trois chambres anversoises de rhétorique, le Souci (de GoiMloein), la Violette (de VioJiere) et le Rameau d'Olivier (de Olijftak). Jean Brueghel, de Velours, l'a peinte avec beaucoup de goût, et son travail est digne de celui de ses confrères.
Nous laissons à de plus experts que nous le soin de
fixer le sens du rébus que nous venons de décrire et dont nos artistes ont fait un petit chef-d'œuvre.
Le compte de la gilde de S' Luc, du mois de septembre 16 17 au mois de septembre 16 18, mentionne à cette dernière époque, un paiement de 32 florins, fait à Jean van Haecht, le second, pour la fourniture du panneau de ce tableau et de son cadre ; dans ce prix était compris une bordure à jour peinturée et dorée, qui entourait celui-ci. Ce poste nous apprend aussi que la gilde de S' Luc fit don de ce blason au Rameau d'Olivier (i).
Cette œuvre d'art ornait l'antichambre de cette gilde, en 1794, lors de la seconde invasion des révolutionnaires français.
Elle faisait partie, en 1853, de la collection de tableaux de feu M. Antoine van Camp, qui fut vendue à Anvers, au mois de septembre de cette année-là. Nous ignorons comment elle était entrée en sa possession, mais comme le défunt était un parfait honnête homme, nous sommes certain qu'il ignorait l'origine de ce petit tableau. Il est, du reste, pour ainsi dire, indubitable qu'un amateur peu scrupuleux se l'était approprié antérieurement.
Le panneau dépouillé de sa bordure à jour et présenté comme étant l'œuvre unique de van Balen, par
(i) I september (1618). Betaelt aen Hans Verhacht (van Haecht II), voir de liste met het panneil, als oock het schorertsel rontomme de liste wytgesneden met oock de stoflFagie als 't vergulden van dien, dienende tôt het blasoen dat de guide aen den Oliftac vereert heeft ; daer voir al te samen by accort als quitancie, betaelt gl. 32-0. Jean van Haecht fut reçu fils de maître en 15 88- 15 89; sa dette mortuaire fut payée en 1621-1622.
suite sans doute de la précipitation mise à la rédaction du catalogue de la collection de M. van Camp, y portait le n° 224. M. Etienne le Roy, qui dirigeait la vente, avait fait remarquer que ce tableau très précieux doit provenir de l'académie (lisez : gilde) de S' Luc. Il passa néanmoins en mains particulières et devint, moyennant la somme de 330 francs, y compris les frais, la propriété de M, Reynwit père, d'Anvers. Celui-ci l'envoya à l'exposition ouverte en 1855, à l'hôtel du gouvernement provincial de cette ville, pour l'achèvement de l'autel de S* Luc, dans l'église de Notre-Dame. Il y fut remarqué à juste titre.
Après le décès de M. Reynwit, sa collection fut mise en vente au mois d'octobre 1864; le petit panneau y figurait sous le n° 116. Il y fut adjugé au Musée d'Anvers, pour la somme de 671 francs, y compris les 10 % de frais, et obtenait ainsi la place qui lui revenait de droit. Comme on n'a pas l'habitude de commettre à Anvers, dans les ventes de tableaux, les nobles folies des enchères parisiennes, antérieures à 1870, dont parle M. Jal (i), le prix de notre petit chef-d'œuvre étonnera peut-être les amateurs étrangers. Pour nous, qui connaissons les habitudes de notre chère cité, nous le trouvons très convenable.
La chambre de rhétorique la Violette, unie depuis 1480 à la gilde de S* Luc (2), prit part, en i620, à un concours ouvert par la chambre de rhétorique la Pivoine (de Peoene) à Malines. Elle y fit son entrée le 3 mai,
(i) A. Jal. Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris 1867, article Antonello de Messine, p. 58. Excellent ouvrage.
(2) Ph. Rombouts et Th. van Lerius. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. I, p 31.
avec deux blasons dont Jean Brueghel, de Velours, avait peint les fleurs, les plantes et les animaux. Les figurines humaines étaient l'œuvre de Henri van Balen, le vieux, et de François Francken, le jeune. C'est ce que nous apprend M. Guillaume J.-J. van Melckebeke, de Malines, dans son histoire de la Pivoine (i).
Un acte du 20 janvier 1621, reposant aux archives de l'ancienne église cathédrale d'Anvers, nous apprend, qu'à cette époque, Henri van Balen, le vieux, avait fait un petit dessin d'une verrière que Philippe III, roi d'Espagne , se proposait d'offrir à ladite église. Le document cité nous apprend que notre maître se chargeait^ moyennant la somme de 500 florins, de peindre de grandeur d'exécution, le carton de l'œuvre projetée, et cela avant les Pcâques, qui tombaient le 11 avril suivant. L'artiste devait avoir soin, d'après le contrat, de faire en sorte que le portrait de Sa Majesté fût bien ressemblant. Van Balen satisfit à ces conditions, et toucha la même année ses 500 florins , d'après le compte de la cathédrale, de la Noël 1 620-1 621. Le rédacteur du poste qui le concernait ayant écrit par mégarde Dierkk (Thierry) au lieu de Hendrick (Henri), cette méprise a donné naissance à un Thierry van Balen, qui n'a jamais existé.
Jean-Baptiste van der Veken se chargea, en vertu d'une convention du même jour, 20 janvier 162 1, de peindre sur verre le patron de Henri van Balen. Son œuvre devait être placée à la fête de l'Assomption de la S" Vierge (15 août) et lui valoir la somme de 1000 florins, outre une gratification.
(i) Ceschiedhindige aenleekeniiiçen uikeiidc de Siiit Juns-^ilde, bygenacmd de Teoeiie. Mechclcn, 1862, pp. 85 et 86.
La partie supérieure de cette verrière placée au-dessus du portail méridional de Notre-Dame, représentait Marie, au milieu d'une gloire d'anges. Plus bas, Philippe III à genoux devant un crucifix posé sur un prie-Dieu. L'inscription suivante occupait la partie inférieure de la composition :
Philippi III. Hispaniarum Indiarum-
que Monarchie affectus
sui in hanc vEdem et Urbem cultus-
que erga Divam Deiparam
symbolum posuit Régis mandato
Alphonsus de la Cueva Marchio
de Bedmar S. M. Consiliarius et Legatus in Belgio
MDCXXII (i).
Ce vitrail qui, outre son mérite artistique, rappelait des souvenirs historiques, fut défoncé, en 1803, par ordre des mara-uilliers de Notre-Dame, MM. Edmond Cambier,Jean-Baptiste Beeckmans et Joseph van Praet (2). On ne devait guère s'attendre à cet enlèvement dans une église que les révolutionnaires français et leurs adhérents avaient saccagée de la façon la plus épouvantable, cinq ans auparavant, et qui était, pour ainsi dire, dépouillée à cette époque de toutes ses œuvres d'art, à l'exception de ses vitraux.
(i) Cette dernière date est indubitablement le résultat d'une erreur de copie, car le paiement intégral de la verrière eut lieu en 1621, d'après le compte de la Cathédrale, de la Noël 1620-162 1. Voyez le volume cité des Liggeren, p. 371, note i, p. 391, note 3. InscripHons funéraires et monumentales de la province d'Anvers, ,Anvers, église cathédrale, p. 174.
(2) Note manuscrite de feu M. Jean-Baptiste Vrancken, prêtre.
C'est probablement en 1622 ou vers cette époque, que Henri van Balen, le vieux, peignit le triptyque, qui ornait, dans l'ancienne cathédrale d'Anvers, le monument que Philippe Heemsen, négociant, décédé le 12 juillet 1634, et sa femme Anne van Eelen, morte le 25 mars 1622, s'étaient érigé près de la chai.re de vérité.
Le tableau principal a pour sujet la S^= Famille. Au centre est représentée la S'" Vierge qui tient l'Enfant- Jésus ; le petit S* Jean-Baptiste, vêtu d'une peau de mouton, à laquelle est attaché un petit vase à boire, lui présente un panier de fruits, dont l'offrande est agréée. Près de S' Jean son agneau. Non loin de là est assis S^ Joseph qui contemple dans le ciel une gloire d'anges, au miUeu desquels apparaît l'Esprit-Saint, détachant un rayon lumineux sur Marie et son Fils. Deux de ces génies célestes tiennent une banderole avec cette inscription :
Ecce ^Agnus T)ei qui tollit peccata mvndt,
d'autres le saint suaire, le calice de l'agonie, un marteau, la croix et les clous. A droite du groupe principal, un ange puise de l'eau dans une coquille, un autre tient des fruits des deux mains et un troisième est en train de cueillir des raisins. La scène a pour fond un paysage orné de fleurs et peint avec beaucoup de mérite par Jean Brueghel, de Velours, le collaborateur fidèle de van Balen. Les figures de ce maître sont d'un faire remarquable et ont droit aux éloges que Descamps leur prodigue avec plus d'enthousiasme que de correction de langage. (i)
(i) <f Tout y est de la plus grande beauté, finesse de dessin et de couleur, des têtes jolies, un fini précieux, mais touché avec fermeté et beaucoup d'art : c'est un excellent tableau.» — Voyage cixé, p. 144.
Nous regrettons de devoir constater que des glacis ont disparu, à une époque qu'il nous est impossible d'indiquer, du visage de la S" Vierge et de l'ange qui se trouve près d'elle. Le tableau n'est pas non plus exempt de repeints qui sont visibles, entre autres, au visage de l'Enfant Jésus.
La partie antérieure des volets représente un concert d'anges. Sur celui de droite on remarque un de ces esprits célestes, la tête couronnée de fleurs, richement habillé et touchant de la harpe ; en face de lui, un autre ange, vêtu de rouge et jouant de la contre-basse : un troisième paraît attendre son tour de chanter. Audessous d'eux apparaissent deux têtes de chérubins. Au haut du ciel, deux anges dont l'un joue de la mandoline et l'autre s'incline vers le groupe principal.
Le volet de gauche nous montre trois anges, sur des nuages. Celui du miheu, vêtu d'une belle draperie jaune, tient un cahier de musique ouvert, un autre placé à gauche, marque la mesure, et tous trois attendent leur tour de chanter. Au-dessous de ce groupe se présente une tête de chérubin. Dans la partie supérieure du tableau, deux anges dont l'un joue du violon, et l'autre, d'une espèce de clarinette ; près d'eux, une tête de chérubin.
Les visages, les mains et généralement les nus de ces volets sont très bien dessinés et peints. L'ensemble des tableaux se distingue par une couleur pleine de grâce et d'harmonie et assez forte néanmoins pour soutenir sans pâhr, au Musée, le voisinage redoutable d'un vigoureux Jordaens, représentant l'Adoration des bergers. Et pourtant, s'il fallait en croire certains auteurs français, van Balen serait un maître quelque peu maniéré et affecté^ manquant de force comme d'invention.
Les revers des volets sont exécutés en grisaille. Celui de droite représente l'apôtre S* Philippe debout, tenant, d'une main, sa croix, et de l'autre, un livre. La tête est belle ; la figure bien dessinée, bien drapée et bien peinte. On lit au-dessous du saint les mots :
S. Philippvs.
Le volet de gauche a pour sujet S'= Anne debout, tenant à la main un Hvre dans lequel elle lit très attentivement. La tête de la sainte est fort remarquable ; ses mains et ses draperies font honneur au maître. Les mots suivants sont inscrits au bas de cette figure :
S. Anna.
L'inscription du monument que décoraient ces sunerbes productions de l'art, débutait par une suave prière de S' Bernard, et était conçue en ces termes :
Fer te accessum habeamus ad Filium
o benedicta inventrix gratiae genitrix vita;
Mater Salutis
ut per te nos suscipiat qui per te datus est nobis.
PHILIPPUS HEEMSEN et ANNA VAN EELEN
coniuges
hoc sibi suisq. M. PP.
Obit ille. XII lulii A°. CD.DC.XXXIIII
cet. LXXIV
ha.^c vero XXV MartI an° CD.DC.XXn
œt. LXVIII (i).
(i) Inscriptions funéraires tl monumentales de la province d'Anvers, envers, église cathédrale, p. )oi.
Le triptyque que nous venons de décrire orna l'église cathédrale jusqu'à la fatale année 1798. On sait qu'à cette époque, l'administration centrale du département des Deux-Nèthes, dont notre ville était devenue la capitale, fit mettre en vente les œuvres d'art qui ornaient l'auguste temple dont nous venons de parler, et qu'un grand nombre d'entre elles y furent détruites par des mains impies et sacrilèges (i). Les tableaux du monument de Philippe Heemsen et d'Anne van Eelen échappèrent à ce danger. Ils furent exceptés de l'aliénation et transportés à l'école centrale du département, établie dans l'ancien couvent des Carmes déchaussés^ où l'on réunissait une partie des dépouilles enlevées aux établissements religieux et civils supprimés.
Après le rétabHssement du culte catholique, par suite du concordat conclu entre S. S. le pape Pie VII et le premier consul Napoléon Bonaparte, le tableau principal de Henri van Balen fut rendu à l'ancienne cathédrale.
(i) Les individus qui composaient à cette époque l'administration centrale du département et qui décrétèrent cette vente honteuse, se nommaient, d'après leurs procès-verbaux : A. De Broux, faisant fonction de président, Chomel, J. Saunier aîné, Leveque, commissaire du Directoire exécutif, et Aubert, secrétaire général. — Voyez notre l>Lotice des œuvres d'art de l'église paroissiale et ci-devant insigne collégiale de S^ Jacques, à ^Anvers, p. 41.
Le 13 Vendémiaire an VII (4 octobre 1798) l'administration centrale représentée par les citoyens Pierre van Breda, J. Saunier aîné et Aubert, avait sollicité du ministre des finances de la République française, l'autorisation de mettre en vente pour la démolir, (.- la cydevant église cathédrale. » D'après ces malheureux aveuglés par le fanatisme révolutionnaire, ce temple ne pouvait être considéré comme un monument précieux, qu'à cause des matériaux qui le composent. Il contient, disent-ils, une quantité considérable de plomb, de fer, de cuivre et de fort belles charpentes. L. Torfs. 'Hjieuivc geschiedcnis van KAntwcrpen, T. II, p. 456.
Les deux volets, comme nous l'avons vu, sont restés au Musée, dont l'école centrale fut le berceau et qui ne nous console que partiellement des pertes considérables que les républicains français et leurs rares adhérents belges infligèrent à l'art national de 1794 à 1800.
Le tableau du milieu fut placé à Notre-Dame dans l'autel de la chapelle des mariages, qui se trouve depuis quelques années, en face de la chapelle du S* Sacrement. Nous aurions préféré qu'on l'eût rendu à sa destination primitive, en rétabHssant son ancienne inscription. Nous ignorons par quel motif les volets ne furent pas restitués.
L'église S* Jacques, à Anvers, possède plusieurs œuvres importantes de Henri van Balen, le vieux. Une d'elles représentant la S'= Trinité, orne l'autel de la chapelle de ce nom, fondée au pourtour méridional du chœur, par Susanne Scholiers, femme de David de Lange. La bâtisse de cette chapelle est contemporaine de celle de S' Alphonse, qui fut érigée au même endroit, en 1626, par Alonso Carillo et Pierre Carillo, son neveu paternel, et incorporée, en 1664, dans celle du S' Sacrement. L'exécution de l'œuvre de van Balen peut donc être fixée à 1627, ou vers cette époque.
Le tableau est conçu de la manière suivante. A gauche, Dieu le Père vêtu d'une chape richement ouvragée et dont un ange soulève le bord, est assis sur les nuées du ciel. Son visage orné d'une barbe grise, est plein de majesté, et ses longs cheveux blancs descendent sur ses épaules. Dieu le Fils est assis à sa droite, tenant la croix et le pennon triomphal. Une belle draperie rouge sert de vêtement à une partie de son corps adorable, qui est du reste presque entièrement à découvert. On y remarque la plaie de son côté et
celles de ses mains. Jésus paraît s'entretenir avec son Père céleste. Cette figure du Sauveur est une des plus belles créations de van Balen. Le pied droit des deux personnes divines repose sur le globe terrestre, qui est porté par trois anges, dont le dessin et la pose sont dignes d'éloges. Le S' Esprit apparaît dans la partie supérieure de la composition, au milieu d'une gloire de vingt-trois anges et têtes de chérubins, exécutés comme le savait notre maître, qui excellait dans ces représentations.
Des auteurs français ont prétendu que le tableau qui vient d'être analysé serait l'œuvre de Jean van Balen, le fils du vieux Henri. Cette opinion n'a pas le moindre fondement, ainsi qu'on peut s'en convaincre facilement, en comparant ce tableau avec les autres productions de van Balen, que renferme S' Jacques. Nous ferons remarquer, en outre, qu'à l'époque de l'exécution de cette œuvre d'art, Jean van Balen, né en 161 1, n'était qu'un enfant ou, tout au plus, un adolescent^ et que personne n'a jamais ouï parler de ses débuts précoces.
Un point au-dessus de toute contestation, c'est que notre toile est une production originale, qui ne trahit dans aucune de ses parties, la main d'un copiste. Et pourtant la même composition, peinte par Pierre-Paul Rubens, orne la Pinacothèque royale de Munich, et est tout aussi originale que l'œuvre de van Balen. Il est certain néanmoins .que l'un des deux maîtres a vu l'œuvre de l'autre et s'en est fortement inspiré ; mais il serait impossible de dire qui d'entre eux est l'inventeur primitif. C'est, en tout cas, une des plus singulières coïncidences, qui se rencontrent dans l'histoire des peintres.
Le triptyque de vnn Balen, qui orne, à S' Jacques, l'autel des Saints Mages, est probablement antérieur au tableau que nous venons de décrire. La composition centrale représente de la manière suivante l'Adoration des trois Rois. Au milieu est assise la S'* Vierge qui tient le petit Jésus, très gracieuses figures. Un des Mages agenouillé devant ce groupe, adore le Sauveur, qui lui sourit tendrement. Le vieux monarque est vêtu d'un riche manteau de brocart, à camail d'hermine , sur lequel se détache une superbe chaîne d'or, ornée de pierres précieuses. L'expression de ce personnage, dont le sceptre et le turban, enrichi d'une couronne, gisent aux pieds de Marie, est très belle. Un page à genoux, près de lui, tient un cofFret d'un travail magnifique. Le Roi noir drapé dans un manteau rouge, les mains jointes et dans les sentiments d'une profonde piété, s'avance, à quelque distance, vers le désiré des nations. Un jeune nègre, placé près de lui, présente à son souverain un vase à parfums. On remarque, à quelque distance, un chef noir, quatre autres figures, dont on n'aperçoit guère que le visage, un officier représenté tête nue et cuirassé (c'est un portrait) et un jeune homme qui tient un candélabre. Tous ces personnages sont pleins de mérites et vigoureusement peints. A gauche s'avance le troisième Mage, tenant un vase à parfums ; il est vêtu d'une tunique verte à franges d'or et d'un manteau de drap d'or à fond rouge. Il a le front ceint d'un diadème d'or, orné de pierres précieuses. Près de ce beau vieillard se tient un jeune page dont on n'aperçoit guère que l'intelligente face. Non loin de là se trouve un guerrier cuirassé qui considère avec une profonde attention la S"' Vierge et son divin Enfant.
— 2So —
C'est une superbe figure. — A gauche du groupe principal est représenté S* Joseph, qui le contemple, et dont la création fait honneur au maître.
La scène se passe à l'entrée d'un beau bâtiment orné de statues. Au fond, à gauche, dans une écurie, se trouvent le bœuf et l'âne. L'étoile miraculeuse brille dans la partie supérieure de la composition, à la droite de laquelle resplendit une gloire de sept anges et têtes de chérubins, d'une exécution ravissante.
La partie antérieure du volet droit de ce tableau a pour sujet la Salutation angélique. La S*^ Vierge y est représentée agenouillée près de son lit, sur un prie-Dieu richement sculpté et sur lequel se trouve un livre ouvert. Elle est tournée vers Tarchange Gabriel, qui, à genoux sur un nuage, la salue au nom du Très Haut. Marie semble réfléchir à la signification de ce message. Le S' Esprit apparaît dans la partie supérieure de cette composition, au milieu d'une gloire de sept anges et têtes de chérubins. Un petit panier à linge se trouve près du prie-Dieu.
Les figures de la S'^ Vierge et de l'archange sont d'une assez bonne exécution; leurs physionomies et leurs mains font moins d'honneur à van Balen, que les petits anges, qu'il a introduits dans la composition et qu'il peignait d'ordinaire avec un talent particulier. Le S' Esprit représenté sous la forme d'une colombe ne mérite guère des éloges.
La face postérieure de ce volet nous montre, en grisaille, la S'* Vierge debout, portant l'Enfant divin, qui lui prés nte une pomme. L'expression de Marie est moins heureuse que celle du petit Jésus qui est assez gracieusement exécuté.
La partie antérieure du volet gauche a pour sujet la Visitation de la 5'^ Vierge. On y remarque, à l'entrée d'un bâtiment, S'^ Marie et la vieille S'* Elisabeth, qui s'embrassent. Près d'elles, se trouve un gentil petit chien blanc. S' Joseph et S' Zacharie conversent, à l'arrière-plan de cette composition, qui ne fait guère honneur au maître.
Sur la face postérieure de ce volet est représenté en grisaille l'apôtre S' Simon, debout et tenant la scie, instrument de son martyre. C'est une figure passable.
Trois petits tableaux ornent l'autel des SS. Mages, au-dessous du panneau central. Celui du milieu figure le Sauveur en croix, et, dans le fond, une vue de Jérusalem. C'est l'œuvre de François Francken, le jeune, quant au Christ, et de Jean Brueghel, de Velours, quant au paysage et aux fabriques qui l'animent. Nous ne la décrirons pas ici par conséquent.
A droite se trouve représentée, en grisaille, l'Adoration des anges et des bergers. L'Enfant Jésus qui repose sur un peu de paille, paraît bénir sa sainte Mère, qui est agenouillée devant lui et le regarde avec tendresse. Derrière ce groupe on remarque S' Joseph absorbé dans une profonde contemplation.
A droite, un ange en extase, qui croise les mains, et un berger à genoux. A quelque distance, un second pâtre qui désigne le Fils de Dieu et un deuxième ange qui paraît adresser la parole au premier. Ce petit tableau est d'une exécution ravissante.
La Fuite en Egypte est peinte, également en grisaille, sur le panneau de gauche. La S'^ Vierge est assise avec l'Enfant divin, à qui elle donne le sein, sur un âne, que guide S* Joseph. La demi-lune éclaire ce triste voyage
de la Sainte Famille. Le fond est occupé par une chaîne de montagnes. Cette petite composition ne le cède pas en mérites à la précédente.
L'église S' Jacques est redevable de ces belles productions à la corporation des scieurs de long, dont elles ornent l'autel. Si une plume exercée nous faisait passer un jour en revue tout ce que les serments armés, les métiers et les jurandes ont fait pour l'ornementation de nos églises et de leurs lieux de réunions, on serait étonné du nombre considérable d'œuvres d'art, qui leur durent la naissance. Ceci soit dit en passant.
S' Jacques possède encore de van Balen une Résurrection, ainsi que les portraits du maître et de sa femme. Nous en parlerons plus loin.
La cathédrale et l'église S* Jacques ne furent pas seules à s'enrichir des œuvres de van Balen. L'ancien temple de la maison professe de la Compagnie de Jésus, dédié depuis le siècle dernier, à S' Charles Borromée, en possède encore un assez grand nombre.
Cette église fut consacrée, comme on sait, le 12 septembre 1621, par l'évêque d'Anvers Jean Malderus, en même temps que le maître-autel, les deux autels latéraux et les deux qui ornent la galerie élevée au-dessus des petites nefs (i). Il n'est guère probable qu'ils reçurent de prime-abord tous les embelUssements dont ils furent si richement pourvus. Nos pères, en effet,, songeaient d'abord à la bâtisse de leurs églises. Celle-ci achevée en tout ou en partie, ils y plaçaient des autels provisoires, auxquels ils substituaient plus tard des
I J.-C . DiERCXSENS, ^ntverpid Christo nascens et crescens, cdit. 1775, T. VII, pp. 144-145-
constructions plus importantes, clans lesquelles entraient les pierres consacrées, qui forment d'ailleurs l'autel proprement dit. C'est pourquoi nous sommes d'avis, à défaut de documents, que les tableaux dont nous allons parler ont été exécutés, non en 1621, mais quelque temps plus tard^ antérieurement à 1625, toutefois, puisque le célèbre peintre Jean Brueghel, de Velours, qui y travailla, mourut le 13 janvier de cette année-là.
Nous allons décrire ces œuvres d'art, en commençant par le maître-autel. On y remarque derrière les chandeliers, l'Ensevelissefneut du Sauveur, représentée de la manière suivante. Jésus est étendu, au centre d'une grotte, sur un linceul, que tiennent S' Jean, le disciple bien-aimé, Joseph d'Arimathie et Nicodème. A gauche, la S**^ Vierge debout, accompagnée de Marie, la mère de Jacques-le-Mineur et de Joseph, et de Salomé, contemple le corps de son divin Fils, S'" Madelaine agenouillée soulève un coin du linceul ; près d'elle se tient debout un vénérable vieillard. On distingue à droite, une échappée de paysage très bien peinte par Jean Brueghel, de Velours.
Ce petit tableau est exécuté sur marbre, comme toutes les productions de van Balen, que possède l'ancienne église de la maison professe. La pierre de cette œuvre d'art s'est fendue en plusieurs endroits. Les figures en sont très belles ; celle de Jésus a subi malheureusement de forts repeints.
A gauche de cette composition s'en trouve une autre qui représente f Apparition du Sauveur à 5"^ Marie-Madelaine, après sa résurreclion. Jésus vêtu d'un manteau rouge et le corps partiellement découvert, se tient debout, une bêche à la main, et se penche vers la pé-
cheresse convertie. A droite, à quelque distance, celleci se dirige avec son vase à parfums et en compagnie de deux autres saintes femmes, vers le tombeau de l'Homme- Dieu. Dans le ciel planent deux anges, dont l'un tient une couronne au-dessus du Rédempteur. Une échappée de paysage, peinte par Jean Brueghel, de Velours, orne la partie droite de ce tableau, dont les figures font honneur à van Balen. Le marbre y est crevassé en plusieurs endroits. Il est à regretter qu'un restaurateur inintelligent ait couvert ces deux compositions d'un sale vernis, auquel il a mêlé de la couleur (i).
Deux niches pratiquées près de l'autel de S' Joseph, dans la même église, et dont l'une sert à recevoir les burettes, ont été également ornées de peintures par van Balen. Dans la première, à droite dudit autel, est représentée, de la manière suivante, la S'^ Famille. La S"-^ Vierge assise tient l'Enfant Jésus, qui se penche vers S* Jean-Baptiste, que lui présente S"" Elisabeth, également assise. L'agneau du Précurseur se trouve à quelque distance de ce groupe. S' Joseph est debout près de la S^*" Vierge et du petit Jésus. A droite, trois anges présentent des fleurs au divin Enfant. Dans les airs planent deux esprits célestes, tenant des fleurs, et l'un d'eux, en outre, une couronne. La scène se passe dans un beau paysage étoff"é de fabriques et peint par Jean Brueghel, de Velours. Ce petit tableau, qui était autrefois une œuvre remarquable, a été déplorablement repeint. Nous formons le vœu qu'on le confie à des mains capables de faire revenir à la lumière la peinture primitive de van Balen.
(i) Cette opération se nomme saucer un tableau, en termes du métier de ces massacres.
Le sujet de la niche de gauche est la Fuite en Egypte. L'Enfant Jésus est conduit par la S^" Vierge, qu'accompagne S' Joseph, l'épaule chargée d'un panier rempli de provisions. Près de lui se trouve un ange, qui tient son âne. Dans les airs apparaissent deux anges qui portent des branches de rosiers en fleurs, et trois tètes de chérubins. Le fond peint par Jean Brueghel, de Velours, se compose d'un paysage, étoffée de fabriques. Ce tableau n'a pas moins souffert que le précédent. La tête de l'Enfant Jésus, partiellement conservée, permet encore de se rendre compte de la valeur primitive de cette belle œuvre d'art.
Le digne bourgmestre d'Anvers^ Nicolas Rockox, le jeune, ayant érigé l'autel de S' Joseph, il n'est pas douteux que les peintures que nous venons de décrire ne soient également un don de sa main libérale (i).
L'autel de la chapelle de la S'* Vierge et ses alentours sont ornés d'un nombre considérable de tableaux de van Balen. Cette chapelle richement décorée de marbres précieux, de sculptures et de peintures remarquables, fut fondée, comme on sait, par le vertueux Godefroid floutappel, avec la coopération de ses filles Marie, Anne, Christine-Justine et Lucrèce-Susanne, et de sa nièce Anne sGrevens. Ce fut par les soins de ces dernières qu'elle reçut, après sa mort, arrivée le 13 janvier
(i) P. Daniel Papebrochius. KÂnnaîes ^ntverpienses, T. IV, p. 423. L'autel de St Joseph était orné d'une 5'^ Famille, peinte par Pierre-Paul Rubens et donnée également par Rockox. Nous la perdîmes, après la suppression de la Compagnie de Jésus. Elle est remplacée actuellement par une bonne copie exécutée par Marc-Antoine Garibaldo. Ce tableau a été fortement endommagé, en 1868, par un prétendu restaurateur qui lui a fait subir un nettoyage déplorable.
1626, les magnifiques embellissements qui la distinguent encore actuellement, malgré les pertes considérables qu'elle a subies au siècle dernier, après la suppression de la Compagnie de Jésus (i).
Nous tenons toutefois à rappeler que les peintures que nous allons décrire, ont été exécutées du vivant de Houtappel, puisque Jean Brueghel, de Velours, qui 3^ a coopéré, mourut en 1625. A la droite de l'autel, audessous du tableau principal (2) est représentée l'Adoration des Bergers. Au centre de la composition, l'Enfant Jésus repose sur de la paille recouverte de linges, dont la S''' Vierge agenouillée soulève deux coins. Derrière elle, S' Joseph debout et tenant une lanterne allumée, se penche vers le Messie. Trois bergers adorent l'Enfant- Dieu ; devant le groupe principal une bergère à genoux tient un panier rempli d'œufs et de pommes. Près d'elle se tiennent debout trois pasteurs, dont un porte un agneau sur ses épaules. Un autre de ces animaux se trouve près de là. Une bergère chargée d'un pot au lait et accompagnée d'un pâtre, se dirige de ce côté. A gauche, l'âne de S^ Joseph est présent au râtelier. Six anges dans une gloire chantent au ciel le Gloria in excelsis. La droite est ornée d'une belle échappée de paysage,
(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers, envers, église de S^ Charles 'Borromée, p. 203-206.
(2) Ce tableau principal était autrefois une ^Assomption de la S^'^ Vierge, peinte par Pierre-Paul Rubens. Il fut confisqué par le gouvernement autrichien, après la suppression de la Compagnie de Jésus, et orne actuellement, à nos dépens, la galerie du Belvédère, à Vienne, avec plusieurs autres chefs-d'œuvre enlevés de notre ville par la maison impériale, royale et apostolique. Cette composition est remplacée aujourd'hui par une Présentation de l'Enfant fésiis au temple, peinte par Nicolas Delin.
peinte par Jean Brueghel, de Velours ; un berger y garde son troupeau de moutons.
Les figures de cette magnifique composition sont pour la plupart des portraits, exécutés d'une manière ravissante. L'expression du petit Jésus laisse malheureusement à désirer,
A droite de ce tableau est figurée l'Adoration des Mages. Un des rois, richement vêtu, est agenouillé devant l'Enfant Jésus, que tient la S'^ Vierge, et lui ofi're un vase d'or. Son sceptre et son turban ceint de sa couronne, gisent à terre. Un page soulève le splendide manteau du souverain et tourne la tête vers un esclave qui porte un grand coffre et est accompagné d'un second serviteur. Près de là se présentent quatre personnes de la suite du roi. A gauche s'agenouille un second Mage, la couronne en tête : deux pages soulèvent son manteau. Un vase d'or est posé près de lui. Non loin de ce souverain, S* Joseph debout s'entretient avec un des courtisans du prince, dont la suite comprend douze personnes, parmi lesquelles un jeune homme accompagné d'un chien. Près du père nourricier du Sauveur, on distingue le bœuf et l'âne. A droite s'avance le Mage noir tenant un vase, qu'un page aide à soutenir. Ce roi est accompagné d'une suite de nègres, dont deux tiennent des candélabres allumés. Dans le ciel, qu'anime une gloire de sept anges, brille l'étoile miraculeuse.
La droite est occupée par une belle échappée de paysage, de la main de Jean Brueghel, de Velours. On y distingue les mages et leur cortège, qui se dirigent vers Bethléem.
Cette composition fort importante est très bien dessi-
née, comme toute cette suite, et peinte d'un pinceau plein de grâce et de vigueur.
Au nord de l'autel est représentée la Présentation de la 5'^ Vierge. La petite Marie, accompagnée de S"' Anne et de deux autres saintes femmes, gravit les degrés du temple de Jérusalem. S' Joachim et deux autres vieillards s'avancent à quelque distance. Non loin de là se trouvent deux enfants. A gauche, un boiteux est assis sur les marches de l'édifice sacré. A l'entrée du bâtiment, le grand prêtre s'avance entre deux acolytes. Un vieillard et quatre matrones se tiennent derrière lui. A quelque distance du groupe principal, un homme coiffé d'un turban indique le temple à un enfant qui le suit. Plus loin, un paysage, peint par Jean Brueghel, de Velours, et à l'entrée duquel se trouvent quatre personnes. A l'avant-plan, un chien, près d'une colonne.
Les figures de ce tableau sont spirituellement touchées: parmi elles on distingue celle de S' Joachim.
Au sud, en face de cette composition, est représentée la 'Purification de la S^" Vierge. Devant une estrade couverte d'un tapis. S' Siméon levant les yeux au ciel, tient l'Enfant Jésus. Près de lui se tiennent le grand prêtre et plusieurs autres personnages, parmi lesquels deux femmes. La S*^ Vierge à genoux au-devant de l'estrade, fait l'offrande de deux colombes. On remarque derrière elle, Anne la prophétesse et un acolyte, et, à quelque distance de ce groupe, un thuriféraire agenouillé. Plus loin, une femme portant son enfant et accompagnée d'un homme qui tient un agneau. A droite, une autre femme entre dans le temple avec une petite fille, à qui elle indique le groupe principal.
Les figures sont pleines d'expression, bien drapées et bien posées,
V Annonciation de la 5"'^ Vier^:^e est peinte de la manière suivante, au-dessous des colonnes de l'autel. A droite, Marie est agenouillée devant un bmc que recouvre un tapis vert, sur lequel se trouve un livre. Elle se penche à gauche, et sa figure dénote la méditation. Dans le ciel apparaît l'Esprit Saint, accompagné de trois anges^ dans une gloire. On remarque près de la S" Vierge, un panier rempli de fleurs. Au fond, à droite, un lit à baldaquin vert, et courte-pointe de même couleur.
A gauche, l'archange Gabriel, porté sur un nuage, tient une branche de fis et communique à la S"" Vierge le message du Très Haut. Au ciel, huit anges dans une gloire.
Ces fio-ures sont fort belles, et surtout celle de S* Gabriel, habillé d'un rouge éclatant.
A droite de l'autel, près de la S'" Vierge, se trouve la Fuite en Egypte. Marie montée sur un âne et cachant l'Enfant Jésus sous son manteau bleu, est accompagnée de S' Joseph, qui chemine à pied, en s'entretenant avec elle.
Ces figures très intéressantes se meuvent dans un beau petit paysage, peint par Jean Brueghel, de Velours.
A gauche de l'autel, près de S' Gabriel, est représentée la Visitation de la 5'^ Vierge. Marie et S'= Elisabeth qui vient à sa rencontre, se serrent la main. Près d'elles, S' Joseph s'entretient avec S' Zacharie.
Belles figures ; celle de la S"" Vierge ne nous plaît guère.
L'Enfant Jésus, au milieu des docteurs, occupe une
niche, au-dessous de h colonne de droite de l'autel. L'Enfant assis tient ouvert un livre qu'il explique à trois docteurs, qui se trouvent près de lui. A droite, la S"' Vierge et S' Joseph se dirigent vers leur Fils bicn-aimé.
Belles figures ; celle de Marie nous paraît inférieure aux autres.
L'Enfant Jésus retrouvé par ses parents et ramené à Nazareth, occupe une autre niche, au-dessous de la colonne de gauche de l'autel. Le jeune Jésus quittant le temple de Jérusalem entre Marie et S' Joseph, explique à la S"" Vierge, le motif de son absence.
Ce petit tableau ne fait pas moins honneur au maître que les précédents.
Toutes ces compositions ont été restaurées, il y a plusieurs années, avec beaucoup de talent par M. Pierre Antoine Verlinde, artiste-peintre, à Anvers. Il rétablit, en 1839, la Présentation de Notre-Dame et sa Purification, peintures qui se trouvaient alors dans un état déplorable de détérioration. Nous regrettons qu'on n'ait pas, à partir de cette époque, nettoyé de temps en temps ces tableaux, à l'aide d'un foulard ou d'une autre étoffe de soie, comme cela se pratique depuis plusieurs années dans l'église de S^ Jacques, à Anvers, et dans la galerie nationale, à Londres.
Outre les peintures de Henri van Balen, le vieux, que nous venons de décrire, l'ancien temple de la maison professe de la Compagnie de Jésus en possède encore six autres. Elles se trouvent à côté de l'autel de S' Ignace de Loyola, dans la chapelle qui lui est dédiée. La première, à droite, placée au-dessous de deux autres, représente le saint richement vêtu et agenouillé dans une grotte à Montferrat. Trois anges lui apparaissent
dans une gloire en répandant des fleurs. A droite on remarque un paysage peint par Jean Brueghel, de Velours, et à l'entrée duquel l'écuyer du saint tient son cheval par la bride.
La composition suivante nous montre S' Ignace, dans la grotte de Montferrat, en habits de gentilhomme. Un bâton de pèlerin, destiné au voyage qu'il se proposait de faire dans la Terre-Sainte, se trouve à terre, près de lui. Ignace remet à son écuyer son manteau rouge et un chapeau de feutre, orné de plumes. La droite est occupée par un beau petit paysage, entrecoupé d'eau, et exécuté par Jean Brueghel, de Velours.
La troisième peinture a pour sujet le saint prosterné, à Montferrat, devant un autel orné d'un tableau qui figure la S''= Vierge tenant dans ses bras l'Enfant Jésus. Ignace, en habit de cavalier, et la main droite posée sur la poitrine, montre, de la gauche, son casque, sa cuirasse, son épée, ses gantelets, etc., qui gisent à terre. La scène se passe dans une caverne, à droite de laquelle est ménagée une échappée de paysage, peinte par Jean Brueghel, de Velours.
Les trois autres compositions de Henri van Balen se trouvent en face des précédentes. La première placée le plus bas, représente S' Ignace en habit de Jésuite et agenouillé dans une grotte, à Manrèse. Le saint tient sa main gauche sur sa poitrine et écrit de la droite le livre des Exercices spirituels. Cinq anges apparaissent au ciel dans une gloire et répandent des fleurs. A droite est représentée une échappée de paysage peinte par Jean Brueghel, de Velours.
Le tableau du miHeu nous montre S' Ignace, également en habit de Jésuite, prosterné dans une grotte,
devant un autel sur lequel repose un livre ouvert. Le saint tient les mains croisées sur la poitrine et semble faire l'offrande de son travail à la S'* Trinité, qui lui apparaît dans le ciel, au milieu d'une gloire d'anges, dont quelques-uns répandent des fleurs. On remarque à droite, dans une échappée de paysage, peinte par Jean Brueghel, de Velours, un bâtiment en construction, et, à l'avant-plan, trois Jésuites, c'est-à-dire, S^ Ignace, accompagné des pères Faber et Laynez, sur la route de Rome.
La troisième composition a pour sujet S' Ignace, en habit de Jésuite, et agenouillé devant les trois personnes divines et la S*'^ Vierge, qui lui apparaissent, accompagnées d'anges, et à qui il présente un livre ouvert. La scène se passe dans une grotte ; on y remarque, à gauche, une table couverte d'un tapis vert, et, près de là, la chaise du saint. Une ouverture pratiquée dans le roc donne accès à un paysage, exécuté par Jean Brueghel, de Velours.
Les figures et accessoires de ces six tableaux sont excellemment dessinés et peints. Les personnages sont pleins d'expression, et, lorsqu'il le faut, très vigoureusement accentués. Les anges se distinguent par leur grâce, selon la coutume du maître. Les fonds sont superbes et se marient heureusement aux riants paysages de Jean Brueghel, de Velours.
Il ne nous a pas paru que ces œuvres, du travail le plus soigné et dont la conservation est parfaite, aient attiré l'attention de certains auteurs étrangers, qui semblent s'être donné le mot pour rabaisser le beau talent de van Balcn. A coup sûr, nous décrivons ici, pour la première fois, ces compositions d'un mérite si distingué.
Nous venons de voir que Henri van Balcn, le vieux, travailla avec Jean Brueghel, de Velours. Il eut également pour collaborateur Jean Brueghel, le jeune, fils du précédent, et d'Isabelle de Jode, sa première femme.
Le journal de ce peintre, dont plusieurs fragments nous ont été conservés par Jacques van der Sanden, secrétaire de l'ancienne Académie royale des beaux-arts, à Anvers, renferme diverses annotations relatives à van Balen : nous allons les passer en revue. Nous y lisons qu'en 1626 à 1627, Jean Brueghel II acquit à la vente à l'encan du premier huissier (sans doute du Conseil du Brabant) un tableau de notre maître, représentant la Nativité, et qu'il le paya 160 florins, soit plus de 338 francs de notre monnaie (i). Mais comme la valeur de l'argent à cette époque était plus grande qu'actuellement, il convient de tenir compte de cette circonstance et de multiplier au moins par 4 le prix d'achat, qui s'élèvera alors à 1552 francs.
Jean Brueghel, le jeune, nous rapporte ailleurs, qu'il prit par devers lui, 1626, ci la mortuaire de son père, un tableau de celui-ci, dont les figures avaient été peintes par van Balen et qui avait été taxé à 175 florins. Il eut également en partage, à la même mortuaire, un paysage de Josse de Momper, le jeune, dans lequel van Balen avait représenté Vénus et adonis, et qui avait été porté à 37 florins. Enfin un autre paysage peint par Jean Brueghel, de Velours, et que notre maître avait
(i) « In den uytroep van den primier ussier, ghecochteen stuxken
van Signor van Balen, eenen Gloria in excelsis, dat betaelt 160
guld. I) J. VAN DER Sanden. Oud konst-tooiieel van Ankuerpcii , T. I, p. 104 a.
étoffé de petites n3'mphes d'un travail achevé, lut cùdc à Jean Bruegliel, le jeune, au prix de 215 florins (i).
Nous signalerons plus loin des tableaux peints, par van Balen et Josse de Momper, le jeune^
Le premier de ces artistes travailla, en 1626, avec Jean Bruegliel, le jeune, dont le journal relate leurs œuvres communes. Après avoir mentionné une petite S^^ %psalie^ peinte par van Balen et qui était estimée 8 florins, Brueghel annote la vente d'un paysage de sa main, qu'il avait faite au Signor Antoine Goetkint. Son collaborateur y avait représenté, entre autres, la déesse Flore assise devant une fontaine et se débarrassant de ses vêtements^ sujet assez scabreux. Ce tableau fut payé 150 florins, et la copie en valut 70. Les figurines de van Balen lui furent payées 20 florins (2).
Antoine Goetkint, l'acquéreur de cette peinture,, était un marchand d'objets, d'art, qui fut admis, en 1598- 1599, dans la gilde anversoise de S' Luc, en qualité de fils de maître. Il en fut doyen en 1622- 162 3 et mourut à Paris, le 6 mars 1644. Il s'était établi dans cette ville et y avait traduit son nom en celui de Bon Enfant (3).
(i) 1626. (■ Noch is my (Jan Brueghel II) aengeschat een stuxken van myn vader, de figuren van Signor van Balen, worde geschat g. 175. — Eenen doec van Mompcr, de figuren van Signor van Balen, Venus met adonis, 37:0. — Een lanschapstuc van Mon Père, van Bael, de nimfkens heel curieus gedaen, 2:5 : o. «
(2) « Dit jaer van 1626 heeft Signor van Balen anders niet voor my (Jan Brueghel II) ghemact als een kleyn 5* Rosalia, weerdig 8 guldens. — De figurkens in 't navolgende stuxken op (g.) 20. — Verkocht aen Signor Antonio Goetkindt een stuc van my ghedaen daer liaer Flora sidt en ontkleedt, voor een fonteyn, de figurkens door S'' van Balen — 150.
De copye van 't selve, 70. »
(3) Liggeren cités, T. I^ p. 400, et note 3, ibidem, p. 583.
Jean Brueghel, le jeune, exécuta en cette même année 162e, pour compte de Jean van Mechelen, deux petits tableaux. Van Balen représenta, dans le premier, V^lppariiion du Sauveur, vêtu en jardinier, à S^" V\iarie ïKadeleine; dans le second, Jésus cbc::^ C\Cartbe et sa sœur. Ces œuvres d'art valurent à Brueghel 120 florins (i). L'acheteur était un peintre, qui fut inscrit dans les Liggeren anversoises de S' Luc, en 1600-1601, comme apprenti de Gérard Schooff; il fut reçu maître en 1609- 16 10. Van Mechelen joignait à son art l'exercice de La profession de marchand de tableaux. Il fut aussi imprimeur en taille-douce et éditeur de gravures (2).
Jean Brueghel, le jeune, peignit, en 1627, une forge dans laquelle était représenté Vulcain qui montrait à Vénus les armes du duc de Savoie. Van Balen était l'auteur des figures de ce tableau, que son collaborateur estimait valoir 150 florins (3).
Van Balen exécuta, la môme année, pour Antoine Goetkint, une composition ayant pour sujet les cinq sens. Brueghel en avait traité le fond, qui lui rapporta 30 florins (4).
Ce maître annota dans son journal, au mois de jan-
(1) 1626. V Voor Hans van Mechelen geniact twee stucxkens, de figurkens van S^ van Balen, het eene Christus rnet Magdalena in 't /)o/fe;; ; het ander, Cliristus, Ma7-ta en Magdaletia. Comen de twee,
(2) Liggeren cités, T. I, pp. 415 et 455, et note 4, ibidem.
(3) 1627. « Een smisse daer Viûcanus acn Venus ioont de ivuepenen van den hertog van Savoyen, dat estimerende — 150 — de figurkens van Sr van Balen. 1»
(4) « Noch eenen gront achtcr de Vyf Sinnen, voor Goetkindt. Desen gront is my bewesen op S'' van Balen, dien estimerende 30 guldens. »
vier 1627, qu'il avait peint pour van Balen, un fond dans un tableau destiné au payeur (pagador) Thomas Lopez. Brueghel avait estimé son travail à 60 florins et n'a pas fait connaître le sujet choisi par son collaborateur (i).
Brueghel mentionne, en février 1627, une guirlande de fruits, d'un grand travail, que van Balen avait étoffé de figurines, qu'il ne fait pas connaître de plus près. Il en porte le prix à 400 florins (2).
Au mois d'avril suivant, il signale un paysage de sa main, dans lequel van Balen avait peint, entre autres, T)iane et ses compagnes en tram de plumer un héron ; la composition contenait, en outre, un nombre considérable de bêtes fauves et d'oiseaux. Le sujet représenté était taxé à 120 florins. Brueghel le vendit, en même temps qu'un tableau de son père Jean Brueghel, de Velours, ayant pour sujet Tan et Syrinx, et deux copies, moyennant 535 florins, à Monsieur Gault, de Paris (3).
Jean Brueghel, le jeune, termina au mois de novembre 1628, pour Jean van Mechelen, le fond d'un tableau, dont van Balen peignit les figures. Il n'en fait pas connaître le sujet ; mais, comme son journal mentionne ensuite une 5*^ Vierge, assise dans un payiage, accompagnée d'autres figurines exécutées par son collaborateur
(i) « Gemackt voor S"" van Balen eenen gront achter een stucvoor den pagador Thomas Lopes, dien estimerende op 60 guldens. »
(2) 1627. « Februa. Eenen fruytcrans vol wercx, de beldekens door Sr van Balen, 400. «
(3) 1627. (f April. Een T)iana met veel luildis en volets, lanschap, de figurkens van S' van Balen, daer sy den reyger plucen, 120-0. Dese Diana met een stuc van Mon Père, een Pan en Siringa, met twee copyen, verkocht aen Monsieur Gault, Parisien, voor 535 gulden. »
et vendue 80 florins à Jean van Mechelen, nous croyons que ce passage se rapporte à la composition précédente.
Van Mechelen paya, au même instant, 90 florins à Brueghel, pour l'acquisition d'une copie de la guirlande de fruits, étoffée par van Balen et exécutée en 1627 (i).
Jean Brueghel, le jeune, peignit, en 1630-163 1, pour Antoine Goetkint, un fond, dans lequel van Balen avait représenté la S'^ Vierge. Ce travail rapporta 18 florins (2).
Il annote, après le 18 avril 1631, qu'il acheta, à la mortuaire de Corneille Schut, moyennant 200 florins, une guirlande de fleurs, ornée de figures peintes par van Balen (3). Le Corneille Schut dont il s'agit ici, est le pâtissier de ce nom, qui était, comme nous l'avons vu, membre de la gilde de S' Luc. Il l'était aussi de la chambre de rhétorique de la Giroflée {Violiere) ; le dernier paiement de sa cotisation annuelle, en cette qualité, est mentionné dans le compte du 18 septembre 1630- 1631. C'est donc vers cette époque que Brueghel devint propriétaire de ce tableau.
C'est aussi, en 1630-163 1, que nous rencontrons dans le journal de Jean Brueghel, le jeune, les dernières traces de sa collaboration avec Henri van Balen, le vieux. Celui-ci exécuta sur un grand panneau une Diane
(i) 1628. « November. Voldaen eenen gront voor Hans van Mechelen, de figurkens door Signor van Balen. — Verkocht aen Hans van Mechelen, een Livrauken sittende in een weyde, de figurkens van H. van Balen, 80-0. Een copye aen ditto van Mechelen, naer den Crans van Hendric van Balen, 90-0. »
(2) 1630-163 1. « Gemact voor Goetkindt, eenen gront achter een Livrauken van S'' van Balen, iSguldens. »
(3) « Crans nietvruchten, de beelden van (van) Balen — 200, «
retournant de la chasse ; le fond était l'œuvre de Brueghel. Les maîtres répétèrent leur composition en de petites dimensions. Elle fut acquise, au prix de 180 florins, par Charles Janssens, mais le texte n'est pas assez clair, pour nous permettre d'affirmer si cette somme se rapporte uniquement au petit tableau, ou bien à l'un et l'autre (i). Il est probable pourtant que la répétition seule valut cette somme.
Ici se terminent les notes relatives à Henri van Balen, le vieux, qui nous ont été conservées par Jean Brueghel, le jeune. Nous allons donc passer en revue ceux des tableaux de ce maître que la ville d'Anvers possède encore et dont nous n'avons point parlé jusqu'ici.
L'autel des menuisiers érigé dans la cathédrale, était orné autrefois d'un triptyque de Henri van Balen, le vieux, dont le sujet central fut enlevé, en 1798, par les révolutionnaires français et transporté à l'école centrale du département des Deux-Nèthes, d'où il passa au Musée. Ce tableau représente de la manière suivante, la ^Prédication de S' Jean- 'Baptiste. Le Précurseur, vêtu d'une peau de chameau, est debout sur un tertre, près d'un arbre, non loin duquel croissent des roses. Il annonce la parole divine à un auditoire, dont une partie est assise et dont l'autre se tient droite devant lui. Près du saint vient d'arriver une femme suivie de son enfant. Non loin d'elle s'en trouvent deux autres^ dont l'une vêtue d'une robe rouge à ornements d'or, rappelle par son costume un des Mages du tableau de ï^doration
(1) 1630-163 1. «Gliemact een lanc pineel, een T)iane comeiidc van dcr jiiclit, de beelden van Signor van Balen, noch een kleynder, een weergae, daervoor ghehadt van Carlo Janssens, 180 guld. )>
des %pis, de l'église S^ Jacques. A gauche, à Tavantplan, une femme assise et accompagnée de son mari, exhorte ses trois enfants à écouter le saint ; un de ces êtres chéris vient d'apporter des roses à sa mère. Derrière six hommes assis en face de S' Jean et écoutant gravement, s'en tiennent quatre autres^ parmi lesquels un Pharisien. Trois soldats sont représentés plus loin, debout près d'un arbre.
A la gauche du saint sont assises deux femmes dans l'attitude du recueillement ; quatre hommes debout, dont un coiffé d'un turban, se voient près de ce groupe. Une autre femme assise et donnant le sein à son enfant, outre trois figures, dont on n^aperçoit que la tête, sont représentées à quelque distance.
S' Jean dont une partie dn corps est découverte, est une superbe figure, bien posée et bien dessinée. Parmi les hommes de tout âge qui l'environnent, il y a des types magnifiques. Les femmes se distinguent généralement par leur grâce. Celle qui est revêtue du riche habillement dont nous avons parlé a le dos en partie nu, et le peintie s'est très bien tiré de cette difficulté Les enfants aussi font honneur au maître.
Le coloris de ce tableau est fort harmonieux et ne manque pas de vigueur, puisque cette composition se soutient actuellement (1872) très avantageusement à côté de la belle Turificalion de la 5'^ Vierge, de Corneille Schut.
L'ancienne cathédrale a conservé les volets de cette composition, qui sont placés à l'entrée de la grande sacristie. Celui de droite représente, de la manière suivante, 5' Jean-Baptiste reprochant à Hérode ses relations incestueuses avec Hérodiade. Le Précurseur vêtu d'une
peau de chameau, debout et dans une noble attitude, reprend Hèrode de son crime. Le roi assis tient le sceptre et semble écouter avec étonnement le langage du saint. Hérodiade, placée entre ces deux figures, désigne avec colère le saint à sa fille.
Au revers de ce volet est représenté S' Jean l'évangéliste debout et faisant sur son calice le signe de la croix.
Le volet de gauche a pour sujet VEnfant Jésus adoré par les anges. La S'*" Vierge tient son divin Fils. A droite sont peints deux anges, l'un debout, l'autre agenouillé. Un troisième, plus petit et aussi à genoux, garde un bassin de cuivre. Une gloire de cinq esprits célestes apparaît dans le ciel.
Le revers de ce volet nous offre, en grisaille. S' Jean Baptiste vêtu d'une peau de chameau et accompagné de son agneau symbolique.
Ces belles compositions sont bien dessinées et peintes avec vigueur et grâce, selon l'exigence des sujets.
Si la partie centrale est couverte de crasse, les vantaux le sont encore davantage en ce moment (1872). Toutefois les malheureuses restaurations que nous avons vu exécuter, depuis quelques années, à Anvers, sous la surveillance de certains personnages officiels, ne nous font nullement désirer qu'on touche à ces tableaux.
L'ancienne cathédrale possède, dans sa chapelle des mariages, un ^epos de la 5'^ Famille, dans son voyage en Egypte. Les figures en sont peintes par Henri van Balen, le vieux : le paysage est l'œuvre de Josse de Momper, le jeune. A droite est assise la S" Vierge : elle présente le sein à l'Enfant Jésus, qui s'abreuve abondamment de son lait. Près de Marie sont déposés
un sac de voyage et un bâton de pèlerin. A proximité s'avance S' Joseph portant au bras un panier de provisions. Un ange tenant par le licou l'âne du patriarche, s'avance vers l'Enfant Jésus. Un autre muni d'un bâton accélère la marche de l'animal. Un troisième chargé d'un panier de fruits, s'avance derrière les précédents. Quatre voyageurs gravissent une montagne, à quelque distance de ces esprits célestes.
Derrière le groupe principal on aperçoit un petit village, où l'on remarque une église avec son clocher. De Momper avait un peu fortement perdu de vue en ce moment, qu'il s'agissait de peindre un site de l'Orient et non du Tyrol ou de la Suisse. — Un lac dans lequel se reflète un ciel superbe et qu'animent plusieurs navires, occupe le centre de la composition. Des montagnes en bordent la droite et s'élèvent à gauche et au fond. On remarque près du dernier des anges, des rochers dont quelques-uns sont surmontés de bâtiments.
Les belles figurines de ce magnifique tableau font honneur au pinceau de Henri van Balen, le vieux ; le paysage est un chef-d'œuvre de Josse de Momper, le jeune. D'après le compte de la cathédrale de la Noël 1642-1644, cette toile fut acquise, à cette époque, au prix modique de 3 1 florins. Le document signalé ne nous apprend pas à quelle circonstance la fabrique fut redevable de cette bonne chance. La composition orna jusque dans ces derniers temps la salle de réunion des marguilliers (i).
L'église des Dominicains , actuellement paroissiale sous son ancien vocable de S' Paul, possède, parmi les
(i) Li^geren citcs^ T. I, p. 365, note 5.
tableaux qui représentent les quinze mystères du S' Rosaire, une ^Annonciaiion peinte par Henri van Balen, le vieux. L'artiste a figuré son sujet de la manière suivante. L'ange Gabriel, dans une attitude respectueuse et tenant de la main gauche un lis en fleurs, fait part à la S"^ Vierge du message divin. Marie est assise devant un banc sur lequel un livre est ouvert. Elle y appuie la main droite, tandis que l'autre repose sur son sein et semble dire à l'ambassadeur céleste : « Comment ces choses se feront-elles, puisque je ne connais pas d'homme ? » En ce moment descendent du ciel deux angelets, dont l'un suspend une couronne de fleurs audessus de la tête de la future Mère de Dieu, et l'autre tient une rose. Au-dessus d'eux apparaît Dieu le Père et, plus bas, le S' Esprit qui plane sur la S'^ Vierge. Les deux personnes divines sont entourées d'une gloire d'anges.
Tous ces esprits célestes se distinguent par leur grâce et leurs belles attitudes. Les deux figures principales sont bien dessinées et bien peintes. Le visage de Marie a légèrement souffert d'ancienne date. Ses mains et celles de l'archange sont exécutées avec beaucoup de talent.
La scène se passe dans un intérieur d'une belle architecture classique.
Ce tableau fut ofl^ert à l'église par Pierre Spronck et valut au maître une rénumération de 2ié florins. C'est ce que nous apprend un document provenant du couvent des Dominicains et conservé actuellement aux archives de S' Paul (i).
(i) « De Bodtschap ghcgheven van Monsf Peter Sproenck (leg :
Le prix payé à van Balen surpassa de 66 florins la somme toucliée par Pierre-Paul Rubens, pour son chefd'œuvre de la Flagellation, qui faisait partie, comme on sait, de la série de peintures à laquelle appartient V^nnonciation (2). On peut juger par ce fait, de l'estime dans laquelle le talent de notre maître était tenu de son vivant.
Les archives citées nous rapportent une particularité qui fait trop d'honneur à Henri van Balen, le vieux, et à quelques-uns de ses contemporains, pour que nous résistions au plaisir de la mentionner. L'artiste et ses amis Pierre-Paul Rubens et Jean Brueghel, de Velours, ainsi que Jean Coomans, amateur de tableaux, et d'autres personnes encore, avaient remarqué une composition de Michel Ange de Caravage, dont ils avaient hautement apprécié la valeur artistique. Dans le désir de la conserver à Anvers et mus par l'affection qu'ils portaient à la chapelle du S' Rosaire, ils en devinrent acquéreurs au prix de 1800 florins et en firent don à l'église des Dominicains. Peu de temps après son placement parmi les tableaux qui représentent les quinze Mystères, on en oifrit 4000, puis 6000 florins, avec la promesse d'y joindre une copie qu'on ne distinguerait pas de l'original. Plus tard encore des amateurs s'enquirent si l'œuvre du Caravage était à vendre, moyennant
Spronck), ghemaeckt door van Bael. cost — 216-0.» Archives citées, communiquées par MM. les raarguilliers de S^ Paul.
(2) Elle y est remplacée aujourd'hui par une copie de l'original exécutée par M. Antoine van Ysendyck. Le tableau de Rubens figure près de l'autel du S' Rosaire, dans une caisse dont on devrait le débarrasser; il serait à souhaiter aussi qu'il pût prendre son ancienne place.
13 000 ou 14000 florins. Il fut répondu à leur demande qu'on ne la céderait à aucun prix. Elle fut placée enfin dans l'autel de Notre-Dame du Rosaire.
La composition dont nous parlons a été gravée par Luc Vorsterman, le vieux, et dédiée par lui à l'évêque de Gand Antoine Triest^ ce Mécène de nos artistes. Elle représente, outre la Vierge tenant l'Enfant Jésus, S* Dominique et des religieux de son ordre, qui distribuent le rosaire.
Nous mentionnons avec regret que cette toile fut offerte, en 1786, par les Dominicains d'Anvers, à l'empereur Joseph II, sans doute pour se concilier les bonnes grâces de ce persécuteur de l'église catholique. Le tableau fut expédié à Bruxelles, le 25 mai de cette année-là, en destination de Vienne, et remplacé, dans l'autel, le 7 juillet suivant, par la belle copie qu'en avait exécuté André-Bernard de Quertenmont , et qui s'y trouve encore. L'original orne actuellement le Musée du Belvédère, à Vienne (i).
Ci) De groote schilderye eerst ghestaen hebbende onder de 15 mysterien, nu in de Cappel, op den Autaer, ghèprocureert door diverse liefhebbers, namentlyck mynheer (P. -P.) Rubbens, Brugel (Jan Brueghel, de Fluweele), van Bael (Hendrik van Balen, de oude), Cooymans (Jan-Baptist) en diverse andere, gliemaeckt van Michael Angel Caravage, ghesicn hebbende in dit stuck een uytnemende groote konst^ en nochtans niet hoogh van prys, liebben uyt affectie tôt de Capelle, en cm een raer stuck binnen Antwcrpen te hebben, het selfde ghekoclit, niet meer als 1800 guldens, voor het welck daernaer korts is gepresenteert 4000 guldeas, daer naer 6000, met beloften van een copye daer by te doen maeken, die me uyt (het) principael niet kennen en soude. Eenighen tydt daer naer is ghevraeght oft het stuck sou te gheven syn voor 13000 oft 14000 guldens, waer op gheantwoort is dat liet stuck voor gheen ghelt te koop en is. Het welck oiis wel ghemoveert heeft om eenen kostely-
Après cette digression, nous revenons aux tableaux de Henri van Balen, le vieux, que possède encore la ville d'Anvers. Dans le nombre se trouve une belle T)escentc du S^ Esprit, qui orne le mur derrière la grille du parloir des religieuses Capucines, rue S' Roch. Nous n'en ferons pas la description, cette œuvre d'art n'étant pas exposée à la vue du public.
L'église du collège de Notre-Dame, dirigé par les pères Jésuites , possède une grande toile de notre maître. Elle représente de la manière suivante V^Adoration des Mages. Au centre de la composition, la S"^ Vierge assise sur un degré de marbre blanc, tient le petit Jésus. L'Enfant divin se penche vers un des Mages, vénérable vieillard à barbe blanche, agenouillé devant lui et qui lui présente un vase d'or, rempli de pièces du même métal. Un page, également à genoux, soulève le magnifique manteau du roi, de brocart d'or, à damas rouge. Le sceptre et le turban couronné du souverain
ckcn autaer van marber te maecken om hct stuck dacr in het middcn te stellen, en alsoo de Capelle en het stiick t' saemen te vereeren, tôt Godts eere en glorie, van Maria, de moeder Godts, en onsen H. vader Dominicus.
Anno 165 1.
Archives citées de l'éghse S' Paul.
L'autel actuel du S^ Rosaire, construit en marbre blanc et noir, et orné des statues de la S«e Vierge, de Si Dominique et de S'^ Catherine de Sienne, est, ainsi que celles-ci, l'œuvre de Jean-Pierre van Baurscheit, le vieux, (1669-1728).
Les renseignements relatifs au sort de l'œuvre de Caravage, au siècle dernier, ont été empruntés à une notice manuscrite de Jacques van der Sanden, secrétaire de notre Académie des beaux-arts, au siècle dernier.
Cfr. Albert Krafft. Catalogue de la galerie de tableaux impériale et royale, au 'Belvédère, à Vienne, Vienne, 1853, p. 28, n° 27.
sont déposés aux pieds de Marie. A droite de ce Mage et prêt à faire son offrande, s'avance le roi noir, soulevant le couvercle d'un vase d'or, qu'aide à tenir un petit nègre. Près de là, un officier maure. Derrière ce groupe, quatre serviteurs debout, dont un cuirassé, tient une lance. A gauche, se présente le troisième Mage, vêtu d'un beau manteau rouge, bordé d'hermine et orné d'un camail de même fourrure. Il est accompagné d'un page portant un coffret d'or, et, à droite, d'un chien de chasse, dont on n'aperçoit que la tête. Entre lui et le groupe principal, un serviteur tenant un riche candélabre dont la flamme pétille. S' Joseph est debout, un peu plus loin, entre trois officiers. Au fond^ de ce côté, un drapeau, un guidon et des lances tenues par des soldats, qui se trouvent derrière ce groupe.
Dans le ciel, au-dessus de la partie centrale, dix anges, dont quelques-uns tiennent des couronnes et des fleurs, sont représentés dans une gloire.
La figure de la S'^ Vierge est remplie de dignité ; l'Enfant Jésus se distingue par sa bénignité. Les autres figures de la partie inférieure de ce tableau, qui paraît avoir été peint pour un maître-autel, sont pleines de vénération. Les pages méritent, en outre, d'être cités pour leur amabilité.
Les petits anges sont des plus gracieux; leurs chairs sont délicatement exécutées et la gloire dans laquelle ils se meuvent, est d'un effet ravissant.
Cette composition est bien dessinée et peinte avec vigueur, aux endroits qui en requéraient.
La collection de feu notre beau-père M. Pierre-Théodore Moons-van der Straelen possède un beau paysage de Josse de Momper, le jeune, étoffée de figurines par
notre maître. On y remarque un pèlerin qui se dirige vers un pont : deux autres, suivis d'un petit garçon, viennent de le traverser. A quelque distance est assis un homme chargé d'une hotte. Plus loin, un voyageur se dirige à l'encontre du vent, ainsi qu'un porte-balle, derrière lequel accourt un chien. Plus loin encore, un individu descend d'une montagne.
Ces petites figures sont spirituellement exécutées et bien en mouvement, à l'exception naturellement de l'individu assis, qui est posé fort à son aise.
L'auteur de cette biographie possède un tableau de chevalet peint pour panneau, par Henri van Balen, le vieux. Il représente de la façon suivante, Y adoration des bergers. Au centre, à l'entrée d'une grotte, l'Enfant divin, dont la majeure partie du corps est nue, est étendu sur une couche de paille couverte en son milieu, d'un linge et de deux coussinets blancs. Il porte les yeux au ciel, où cinq anges lui apparaissent dans une gloire. En face du petit Jésus est agenouillée la 5"= Vierge, les mains croisées sur la poitrine. A côté d'elle, S* Joseph debout tient une lanterne, dont la lumière se dirige sur le Dieu fait homme. Près de lui, un berger à genoux et dont la houlette gît à terre, joint les mains et porte les yeux au ciel. Un autre berger, muni de ses pipeaux, également à genoux et les mains jointes, contemple avec vénération le Nouveau-né. On distingue, à quelque distance de ce côté, dans une ouverture du roc, le bœuf et l'âne mangeant au râtelier. A droite, deux pâtres précédés de trois agneaux, se dirigent vers l'Enfant Jésus. On remarque à distance, de ce côté, une belle échappée de pavsage, peinte par Jean Brueghel, de Velours, et qu'animent deux bergers, qui gardent leurs troupeaux,
dans la nuit. Leurs regards sont attires vers les anges qui se montrent dans une gloire et chantent le Gloria in excehis T)eo, que deux d'entre eux tiennent inscrit sur une banderole.
L'Enfant divin, dont la tête est entourée d'une auréole, est ravissant d'expression, bien dessiné et posé. Ses chairs, comme celles des petits anges, se distinguent par leur morbidesse. Le visage de la S'^ Vierge est le moins réussi de cette composition. S' Joseph et les bergers, vigoureusement peints, font grand honneur au maître. Quant aux anges, ils otîrent les types les plus gracieux, et la gloire sur laquelle ils se détachent et qu'ils animent, au milieu des ténèbres de la nuit, ne forme pas la partie la moins brillante de cette belle peinture.
Pour ne pas étendre cette biographie outre mesure, nous passerons sous silence les œuvres de notre maître, qui ornent d'autres villes de Belgique qu'Anvers, ainsi que celles qui sont conservées à l'étranger. Nous ferons toutefois une exception pour un tableau du musée d'Amsterdam, qui représente les Téchcurs d'âmes, et que Jean Immerzcel junior attribue à notre peintre.
Cette œuvre satyrique, exécutée du reste iwcc beaucoup d'art, est toute imprégnée de l'esprit du protestantisme. Cela seul aurait dû suffire pour n'y pas reconnaître la main de Henri van Balen, le vieux, qui n'eut jamais rien de commun avec les Réformés.
Au reste, si Liimerzeel avait consulté, dans le Guidai Cabinet de Corneille de Bie, l'article que celui-ci a consacré à Adrien van dcn Venue, il y aurait lu que ce peintre est l'auteur du tableau en question (i).
(i) Op. cit., p. 234. Voici comment s'exprime Corneille de Bie :
Outre les sujets religieux, van Balen a peint des scènes mythologiques et des portraits. Il est probable aussi qu'il a exécuté des intérieurs; c'est ce que donnent, ce nous semble, à supposer les figurines du blason de S' Luc, dont nous avons parlé, ainsi que celles dont il orna le tableau de Josse de Momper, le jeune, de la collection de feu notre honoré beau-père.
Nous avons vu que van Balen eut pour collaborateur outre ce Josse de Momper, Jean Brueghel, de Velours, et son fils Jean, le jeune. Il travailla également avec Pierre Brueghel, le second, avec leur ancien élève commun, François Snyders, et avec Jean Wildens (i).
D'après les catalogues de ventes de tableaux, publiés en Hollande, au siècle dernier, par Gérard Hoet et Pierre Terwesten, les œuvres de Henri van Balen, le
« Om dan tôt een proefstuck te comeu van zijn groot verstant, soo moet ick hier aenwijsen een vrucht die zijnen cloecken gheest ghebaert heeft, waer uyt te bespeuren is een groot licht van wetenschap, te weten een afbeldinglie van de gheestelijcke visscherije der mensen sielen vol werck. »
M. P. L. Dubourcq a rétabli en partie la vérité dans le Catalogue du musée royal d'Amsterdam dont nous avons l'édition de 1870 sous les yeux. Il y inscrit comme auteur Adrien van den Venne, à qui il associe par erreur Jean Brueghel, de Velours. Celui-ci, ses lettres publiées par M. Crivelli le prouvent, était un excellent catholique et un cœur reconnaissant, et on voudrait qu'il eut coopéré à une œuvre dans laquelle le pape, les cardinaux, parmi lesquels il comptait son protecteur Frédéric Borromée, ses bienfaiteurs les archiducs .\lbert et Isabelle, sont tournés en ridicule. C'est impossible et nous préférons la version de Corneille de Bie, écrivain contemporain.
(i) Ils peignirent ensemble un tableau représentant Vénus et Adonis; les figurines étaient l'œuvre de notre maître, les animaux, celle de François Snyders ; le paysage avait pour auteur Jean Wildens. — Communiqué.
vieux, se maintiennent en i^énéral à des prix relativement élevés. Un Concert de D\£uses , dont il avait orné un paysage de Josse de Momper, le jeune, a été adjugé, en 1862, à la vente André Baillie, à Anvers, au prix de 760 francs, non compris les frais. Et il est à remarquer que ce panneau avait une hauteur d'un mètre 26 centimètres sur une largeur de plus de 2 mètres, c'est-à-dire que bien des personnes ne pouvaient le placer.
Nous passons sous silence les adjudications de productions de notre maître, faites à Paris, dans ces dernières années, et qui rapportèrent des sommes plus considérables, puisque les gens sensés ne sauraient se régler d'après ce qu'A. Jal appelle de nobles folies. Du reste, nous avouons sans détour que notre maître n'est pas à la mode en ce moment et qu'il éprouve le sort de son ami Jean Brueghel, de Velours, dont les tableaux, après avoir été vendus au poids de l'or^ même à des époques malheureuses pour l'art, se virent délaissées au commencement de ce siècle. Il est vrai qu'ils sont de nouveau recherchés à cette heure, et nous ne doutons pas que pareil sort ne soit réservé à ceux de van Balen. Au surplus, soit dit en passant, nous plaignons les amateurs qui, dans leurs acquisitions, ne se laissent pas guider par la valeur artistique des ouvrages qui sont présentés à leur choix, mais seulement par la vogue qui s'attache, pour le moment, aux œuvres de tel ou de tel maître. Ces personnes-là n'ont pas en elles l'étoffe d'un connaisseur.
Un peintre de la valeur de Henri van Balen, le vieux, devait avoir ses graveurs. Aussi Huber et Rost signalentils trois planches exécutées d'après lui, par Jérôme