‹ Biographies d'artistes anversois (volume 2)Chapitre 9 sur 13 · IS · texte numérisé non relu

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être embarquées. Cette œuvre d'art peinte sur toile, orne la galerie du Belvédère à Vienne ; elle est renseignée au numéro 23 de la page 99 du catalogue de M. Albert Krafft, édition de 1853.

La collection Suermondt^ à Aix-la-Chapelle, en renferme une autre, aussi sur toile, qui est décrite ainsi dans le catalogue de feu le docteur Waagen : 2 « Marine par une légère brise. A droite sur la plage deux marins retirent un bateau. A gauche, un bateau de pécheur, avec six personnages. Aux divers plans, quantité d'embarcations. Sur la côte quelques maisons et des villages. Ciel légèrement nuageux. Signé : A. V. A. Cette fine peinture, ajoute Tauteur cité, qui fait déjà songer à la manière bien postérieure de Guillaume van de Velde, est la première œuvre incontestable que j'ai rencontrée de ce contemporain de Rubens. « Nous ferons observer ici, en passant, que nous ne trouvons pas la moindre analogie entre le faire d'André van Artvelt et celui de Guillaume van de Velde. — Feu M. Bûrger loue en ces termes le tableau de M. Suermondt : « Effet de brise légère ; beaucoup d'embarcations de toute sorte et des figurines bien vivantes. Il est singulier qu'on ne retrouve plus nulle part, ni en Belgique , ni en Hollande , ni en Allemagne , ni en France, des tableaux de ce maître habile. »

La collection de feu notre beau-père M. Pierre- Théodore Moons en renferme un troisième, également sur toile. Il représente une forteresse canonnée par des vaisseaux de guerre. Deux grands navires, dont l'un porte le pavillon hollandais, déchargent leurs batteries sur la place, dans laquelle s'est déclaré un incendie. A gauche d'un de ces vaisseaux s'avance un bateau, monté

par un équipage nombreux ; "^ plus loin, on distingue encore une embarcation. A la droite du spectateur, un autre fort, devant lequel se trouvent quelques navires, est aussi en proie à un incendie. L'air est obscurci des fumées de la poudre ; l'eau, noirâtre à l'avant-plan, est illuminée ailleurs des reflets de l'incendie et de la canonnade. On distingue les bâtiments à la lueur des flammes. Cette toile largement peinte est de l'eff'et le plus vigoureux ; les navires s'y distinguent par la beauté de leur construction, le magnifique dessin de leur mâture et de leur voilure ; leurs cordages sont peints de main de maître.

L'auteur de cette biographie possède un quatrième tableau de van Artvelt. Il est peint sur toile et a pour sujet un combat naval. Trois vaisseaux de guerre espagnols sont aux prises avec des navires hollandais, que la fumée de la poudre dérobe aux regards, à l'exception du mât d'un d'entre eux, dont le pavillon permet de reconnaître la nation à laquelle ils appartiennent. Le centre de la composition est occupé par un vaisseau espagnol, dont le feu, qui se prolonge, vient d'occasionner un incendie à bord du navire qui lui est opposé. Le commandant paraît vouloir profiter de ce moment, pour se lancer à Tabordage ; car, tandis que les matelots se Uvrent à leurs manœuvres, il a réuni sur le pont ses troupes, qui, tenant prêts leurs mousquets et leurs piques, n'attendent qu'un signal pour se jeter sur l'ennemi. D'autres soldats occupent l'arrière du bâtiment et paraissent devoir servir de réserve aux premiers.

A droite, un navire espagnol canonne vigoureusement un vaisseau hollandais , dont la fumée de la poudre empêche de distinguer autre chose qu'un mât, auquel

est arboré le pavillon des Provinces-Unies. A gauche, un troisième bâtiment espagnol lâche sa bordée à un navire ennemi, qu'un brouillard formé par la poudre cache au spectateur. Dans le fond, à droite, s'avance, à une grande distance, un vaisseau dont on ne peut distinguer la nationalité. L'état de l'air indique que le combat se livre à l'entrée de la nuit. Le vent chasse à droite un nuage formé par la fumée, qui cache, à gauche, une partie du ciel.

Ce tableau est peint très finement et d'une façon très transparente ; on y remarque, comme dans la gravure de S. van Bolswert, la manière dentelée de van Artvelt, dans la représentation des vagues, dont les reflets sont verdâtres au premier plan, tandis que, plus loin, les flots sont illuminés par les éclairs de la canonnade et les lueurs de l'incendie. Dans le lointain, à droite, la mer a une apparence blanche. Le vaisseau du milieu se distingue par la richesse de sa construction, ornée de sculptures et d'une grande lanterne surmontée d'une statuette en cuivre ; sa mâture, sa voilure et ses cordages sont exécutés d'une façon magistrale et les figurines qui se trouvent à bord sont pleines de vie. Les deux autres bâtiments qu'on voit de côté seulement, n'ont rien à envier au premier.

L'auteur de cette vie est aussi possesseur d'un dessin en médaillon exécuté par van Artvelt et légèrement rehaussé de couleurs. Il représente une vue de la ville d'Anvers, prise du côté de la Tête de Flandre (het Vlaamsch Hoofiï).On y remarque, à droite, cette localité, au milieu, l'Escaut agité par une brise légère et sillonné par de nombreux navires, dont un portant le pavillon royal, lâche un coup de canon, en signe de salut. A

gauche, la ville d'Anvers ; on y distingue les tours de Notre-Dame, de l'église des Dominicains, de celle de S''' Walburge etc. L'exécution des navires et des figurines qui les montent est digne de grands éloges, et celle des bâtiments peut donner une bonne idée du talent de van Artvelt en ce genre. Nous ne doutons pas que le dessin dont nous venons de parler ait servi au maître pour la peinture d'un tableau.

Outre les œuvres d'art mentionnées ci-dessus, nous avons vu, il y a peu d'années, une belle marine peinte par van Artvelt et portant sa signature. Nous savons qu'un particulier d'Anvers en possédait autrefois aussi une, mais nous ne saurions dire s'il en est encore propriétaire.

Il nous reste maintenant à préciser l'époque du décès de notre artiste, qu'Anvers peut placer au premier rang de ses peintres de marine. Le paiement de sa dette mortuaire est renseigné dans le compte de la gilde de S' Luc du i8 septembre 165 1 au 17 du même mois 1652. Mais celui de la cathédrale du 25 décembre 165 1 au 25 décembre 1652 nous permet d'être plus explicite. Nous y lisons, en effet, que les frais de l'enterrement de première classe (kerklijk) du maître, montant à 16 florins 6 sous, furent payés le 11 août 1652, et que van Artvelt habitait, à l'époque de son décès, le quartier sud de Notre-Dame. L'artiste, qui avait atteint l'âge de soixante-deux ans, mourut-il d'apoplexie , comme le rapporte Soprani ? Nous ne saurions le dire, pas plus que nous ne saurions affirmer qu'il revenait à cette époque d'un voyage d'ItaUe.

Le peintre J. van Velsen fut un imitateur heureux

d'André van Artvelt, comme nous l'a prouvé une marine de sa main (i).

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Comptes de l'église cathédrale. — Ph. Rombouts et Théod. van Lerius : Les Liggeren et autres archives historiques de lagilde anversoise de Saint Luc, I, pp. 45 3, 529,585,607,638, II, 14, 18, 35, 43 etc. —Mariette : Ahecedario, I, p. 33. — Félibien, grande édition^ II, p. 237; petite idem, III, p. 457. — A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, voce Plate-Montagne : — Nicolas de Pigage : La galerie électorale de Dusseldorf, Bruxelles, MDCCLXXXI, p. 89. — Catalogue raisonné des tableaux de la galerie électorale de Dusseldorf, rédigé d'après le catalogue raisonné et figuré de M. N. de Pigage, Dusseldorf, 1805, p. 72. — W. Bùrger : Galerie Suermondt à Aix-la-Chapelle, avec le catalogue de la collection, par le D^ Waagen, directeur du musée de Berlin, traduit par W. Biirger, pp. 81, 129-130.

(i) Cette notice est datée du 30 octobre 1869,

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Pierre VAN AVONT

(en flamand Peeter VAN AVONT)

^fe peintre et graveur Pierre van Avont naquit à g|Malincs et y fut tenu sur les fonts de l'église

<U=rè^S' Pierre, le 14 janvier 1600, par Pierre van Avont et Begge van Avont. Il était fils de Jean et d'Anne Lefebure. Nous sommes redevable de l'extrait de son acte de baptême à M. Guillaume-J.-J. van Melckekeke, de ladite ville. Ce savant s'est assuré, en outre, qu'aucun Pierre van Avont n'a vu le jour à Malines^ le 28 janvier 1599, date qui avait été indiquée comme celle de la naissance de notre artiste, dans le catalogue d'une exposition d'œuvres d'art, qui eut lieu à Anvers en 1867. Quelques auteurs donnent à notre peintre le nom de van den Avont, mais c'est une erreur, comme le prouvent les nombreuses signatures que nous avons vues de lui.

Corneille de Bie s'est mépris, en plaçant à Lierre le berceau de van Avont. Cette erreur est d'autant plus singulière que l'auteur était Lierrois lui-même, qu'il écrivit son Gulden Cabinet dans son lieu de naissance et que son père avait eu des relations avec notre artiste. Il est probable que l'existence, à Lierre, d'une famille van Avont est la cause de cette indication fautive. Quoi qu'il en soit, nous pouvons donner l'assurance que

les registres de cette ville ne contiennent pas l'acte de baptême de notre Pierre.

Cet artiste se trouvait h Anvers, en 1 622-1 623, et y fut reçu, à cette époque, franc-maître de la gilde de S' Luc, quoiqu'il n'y eût pas encore acquis la qualité de bourgeois (poorter).

Nous ignorons le nom de son professeur, mais il est incontestable que Pierre-Paul Rubens et Antoine van Dyck exercèrent sur son talent une influence considérable. Il ouvrit à Anvers un atelier, où il reçut, en 1 625-1626, son premier apprenti Pierre van de Cruys, qui fut inscrit, comme franc-maître, en 163 8- 163 9. Son second élève, le célèbre François Wouters, y entra en 1629, et lui fit le plus grand honneur. Il était fils de Henri et de Barbe Brabants, et natif de Lierre, où il fut baptisé le 2 octobre 16 12, dans l'église de S' Gommaire. Il acheva auprès de Rubens son éducation artistique et fut reçu, à Anvers, à la franc-maîtrise de S' Luc, en 1634-1635. François Wouters remplit, en 1649-1650, les fonctions de doyen de la célèbre gilde.

M. Fr.-Joseph van den Branden a publié, en 1872, dans le tome VIII, 2*^ série, des annales de l'académie d'archéologie de '[Belgique, des particularités très intéressantes relativement aux relations de Pierre van Avont et de François Wouters. Elles font partie de la biographie de cet excellent [élève de notre artiste et ont paru en brochure ladite année (i).

Henri Wouters, le père de François, passa à Lierre, le 4 décembre 1629, un contrat d'apprentissage artistique de son fils.

(i) Frans Wouters, ktinstschiJder, (1612-59^. ^iitwerpen, J.-E. Buschmann. 42 pp. in-8c.

Van Avont s'engagea à procurer, pendant quatre années consécutives, l'alimentation nécessaire à François Wouters, et à lui enseigner l'art de peindre, pour autant que le comporterait sa capacité, et cela, moyennant la somme annuelle de dix livres de Flandre (i). A l'époque du second paiement, Henri Wouters se trouva, par un motif quelconque, en défaut d'y satisfaire, ce qui n'empêcha pas van Avont de passer avec lui un nouveau contrat.

Aux termes de cet accord, le père de François Wouters continuait à notre artiste l'apprentissage de son fils pour un nouveau terme de quatre années, mais sans devoir à van Avont une rétribution quelconque. Au contraire, celui-ci se chargeait de l'alimentation de son élève et, en outre, de pourvoir à son habillement et à ses autres besoins. M. van den Branden conclut de ces faits, ou bien que van Avont trouvait un aide excellent en François Wouters, ou bien qu'il prévoyait l'honneur que lui rapporterait un élève de ce mérite (2). Nous partageons entièrement cette appréciation.

Henri Wouters étant décédé vers 1634, son fils encore mineur déserta l'atelier de van Avont et se fit recevoir dans celui de Pierre-Paul Rubens. Il était parti, sans prendre congé de son maître, qui lui avait fait confectionner un magnifique costume, du prix de 13 hvres. Wouters arguait de son état de minorité, pour prétendre

(i) M. van den Branden fait remarquer que cette valeur de convention comportant 6 florins^ à 20 sous le florin, équivaut actuellement à 6 fois le prix de 1629, c'est-à-dire à 360 florins. — Note de la page 8.

(2) Op. cit., pp. 8-9.

que son père, dont il disait n'être pas l'héritier, n'avait pu l'obliger à demeurer chez van Avont.

Ces derniers mots rapprochés de l'allégation de celuici, qu'Henri Wouters était mort, laissant peu de bien, donnent lieu de supposer qu'une renonciation à sa succession avait été faite, au nom de son fils François.

Van Avont, qui tenait à faire rentrer celui-ci dans son atelier, présenta une requête au magistrat d'Anvers, à l'effet de faire désigner un des échevins qui prendrait sommairement connaissance de la cause. Et ceci fait, attendu l'état de minorité de Wouters, le peintre demanda de pourvoir celui-ci d'un curateur,, en la personne d'un autre des échevins, avec lequel l'affaire pourrait être débattue. Par apostille du 4 juin 1634, l'échevin Paul van Halmale, chef-homme de la gilde de S' Luc, fut chargé de l'information requise. Ce magistrat, ami des artistes, fut avec Rubens et Henri van Balen, le vieux, un des tuteurs des enfants mineurs de Jean Brueghel, de velours. M. van den Branden n'a pas trouvé la preuve que le commencement de procédure dont nous venons de parler ait profité à van Avont. Nous fondant sur certain passage du compte de la corporation de S' Luc de 163 3-1 634, dont nous ferons mention plus loin, nous sommes plutôt d'avis que le différend eut au moins une solution provisoire. Et l'apostille du magistrat, en date du 16 janvier 1635, nous confirme dans cette opinion (i).

Quoi qu'il en soit, van Avont ne perdit pas courage. Aussi lorsque François Wouters eut contracté mariage, en 1644, avec Marie Doncker, une riche héritière, son

(i) Op. cit., pp. 9, 10, 32-34.

ancien maître présenta une nouvelle requête, dès l'année suivante, au Magistrat d'Anvers. Van Avont y remontre, outre des faits déjà connus, que son élève l'avait abandonné une année et demie ou 7/4 d'année avant la fin de son apprentissage ; qu'il avait travaillé à son profit personnel, alors que l'exposant se promettait de lui de grands avantages ; qu'il lui avait fait confectionner un habit de drap d'une valeur de 80 florins (i), et qu'il s'était donné de grandes peines pour son éducation artistique. Il ajoutait que Wouters lui avait promis satisfaction, pourvu qu'il usât d'un peu de patience. L'artiste demanda en conséquence que MM. les bourgmestres et échevins voulussent bien lui désigner, au sein du magistrat, un commissaire muni des pouvoirs requis, pour terminer ce différend, ou bien l'autoriser à assigner son adversaire au rôle extraordinaire, de huitaine à huitaine. Par apostille en date du 14 janvier 1645, le magistrat nomma l'échevin Louis le Mesureur, pour vider cette affiiire et lui conféra les pouvoirs demandés (2).

Les difficultés furent aplanies cette fois, et le i juillet 1645, le maître vendit à son ancien élève une maison sise au grand Kauwenberg (grande montagne aux Corneilles), moyennant 200 florins, en argent comptant, et 250 florins, en tableaux. Cette aliénation fut toutefois annulée quelques jours plus tard et remplacée par la vente de sept maisons situées dans la même rue, et que van Avont céda à Wouters, au prix de 2,812 florins (3).

(i) La requête précédente en porte le prix à 13 î? de Flandre ou 78 florins, comme nous l'avons vu.

(2) Op. cit., pp. 25, 37 et 38.

(3) Ibld., p. 25.

Pierre Wouters, frère de François, baptisé à S' Gommaire, de Lierre, le 9 avril 16 17, vint demander des leçons à van Avont, en 1631-1632, mais nous n'avons pas rencontré son admission à la maîtrise de S* Luc. Celle-ci fut conférée, il est vrai, en 167 5- 1676, à un marchand d'œuvres d'art (handelaere) de mêmes nom et prénom, mais il n'est guère probable que cette inscription concerne l'ancien élève de van Avont.

Ce maître fut admis, en 163 2-1 63 3, dans la chambre de rhétorique de la Violette {Violiere), mais il s'en retira dès 1633-1634, et le compte de S^ Luc de cette année-là constate que le doyen Jean van Mildert ne reçut qu'à grand'peine de van Avont la somme de 7 florins 4 sous, au lieu des 12 florins auxquels il était tenu, par suite de sa démission.

L'annotation qui concerne cette difficulté donne à van Avont le titre de capitaine. Il l'était, en eff"et, de la 12^ section de la garde bourgeoise, et cela depuis le 6 octobre 1633, date de sa prestation de serment.

Le compte cité de la gilde de 163 3- 163 4 nous apprend que notre artiste eut, à cette époque, un diff"érend avec un de ses apprentis, et que les difficultés qui s'étaient élevées entre eux furent aplanies dans une réunion de la chambre de S' Luc. Il est plus que probable que l'apprenti dont il s'agit ici, est François Wouters. Le compte lui donne la qualification de valet (kuecbt) du capitaine van Avont, dénomination qui n'avait rien d'offensant et qui était encore en usage longtemps après 163 3-1 634, comme nous l'avons lu dans des documents authentiques.

Nous verrons plus loin la part que Pierre van Avont prit à la publication des Eniblemata sacra de Fide, Spe,

Charitate, mis au jour à Anvers, en 1636, par le Jésuite Guillaume Hesius.

Notre artiste était lié d'amitié avec Jean Brueghel, fils de Jean Brueghel, de Velours, et d'Isabelle de Jode. C'est ce que nous apprend un extrait du journal de ce peintre, journal dont une copie nous a été conservée par le secrétaire de l'ancienne Académie d'Anvers, Jacques van der Sanden. Nous y lisons, en effet, que Jean Brueghel II avait peint, en 1638, pour van Avont, un bouquet de fleurs dans un vase (een bloeinpotteken) , et que celui-ci avait remis en échange une pierre à broyer les couleurs et une somme de six florins.

Van Avont fut élu, le 24 mai 1638, consulteur de la sodalité des mariés, dirigée par les Jésuites d'Anvers, et rappelé à ces fonctions, le 20 mai 1640. Il avait, en effet, épousé dans la cathédrale, quartier sud, le 2 août 1622, du consentement de l'évoque d'Anvers et avec dispense de tous les bans, Catherine van Herfsen, Jean van Avont, le père du maître, et Jean van Aldenhoven, qui fut bibliothécaire de la sodalité des mariés, en 1633 (i), assistèrent les conjoints, en qualité de témoins. Notre artiste était entré à peine dans sa vingt-troisième année, et nos maîtres avaient généralement l'habitude de se marier bien plus tard.

Nous avons vu ci-dessus que van Avont se fit recevoir dans la gilde dès 1622-1623, et sans doute, dans la première de ces années. Il alla s'établir dans la paroisse de S' Jacques, dont les registres mentionnent le baptême de sept de ses enfants. Le premier en date est celui de

(i) Jean van Aldenhoven épousa Marie van Herfsen, sœur de Catherine.

Jean, tenu sur les fonts le i6 mars 1623, par Jean van Avont, son aïeul, et Josine van Herfsen. Il mourut en Espagne, le 20 août 1649. Jean van Avont n'a pas laissé de traces dans les archives de S' Luc. Il fut suivi de: 2° Marie, présentée le 17 octobre 1625, par Jean- Baptiste van Lemens, qui s'était fait recevoir, en 1623- 1624, parmi les amateurs de la chambre de rhétorique delà Violette (VioUere), et par Marie van Herfsen, tante de l'enfant. Elle décéda avant le 26 janvier 1644. 3° Anne, le 5 avril 1628; parrain, Jean van Aldenhoven, son oncle par alliance, marraine, Anne van Avont. 4° François, le 16 avril 1630 ; parrain, François Laureyssens, marraine, Elisabeth Wilderlandts. Il décéda en Espagne, avant le 18 août 1652.

Pierre van Avont obtint à Anvers, le droit de bourgeoisie (poorterschap) , après la naissance de cet enfant ; il lui fut conféré le 17 octobre 163 1. L'acte qui en fut dressé, constate positivement que notre peintre était natif de Malines. C'est ce qui est affirmé aussi dans l'attestation d'honorabilité et de bonne renommée, qui lui avait été délivrée la veille, sans serment, par Erasme van Ferve ou van Verwe, ébéniste (i), et par Elle Joly, peintre, franc-maître de notre gilde de S' Luc, en 1625- 1626, deux anciennes connaissances de van Avont. Ce document, qui nous a été signalé par M. F.-Jos. van den Branden, Archiviste-adjoint de la ville d'Anvers, dit aussi, ce que nous savions déjà, que le père du peintre s'appelait Jean.

5° Pierre, le 22 avril 1632; parrain, maître Melchior

(i) Érasme van Verwe obtint la franc-maîtrise de S» Luc, en 1632-

Teniers, frère du célèbre peintre David, le vieux, et fils du peintre Julien Teniers, le vieux, et de Susanne Congnet ; marraine, Marie van Herfsen. L'acte de baptême donne, pour la première fois, au père la qualification de Signor. Melchior Teniers lui rendit le service qu'il en avait reçu, le 19 septembre 163 1, lorsque van Avont avait tenu sur les fonts de S' Jacques sa fille Agnès, qu'il avait eue d'Anne van Oosten, sa femme.

6° Guillaume, le 8 octobre 1635 ; parrain, Jean van Aldenhoven, marraine, Anne van Aken. Il mourut le i septembre 1646. 7° Ignace, le 21 août 1639 ; parrain, le même Jean van Aldenhoven, marraine, Martine Palms. Il décéda le 20 octobre 1652. Nous n'avons pas trouvé dans les Liggeren, qu'aucun des fils de Pierre van Avont, que nous venons de nommer, ait embrassé la carrière des arts.

Van Avont avait acquis avec sa femme, le 26 juin 1631, en vertu d'un acte passé par devant les échevins d'Anvers, une maison nommée de T^ackerye, située dans la rue de l'Empereur, en face de la rue Paul Elout, actuellement rue de la Chapelle de grâce {Gratiekapelstraat). Le prix d'achat de cet immeuble, qui est occupé aujourd'hui par une raffinerie de sucre et une maison de particulier et qui porte les n°' 46'''^ et 48, de la 2" section, était de 175 florins, 6 sous et un liard de rente. Les acquéreurs s'étaient obligés, en outre, au paiement de 155 florins, 4 sous de rente annuelle, dont la maison était grevée. Celle-ci se composait de deux chambres au rez-de-chaussée, d'une cour, d'une cuisine, au fond de celle-ci, de plusieurs chambres à l'étage, de greniers et de caves, etc. Le 3 juillet 163 1, le maître, qui exerçait aussi à cette époque la profession de marchand de

tableaux (dénomination générale comprenant tous les objets d'art, et sa femme l'hypothéquèrent en laveur de Jean Loockmans et consorts, et la grevèrent d'une rente annuelle de 62 florins et 10 sous. L'immeuble le fut de plus en plus depuis ce temps, aussi bien du vivant de Catherine van Herfsen, qu'après son décès.

Le compte de la gilde de S' Luc, du 18 septembre 1642 au 18 du même mois 1643, mentionne la recette de 3 florins 4 sous , produit de la dette mortuaire (doodschuld) de la femme de Pierre van Avont. Elle était décédée, en effet, le 3 septembre 1643, d'après l'acte authentique que nous allons analyser.

Cet acte est l'état de tous les biens meubles et immeubles, ainsi que des dettes, délaissés par Catherine van Herfsen, à laquelle survivaient six enfants mineurs de son mari Pierre van Avont, savoir : Jean, âgé de dix-neuf ans, dit le document daté du 6 février 1644, tandis que le jeune homme en avait réellement près de ving,t-mi ; Anne, âgée de 15 ans, François, de treize, Pierre, de onze, Guillaume, de sept, et Ignace, de cinq. On remarque, en comparant les dates des naissances de ces derniers enfants avec l'âge qui leur est assigné dans l'acte authentique, que le rédacteur de cette pièce n'a guère indiqué exactement celui qu'avait atteint chacun des enfants de van Avont.

Le document nous apprend que ces mineurs étaient les héritiers de leur mère, et que leur père produisait cet état de biens et de dettes par devant les administrateurs de la chambre des pupilles (weesmeeste7's) d'Anvers, et le soumettait à Jean van Aldenhoven, oncle des enfants, que nous avons appris déjà à connaître, et au notaire François Marcelis, l'un et l'autre tuteurs légaux

des mineurs. La charge de ce dernier, qui était étranger à la famille van Avont, devait prendre fin aussitôt que l'acte aurait été passé et que le peintre aurait assigné à ses enfants ce qui leur reviendrait par solde de compte dans la succession maternelle.

Le document nous fait connaître que van Avont était resté en communauté avec ses fils et fille, jusqu'au 26 janvier 1644, et que, méditant de secondes noces à cette époque, il avait procédé à la confection de cet état de biens. Sa première femme était décédée alors depuis moins de cinq mois, nous en faisons la remarque en passant sans vouloir blâmer l'artiste, qui peut avoir eu des motifs particuliers de donner de si bonne heure une belle-mère à sa jeune famille.

L'acte nous dit que les meubles de la mortuaire avaient été taxés à 3786 florins 5 sous ; qu'elle possédait une maison dans la rue de l'Empereur (de Kei:(erstraal) nommée de Backerye (la Boulangerie ?) ; l'artiste l'habitait avec ses mineurs. Elle avait été évaluée à 6000 florins ; six maisonnettes sises les unes à côté des autres, au Kauivenberg, à 3000 florins. L'actif de la succession montait à 12898 florins 5 sous.

Dans le passif figuraient un capital de 2738 florins 8 sous, ou 169 florins 7 sous de rente annuelle, dont était chargée la grande habitation de la rue de l'Empereur, et un autre de 1600 florins, ou 100 florins de rente annuelle Iwpothéquée sur les maisonnettes du Kauivenberg. Le total du passif représentait une somme de 6243 florins 15 1/2 sous. Déduite de l'actif, il restait un boni de 6654 florins 9 1/2 sous. La moitié de cette somme, soit 3327 florins 4 3/4 sous, revenait à Pierre van Avont, l'autre à ses enfants, chacun à raison d'un

sixième, ou 554 florins 10 3/4 sous. L'acte passé le 5 février 1644 porte la signature du greffier de la chambre des pupilles, G. de Witte.

L'artiste fit rédiger, ce même jour, son contrat de mariage avec Catherine tKint. Cet acte reçu par le notaire Barthélémi van den Berghe, le vieux, nous apprend que Pierre van Avont était, à cette époque, ancien capitaine de la garde bourgeoise d'Anvers, et qu'il s'était fait assister de son beau-frère Jean van Aldenhoven. Nous y lisons que la future était célibataire, fille légitime de feu le signor Abraham tKint (négociant^ décédé le 2 décembre 1625, et inhumé à S^ Georges) et de demoiselle Pétronille de Mont^ qui était encore en vie et qui l'assistait au contrat. Ses autres assistants étaient le Signor Jacques de Mont aHas de Brialmont, marchand de draps, son oncle maternel, et le Signor Guillaume tKint, aumônier en charge {dienende aalmoiseniet') de cette ville, son cousin paternel, et tous les deux ses tuteurs. Van Avont, qui comptait quarante-quatre ans accomplis, à cette époque, épousait une mineure et allait s'allier à une des familles les plus considérables de la bourgeoisie. Son apport pour parer aux charges du mariage, consistait dans la somme de 3327 florins 4 3/4 sous, qui venait de lui être attribuée dans son décompte de la mortuaire de sa première femme, et dans celle de 675 florins 8 sous, à laquelle les experts avaient taxé ce qui lui revenait dans les meubles de sa précédente communauté, d'après la disposition du titre XLI de la coutume d'Anvers, intitulée : Het Stadt voordeel .

La future apportait en dot tous ses meubles et immeubles, dont il devait être dressé un état qui serait remis à son fiancé. A la dissolution du mariage, tous

les biens acquis pcir héritage ou autrement, par chacun des deux époux, devaient retourner à sa famille, et, en cas d'aliénation, la valeur d'iceux. Les conquêts devaient être partagés par moitié entre le survivant et les enfants ou héritiers du prémourant. En cas de perte, et si la fiancée survivait à son futur, elle aurait droit de reprendre tous ses biens quelconques, sinon leur valeur. Si Catherine tKint restait en vie après van Avont, elle pouvait prétendre à une part d'enfant, telle qu'il pouvait la lui laisser et qui lui tiendrait lieu de douaire (duiuarie). Si l'artiste était le survivant, il toucherait des biens de sa femme, une somme de 900 florins. Quel que fût le dernier vivant, il aurait droit à toutes les hardes, ornements, bijoux et joyaux, à son usage personnel. En cas de prédécès de la future, van Avont pouvait retenir par devers lui son mousquet, sa cuirasse et toutes ses autres armes. Ces conditions devaient être exécutées, qu'il y eût ou non des enfants survivants, issus de ce mariage.

L'acte que nous venons d'analyser fut passé dans la maison de la mère de la future, située au Kipdorp. L'artiste le signa : Teeter van kAvoiiI, et tous les comparants y mirent également leur seing, ainsi que le notaire.

Le maître épousa Catherine tKint, le 7 février 1644, deux jours après la conclusion du contrat. Il y eut dispense de tous les bans, et le mariage eut pour témoins Jean van Aldenhoven , beau-frère de van Avont, et Jacques de Mont, oncle maternel de sa fiancée. La bénédiction nuptiale fut donnée dans l'église de S' Jacques, dans laquelle furent baptisés les cinq enfants qui naquirent aux nouveaux époux : i'' Dominique, le 1 1 décembre 1644; parrain, le Signor Nicolas Cassier Talavia, pro-

tecteur des beaux-arts, et Pétronille de Mont, aïeule de l'enfant; 2° Aloïs, le 12 mai 1646; parrain, le Signor François Wouters, peintre célèbre et ancien élève de van Avont, qui témoignait ainsi sa reconnaissance à son premier maître ; marraine, M"" Anne-Marie tKint, au nom de M"" Marie tKint. Cet enfant mourut à l'âge d'environ deux ans ; 3° Catherine, le 9 avril 1648 ; parrain, le Signor Gossuin Beyens, marraine, Anne van Avont, sœur consanguine de l'enfant; 4° Marie-Thérèse, le 19 août 1649 ; parrain, le Signor Jean de Mont, marraine, M"^ Anne-Marie tKint. Elle décéda le 18 août 1652; 5° Jean-François, le 9 décembre 1650 ; parrain, le Signor Jean van Aldenhoven, marraine, M"^ Marie de Mont, représentant Marie Macquereel, femme du graveur Jean Galle. Nous n'avons trouvé dans les resistres de la gilde de S' Luc aucune mention concernant Dominique ou Jean-François van Avont. Le fait n'a rien d'étonnant, quant au premier, puisque le magistrat d'Anvers l'admit en qualité de procureur, le 13 juillet 1669, après neuf années de cléricature passées en l'étude du procureur Herreyns (t).

Le compte de la corporation de S' Luc du 18 septembre 1645 au 18 septembre 1646 renseigne une recette de six florins payés par le graveur Jean Vinck, pour l'estimation faite dans une réunion générale de la chambre Çde voile camei-) de la gilde, d'un tableau de van Avont.

Les actes de baptême de l'église de S' Jacques nous apprennent que Catherine tKint , la seconde femme de notre peintre, y tint sur les fonts, le 24 septembre

(i) %^equestboeck 1668-166^, fol. ijo verso. — Communication de M. F.-Jos. van den Branden.

1648, Marie-Anne Hollar, fille du célèbre graveur Wenceslas Hollar et de Marguerite Straci, son épouse.

Les registres du tribunal échevinal d'Anvers^ nommé de Fierschaer, nous font connaître qu'Alard Dury fit pratiquer, le 21 octobre 1650, une saisie-arrêt sur des deniers de Pierre van Avont, déposés chez Nicolas Cassier Talavia, le parrain de son fils Dominique. Ils nous apprennent également que l'artiste forma opposition, le 2 novembre suivant, à ce commencement de procédure, qui avait pour motif une liquidation de compte entre van Avont et Nicolas Cassier Talavia, dont Dury était le cessionnaire. Ces difficultés furent aplanies après le décès du peintre, au moyen d'une transaction, qui coûta à sa mortuaire la somme de 438 florins 16 sous un liard.

Van Avont s'était décidé, en 1650, à vendre sa maison de la rue de l'Empereur, mais cet immeuble était grevé, entre autres, de la somme de 3327 florins 4 1/2 sous, qui revenait aux enfants de sa première femme. L'artiste désirant en décharger cette propriété, fit présenter une requête dans ce sens aux administrateurs de la chambre des pupilles. Il exposa dans ce document, qui nous a été communiqué par M. F.-Jos. van den Branden, qu'il s'était engagé envers les tuteurs de ses enfants mineurs, à élever et à alimenter ceux-ci, au moyen des intérêts de ce capital. Il ajouta que la maison de Backerye avait été évaluée dans le décompte de la succession de sa première femme, à 6000 florins, mais qu'il avait été ordonné par les administrateurs de la chambre des pupilles, que si l'immeuble était vendu publiquement ou de la main à la main, à un prix supérieur, la moitié de l'excédant reviendrait aux mineurs.

Il avait, disait-il, aliéné la maison à l'amiable, à la demoiselle Claire van Esschen, moyennant la somme de 6900 florins. Ses enfants auraient droit par conséquent à un supplément de 450 florins. Mais, faisait observer l'artiste, il avait augmenté la valeur de ce bien par l'addition d'une maison de derrière, qu'il avait fait bâtir et qui lui avait coûté au-delà de 1000 florins. La vente comprenait d'ailleurs divers meubles, et, entre autres, quelques orangers, le tout d'une valeur de 400 florins. Il fallait considérer en outre, qu'au moment de la liquidation, la maison était chargée d'un cens de 4 florins, en faveur de la chapellenie de l'autel de S^ Antoine, dans la cathédrale, et qu'il n'avait pas été tenu compte de cette circonstance dans la mortuaire de Catherine van Herfsen. Van Avont concluait de ces faits qu'au lieu d'être redevable d'un excédant, il était constitué en perte, et invoquait à cet égard le témoignage de Jean van Aldenhoven, l'oncle et le tuteur de ses mineurs, que nous trouvons qualifié de premier commis du Mont de piété, dans un acte du 17 février 1646.

Le maître demanda en conséquence, qu'eu égard à ces motifs, et pour le mettre en état de contenter son acquéreur, Messieurs de la chambre des pupilles voulussent déclarer qu'il n'était tenu à rien au-delà de 3327 florins 4 1/2 sous, autoriser le tuteur à les toucher et à en dégrever la maison, à condition de remployer la somme en hypothèque sur certaines terres que van Avont venait d'acquérir à Deurne, près d'Anvers, au prix de 5500 florins. Il annonça son projet d'y bâtir une maison, et demanda à être autorisé à déclarer par devant les échevins, que celle de la rue de l'Empereur lui appartenait personnellement en entier. Toutes ces

demandes furent accordées au maître, le 20 décembre 1650, après que la chambre des pupilles eut entendu verbalement Jean van Aldenhoven et son cotuteur, Jean de Mont. Van Avont vendit encore ce même mois sa maison à Claire van Esschen.

L'artiste fit adresser, en juillet 1652, une nouvelle requête au corps que nous venons de nommer. Ce document, qui nous a été également communiqué par M. F.-Jos. van den Branden, nous apprend que le peintre avait hypothéqué les 3327 florins 4 1/2 sous dont il était redevable aux enfants de sa première femme, sur une maison et des terres d'une contenance de 3 bonniers 154 verges, situées à Deurne, près d'Anvers. Ceux-ci étaient encore au nombre de trois. L'aînée, Anne van Avont, était, prétendait son père, majeure, quoiqu'à vrai dire, elle n'était entrée dans sa vingt-cinquième année, âge requis par la coutume d'Anvers, que depuis avril; il s'en fallait donc de près de neuf mois, qu'elle eût réellement cette qualité. Le second, Pierre, avait pris l'habit religieux chez les Guillelmites d'Alost. Van Avont avait pourvu aux frais de sa vêture, et en y comprenant ce que le maître devrait débourser, lors de la profession, il aurait payé une somme plus forte que celle à laquelle le novice avait droit dans la succession de sa mère. Le troisième et dernier enfant survivant du premier mariage de l'artiste, Ignace, était âgé, disait van Avont, de treize ans : il comptait donc l'année commencée pour révolue, amsi qu'il l'avait fait à l'égard de sa fille, car le jeune garçon, étant né au mois d'août 1639, n'avait pas encore accompli sa treizième année en juillet 1652.

Le maître avait démembré sa propriété de Deurne et en avait vendu 154 verges, quittes et libres, à Engelbcrt

de Bie. Il avait proposé en conséquence à sa fille Anne de se contenter de l'hypothèque de la maison de son père et du jardin y attenant, mesurant environ 125 verges, ce à quoi elle avait consenti. Le peintre faisait observer qu'il ne pouvait supposer que les tuteurs de ses mineurs, Jean van Aldenhoven et Jean de Mont s'opposeraient à cet arrangement, puisque la maison et le jardin avaient une valeur triple, quadruple même et au-delà de ce qui reviendrait à ses deux mineurs. Il otfrait d'ailleurs, au besoin, de donner d'autres sûretés aux tuteurs et concluait en demandant que ceux-ci fussent autorisés et, s'il le fallait, contraints de décharger le bien vendu de l'hypothèque de leurs pupilles, qui continuerait à grever uniquement la maison et le jardin y attenant.

La requête de van Avont lui fut adjugée le 11 juillet 1652, après que les tuteurs curent été entendus verbalement.

Le célèbre graveur Wenceslas HoUar avait fait paraître entrctcmps^ en 165 1, le portrait de notre artiste. Van Avont y est représenté en buste, dans un médaillon, entouré de cinq génies qui tressent de riches guirlandes de fruits et de fleurs. Le maître a la mine rêveuse ; il porte les cheveux longs, des moustaches et une impériale. Son collet blanc est rabattu sur son pourpoint de couleur noire, que recouvre un manteau également noir et garni de velours. La planche, dont nous reparlerons, fut exécutée d'après un dessin de van Avont, qui pouvait compter parmi les beaux hommes de son époque. Le portrait porte l'inscription suivante : Tetrvs van den ^voiit Belga KAntverpianvs pictor . La faute van den Avont, au lieu de van Avont, est le fiit du graveur des lettres. L: peintre étant Malinois de naissance, l'expression

tAnlverpianvs signifie uniquement que le maître était Anversois, par suite de son admission dans la bourgeoisie de cette ville. Nous tenons à faire remarquer ici, que de bons juges reconnaissent dans la gravure de ce portrait, dont le Catalogue Wouters, cité plus loin, mentionne un exemplaire daté de 1646 (p. 150, n'' 1627), la main de Conrad Lauwers ; ils sont d'avis que l'entourage seul est l'œuvre de HoUar. Celui-ci exécuta, en 1654, une Bacchanale de petits satyres et d'enfants, d'après un dessin de van Avont, qui, comme nous le verrons, était décédé avant cette année.

L'inventaire de la mortuaire d'Alexandre Voet, le vieux, graveur de mérite, décédé à Anvers, le 3 octobre 1689, dressé par le notaire Gérard Casens, mentionne une autre effigie de notre artiste. Elle y figure au n° 176, comme peinte par Pierre van Mol. Nous ignorons si elle existe encore actuellement.

Avant de raconter la fin de la vie de van Avont, nous allons nous occuper de ses travaux artistiques. Corneille de Bie vante avec raison la morbidesse de ses chairs, la délicatesse et, en même temps, la vigueur de son pinceau, dans la reproduction des petits enflmts, ainsi que la grâce de ses compositions.

Qj-ioique l'artiste fût un très bon paysagiste, il n'en consentit pas moins à orner parfois de figurines les réprésentations champêtres de ses émules, David Vinckeboons, Jean Brueghel, le jeune, Luc van Uden, Jean Wildens, Alexandre Keerinckx, Jacques Darthois, Luc Achtschellinckx et Louis de Vadder. Il fit aussi des copies de tableaux de Pierre-Paul Rubens et d'Antoine van Dyck. Enfin il eut le tort de livrer parfois aux amateurs des toiles peu achevées.

Voici l'indication des œuvres du maître qui nous sont connues. Dans l'église de S' Jacques, à Anvers, un groupe ayant pour sujet la Sainte Vierge tenant l'Enfant Jésus qui sommeille ; an fond, un paysage animé de quelques biches et d'oiseaux qui volent dans l'air. La Mère de Dieu est évidemment le portrait d'une dame quelconque; c'est, du reste, une figure digne de louange. Un petit garçon fort replet est censé représenter le Sauveur. Cette composition est entourée d'ime guirlande de fleurs , d'une facture exquise, peinte, en 1636, par François Ykens, qui l'a signée et datée. Ce superbe tabl-eau a été donné, en 1870, à l'église de S' Jacques, par M. Jacques Joseph Blomaerts, amateur anversois, en mémoire de son oncle Philippe-Louis-Emmanuel Blomaerts, chanoineprêtre et dernier possesseur de la 15""^ prébende de l'ancienne insigne collégiale de S^ Jacques, une des victimes de la révolution française.

C'est ce que constate l'inscription suivante, placée au-dessous de cette œuvre d'art, au pourtour méridionale de ladite église :

PliE MEMORI^

j^di £)ni pjji LuD. Emm. Blomaerts Pr^b. XV huj. Ins.

Coll. Eccl. Can. ult.

Ph' Lud. Jac. ^dilis s. Georgii et Is""" M^ van Scha-

renborgh f.

aUI FERVENTE PeRSECUTIONIS GaLLICAN^ .ESTU CONaUISITUS CONTRACTO EX PR^CIPITI FUGA MORBO IN FiDE CaTH.

constans obiit 21 febr. l802 Jac. Jos. Blomaerts Fr" Gasp. Melch. Balth. pictoris

ET M"" Ann^e Mingelgen F.

ET Angelina Slagers Huberti et m* Cath. Muls F.

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