‹ Biographies d'artistes anversois (volume 2)Chapitre 8 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

paysage montagneux. Signé du monogramme A. P., à l'avant-plan. 28° A droite, une vaste prison, aux fenêtres de laquelle se montrent plusieurs détenus. A gauche, un jardin entouré de murs ; fond, vue de ville. 29° Un vieil avare, portant un pince-nez à verres doubles et assis à une table, contemple les pièces de monnaie qu'il vient d'y étaler. L'Harpagon est assis dans une cuisine dont la fenêtre ouverte donne sur un jardin, et qui est garnie d'armoires et d'ustensiles de ménage. 30° Un peintre vêtu d'un habit bordé de fourrures, est assis à une table chargée de plats qui portent un cygne, un paon, des fruits, un monticule d'où naît un lis en fleurs, etc. Tous ces objets sont faits de main d'homme, et l'artiste est en train d'en restaurer les couleurs. Signé sur un des plats, du monogramme du maître. 31° Un papillon qui vient se brûler les ailes à la lumière d'une chandelle placée au milieu d'une chambre, dont la porte et la moitié inférieure d'une fenêtre sont ouvertes sur la campagne, 32° Un fort au-dessus duquel éclate une machine infernale ; fond, paysage. 33° Un feu de bois d'où se dégage une fumée noirâtre ; fond, paysage orné de fabriques. 34° Un atelier de peintre. On y remarque, sur un chevalet^ un tableau représentant diverses études de têtes, ailleurs une palette et des pinceaux, la pierre à broyer les couleurs et ses accessoires ; fond, une galerie qui donne accès à un jardin. 35° De beaux bâtiments envahis et détruits par le lierre ; fond, paysage. 36° Un jeune enfant repousse une potion désagréable que lui présente sa mère. La scène se passe dans un bel appartement dont les fenêtres ouvertes donnent sur un jardin. 37° Sur une table couverte d'un tapis signé du monogramme d'André Pauwels ou Pauli, sont exposés

de superbes vases de verre. D'autres sont étalés sur les tablettes d'un dressoir placé derrière la table. Une porte ouverte à droite donne accès à un bâtiment qui renferme une fournaise ardente ; fond, paysage. 38° Une jeune dame richement vêtue est assise dans un bel appartement dont les fenêtres sont ouvertes sur un jardin. Elle est en train de débarrasser sa main gauche des verrues qui la couvrent. 39° Un chirurgien posant un cautère sur le bras droit d'un malade qui est assis au pied de son lit. 40° Un gentilhomme dressant un âne, qui répond à ses soins par une ruade ; fond, paysage orné de fabriques. 41° Un petit bonhomme monté sur une élévation, regarde avec mépris les gens qu'il aperçoit au-dessous de son observatoire ; fond, paysage au bord de l'eau. 42° Un moulin à eau, dans un paysage. 43° Deux cavaliers s'abordent en se compHmentant dans le vaste salon d'un palais, qu'éclaire un flambeau posé sur un magnifique chandelier. Deux autres gentilshommes se chauffent au feu d'une superbe cheminée, tandis que deux autres encore montent l'escalier qui conduit au salon. 44° Un jeune homme s'amuse à lancer son cerfvolant dans les airs ; fond, paysage orné de fabriques. 45° Vue d'une belle place publique : on y remarque, à l'entrée de trois maisons, une planchette indiquant qu'elles renferment des habitants atteints de la peste. Une femme se montre à la porte de l'une d'elles. 46° Une corneille qui s'était parée du plumage d'autrui, en est dépouillée par d'autres oiseaux, et vient s'abattre dans une cour entourée de bâtiments en ruines ; fond, paysage boisé. 47° A l'avant-plan, sur une table couverte d'un tapis et entourée d'une balustrade, sont étalés un col de dentelles et un autre ornement féminin. Dans un

champ, à quelque distance, croît le lin. Une paysanne assise travaille, près de l'avant-plan, tandis qu'un tisserand s'occupe à son métier, dans une chaumière dont la porte est ouverte. 48° A l'avant-plan, un jeune gentilhomme montre de la main gauche, les fleurs qui tombent d'un arbre à fruits et dont on a déjà rempli une corbeille. Un autre cavalier, placé à quelque distance, a braqué sa longue vue sur un paysan qui abat les noix, à coups de bâton. Fond : campagne ornée de fabriques. 49° Un paysage d'été, éclairé par la pleine lune, qui se réfléchit dans une nappe d'eau. L'astre des nuits se détache sur des nuages aux tons argentés, tandis que d'autres, qui font ressortir les premiers, sont plongés dans l'obscurité. 50° Un vieillard,, les yeux bandés et tenant un crucifix, est agenouillé sur un échafaud dressé devant la maison communale, à l'entrée de laquelle se tiennent les membres du magistrat. Le bourreau, brandissant son glaive, s'apprête à trancher la tête du coupable. Fond : vue d'une ville située au bord d'un fleuve. La planche est signée du monogramme du maître. Ces estampes ont été, comme les précédentes, gravées à l'eau-forte et au burin. Elles se distinguent en général par la grâce de leur composition, la beauté de leur dessin, la grande sûreté de main de l'artiste, et la brillante couleur qu'il a su introduire dans ces images. Ses figurines d'hommes et de femmes sont d'un goût exquis, et, lorsque le sujet le requiert, d'une élégance remarquable. Ses représentations d'animaux et d'autres objets ne leur cèdent en rien, et les fonds, ainsi que les ciels sur lesquels se détachent les unes et les autres, sont d'une exécution ravissante.

Chacune de ces petites gravures est entourée d'une

bordure variée, qui en relève le mérite. Elles ont généralement 8 centimètres à peu près de hauteur sur environ ro de largeur. Comme elles sont^ en grande partie, de forme ovale, nous en avons indiqué la hauteur la plus considérable.

Nous ne connaissons aucun de nos anciens maîtres flamands qui ne doive céder le pas à André Pauwels ou Pauli quant à l'exécution de ces gravures en petites dimensions.

Nous considérons Théodore Rombouts comme l'auteur des dessins de ces planches. Ici se présente, à la vérité, une objection, à laquelle nous devons quelques mots de réponse. Le maître dont vous parlez, pourrait-on nous dire, décéda le 14 septembre 1637 (i), et vous prétendez qu'il est l'auteur des dessins d'un ouvrage qui ne fut publié qu'en 1639. Nous répondrons que l'approbation de Gaspard Estricx, pléban de la cathédrale d'Anvers et censeur des livres, donnée au Mvndi lapis lydivs, est datée du 16 février 1639, c'est-à-dire d'un an, 5 mois et 2 jours, après la mort de Théodore Rombouts. Nous ajouterons que quelque faciHté d'exécution qu'on suppose à André Pauwels ou Pauli, et nous croyons qu'il en eut une grande, il lui a fallu un temps assez considérable pour exécuter les 50 gravures qui ornent l'ouvrage d'Antoine de Bourgogne, dont nous nous occupons. On nous accordera aussi que l'impression d'un livre de 300 pages in-4°, faite à Anvers , et dont les épreuves devaient être expédiées à l'auteur, qui habitait Bruges, n'a pu se faire bien promptement. Ceci est prouvé, du

(i) Inscriptions funcraires cl monunienlalcs de la province d'Anvers, T. V, p. 311.

reste, par le privilège accordé à la veuve de Jean Cnobbaert, inséré dans le livre et daté de Bruxelles, le i août 1639, par conséquent plus de 5 mois après l'approbation du censeur. Mais qu'est-il besoin de ces raisonnements, alors que le style de Rombouts vit dans ses dessins de la façon la plus incontestable ? André Pauli a gravé en 1637-1639, d'après un maître décédé en 1637, comme Wenceslas Hollar a travaillé en 1654, d'après Pierre van Avont, mort le i novembre 1652 (i). L'ouvrage d'Antoine de Bourgogne eut un grand succès, auquel les planches dont il est orné auront certes contribué pour une très large part. Pierre Gheschier, curé du Béguinage, dit la Vigne, à Bruges, rendit en vers flamands, la prose de l'archidiacre de la ville de sa résidence et y obtint l'approbation de sa version, le 30 avril 1643. D'après le privilège accordé le i août 1639, à la veuve de Jean Cnobbaert, celle-ci jouissait exclusivement du droit d'imprimer et de mettre en vente le livre d'Antoine de Bourgogne. Ce fut aussi à elle que Gheschier s'adressa pour la publication de l'œuvre qu'il avait entreprise, à la prière de l'auteur primitif. Elle sortit, en 1643, des presses de la veuve et des héritiers de Jean Cnobbaert et porte le titre suivant : Des Wereldts Proef-steen ofte de Ydelheydt door de Waerheydt beschuldi^bt cnde overluyght van Valscheydt. In het Latijn beschreven door den sccr Edel. en Eeria. Heere H. ^ntonivs a Bvrgvndia Archidiahen van Brugghe, ende ?mt Neder-landtsche dichte verlicht door Petrvs Gheschier, Tastor van 't Prince-

(i; Allusion à une planche représentant quatre enfants, deux satyres et un bouc, et signée : T. van Avont inu : W. Hollar fecit 16^4. Voyez notre biographie de Pierre van Avont.

lijck Begîjn-hof^ gheseijdt den Wijngaerdt, in Brugghe. — T Antiverpcn gedriicht hij de Weduwe ende Erfgcnamen van Jan Cnobhaert i6^^.

La production de Gheschier parut avec l'ancienne planche de titre et les merveilleuses petites estampes d'André Pauwels ou Pauli. Celles-ci sortirent de ce tirage dans un état encore assez recommandable, quoique fort inférieur naturellement à celui de l'édition primitive (i).

Un nouveau tirage de la planche de Théodore-Jonas van Merlen, d'après Abraham van Diepenbeeck, ainsi que des emblèmes d'André Pauwels ou Pauli, fut publié à Anvers, en r666, par le graveur, imprimeur d'estampes et éditeur Jean Galle. Il ornait la version en vers latins qu'Aurèle-Augustin Clément, religieux-augustin de Bruxelles, à cette époque préfet des études du collège de son ordre, à Anvers, avait faite de Touvrage d'Antoine de Bourgogne. Jean Galle dédia, le i janvier 1666, le nouveau livre au célèbre Casperius Gevartius (Gaspard Gevarts), conseiller et historiographe de l'empereur et du roi d'Espagne. La dédicace avait été écrite, en vers latins, le 28 juillet 1665, par Clément, dont l'ouvrage porte ce titre : Mvndi lapis lydivs sive emblemata moralia nohilissimi viri T). Antonii a ^vrgvndia quondam Archidiaconi ^rugensis in quibus Vanitas per Veritatcm falsi accusatus et convincitur. Versibus illusîrabat Avrelivs tÂtigvstinus Clemens Bruxellensis, Fr. E remita ^ugustinia-

(i) La dédicace à Josse Bouckhaert, huitième évêque d'Ypres et cousin de Gheschier, porte en tête les armoiries de ce prélat, assez médiocrement gravées par Arnould Loemans. — L'avertissement au lecteur nous apprend que la version fut entreprise à la sollicitation d'Antoine de Bourgogne.

nus (i). AniverpiîC ex anea typographia Jonnnis Galle (2).

Cette édition est la seule que mentionne Charles le Blanc, dans son Manuel de l'amateur d'estampes, T. II, p. 154, n°^ 5 et 54, et ce n'est certainement pas la meilleure. Sauf la dédicace qui est composée en caractères d'imprimerie, les vers de notre Augustin et un précis en prose qui les suit, sont gravés sur cuivre et tirés au-dessous des planches primitives. Celles-ci sont numérotées dans la publication de 1666, de i à 51, car nous verrons qu'elle en contient une de plus. L'indication et l'explication des emblèmes, qui se trouvaient dans l'édition primitive en partie au-dessus et en partie au-dessous des images, sont jointes cette fois aux estampes mêmes. Au bas des vers et du précis de Clément se lisent ainsi les noms du graveur et de l'imprimeur des emblèmes : Andréas Pauli fecit. — loan. Galle excudit.

La cinquante-unième planche signée par le maître luimême : A. Pauli. F., représente une Vue de l'église de la maison-prof esse et des bâtiments adjacents des Jésuites d'Anvers. Le milieu de la place est occupé par une procession des sodalités de ces pères. Dans le ciel est assise la S" Vierge qui trône sur des nuages et tient son divin Fils. Le petit Jésus bénit les serviteurs de sa Mère. Lui et Elle sont entourés des signes du zodiaque,

(i) Le père Aurèle-Augustin Clément, qui avait fait profession au couvent de Bruxelles, décéda chez ses confrères d'Anvers, le 10 juillet iGè'j .Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers, T. IV, p. 257.

(2) La planche de titre qui a été retravaillée et qui n'a pas gagné à cette opération, porte les mots ^br. à Diepenbeke delin., au lieu de ceux de l'édition primitive : ,Abr. à Diepenbeke deliniavit (sic), mais l'indication du graveur Théodore-Jonas van Merlen en a disparu.

qui se détachent sur des sujets sacrés parmi lesquels nous distinguons V Apparition du Sauveur à Marie, après sa résurrection. Cette planche, digne en tous points de notre maître, porte cette explication : lesvs ludex Vanitatis. — Maria Patrona Humani generis. Son état prouve qu'elle a servi à des tirages antérieurs, mais nous ignorons à quel ouvrage elle a été destinée primitivement.

Il est sans doute inutile de prévenir le lecteur qu'encore qu'elles aient été, par-ci par-là, l'objet de nouveaux travaux, les planches de cette troisième édition ont beaucoup perdu de leur brillant.

Le graveur Jean-Ulric Krauss fit reparaître, en 17 12, à Augsbourg, à l'imprimerie de Jean-Jacques Lotter, l'œuvre d'Aurèle - Augustin Clément . Elle porte le titre suivant : Mundi lapis lydius. Oder : Der Welt Probier-Stein, Das ist, Emblematische Sitten-Lehren, dess beriihmten D. Antonii à Burgundia, Weyland lArchi-Diaconi T^rugensis. In disen Sitten-Lehren wird die Vanitat odcr Eitelkeit durch die Wahrheit beschuldiot und ùbcriuiesen

dess Falsches und Tetrugs. Dièses Wercklein illustrirte und erkiàrte mit Lateinischen Versen Aurelius ^ugustinus Clemcjis , von l^rïissel Fr. Eremita tAugustinianvs iAnjets:(0 dciien Liebhabern der Kïmsten ins Teutsche iiber:(etst und erklàrt in j"/. Sinbildern Herausgegeben von Johann Ulrich Krauss, Kupferstechern in ,Augsburg. — Druckts Johann Jacob Lotter, 1J12.

Krauss a copié, dans cet ouvrage, la planche de titre de Théodore-Jonas van Merlen et les merveilleuses petites estampes d'André Pauwels ou Pauli. Ces dernières, reproduites en sens inverse de l'édition originale, sont très médiocrement exécutées. L'œuvre de van Merlen

répétée par l'artiste allemand, dans le sens primitif, a perdu toute grâce et toute couleur (i).

Ch. le Blanc cite parmi les gravures exécutées par André Pauwels ou Pauli, le Reniement de S^ Pierre, d'après Gérard Zegers (2). Il ajoute que c'est une copie de la planche de Scetsélon {Schelte) de Bolswert, d'après ce peintre. Ayant sous les yeux les deux estampes, nous pouvons affirmer que l'iconographe français s'est gravement trompé en cet endroit. En effet, la gravure de Bolswert comprend huit personnages., parmi lesquels un chef qui saisit le bras droit de l'apôtre, tandis qu'un de ses subordonnés lui tient la main sur l'épaule. Pierre se défend contre les imputations d'une servante, qui se trouve près de lui^ une chandelle à la main. La scène se passe dans un corps de garde, au moment que les soldats s'apprêtent à jouer aux cartes, anachronisme dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Cette superbe planche fut dédiée par Gérard Zegers à son ami, le célèbre statuaire André Colyns de Noie, dont la maison était ornée depuis quelque temps du tableau original du maître.

L'estampe d'André Pauwels ou Pauli se compose de quatre figures seulement. Pierre s'y chauffe à un brasier. La servante qui l'a reconnu le regarde, en lui tenant la main droite sur l'épaule, et une chandelle, de la gauche. Un hallebardier, accompagné d'un chien, lui

(i) Ch. le Blanc fait mention de ce livre dans son Manuel de l'amateur d'estampes, T. II, p. 474, nos 273-323, et dit qu'il parut à Augsbourg, en 1712. Cela ne l'empcche pas, à la même page 474, de faire naître Jean-Ulric Krauss, en 1737, et de le faire mourir en 1806 ! Il gravait donc 25 ans avant d'être venu au monde.

(2) Op. cit. T. III, p. 154, no 2.

donne clairement à entendre qu'on sait à quoi s'en tenir, relativement à ses dénégations. L'apôtre nie lâchement et d'un air soucieux. Il est évident que le modèle de la figure de Pierre a été utilisé par Gérard Zegers dans les deux tableaux. Mais là s'arrête la ressemblance. Pierre est représenté dans une pose différente, dans l'une et l'autre composition. Il en est de même de la servante, qui est une toute autre personne dans chacune d'elles. Enfin le hallebardier ne fait pas même partie du tableau gravé par Bolswert.

La planche d'André Pauwels ou Pauli offre un bel effet de clair-obscur. Elle est exécutée en partie au burin et en partie à l'eau-forte. L'expression et la pose des personnages font honneur au maître, mais nous lui préférons néanmoins ses figures en petites dimensions. L'estampe mesure en hauteur, non compris l'inscription que nous allons rapporter, un peu plus de 25 centimètres, et 24, en largeur. On lit au-dessous de la gravure :

Vera negas, reus es, geminis quid testibus obstas Quolibet, ante duos, causa probata foro. Nec fugies, licet eiuras ter, Petre, tribunal ; Galle stat arbitrio lis dirimenda tuo.

Plus bas :

Gerardus Seghers inuen. — Cum privilegio. And. de Paullis fecit.

Nous avons vu ci-dessus que notre graveur a beaucoup travaillé d'après Théodore Rombouts. Outre les planches déjà mentionnées, il reproduisit en grandes

dimensions un tableau de ce maître, représentant un Arracheur de dents. C'est une composition de liuit figures. L'opérateur, tout de noir habillé, avec fraise et manchettes blanches, porte au cou, en guise d'ornement, un colHer de dents. Son chapeau est décoré d'un médaillon, dans lequel figure un portrait de grande dame. Notre homme est debout près d'une table sur laquelle sont étalés ses instruments, ses fioles, des dents et des parchemins munis de leurs sceaux, qui sont censés relater ses cures merveilleuses. Un patient assis dans une chaise s'est livré à lui. Le maître lui appuie sur la figure la main droite, qui tient une pince, avec laquelle il a saisi une dent du malheureux. De la gauche, il lui comprime le bras sur un des appuis de la chaise. La pauvre victime, à laquelle on a promis de la délivrer sans douleur de son mal, fait entendre des cris perçants, qui laissent son bourreau impassible. En face de l'infortuné, un jeune homme, assis sur un banc, suit avec intérêt les péripéties de l'extraction. Un militaire, debout près de lui, regarde le spectateur et montre, de la droite, nos gens aux prises. Deux personnes placées entre lui et le docteur forain, s'entretiennent des exploits de celui-ci. A droite un curieux appuyé sur une béquille, s'est placé devant les yeux un verre à lunettes, pour contempler de plus près l'action engagée. Une vieille, debout derrière lui, considère avec intérêt l'homme qui s'est livré au dentiste, et fait un geste de commisération.

Par suite d'une erreur du graveur des lettres, le premier tirage de cette spirituelle planche porte le nom de Théodore Roelants, au lieu de Théodore Rombouts. Nous en avons sous les yeux un exemplaire postérieur, au bas duquel sont imprimés les mauvais vers suivants :

De tous les maux ausquels les homes sont suiects

Celuy des dens sur tous, est le plus ordinaire,

Chacun le scait guérir, dit il, ce sont proiects

C'est le plus court d'aller a l'arracheur de dens.

Qui promet les tirer sans douleur de la bouche :

C'est son art ae mentir, quand sa pince est dedans

Pour monstrer qu'en son art il est fort emploie

Il porte un long collier de dens d'un cimetière

Maint privilège auprès de luy est d'esploié.

Plus bas est écrit à la main :

T¥. %pmboufs pinxit — ^André Tauîi se.

La hauteur de la planche, non comprises les lettres, est de 24 1/2 centimètres sur 39 de largeur.

Charles le Blanc mentionne encore les gravures suivantes d'André Pauwels ou Pauli :

La S'* Vierge allaitant l'Enfant Jésus, d'après Pierre- Paul Rubens. In-folio.

Bachus et Cérès, 'd'après Barthélemi Spranger. In-folio.

Nicolas Bulius , ou Boelensz de Hoorn, médecin et poète (i). In-4°.

George-Frédéric, archevêque de Mayence. Largeur 365 millimètres; hauteur 245.

Tiziano Vecelli et sa maîtresse. Copie réduite en sens inverse de l'estampe d'Antoine van Dyck. In-4°. Chr. Kramm dit qu'on y lit les mots : A. Bonenfant excu (2). Il s'agit ici d'Antoine Goetkint, qui fut reçu, en 1598- 1599, dans la gilde anversoise de S' Luc, en qualité de fils de maître et de marchand d'objets d'art. Il devait le

(i) J.-F. Foppens lui a consacré une courte notice dans sa Bihliotheca helaica, T. II, p. 901.

(2) De levens en zverken der HoUandsche en Vlaamsche kunsischilders, beeldhonwers, graveurs en houwmeeslers, T. IV, p. 1260.

jour au peintre Pierre Goetkint, le maître de Jean Breughcl, de velours , et à Catherine van Palerme. Antoine Goetkint, qui épousa Elisabeth Jordacns, fille de Simon et de Marie de Bodt, s'établit à Paris et y traduisit son nom en celui de Bonenfant. Il mourut dans cette capitale, le 6 mars 1644. Sa femme le suivit dans la tombe le 22 novembre 1654 et fut enterrée auprès de son père, dans la cathédrale d'Anvers (i).

Kramm rapporte qu'André Pauwels ou Pauli a gravé à l'eau-forte, d'après les dessins d'Adrien van de Venue, les planches du livre in-4°, de Geschier, intitulé : Zimieen Minnezverck (2). Ayant vainement recherché cet ouvrage, nous devons nous borner à cette mention.

M. Guillaume-J.-J. van Melckebeke, de Malines, a inséré dans ses Geschiedhindige aenteehningen rakende de Sint-Jans-Gilde, bygenaemd de Peoene, une gravure exécutée par L. van Peteghem, prétendument d'après André Pauwels ou Pauli. Elle représente un corps d'architecture, divisé en deux compartiments. Au milieu de la partie supérieure est figuré un tableau ayant pour sujet un arbre sur lequel sont perchés quelques oiseaux. A droite et à gauche est sculpté un personnage ; l'un gesticule des deux mains, tandis que l'autre élève la droite et tient un rouleau, de la gauche. La partie inférieure représente Orphée assis au milieu des animaux

(i) Liggeren cités, T. I, p. 194, note 3, 400. — Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers, T. I, p. 312, T. V, p. 303.

(2) Kramm, Zofo cit., suppose que notre graveur pourrait bien avoir été le père du statuaire Rombaut Pauli, de Malines. Mais il se trompe à cet égard, aucun des enfiuits du maître, comme nous l'avons vu, n'ayant porté ce prénom.

qu'il charme aux accords de sa musique. Les initiales A P accolées se lisent sur la pierre qui sert à soutenir l'instrument (i). M. van Melckebeke a tiré cette planche des Spelen imi sinne, publiés à Anvers, en 1562^ par Guillaume Sylvius. Il résulte de là qu'André Pauwels ou Pauli n'a rien à démêler avec elle. Le catalogue Wouters, déjà cité, mentionne le nom d'André Pauli parmi ceux des graveurs de vingt-sept différents titres de livres. Il se peut que l'auteur ait ici en vue celui de l'ouvrage de Louis-Joseph d'Huvettere, dont nous avons parlé ci-dessus (2). Enfin M. F. -Joseph van den Branden nous a transmis un extrait du compte de la ville d'Anvers, de l'année 1635, relativement à une œuvre du maître, non citée jusqu'ici. En voici la traduction : « A André Pauli la somme de quatorze Hvres huit escalins artois, dont il a été honoré de la part de la ville, pour quelques cartes du siège de Louvain, offertes à Messieurs du Magistrat, suivant ordonnance et quittance, XUII îfe viij Qsc. ■» (3)

Il est probable que cette carte, comme celle du siège de Nordlingen, est animée de nombreuses figurines.

Charles le Blanc ne compte que 61 planches exécutées par André Pauwels ou Pauli. Nous en avons énuméré 173, qui se divisent ainsi : d'abord les 61 indiquées par l'auteur cité, auxquelles il faut ajouter la 51'"% de l'édition du Mvndi lapis lydivs, donnée par Jean Galle. Ensuite les 88 des Lingua vilia et remédia, les armoiries et les 20 gravures de la Delineatio historica

(i) Op cit., p. 52.

(2) P. 138, no 1490.

(5j Compte de la ville cité, p. 371.

etc. du père Jean Boener, insérée dans le voyage du cardinal infant Ferdinand, et représentant la carte du siège du Louvain. Total 113 planches, qui jointes aux 61 mentionnées par Charles le Blanc (i), forment le nombre de 171.

Il nous reste à déterminer la date du décès d'André Pauwels ouPauli. Celle-ci doit être fixée antérieurement au 22 juin 1639, ainsi que cela résulte d'une déposition faite ce jour-là, par le célèbre graveur Pierre de Jode, le jeune, à la requête d'Antoine Goeikint, marchand d'objets d'art, demeurant à Paris. De Jode déclara que les graveurs André Pauwels et Marin van der Goes étaient morts peu de temps auparavant (2), et cette déclaration fut confirmée, le i juillet suivant, par le célèbre Paul du Pont ou Pontius.

Le payement de la dette mortuaire d'André Pauvv'els ou Pauli ne figure pas dans les registres des comptes de la corporation de S' Luc.

Le maître mourut avant la publication du V^Cvndi lapis lydivs, puisque le privilège d'imprimer cet ouvrage ne fut donné à Bruxelles que le i août 1639.

André Pauwels ou Pauli ne jouit pas de la réputation qu'il mérite. La cause en est probablement que la plupart de ses estampes servirent à illustrer des livres qui sont tous devenus rares, les uns plus, les autres moins(i).

(i) Op. cit., p. 154.

(2) Cet excellent artiste fut enterré, à S^ Jacques, le 17 avril 1639. Li^^eren cités, T. II, p. 16, note 3,

(3) Cette notice est datée du 24 mars 1875.

mM

André PAULI, le jeune

(en flamand Andries PAULI, de jonge)

et artiste, comme nous l'avons vu, dans la vie de son père, devait le jour au graveur André Pauwels ou Pauli et à Elisabeth Urbaens. Nous avons dit qu'il naquit à Anvers et qu'il y fut tenu, le 8 décembre 1632 , sur les fonts de la cathédrale, quartier sud, par Corneille Adriaenssen et Anne Guypers. Il n'avait pas sept ans accomplis, lors du décès de son père.

Les fils de maîtres figurent rarement parmi les apprentis dans les Liggercn de S' Luc, André Pauli, le jeune, dont le nom est écrit constamment de cette manière, ne fiiit pas exception à cet égard. Aussi les registres mentionnent-ils son nom pour la première fois, en 165 4- 1655, lors de son admission en qualité d'enlumineur(î/^r//V/;to'), expression qui équivaut ici à celle de peintre en miniature. L'artiste aurait dû, comme fils de maître, payer 18 florins, pour droit d'admission, mais l'administration de la gilde l'autorisa a n'en verser que 14(1). On ne sait pas le nom de son maître.

(1) Phil. Rombouts et Théod. van Lerius, avocat. Les Liggercn et autres archives historiques de îagihîe anversoise de Saint Luc ,1! . II, pp. 258 et 262.

André Pauli, le jeune, épousa, à S' Jacques, le 28 août 1655, Marie-Anne Fax. Ils eurent pour témoins Jacques et Élie Fax. Six enfants furent les fruits de ce mariage : 1° Elisabeth-Marie^ tenue le 21 août 1656, sur les fonts baptismaux de S' Jacques, par Gauthier (Walterus) van Mares et Elisabeth Urbaens, aïeule de l'enfant.

2° Marie-Anne, baptisée à S' George , le 20 avril 1658; parrain, Charles Willemsens, marraine, Marie Pauwels ou Pauli, tante de l'enfant. Elle épousa dans la cathédrale, quartier sud, le 31 décembre 1682, avec dispense des bans et du temps clos, le peintre de fleurs Jean-Baptiste de Crépu. Ce mariage, célébré par le pléban Rombaut Backx, eut pour témoins Adrien David et Corneille Huysmans. Nous ne saurions dire si ce dernier était le peintre célèbre de ce nom, plusieurs Anversois s'étant appelés ainsi. Jean-Baptiste de Crépu n'avait pas acquis, à cette époque, la maîtrise en notre ville : il n'y fut admis qu'en 1684-1685 (i).

Le calomniateur émérite Campo Weyerman assure que de Crépu, dont il indique le prénom par l'inconnue N, était fort avancé dans la quarantaine, lorsqu'il contracta mariage, et que sa femme avait 15 à 16 ans à cette époque. Nous ne savons si Weyerman connaissait exactement l'âge de de Crépu, ce qui est peu probable. Quant à celui de Marie-Anne Pauli, il n'en savait rien, puisque celle-ci comptait au 31 décembre 1682, 24 ans, 8 mois et II jours. Nous pouvons par conséquent laisser l'auteur hollandais plaisanter à son aise sur la pauvreté de la fiancée et sur le menu du repas de noces, certain

(i) Ligner en cités, T. II, pp. 503 et 506.

que ses renseignements à cet égard vaudront les premiers (i).

3° Françoise-Catherine, baptisée à S' George, le 21 mars 1660 ; parrain, Jean-Antoine van Bisthoven, prêtre, représenté par Nicolas Picavet ; marraine, Françoise Nys, femme du célèbre graveur Corneille Galle, le jeune.

4° Anne-Catherine, tenue sur les fonts de ladite église, le 12 juillet 1662, par Jacques Janssens, probablement le peintre de ce nom, qui fut reçu, en 1656- 1657, franc-maître de la gilde anversoise de S' Luc (2), et Anne Hermans.

5° Jean-Baptiste, baptisé dans la cathédrale, quartier sud, le 20 janvier 1664; parrain, Jean-Baptiste van den Zande, marraine, Elisabeth Groenbergen. Ses parents habitaient, à cette époque, la rue des Juits.

6° Gérard-André, baptisé dans la cathédrale, quartier nord, le 5 juillet 1665 ; parrain, Gérard van Haerlinghen, secrétaire de Sa Majesté et receveur des exploits du conseil privé et du grand conseil, à Malines ; marraine, Marie Mattheussen. Elle portait un nom qui revient fréquemment dans les registres de la gilde de S' Luc,

Gérard-André Pauli épousa Pétronille Saey, qui lui donna cinq enfants. Nous les passons sous silence, aucun d'eux n'ayant embrassé la carrière des arts.

Campo Weyerman a connu notre André Pauli, dont il loue le talent de miniaturiste. 11 cite surtout, à cet égard, une scène de sorcellerie, que l'artiste avait peinte,

(i) Jacob CAM.PoWEYEKMAt^.'Dekvens-beschryvingefider Nederlandsche Konsl-Schilders en Konst-Schildetessen "s Gravenhage, MDCCXXIX, T. III, p. 240.

(2) Liggeren cités, T. II, pp. 276 et 282.

d'après Joseph Werner, et qui appartenait à la veuve d'un procureur de Bréda. De tous les tableaux qu'il avait vus de Pauli, soit originaux, soit copies, c'était celui qui l'avait frappé le plus.

Quand nous disons que Campo Weyerman a connu André Pauli, il s'agit de s'entendre. En effet, l'auteur hollandais n'a pas su le prénom du maître qu'il désigne par l'inconnue N. Par contre, quiconque le croit sur parole trouvera chez lui une description minutieuse du physique et du moral de notre miniaturiste, de ses prétentions à la noblesse et des repas que Campo Weyerman lui offrait à son logement à Anvers. Pour nous qui connaissons cet effronté, nous n'acceptons pas ses contes, même sous bénéfice d'inventaire. Nous ne pouvons toutefois nous empêcher de flétrir les plaisanteries odieuses qu'il s'est permises sur la pauvreté, réelle ou supposée, de Pauli (i).

Il nous resterait, pour terminer cette biographie, à préciser la date du décès de notre maître. Mais les registres de la gilde de S' Luc n'indiquent pas le payement de sa dette mortuaire, et nous ne possédons aucun document qui supplée à leur silence. Nous sommes donc dans l'impossibilité de résoudre cette question. Nous n'ignorons pas, du reste, que Jean Immerzecl, junior, rapporte qu'André Pauli, à qui il donne le prénom de Nicolas, et qu'il fait naître erronément en 1660, mourut à Bruxelles, en 1748. Mais nous croyons que cette dernière date vaut la première, que l'artiste n'a pas atteint l'âge de 116 ans, et que rien ne prouve qu'il est mort ailleurs que dans sa ville natale. Il passa, en tout

(i) Op. cit., T. III, pp. 314 et 317.

cas, àAnvers, le lo avril i6S6, (i) avec sa femme Marie- Anne Fax, un contrat de constitution de rente, en faveur de mademoiselle Hélène Chauwin (2).

Sources: Archives de la ville d'Anvers. — Registres des paroisses et actes de l'état civil. — Ph. Rombouts et Th. van Lerius. Les Liggeren et antres archives historiques de la giîde anversoise de Saint Luc.

(i) Protoc scabinaux de 1686, sub Pieters, vol. 15, fol. 403. — Communication de M. Ed. ter Bruggen.

(2) Cette notice est datée du 31 mars 1875.

Maximilien PAUWELS

(en flamand Maximiliaan PAUWELS)

^ ous avons vu, un jour, un beau tableau de ce ^peintre. Il représentait la Publication du traité de

Munster, à la Grand' Place d'Anvers, composition signée en toutes lettres et comprenant une foule de figurines. L'exécution trahissait un artiste de talent: c'est pour cela que nous avons compris Maximilien Pauwels dans nos recherches.

Ce peintre est né dans la première moitié du XVII* siècle^ et probablement ailleurs qu'à Anvers, où nous n'avons pas trouvé son acte de baptême. Nous ignorons le nom de celui à qui il fut redevable de son éducation aitistique. La première trace de son existence nous est révélée par les Liggeren de la gilde anversoise de S' Luc, qui signalent sa réception à la maîtrise, en 1643-1644(1).

Maximilien Pauwels épousa, vers 1646, Anne-Marie le Rousseau, qui appartenait, à ce que nous croyons, à la ûmiille de notaires de ce nom. Elle lui donna six enfants, qui furent tenus tous sur les fonts de la cathé-

(i) Ph. Rombouts et Théodore van Lerius, avocat. Op. cit. T. II, pp. 145 et 151.

drale, quartier sud : i° Jean, le i février 1647, par Jean Sutincx et Anne van Thienen ; 2° Anne-Marie, le 12 juillet 1648, par le peintre Pierre van de Cruyce et Anne-Marie Pauwels; 3° André, le 8 février 1650, par André van Goeyenhuysen et Pascasie le Rousseau ; 4° Une seconde Anne-Marie, le 20 octobre 165 1, par Guillaume le Rousseau, notaire, et Anne van de Werve; 5° Pierre, le 2 septembre 1654, par Jean Geregroot et Barbe de Pooter ; 6° François, le 10 avril 1656, par Chrétien le Rousseau et Barbe Doublet. Cet enfant coûta probablement la vie à sa mère. En effet, le compte de la gilde de S' Luc du 18 septembre 1655 au 18 du même mois 1656 mentionne le payement de la dette mortuaire de la femme de Maximilien Pauwels (i). Anne-Marie le Rousseau est décédée par conséquent entre le 10 avril et le 18 septembre 1656.

Son mari contracta un second mariage, le 20 octobre 166 1, dans la cathédrale, quartier sud, avec Elisabeth van Loon. Jacques la Fosse, probablement le peintre de ce nom, franc-maître de notre gilde de S' Luc, en 1 648-1 649 (2), et Charles Moort furent les témoins de la bénédiction nuptiale, qui eut lieu avec la dispense de deux bans. Le 2 novembre suivant, Martin Jacobs, représenté par Chrétien le Rousseau, parent de la première femme de Maximilien Pauwels, et Elisabeth Herry tinrent sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quartier sud, Martin Pauwels, l'unique enfant que nous

(1) Op. cit., T. II, p. 272,

(2) Op. cit., t. II, pp. 197 et 200. Un autre Jacques la Fosse, celui-ci graveur, avait obtenu la franc-maîtrise en 1640-164 1. Ibid., T. II, pp. 1 16 et 121.

ayons découvert de ce second mariage. On aura remarqué que celui-ci avait été précédé de relations illicites. Après le 2 novembre 1661, nous perdons de vue Maximilien Pauwels (i).

Sources : Registres des paroisses et actes de l'état civil d'Anvers. — Ph. Rombouts et Th. van Lerius. Les Liggeren et autres archives historiques de lagilde anversoise de Saint Luc.

(i) Cette notice est datée du 5 avril 1875.

Henri van AVERCAMP,

dit le muet ou le taciturne, de Campen

(en flamand Hendrik van AVERCAMP, gezc^d de

stomme, van Campen)

^^ e peintre était fils de Bernard van Avercamp, ra^i apothicaire communal (stadsapothehcr) à Kam- (&^^^ pen, ville dont le nom s'écrivait autrefois Campen, et de Béatrix Peters. Ce renseignement résulte, dit Chr. Kramm, de recherches f^iites en 1767, qui ne nous ont pas appris malheureusement la date de la naissance de l'artiste. Nous croyons pouvoir fixer celle-ci approximativement à 1594, son maître dont nous allons parler, étant décédé en 16 18, et la plus ancienne des œuvres de notre artiste, qui nous soit connue, ayant été exécutée en 1619.

Pierre-Jean Mariette, qui était si bon juge, nous dit, dans son Abecedario que la manière de van Avercamp tient de celle des Francken ; il avait indiqué d'abord celle de Jacques de Gheyn, le vieux. Mais faute, sans doute, de sujets de comparaison entre les divers Francken, l'auteur cité s'est borné à cette indication sommaire. Il est pourtant certain que, si les plus anciens peintres de ce nom ont des points de ressemblance, chacun d'entre eux a son faire propre, qui permet de

les distinguer les uns des autres. De l'examen de leurs œuvres résulte que le maître de van Avercamp fut Ambroise Francken, le vieux. Van Avercamp, comme, du reste, plusieurs autres artistes, ne figure dans les Liggeren de la gilde anversoise de S' Luc, ni en qualité d'élève, ni en celle de franc-maître.

Son entrée en apprentissage doit, d'après les probabilités, être fixée entre 1606 et 1609. La date de sa réception à la maîtrise, n'importe le lieu où elle lui a été conférée, tombe entre 1614 et 1617. Nous n'avons pas rencontré le nom de van Avercamp dans les registres de nos paroisses^ mais bien dans ceux du tribunal échevinal d'Anvers, nommé le Vierschaer. Nous y lûmes en effet qu'au mois de mai 165 1, Henri van Avercamp pratiqua une saisie-arrêt sur les biens de Jean de Rycke ou de Ryt, en vertu d'une procuration de Tobie Capoen. Les documents cités n'indiquant pas les qualités des parties, nous ne pouvons affirmer indubitablement qu'il s'agit ici bien réellement de notre peintre, mais cela est probable, le nom de van Avercamp étant étranger à notre ville, et l'artiste étant encore en vie à cette époque.

Nous avons dit que l'œuvre la plus ancienne de van Avercamp, qui soit venue à notre connaissance, est datée de 16 19. C'est une vue fort pittoresque des environs d'Alkmaar, animée d'une foule de patineurs qui se promènent sur la glace. Elle a été gravée par Simon Fokke, sur un dessin du maître, exécuté d'après nature. Une seconde œuvre de la même année, reproduite également par Fokke, représente une vue de Schellingwou, dessinée au printemps, par van Avercamp. La troisième est rehaussée de couleurs et datée de 1621 ; elle a été très bien rendue par Corneille Ploos van Amstel et a

pour sujet l'électeur palntin Frédéric V, roi élu de Bohême, accompagné de sa femme, d'une dame d'honneur, de deux pages et d'un cinquième personnage, au bord d'une rivière prise de glace et sur laquelle circulent des patineurs : une vue de ville, La Haye, à ce qu'on prétend, sert de fond à la composition. Celle-ci porte le monogramme du maître, la date de 1621, la lettre f (fccit) et l'inscription suivante : Dit is Frederick de j, koning van Bohcmen en vroinu, im het leven getyhnt, (littéralement : ceci est Frédéric 5, roi de Bohême et sa femme, dessinés d'après nature.) Mariette dit à propos de cet ouvrage , qu'il ne lui a pas donné une trop grande idée du mérite de van Avercamp » qui, ajoute-t-il, jouit pourtant d'une réputation en Hollande. » Nous sommes d'avis que cette réputation est méritée, et que Fauteur français a eu tort de juger van Avercamp, d'après une seule production, qui, si elle ne peut être citée comme un modèle de perspective, se distingue pourtant par d'autres qualités. La quatrième œuvre datée, que nous connaissons de notre peintre, est une vue d'Ouderkerk, sur l'Amstel, dessinée, d'après nature, pendant l'été de 1622. Des barques et bateaux s'y meuvent sur l'eau, au bord de laquelle se trouvent des pêcheurs et d'autres figurines, à pied, à cheval et en voiture. Cette composition, gravée par Simon Fokke, se distingue par la transparence et la légèreté de l'exécution. Le maître dessina en 1624, une vue d'Amstelveen, prise pendant l'été, et qui mérite les mêmes éloges. Une vue de Slooten, datée de ladite année, et animée de chasseurs et de traîneaux qui circulent sur la glace, fait honneur à van Avercamp. Simon Fokke a gravé aussi ces deux dernières productions, ainsi que le

lac de Haarlem, pris de glace et dessiné d'après nature, par notre maître, en 1625. Une foule de figurines s'y promènent, aussi bien sur la terre ferme que sur l'eau congelée, dans laquelle est pris un navire et que sillonnent des traîneaux et d'autres véhicules. La composition de ce dessin est fort originale et le serait sans doute encore davantage, si, en quelques endroits, les personnages étaient un peu moins rapprochés les uns des autres.

Outre la planche mentionnée ci-dessus, Corneille Ploos van Amstel reproduisit un dessin de van Avercamp, représentant des Patineurs et d'autres personnages qui se tiennent sur la glace. Ces figurines sont très spirituellement exécutées et pleines de vie. Ploos van Amstel les a rendues avec beaucoup de vérité.

Van Eynden et van der Willigen mentionnent un tableau de van Avercamp, exécuté en 1663. C'est la date la plus récente que nous ayons rencontrée relativement à ce maître. L'œuvre représente la rivière l'Yssel, prise de glace devant la ville natale du peintre ; elle est embellie d'une foule de figures d'un dessin exquis et délicatement touchées, représentées soit en groupe, soit séparément et se mouvant en tous sens de la manière la plus originale. Kramm nous apprend que ce tableau capital, peint de la façon la plus transparente, était en 1864, la propriété de M. van Berkum Bysterbos, le jeune, secrétaire de la ville de Kampen, et ajoute que l'avantplan de cette composition est orné de quelques figures vêtues de noir et qui sont indubitablement des portraits.

Feu le docteur Waagen signale un tableau du maître signé Avercamp et conservé au musée de Berlin. Il représente un canal pris de glace, près d'un village, et sur

lequel une foule de personnes s'amusent à patiner. Deux pêcheurs se trouvent à l'avant-plan.

Jul. Hùbner mentionne, dans son Catalogue de la galerie royale de Dresde^ deux tableaux de notre maître, ayant pour sujet des divertissements sur la glace. L'auteur ajoute qu'ils ont été achetés à Leipzig, comme l'œuvre d'un des Pierre Brueghel.

La galerie Suermondt, à Aix-la-Chapelle, renferme un tableau de van Avercamp, représentant un effet d'hiver avec patineurs et promeneurs sur la glace d'une rivière:' Feu Burger en loue l'exécution très vive et le chaud coloris. Le docteur Waagen le décrit en ces termes : Une rivière gelée, au bord droit des arbres, un peu plus loin un village. Sur la glace de nombreux personnages qui patinent ou se promènent. L'auteur cité dit que van Avercamp peignait en Hollande vers 1600; nous croyons qu'il résulte suffisamment de ce que nous avons établi ci-dessus que c'est une erreur.

Les catalogues de vente de tableaux, publiés au siècle dernier, par Gérard Hoet et Pierre Terwesten, renferment l'indication de trente-une peintures de van Avercamp. Vingt-neuf représentent des hivers ; une autre, un été, et la dernière des pêcheurs. Parmi les premières on en signale une, peinte dans la manière de Jean Brueghel, de velours, et qui faisait partie, en 17 13, du cabinet de Corneille van Dyck, à La Haye. Une seconde ayant pour sujet les princes Maurice et Frédéric-Henri de Nassau et le marquis Ambroise Spinola, près d'une rivière glacée, et, dans le lointain, la ville que nous venons de nommer, se trouvait en 1722, dans la collection d'Amory, à Amsterdam ; c'est probablement le tableau représentant le même sujet annoncé d'une manière plus

sommaire, qui parut à la vente du cabinet de Conrard, baron Droste, tenue à La Haye, en 1734. S'il fallait en croire C. Josi, cette peinture aurait été exécutée, d'après le dessin de van Avercamp, gravé par Ploos van Amstel, dont nous avons parlé. Mais c'est là une erreur palpable, comme cela résulte suffisamment de la description que nous avons donnée de cette œuvre d'art, et de l'inscription que le maître y a jointe.

Notons ici, en passant, que les catalogues publiés par "Hoet et Terwesten mentionnent toujours notre maître sous le sobriquet du Muet de Kampcn (de Stonmic van Kampen), à l'exclusion de son nom patronymique. Van Eynde et van der Willigen disent que cette appellation a fait supposer autrefois que van Avercamp était affligé de mutisme, mais qu'on croit généralement aujourd'hui qu'elle lui a été attribuée, à cause de ses habitudes réservées et taciturnes. La dernière opinion est la plus probable, mais ce n'est toutefois qu'une supposition.

Nous avons parlé ci-dessus des œuvres du maître que possèdent les collections étrangères. Le musée d'Anvers renferme aussi un tableau de van Avercamp, mentionné sous le n° 456, parmi les peintures d'artistes inconnus, dans le catalogue de 1857. Il provient de l'ancien palais épiscopal de cette ville et a pour sujet des divertissements sur la glace. A l'avant-plan de gauche qui est couvert de neige, se tient un ramoneur appuyé à un arbre ; près de lui cheminent un grand'père et sa petite fille, qui porte sous le bras droit un gâteau de nouvel an. Plus loin une femme assise avec sa chaufferette près d'un homme qui lance une boule de neige. De ce côté s'avance un traîneau auquel est attelé un cheval orné de plumes et dans lequel est assise une dame masquée ; ce

véhicule est conduit par un cavalier déguisé et dont le visage est couvert d'un loup. Près de là, un enfant, accompagné de son père, qui jette un cri d'effroi à la vue du coursier qui s'avance et d'un chien qui aboie, et deux figurines de femme. A la gauche de ce groupe, on distingue une maison à laquelle est accroché un porc éventré ; au-devant de ce bâtiment se voient une femme avec une longue poêle remplie du sang de la bête, et le boucher qui tient son couteau entre les dents. A quelque distance, une jeune fille et un garçon qui s'amusent à enfler la vessie de l'animal. On remarque près de là un pont à deux arches, à l'entrée duquel se trouvent quelques bâtisses et qui est muni d'un garde-fou de fer sur lequel s'appuient plusieurs spectateurs. Au centre de ce pont s'élève une colonne surmontée de la croix et ornée, plus bas, de quelques niches à statuettes. Près de là une grande habitation, qui se termine en coupole. Plus loin, une église et son cimetière, entouré de murs. Au fond, de ce côté, un paysage plus ou moins montagneux. Sur une rivière, qui occupe la plus grande partie de la composition, une barque est prise par la gelée ; sur la glace circule une foule de patineurs et de promeneurs, parmi lesquels on distingue deux filles dévotes (Jdopjcs)^ plusieurs figurines montées dans de petites charrettes à neige, un traîneau dans lequel est assise une dame et qui est conduit par un cavaHer masqué. A l'arrière-plan de ce côté, deux bastions, des navires pris de glace, etc.

Ce tableau se distingue par la vérité de son ciel neigeux, par le dessin remarquable et la belle couleur de ses bâtiments et par la touche spirituelle des nombreuses figurines dont il est orné.

L'auteur de cette biographie en possède un autre qui

nous montre le talent de van Avercamp sous une nouvelle face. Il représente en action le proverbe flamand « Met het tromnieltje gciaonnen, tnet het fliiitje verteerd, )) que les Français traduisent ainsi familièrement : ce qui vient de la flûte retourne au tambour. Une dispute qui ne s'est pas bornée à un échange de gros mots, s'est élevée entre deux adversaires et a mis en émoi une salle de jeu. Un officier de police enveloppé dans un manteau noir, en emmène précipitamment un individu aux bas pendants, aux jambes à demi nues et qui est simplement vêtu d'une chemise entr'ouverte et d'un haut de chausses. Il tient un poignard de la main gauche et se laisse entraîner en vociférant contre son ennemi, à qui il lance des regards furibonds. Son visage est gratté jusqu'au sang en plus d'un endroit, et tout fait supposer que des ongles féminins l'ont mis dans ce triste état. Cela n'empêche pas la vieille maîtresse du lieu, qui paraît animée d'une véritable rage, et dont la main droite est armée d'un trousseau de clefs, de se répandre en imprécations contre le pauvre diable, que nous soupçonnons fort, à son air débraillé, d'avoir perdu jusqu'à son dernier sou. C'est ce qui explique l'animation de deux des filles de l'endroit, dont l'une aide à le pousser dehors, tandis que l'autre s'avance vers lui, des verges à la main. La police, du reste, n'est intervenue qu'à temps, car l'adversaire de notre homme a tiré sa dague et s'élance furieux vers lui. Heureusement deux créatures plus charitables l'ont saisi au corps et l'empêchent de se porter aux dernières extrémités.

L'hôte de la maison est tellement emporté par la passion, que, quoique à deux pas de cette scène, il ne se doute de rien et s'avance en menaçant de la main

droite, tandis que de la gauche il agite des pincettes. Sur la table, couverte d'un tapis vert, est étendue une nappe blanche, sur laquelle se trouvent des assiettes et un gobelet d'étain, et près de là, les malheureuses pièces de monnaie, cause première de ce vacarme. Quelquesunes ont dû rouler sur le plancher, car un cavalier est en train de les chercher sous la table.

Près de lui se trouve assis un jeune homme élégamment vêtu et de mine fort avenante, qui regarde le spectateur. Sa main droite tient une flûte, dont il est en train de jouer, pendant que de la gauche il fait résonner un tambourin. Une large et belle aumônière pend à son côté : ce jeune homme est évidemment un portrait. Deux officiers de justice, drapés dans leurs longs manteaux noirs, se tiennent à quelque distance sur une estrade et contemplent la scène d'un œil assez tranquille. Sur le plancher gît un trictrac, sujet innocent de toutes ces fureurs. La salle qu'éclairent deux fenêtres, est meublée d'une grande armoire, surmontée d'un portrait. Un rideau de serge vert tiré près de là^ nous montre dans une chambre, une femme qui s'est redressée dans son lit et qui prête une oreille attentive au bruit dont retentit la maison. Une autre se montre à quelque distance, un vase de nuit à la main. Elle se dirige vers une soupente qu'on aperçoit de la salle de jeu et dont le rebord est occupé par un individu qu'on ne voit qu'à mi-corps et qui, les bras croisés, regarde flegmatiquement ce qui se passe à l'intérieur. Une porte ouverte, à la droite du spectateur et vers laquelle on entraîne le pauvre diable dépouillé, laisse voir une échappée de paysage boisé. La scène se passe en été, au tomber de la nuit. Ce tableau se distingue par la vérité des attitudes, la

richesse et la variété des costumes et la bonne distribution de la lumière. Il est bien dessiné et l'effet en est concentré très habilement sur l'homme qu'on est en train d'emmener.

Nous avons mentionné ci-dessus les gravures que Simon Fokke a exécutées d'après Henri van Avercamp. Le catalogue de la célèbre collection d'estampes de M. Winckler, banquier et membre du Sénat à Leipzig, rédigé par Michel Huber , en mentionne une autre , qui a pour auteur le peintre hollandais Henri Spilman. Elle représente un paysage dans lequel une famille de campagnards prend son repas, à l'abri d'un pavillon pyramidal. C'est d'après Huber, une jolie pièce légèrement coloriée. Elle avait été assez singulièrement cataloguée dans l'école allemande, par suite d'un caprice de son propriétaire.

Il résulte de l'inspection des œuvres de van Avercamp et des recherches auxquelles elles ont donné lieu, que cet artiste reproduisait avec beaucoup de talent les effets d'hiver, dans lesquels peu de peintres ont réussi. Il s'exerça aussi avec bonheur à rendre les sites rustiques, qu'il étoffait de bétail, au repos ou à la pâture, et introduisit dans toutes ses compositions des figurines humaines d'un contour bien arrêté et dessinées avec beaucoup d'esprit. Nous avons vu que les scènes d'intérieur faisaient aussi partie de son répertoire et qu'il sut les exécuter avec habileté. Van Eynde et van der Willigen, aux appréciations de qui nous nous rallions en général, reprochent à van Avercamp d'avoir parfois trop minutieusement copié la nature et de s'être laissé aller parfois jusqu'à rendre des sujets qui pèchent contre la délicatesse. Ces auteurs font peut-être allusion à des bons-

hommes qu'on remarque dans trois des compositions gravées par Simon Foklce et que certain besoin pressant appelle en d'autres lieux^ tandis qu'ils sont en train d'y satisfaire sur place. Nos anciens maîtres n'étaient pas si difficiles, et nous leur passons volontiers ces légères incartades, en faveur de leurs solides qualités.

Les têtes, peintes ou dessinées d'après nature par notre artiste, sont tenues en grande estime, de même que ses autres dessins, dont les contours sont arrêtés à la plume ou au crayon et qui sont légèrement coloriés, largement éclairés et ombrés, et traités magistralement. Van Eynde et van der Willigen ajoutent qu'ils sont plus estimés et payés plus cher que ses tableaux ; ceux-ci, d'après eux, ont généralement perdu leur vigueur, par suite de l'altération du coloris qui a poussé au noir, surtout dans les parties vertes. Nous n'avons rien à objecter à la première partie de cette assertion, qui trouverait suffisamment son expHcation dans les caprices des amateurs. Quant à la deuxième, nous ne pouvons y acquiescer, car les tableaux que nous avons vus de van Avercamp ne la justifient nullement , et comme cet artiste a peint d'une façon très transparente, nous ne saurions comprendre que ses œuvres aient pu noircir. Nous gagerions bien que ces prétendues noircissures ne sont autres que les crasses du temps, dont d'habiles restaurateurs savent avoir raison, ou bien l'effet d'anciennes mauvaises retouches.

Van Avercamp signait d'ordinaire d'un monogramme formé d'un H et d'un ^ ; l'o^ posé sur la barre transversale de la première de ces lettres ; on rencontre aussi un monogramme du maître composé d'un H, d'un V et

d'un ,A accouplés. Plusieurs de ses tableaux ne portent pas de signature quelconque.

La date du décès de ce maître, nous est inconnue, (i)

Sources: Mariette, Abecedario, T. I, p. 42. — C. Josi, Collection d'imitations de dessins d'après les principaux maîtres hollandais et flamands, commencée par C. Tloos van KAmstel, continuée et portée au nombre de cent morceaux, avec des renseignements historiques et détaillés sur ces maîtres et leurs ouvrages, etc. Londres, 1 821-1827. — Chr. Kramm. Tle levens en werken, en:^. et Aanhangsel. — Roeland VAN Eynde et Adriaan van der Willigen. Geschiedenis der vaderlandscht schilderkunst, en^. T. I, pp. 32, 34. — Gérard Hoet. Catalogus of naamlyst van schilderyen, en^. 's Gravenhage mdccliv. T. I, bl. 61, 102, 167, 225, 261, 262, 338, 345, 363, 423, 427, 514. T. II, bl. 53, 115, 319, 377. — Pieter Terwesten. Catalogus of naamlyst van schilderyen, enx^. 's Gravenhage, 1770, bl. 24, 25, 32, 41, 78, 647. — Dr G. F. Waagen. Ver\eichniss der Gemàlde Sammlimg des Kôniglichen SvCuseums \ii Berlin. — Berlin 1837, £"193, no 231. — JuLlus Hùbner. Verieichniss des Kôniglichen Gemàlde-G aller ie ■{u Dresden. Dresden, 1867, fo 211, n° 942, 943. W. BuRGER. Galerie Suermondt, à Aix-la-Chapelle, avec le catalogue de la collection, par le T)^ Waagen, p. 17. 140, n" 23. — Michel HuBER. Catalogue raisonné du cabinet d'estampes de feu M. WincUer. T. I, école allemande, p, 187, n» 4617.

(i) Cette notice est datée du 3 décembre i<

La famille VAN APSHOVEN.

g* a famille van Apshoven a produit plusieurs Ëp artistes distingués. Corneille de Bie et Joachim p^de Sandrart, qui est très souvent son copiste, n'en ayant pas fait mention, les auteurs qui sont venus après eux ont éprouvé un grand embarras, lorsqu'ils ont eu à s'occuper de ces maîtres. Aussi en ont-ils mal orthographié le nom, qu'ils changent en van Abshoven ou Abtshoven, tandis que ces peintres écrivent invariablement van Apshoven. D'autre part, voulant à toute force expliquer une signature abrégée qui leur était inconnue, ils ont créé un Théodore, pur produit de leur imagination, ainsi que M. le chevalier Léon de Burbure en a déjà fait la remarque. Depuis lors, une plus grande lumière a été répandue sur la famille van Apshoven, sans que pourtant les recherches les plus récentes soient parvenues à toute la clarté désirable. C'est ce qui nous engage à publier ici le résultat des investigations approfondies que nous avons faites sur ces artistes et sur leur parenté.

Un des premiers van Apshoven que nous ayons rencontrés, est Ferdinand, la souche de cette famille. Il se trouvait à Anvers en 1574, puisqu'il tint le 21 octobre de cette année-là, sur les fonts baptismaux de St-André, avec Anne Boots, Susanne, fille de Guillaume de Bock. Il épousa dans l'église de S' Jacques,, le 21 juin 1575,

Catherine Robbrcchts ; l'acte constate qu'il habitait la paroisse de S' André, et que le mariage eut pour témoins Barthélemi van Apshoven et Henri Robbrechts. Nous ignorons la profession des deux van Apshoven dont nous venons de parler, mais nous avons la conviction que Ferdinand était le frère de Christine van Apshoven, qui épousa à S' André, le 24 février 1579, Gaspard de Crayer, maître d'école et père du célèbre peintre de ce nom. Ce Ferdinand décéda en 1603 et les comptes de la cathédrale mentionnent, au 4 juin de cette année-là, une recette de 18 escalins, frais de son enterrement, qui eut lieu au cimetière de Notre-Dame. Sa femme lui survécut de longues années^ comme nous le verrons ; quant à lui, nous ne lui donnons pas le surnom de vieux, que nous réservons à leur fils, le premier artiste que produisit la famille.

Ce fils, nommé Ferdinand, comme son père, naquit à Anvers, en 1576, et fut baptisé le 17 mai de cette année, à S' André ; il eut pour parrain Hubert Robbrechts, sa marraine n'est désignée que par son prénom d'Augustine et sa profession de fabricante de cire. Il fut reçu en 1 592-1 593, comme élève, dans l'atelier du célèbre peintre Adam van Noort ; il avait donc atteint l'âge de seize à dix-sept ans, chose assez rare pour être remarquée, nos anciens artistes commençant d'ordinaire plus tôt l'apprentissage de leur profession. Ferdinand van Apshoven, le vieux, fut reçu franc-maître de la gilde de S* Luc, en 1 596-1 597. Les Liggeren, ou registres d'inscriptions, paraissent indiquer son admission en 1595-159 6, mais c'est une erreur provenant de la confusion des années 1592-1593 et 1593-1594, qui sont mentionnées comme n'en formant qu'une seule, quoique

les doyens de l'une et de l'autre, Pierre van der Borcht, peintre, et Nicolas Bloemsteen, vitrier, et ce même Nicolas Bloemsteen et le peintre Paul van der Borcht, y soient exactement renseignés.

Ferdinand van Apshoven, le vieux, avait vingt à vingt-un ans, lors de sa réception à la maîtrise. Nous avons la preuve qu'il fut peintre de portraits et sans doute aussi d'histoire, comme l'excellent coloriste dont il reçut les leçons. Cette preuve nous l'avons trouvée dans la généalogie de la famille de feu notre aïeul par alliance, le savant M. Jean-Baptiste van der Straelen. Nous y avons lu, en effet, que Jean de Maerschalck, marchand de clouteries, paya à son oncle Ferdinand van Apshoven la somme de vingt florins 14 sous, pour le portrait de Thomas Courtois, y compris le panneau sur lequel il était peint. On voudra bien remarquer, à cet égard, que par suite de la diminution de la valeur de l'argent, ce prix devrait être sextuplé aujourd'hui, que l'efligie mentionnée était exécutée pour un neveu de van Apshoven, et qu'au dix-septième siècle les œuvres d'art n'étaient généralement pas payées comme elles le sont de nos jours.

Nous ignorons quel a été le sort du portrait dont nous venons de parler et des autres tableaux que le maître doit avoir peints pendant une vie qui, comme nous le verrons, fut longue. Nous avons, du reste, à faire une observation à ce sujet. Nous nous demandons souvent et d'autres avec nous, comment il se fait que dans les nombreuses ventes de peintures de toute classe, qui ont lieu chaque année en Belgique et ailleurs, on ne rencontre jamais ou peu s'en faut, d'œuvres d'un grand nombre de nos maîtres. Et nous sommes arrivé à

cette conclusion que ce fait doit être attribué à l'ignorance ou à l'insouciance des rédacteurs de catalogues ou bien encore à leur désir de faire passer des productions méritoires d'artistes de second ou de troisième ordre, pour des tableaux de maîtres d'un rang supérieur. Nous savons, en outre, que certains marchands de tableaux en font enlever impitoyablement toutes les signatures qui leur sont inconnues ou qui contrarieraient leurs spéculations malhonnêtes. C'est ce qui explique, ce nous semble, la rareté que nous signalons.

Quoi qu'il en soit, les archives de la gilde de S' Luc mentionnent sept élèves de Ferdinand van Apshoven, le vieux : i" Jean Michielsen, en 15 97-1 5 98; il fut reçu franc-maître en 1603-1604; 2° Alard du Gangier, en iéoi-1602. 3° et 4° Jacques Jacopsen et Gaspard Couvreur, en 1604-1605. De ces trois apprentis, Gaspard Couvreur est seul mentionné comme maître, et cela en 1609-1610; 5° Pierre Geerkens, en 1613-1614; 6° Pierre Isac, le 4 août 16 17. 7° Jean van Wolschaeten, en 1 620-1 621 ; ce dernier fut inscrit comme franc-maître en 1632-1633. Nous n'avons pas trouvé semblable mention, quant aux deux précédents.

Le professeur de ces apprentis était, en 1619, portedrapeau du serment de l'arquebuse, qui comptait dans ses rangs plusieurs artistes distingués et qui avait commandé, huit ans auparavant, à Pierre-Paul Rubens son immortelle Descente de croix. Ferdinand van Apshoven, le vieux, faisait encore partie du corps que nous venons de nommer en 1620 et en novembre 1621.

Il avait épousé entretemps à S' Jacques, le 29 août 16 17, Eléonore Wyns en présence de Jean Wyns et d'Hubert Robbrechts. L'acte de mariage fait connaître

que l'artiste habitait la paroisse de Notre-Dame ; c'est aussi dans la cathédrale, quartier sud, que furent baptisés tous ses enfants, sauf un seul peut-être, que nous n'avons pas trouvé dans les tables des registres de nos paroisses. i° Catherine tenue sur les fonts le 2 juillet 1618, par Emmanuel Ximencz, chevalier de l'ordre de S' Etienne et Catherine Robbrechts, aïeule de l'enfant. Cette Catherine Robbrechts avait, comme nous l'avons vu, épousé Ferdinand van Apshoven, père de notre peintre, et elle en était veuve depuis 1603. Son fils a été confondu avec son mari, dans un ouvrage qui a paru, il y a peu d'années ; 2° Ferdinand, le 3 1 mai 1619 ; parrain, Henri de la Fosse, marraine, Anne Wyns ; il est probable que cet enfant mourut en bas âge; 3° Elisabeth, le 13 février 1621 ; parrain, Martin Hendrickx ; marraine, Elisabeth Schorkens, sœur du graveur Jean Schorkens et plus tard femme du célèbre statuaire Hubert van den Eynde ; 4° c'est ici probablement ou peut-être un peu plus tôt, que doit être placée Marie, fille de Ferdinand van Apshoven, le vieux, et d'Eléonore Wyns, qui épousa dans la cathédrale, quartier sud, le II juin 1647^ le célèbre peintre Jean van Kessel, en présence de son père, dont le registre a défiguré le nom en Absolom, et de David Teniers, le jeune. Notre Ferdinand van Apshoven fut parrain de son premier enfant le peintre Ferdinand-Léonard van Kessel, le 7 avril 1648. Marie van Apshoven fut marraine^ le 4 octobre 1655, de Jean-François van Thielen, fils du célèbre peintre de fleurs Jean-Phihppe ; 5° Thomas, le 30 novembre 1622, tenu par Jacques Courtois et Adrienne van Soit. Nous retrouverons plus loin cet artiste distingué; 6° Catherine, le 3 i mars 1628, par-

rain, Jean Wyns, marraine, Catherine Robbrcchts, aïeule de l'enfant ; 7° Ferdinand, le i mars 1630, parrain, Thomas Courtois, dont son père peignit le portrait, marraine, Elisabeth Robbrechts. Thomas Courtois fit don à son filleul d'une somme de dix-huit florins, à l'occasion de son baptême. Nous nommerons le jeune ou le deuxième, ce Ferdinand, qui devint un peintre célèbre; 8° François, le 24 mai 1636; parrain, le peintre François van Lanckvelt, le vieux, le premier maître de Théodore Rombouts, marraine, Adrienne Gysbrechts. Le père de l'enfant avait accompli, à cette époque, sa soixantième année.

Ferdinand van Apshoven, le vieux, avait été nommé, le II avril 1627, consulteur de la sodahté des mariés, dirigée par les Jésuites d'Anvers ; il fiât rappelé à ces fonctions le 2 juin 1637 et le 5 mai 1644. L'artiste donna, à Anvers, le 23 février 1627, avec sa femme Éléonore Wyns, une procuration à son cousin germain, le peintre Gaspard de Crayer, qui résidait à Bruxelles, à cette époque. Cet acte l'autorisait à vendre à telles personnes et à tel prix qu'il jugerait convenable, une rente hypothécaire perpétuelle et annuelle de quarante florins du Rhin, créée au profit des constituants, suivant acte reçu par les échevins de Bruxelles, le 26 mars 1626. Le document rédigé en flamand, est signé « Ferdinande van Apshoven, Linnoror (sic) Wyns. d

Notre artiste fit un premier testament avec sa femme, le 19 avril 1638. Nous y lisons d'abord les recommandations ordinaires de leurs âmes à la miséricorde de Dieu, aux prières de la S"' Vierge et de tous les saints et l'ordre de déposer leurs corps en terre bénite. Les époux font un legs de six sous à la fabrique de la cathé-

drale^ et de douze florins aux pauvres honteux, à distribuer par le survivant d'eux deux. Celui-ci devait hériter de tous leurs biens, à charge d'entretenir,, de faire instruire et d'élever dans la crainte de Dieu l'enfant ou les enfants qu'ils viendraient à délaisser. Chacun de ceux-ci, après avoir embrassé quelque état approuvé, soit ecclésiastique ou séculier, ou avoir atteint l'âge de vingt-cinq ans, devait recevoir du survivant, comme héritage paternel ou maternel, sa quote-part de la somme de trois mille florins, à vingt sous le florin, dont ils étaient tenus de se contenter. Les testateurs estimaient qu'en ajoutant à cette somme les frais qu'auraient coûtés leur alimentation, leur instruction et leur .entretien, leurs enfants auraient touché à suffisance de droit et même au-delà, la portion légitime, qui leur revenait dans les biens de leur père ou mère. En cas de prédécès d'un ou de plusieurs des enfants, sa part accroîtrait aux survivants. S'ils venaient tous à mourir avant leurs parents et qu'il n'y en eut plus de conçu, le dernier vivant de ceux-ci aurait droit à toute la somme de trois mille florins, à charge d'en remettre trois cents, une fois comptés, aux héritiers les plus proches du prémourant, à partager entre tous ceux-ci. L'exécution de ce testament était confiée au dit prémourant, avec faculté de s'adjoindre un ou plusieurs autres exécuteurs. Le document est signé : Ferdinand van Apshoven, Linnoror (sic) Wyns.

Les époux passèrent ensemble un second testament qui, comme tous les actes précédents, fut reçu à Anvers, par le notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux. Il porte la date du 8 mars 1646. Les disposants y doublent leur legs en faveur de la fabrique de la

cathédrale, mais par contre ils réduisent à deux florins celui qu'ils font aux aumôniers, en faveur des pauvres honteux. Ils règlent ensuite le sort de leur fille Elisabeth, qui venait d'atteindre sa vingt-cinquième année et qui était impotente. Ils lui laissent une rente viagère de cinquante- cinq florins, à payer annuellement par le survivant des testateurs, à moins que celui-ci ne préfère se charger de l'alimentation et de l'entretien de leur dite fille. Cette rente devait prendre cours à l'époque que le survivant des parents se serait déchargé de nourrir et d'entretenir Elisabeth ; après le décès de ce survivant, cette redevance devait être hypothéquée sur des biensfonds sohdes. L'héritage des époux était dévolu au dernier vivant d'entre eux, aux charges ordinaires d'alimentation, d'entretien et d'éducation des enfimts, qui n'auraient pas atteint l'âge de dix-huit ans, à l'époque du décès du prémourant. Le survivant était tenu, en outre, de remettre six cents florins à chaque enfant qui aurait embrassé quelque état approuvé, soit ecclésiastique, soit séculier, ou qui aurait atteint l'âge de vingtcinq ans. Les testateurs estimaient que cette somme représentait largement la légitime des enfants dans la succession de leur père et de leur mère. Ceux d'entre eux qui auraient été placés par leurs parents ou qui auraient embrassé quelqu'un desdits états, étaient tenus de laisser décompter des six cents florins ce qu'ils auraient touché à cet égard des testateurs. Le survivant de ceux-ci était chargé de l'exécution de leurs dernières volontés et nommé premier tuteur ou tutrice testamentaire de leurs enfants mineurs, avec pouvoir de s'adjoindre d'autres tuteurs, et dispensé de faire rédiger aucun état ou inventaire. L'artiste signa cette fois : Ferdinandus van

Apshoven et sa femme comme de coutume : Linnoror Wyns.

Celle-ci paya la première le tribut à la nature ; le compte de la gilde de S' Luc, du i8 septembre 1651 au 17 du même mois 1652, mentionne, en effet, le paiement de sa dette mortuaire. Celle de son mari, le signor Ferdinand van Apshoven, le vieux, est renseignée parmi les recettes du 18 septembre 1654 au 18 septembre 1655 ; il est décédé par conséquent entre ces deux dates.

Thomas van Apshoven, leur fils, né, comme nous l'avons vu, en 1622, apprit l'art de peindre de David Teniers, le jeune. Il n'est pas inscrit dans le Liggere parmi les élèves, omission qui se remarque fréquemment, lorsqu'il s'agit de fils de maître. Il fut reçu en cette dernière qualité, sous le décanat de son professeur, en 1645-1646. Notre peintre ouvrit, en 1650-165 1, son atelier à Henri van Voren ou van Voor (et non van Namen) qui ne figure pas parmi les francs-maîtres delà corporation, et, en 1651-1652, à Henri van Erp ou van Herp, le troisième ; celui-ci devint un bon peintre d'intérieurs, comme nous en avons la preuve sous les yeux; mais, chose singulière, le Liggcre ne mentionne pas son admission à la maîtrise. Il la reçut pourtant bien dûment, puisque le compte du 18 septembre 1656 au 30 septembre 1657 nous apprend qu'il enseignait, à cette époque, son art à Ferdinand Cabes.

Avant de poursuivre le récit de la vie de Thomas van Apshoven, nous croyons devoir faire connaître les sujets que traitait cet artiste. Sauf l'histoire et le portrait, dont nous n'avons pas trouvé de traces, c'étaient, en général, les épisodes retracés le plus fréquemment par

son maître, les buveurs, les fumeurs et leurs réunions joyeuses, les paysans, leurs occupations et leurs divertissements, les alchimistes, les barbiers ou chirurgiens^ etc. Il peignit aussi les objets inanimés et copia parfois avec beaucoup de talent les compositions de David Teniers, le jeune. On conçoit le parti qu'ont tiré et que tirent encore de ces reproductions, des marchands de tableaux peu scrupuleux. Thomas van Apshoven empruntait, en d'autres moments, la donnée principale de son œuvre à son ancien professeur, en y introduisant quelques variations. Nous avons remarqué, en ce genre, quatre petits tableaux appartenant à un habitant d'Anvers et qui représentent les Saisons. Ces œuvres d'art, qui ne sont pas à parler exactement des copies, rappellent fortement les compositions de David Teniers, le second, qui faisaient partie en 1749 du cabinet de l'abbé de Majinville, et furent gravées avec talent, cette année-là, par Pierre-Louis Surugue. Thomas van Apshoven changea la position des personnages, ajouta par-ci et retrancha par-là aux compositions de son maître. Ces petits tableaux se distinguent par la finesse de la touche et par leur ton clair et argentin.

David Teniers, le jeune, avait un jour dessiné ou peint, nous ne savons au juste, un buveur émérite, à cheveux longs, la tête coiffée d'un béret et tenant des deux mains une cruche au ventre des plus arrondis, qu'il s'apprête à vider. Il échange entretemps quelques mots avec un vieux camarade, qui se tient près de lui dans la pénombre et qui a quelque écrit à la main. Cette œuvre a été gravée avec beaucoup d'esprit par François van den Steen, qui fut reçu franc-maître de la gilde de S' Luc, à Anvers^ en 1643-1644; elle porte les

inscriptions suivantes : TD. Teniers inv. ,Abraham Teniers excudit. F. van Steen seul. Elle plut à Thomas van Apshoven, qui y trouva le sujet d'un tableau. Voici comment il s'y prit pour le composer. Contrairement à ce qu'il fit pour les quatre Saisons, dont nous venons de parler, il conserva la pose des figures, qu'il avait changée de gauche à droite dans ces premières compositions. Il orna le béret rouge de son principal personnage du plumet noir de l'école, le gratifia d'une chevelure plus abondante, lui supprima ses moustaches et lui donna une physionomie de buveur autre que celle qu'avait inventée son maître, mais qui ne manque pas d'originalité. Au lieu de l'habillement façonné tout d'une pièce, représenté par Teniers il le revêtit d'une veste jaune, dont on voit passer la manche gauche sous sa souquenille de couleur verte. Près de lui se trouve, en surtout brun, son compagnon ayant à la main son écrit et regardant d'un air narquois l'homme à la cruche. Van Apshoven lui a donné une autre expression que Teniers, et sa figure malicieuse fait sourire le spectateur. Le fond de ce petit tableau, qui appartient à l'auteur de cette biographie, est d'un ton clair légèrement jaunâtre à droite et fortement ombré à gauche. Il est peint largement avec une bonne entente de la couleur et beaucoup d'eff"et.

Nous avons vu vendre à Anvers, en 1868, une composition de Thomas van Apshoven, représentant un intérieur de cabaret, bien exécuté et animé de nombreuses figures. D'après une détestable coutume, le propriétaire l'avait fait annoncer dans son catalogue comme l'œuvre de David Teniers, le jeune.

Le catalogue de la galerie royale de Dresde, rédigé

par le célèbre peintre Jul. Hûbner, mentionne un tableau du maître, représentant des huîtres, du raisin, des cerises et la moitié d'un citron, réunis sur une assiette. C'est l'unique œuvre en ce genre de Thomas van Apshoven dont nous ayons trouvé jusqu'ici la trace ; elle est signée : F. v. Apshoven. La galerie de Darmstadt possède de notre maître une scène champêtre, datée de 1656, celle des Amis des arts à Prague, un Corps de garde.

En comparant les tableaux de notre peintre avec ceux de David Teniers, le jeune, on remarque que les fonds de l'élève sont moins légèrement enlevés et ont une teinte moins argentine ; ses figures sont aussi dessinées d'une manière moins magistrale et moins chaudement coloriées que celles de son professeur. Mais, si ses œuvres perdent à être placées à côté de celles de ce phénix de la peinture, leur auteur n'en mérite pas moins de prendre un rang distingué parmi les artistes de second ordre du XVIP siècle, et ce n'est pas là un médiocre honneur.

Nous reprenons, à cette heure, la vie de notre peintre. Thomas van Apshoven épousa dans la cathédrale d'Anvers, quartier sud, le 22 mars 1645, Barbe Janssens ; il eut pour témoin son père Ferdinand van Apshoven, le vieux, et sa future, Charles de Longin. Quatre enfants furent les fruits de ce mariage : 1° Ferdinand, baptisé à S' Georges, le 15 février 1649 ; parrain, Ferdinand van Apshoven, le vieux, marraine, Barbe Humé. Nous n'avons pas trouvé le nom de cet enfant dans les registres de S' Luc.

Les trois suivants furent tenus sur les fonts de la cathédrale, quartier sud : 2° Adrienne, le 6 mai 165 1,

- ié5 -

par Victor Wolfvoet, le jeune, peintre distingué, et Adrienne Wils ; 3° Cornélie, le 28 novembre 1653, par Jean van Kessel, son oncle par alliance, peintre célèbre, et Cornélie van Ham ; 4° Thomas, le 2 mars 1657, par Jean Janssens et Elisabeth van Apshoven, tante du petit garçon. Celui-ci épousa dans la cathédrale, quartier sud, le 9 novembre 1680, en présence de Ferdinand van Apshoven, probablement son oncle, et de Jacques Clouwet, Anne-Thérèse Clouwet, fille de David, le vieux, peintre en miniature (l'erlicbfer) et d'Anne de Haze. Elle avait été baptisée à S* Georges, le 9 février 1658. Son mari, qui est inconnu aux archives de la gilde de S' Luc, en eut huit enfants ; nous n'avons pas trouvé qu'un seul d'entre eux ait embrassé la carrière des arts. C'est pourquoi nous les passons sous silence.

Le peintre Thomas van Apshoven^ leur aïeul, prêta serment le 24 février 1652, en qualité déporte-drapeau de la garde bourgeoise de la 6"''^ section. Il prêta de nouveau serment le 20 décembre 1657, comme capitaine de la même garde de la 8'"'' section,

La date du décès du maître doit être fixée entre le 18 septembre 1664 et le mois de juillet 1665 ; en effet, si d'une part les comptes de la gilde de S' Luc renseignent le paiement de la dette mortuaire du capitaine van Apshoven du 18 septembre 1664 au 18 septembre 1665, il faut remarquer d'autre part, que son successeur dans la capitainerie , le célèbre Jean van Kessel, prêta serment le 24 juillet 1665. Barbe Janssens, veuve de notre artiste, lui survécut du moins jusqu'au 7 février 1685, puisqu'elle fut ce jour-là, marraine à S' André, de leur petit-fils Thomas-Jacques, le second

enfant issu du mariage de Tiiomas van Apslioven et d'Anne-Thérèse Clouwet.

Nous passons à Ferdinand van Apshoven, le jeune, qui, ainsi que nous l'avons vu, naquit en 1630. Il fréquenta, comme son frère Thomas, l'atelier du second David Teniers et sut, comme lui, bien profiter des leçons de son maître. Les Liggeren et les comptes de la gilde de S' Luc mentionnent, en 1657-1658, son admission, en qualité de fils de maître ; mais, chose singulière, ils lui donnent pour profession l'état de marchand d'objets d'art (Jjandelaer). Il est donc certain que Ferdinand van Apshoven, le jeune, exerça ce négoce ; mais il ne l'est pas moins qu'il fut le peintre célèbre de ce nom. En effet, Ferdinand, le vieux, né en 1576, ne saurait avoir appris cet art de David Teniers, le jeune, né en 16 10, ni même de David Teniers, le vieux, qui peignit les mêmes sujets que son fils, et qui vit le jour en 1582. Il ne saurait non plus s'agir ici de Ferdinand van Apshoven, fils de Thomas et de Barbe Janssens, qui, né en 1649, ^^ pourrait avoir été admis ci la maîtrise en 1657- 1658. Nous croyons donc avoir prouvé que le véritable Ferdinand van Apshoven, le jeune, est bien celui dont nous nous occupons.

Il épousa dans l'église de S'* Walburge, le 20 janvier 1657, avec dispense de deux bans, Josine van Overstraeten. Les témoins des époux furent le peintre Thomas van Apshoven, frère du marié, et Louis de Pré. Cinq enfants furent les fruits de cette union : 1° Ferdinand, baptisé dans la cathédrale, quartier nord, le 26 décembre 1658; parrain, Adrien van Kessel, marraine, Marie van Overstraeten. Nous avons découvert qu'il épousa Anne van den Berghe ; mais son nom est resté

inconnu aux registres de S' Luc ; 2° Isabelle-Marie, tenue sur les fonts du même quartier de la cathédrale, le 12 décembre 1659, par Balthazar Boels et Elisabeth van Apshoven, la tante impotente de l'enfant; 3° Susanne-Marie, baptisée à S'^ Walburge, comme les suivants, le 27 octobre 1661 ; parrain, Jean Wyns, marraine, Marie Tits ; 4° Jeanne-Marie, le 30 décembre 1662; parrain, le peintre Thomas van Apshoven, oncle de l'enfant, marraine, Jeanne Willemssen, Jeanne-Marie van Apshoven épousa, à S' Georges, le 19 septembre 1695, avec dispense des trois bans, Charles van der Borght. Celui-ci appartenait à l'archidiocèse de Malines, et les futurs époux durent jurer qu'il n'existait entre eux aucune parenté prohibée par les canons; 5° Guillaume, le 7 septembre 1664; parrain, Guillaume Boels, marraine, Marie Bouset. Il fut inscrit dans la gilde de S' Luc, en 1679-1680, comme apprenti du peintre Joseph de la Morlet ; mais les registres ne mentionnent pas son admission à la maîtrise.

Son père Ferdinand van Apshoven, le jeune, prêta serment le 9 décembre 1664, comme capitaine de la 13'' section de la garde bourgeoise. Cet artiste avait été désigné pour remplir, en 1 678-1 679, les fonctions de doyen de la gilde de S' Luc ; mais il sut se soustraire à ce service, dans lequel il fut remplacé par l'imprimeur Martin Verhulst, qui s'en était acquitté une première fois, en 1674- 167 5.

Josine van Overstraeten, sa femme, l'avait précédé dans la tombe, d'après les comptes de la gilde de S' Luc, entre le 18 septembre 1669 et le 18 du même mois de l'année 1670.

Notre maître décéda du 18 septembre 1693 au 18 du

même mois 1694, J'^^pi'ès les comptes de la gilde, qui renseignent, à cette époque, le paiement de sa dette mortuaire. Les registres des enterrements de S'^ Walburge nous permettent de fixer de plus près le temps de la mort de l'artiste. Ils nous apprennent que van Apshoven fut enterré dans cette église, le 3 avril 1694, et que son service funèbre fut payé sur le pied du second degré de la première classe (chyii kercklyk). Nous y lisons aussi que le peintre, qui venait d'entrer dans sa soixante-cinquième année, habitait près du canal dit « 'Blaiiiobaiidsche nii. »

Nous allons maintenant passer en revue les occupations artistiques de notre maître.

Ferdinand van Apshoven, le jeune, peignit comme Thomas, les sujets préférés de leur commun professeur. Il les exécuta avec un talent tellement remarquable, que ses œuvres, ainsi que celles de son frère, sont maintes fois attribuées à David Teniers, le jeune. C'est ce quj explique l'apparente rareté de leurs tableaux, qui ne sont qu'exceptionnellement renseignés sous leurs noms. Feu W. Burger l'avait déjà soupçonné, quant à notre Ferdinand, car Thomas lui était inconnu. L'auteur cité fait en CQs termes l'éloge de notre artiste, à propos d'un tableau du musée de Rotterdam, dont nous parlerons plus loin : ft Je crois bien que tous les contrefacteurs de Teniers, un des plus trompeurs est Ferdinand van Abtshoven {sic), et que quantité de Teniers consacrés sont de lui. Il n'y a que les hommes d'un vrai talent qui puissent faire illusion complète en pastichant les autres, et Abtshoven est un vrai peintre très adroit praticien, et même très personnel, quand il le veut, dans la mimique et la physionomie de ses héros. — Les tableaux

d'Abtshoven sont très rares — peut-être, parce qu'ils sont devenus des Teniers, Rien à Anvers, ni dans les musées de Belgique , rien au Louvre, rien à Berlin, Dresde, Vienne, Munich, etc. Dans les musées de la Hollande un seul tableau^ celui de Rotterdam, aussi bon qu'un Teniers : Intérieur villageois ; vieillard courtisant une jeune fille, beaucoup de menus accessoires, lestement peints et bien à leur place. » Sauf le mot contrefacteurs que nous avons souligné et qui serait mieux remplacé par celui d'imitateurs, l'éloge est brillant et mérité.

Outre le tableau de Ferdinand van Apshoven, le jeune, signalé par Bûrger, il en existe encore un au musée de Dunkerque, représentant un intérieur, animé de deux figures. L'auteur de cette biographie en possède un également ; il a pour sujet une Réunion de paysans dans un cabaret de campagne. A l'avant-plan, un bon vieillard est assis devant une petite table, sur laquelle est étalé un papier blanc, qui remplit l'office de blague à tabac. Notre homme, la tète coiffée d'une calotte et vêtu de brun, tient de la main droite sa pipe, et, de la gauche, un pot à bière de forme longue. Sur un banc, près de là, sont déposés le chapeau et le manteau de notre personnage, qu'à son air, qui ne manque pas d'une certaine distinction, on prendrait pour un échevin du village, aux affaires duquel il paraît rêver. A gauche, à quelque distance, le feu flambe dans une vaste cheminée, audessus de laquelle est attaché à un clou le petit buste de bonhomme sur papier blanc, familier à David Teniers, le jeune. Trois paysans sont réunis devant l'âtre ; ils causent sans doute de choses importantes, car un d'entre eux, à qui deux morceaux de bois superposés servent de

— lyo —

siège, s'est ôté la pipe de la bouche, et un autre, qui l'écoute avec étonnement, en a fait autant; un troisième placé le dos au feu, comme ce dernier, réfléchit profondément à ce qu'il vient d'entendre. Près de ce groupe, un tonneau, placé en guise de table, supporte une cruche à bière et un vase à charbons destiné à allumer les pipes. Des chandelles, une bouteille et divers pots placés çà et là et peints avec beaucoup d'effet, enrichissent la composition. Une fenêtre ouverte à droite, laisse voir une échappée du ciel.

Ce tableau peint sur toile d'une manière fort transparente se distingue par la vérité des physionomies et le naturel des attitudes. En l'étudiant avec soin, on comprend que Ferdinand van Apshoven, le jeune, ait pu être souvent confondu avec son maître.

Au reste, ceux qui ont visité avec attention le musée d'Amsterdam, n'auront pas de peine à reconnaître dans une partie de la description que nous venons de faire, une composition de David Teniers, le jeune, qui appartient à cet établissement. Ferdinand van Apshoven, le second, lui a emprunté, en effet, le lieu de sa scène et ses deux personnages. Mais il y a ajouté de nouvelles figures, et dès lors n'est pas copiste. Le panneau d'Amsterdam est désigné sous le nom du Cabaret rustique (de Boerenherherg) .

De même que les tableaux de Thomas et de Ferdinand van Apshoven, le jeune, passent très souvent pour des œuvres de David Teniers, le second, il est indubitable que plus d'une gravure exécutée prétendument d'après ce maître, l'a été réellement d'après l'un ou l'autre de ses deux élèves. Nous en avons une preuve dans une planche de Jacques-Philippe le Bas, intitulée

VÉcole du bon goiist, et qui reproduit une peinture conservée, au siècle dernier, dans le cabinet du duc de Valentinois. Quoique le Bas y ait inscrit le nom de David Teniers, nous avons la conviction que le tableau a eu véritablement pour auteur Ferdinand van Apshoven, le jeune. On y reconnaît, en effet, on ne peut mieux son style.

Nous n'avons plus que quelques mots à ajouter pour terminer ce qui regarde les van Apshoven. Ayant sous les yeux la généalogie que nous avons dressée de cette famille, depuis le XVP siècle jusqu'en 1726, nous pouvons donner l'assurance qu'aucun de ses membres n'a porté le prénom de Théodore, et que le Michel dont parle feu Waagen à la page 268 du tome II de son Manuel de Vhistoire de la peinture. — Ecoles allemande, flamande et hollandaise {traduction par MM. Hymans et J. Petit) n'a jamais existé.

Chrétien Kramm cite une vente de tableaux qui eut lieu à Gand en 1779, et dont le catalogue annonçait une Cuisine avec toute sorte de gibier, peinte par Jean van Apshoven, qu'il croit avoir été confondu avec Ferdinand, (le jeune), par suite d'une mauvaise lecture de la signature. Nous ferons observer à cet égard que ce tableau a pu aussi avoir été l'œuvre de Thomas van Apshoven. Quoi qu'il en soit, nous avons la preuve de l'existence à Anvers de deux Jean van Apshoven ; le premier, dont la filiation nous est inconnue, épousa Cornélie Janssens et en eut un fils, nommé Jean comme lui et baptisé à S'° Walburge, le 8 octobre 171 5. Sa femme lui donna encore une fille, nommée Marie-Cornélie, tenue sur les fonts de ladite église^ le 10 mai 17 17. Les noms des parrains et des marraines de ces deux enfants étant tous

étrangers à notre famille d'artistes, nous en concluons que nos deux Jean le sont probablement aussi. Nous n'avons pas découvert, du reste, que l'un ou l'autre soit devenu peintre.

Kramm, que nous venons de citer, a apprécié à sa juste valeur le talent de Ferdinand van Apshoven, le jeune, comme imitateur du second David Teniers. Nous devons ajouter qu'on ne sait rien, à Anvers, de tableaux que notre maître et son frère Thomas auraient peints dans le style de Quirin Brekelenkamp. L'auteur cité avance cette assertion, en parlant de Ferdinand , car Thomas lui est quasi inconnu. Il en parle, en effet, d'après Bryan, sous le faux nom de Théodore, et doute de son existence. C'est le biographe anglais qui prétend que Thomas a peint dans le genre de Brekelenkamp.

Ce que van Eynde et van der Willigen, ainsi que Jean Immerzeel, junior, ont su de notre famille de peintres, se réduit à peu de chose. Ils n'en ont connu qu'un membre, dont ils ne déclinent pas même le prénom et à qui ils font honneur du mérite artistique de nos deux frères.

Les deux volumes de catalogues de ventes de tableaux, pubhés en 1752, par Gérard Hoet, et le supplément à cet ouvrage, édité en 1770, par Pierre Terwesten, confirment ce que nous avons dit plus haut du grand nombre de peintures de nos maîtres, qui sont attribuées à David Teniers, le jeune. En effet, tandis qu'on trouve renseignés dans ces trois tomes trois cent vingt-trois tableaux, non compris les pastiches de David Teniers, le second, qui n'est, du reste, distingué d'avec son père que par Terwesten, on y rencontre à peine une dou-

zaine de productions de Ferdinand van Apshoven, le jeune, et de son frère Thomas, (i)

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Ph. Rombouts et Th. van Lerius. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde de S^ Luc à Anvers. T. I,pp. 369, 385, 398, 418, 422, 428, ibid.,453,497, 500, 531, 567, 680; T. II, 36, 43, 168, 173, etc. — Registres de la garde bourgeoise, aux archives d'Anvers. — Registre de la sodalité des mariés, dirigée par les Jésuites d'Anvers. — J, HûBNER. Catalogue de la galerie royale de Dresde 1862, no 1039. — W. BùRGER. Musées de la Hollande, T. II, pp. 343 et 344.— Parthy. Deutscher Bildersaal. — P.L. Dvbovrcq.. Beschrijving der schilderijen op 's RijJcs Museimi te Amsterdam. — Amsterdam, 1870, 156, nr 327.

(i) Cette notice est datée du 19 octobre 1869.

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André van ARTVELT

(en flamand Andries van ARTVELT)

uoiqu'André van Artvelt occupe à bon droit ^^^Yj^une place marquante parmi les artistes de son 'temps^ les biographes de l'école flamande n'ont guère su de lui que ce que leur avait appris Corneille de Bie, c'est-à-dire qu'il était peintre de marine. Les plus récents ont parlé de son portrait, peint par Antoine van Dyck, et gravé par Scetsélon (Schelte) van Bolswert. Mariette nous dit dans son Abecedario. que Soprani le nomme Alfelt, qu'il vivait à Anvers dans le même temps que Rubens, qu'il réussissait à peindre des marines et que Bolswert en a gravé une d'après lui. Il était Hollandais de nation, ajoute-t-il, au rapport de Soprani, et très habile dans l'art de peindre des paysages et des marines, lorsqu'il vint à Gênes où Corneille de Wael, qui y était établi, le reçut chez lui et lui procura plusieurs ouvrages qui furent très bien reçus. Il retourna ensuite dans sa patrie, dit en terminant l'auteur italien cité par Mariette ; mais à peine y fut-il arrivé, qu'il mourut d'un accès d'apoplexie. Féhbien a su qu'il y avait à Anvers un peintre nommé Ert-veest {sic) qui représentait fort bien des mers et des combats sur les vaisseaux. C'est à ces détails peu prolixes que

se réduisent les informations vraies ou fausses recueillies jusqu'ici sur notre artiste.

Vo3'Ons donc ce que nous apprennent les documents originaux que nous avons consultés. Et d'abord comment faut-il écrire le nom de notre peintre ? A ne consulter que l'étj-mologie, il faudrait van Ertvelt, nom d'un village de la Flandre Orientale d'où la famille du maître tire sans doute son origine. Mais comme il a luimême signé des initiales AVA le tableau de la galerie de M. Suermondt, dont nous parlerons plus loin, et van Artvelt en toutes lettres, l'acte notarié que nous analyserons dans le cours de cette biographie, le doute n'est plus permis,

André van Artvelt était fils d'André et de Claire Geerts, qui s'étaient mariés dans la cathédrale d'Anvers, le 23 juillet 1587, en présence d'André van Artvelt, aïeul de l'artiste et de Jean de Hertoghe. Martin Nuyts ou Nutius, le vieux, imprimeur de mérite, et Catherine Verhaecht ou van Haecht, dont le nom rappelle une de nos familles d'artistes, tinrent sur les fonts de la même église, le 22 août de ladite année, Marie, la première enfant des époux récemment mariés. Elle eut deux frères et deux sœurs, qui forent tous baptisés dans la cathédrale. 2° Jacques, le 8 septembre 1588; parrains, Jacques le Roy et le Signor de Bilela, marraine, Jeanne de Somervel ; 3° notre André, le 25 mars 1590 ; parrain^ André de la Fonteyne (de la Fontaine), marraine, Marie Vervoort ; 4° Catherine^ le 17 novembre 1591 ; parrain, Jean van der Eycken, marraine, Catherine Belot ; 5° Claire, le 3 décembre 1593 ; parrain, Simon Marcelis, marraine, Marie Verbruggen. Les noms des personnes qui assistèrent ces enfants au bap-

terne prouvent que les van Artvelt étaient en relations avec plusieurs familles de la bonne bourgeoisie d'Anvers.

L'admission d'André à la franc-maîtrise de la gilde de S* Luc est la première trace que nous ayons rencontrée de sa vie artistique. Les Liggeren rapportent cette admission en 1609- 16 10, alors qu'il avait atteint l'âge de dix-neuf à vingt ans ; ils sont muets sur l'époque de l'entrée en apprentissage et sur le nom du professeur de notre peintre. On lui connaît quatre élèves : 1° Guillaume van Overdyck, inscrit comme tel le 16 avril 16 17; nous n'avons pas rencontré son admission à la maîtrise ; 2° Guillaume van de Meuter ou van de Muyter, en 1622-1623, franc-maître en 1630-163 1 ; 3° Gaspard van Eyck, le 4 septembre 1625, franc-maître en 1632-163 3 et bon peintre de marine. Il faut ajouter à cette liste, d'après M. Augustin Jal, Matthieu van Plattenberg, qui prit à Paris le nom francisé de la Plate- Montagne et devint également un peintre de marine habile.

André van Artvelt était entré, comme nous allons le voir, dans sa vingt-sixième année, lors de son premier mariage. Il avait donc eu le temps d'entreprendre un voyage en Italie. Mais si ce voyage se fit réellement, comme le rapporte Soprani, et si l'artiste a été hébergé à Gênes par Corneille de Wael , qui y était établi, l'excursion de van Artvelt doit avoir eu lieu après 1615. En effet, le Corneille de Wael, dont il s'agit ici, fils de Jean, bon peintre, et de Gertrude de Jode, étant né en 1592, n'avait que vingt-trois ans en 161 5, et ce n'est guère alors et beaucoup moins encore auparavant, qu'il aurait pu procurer des commandes à notre maître. Celui-ci n'a donc pu voir l'Italie que plus tard.

Il épousa dans l'église de S* André, le 28 novembre 1615, Catherine de Vlieger. Le mariage fut célébré avec dispense de deux bans et eut pour témoins Guillaume- Jean Zegers et Maximilien der Kinderen. Il en naquit deux enfants qui furent l'un et l'autre baptisés à S' Georges : 1° Simon-Pierre, le 17 octobre 1619 ; parrain, Gisbert van de Cruyce, marraine, Catherine de Vlieger. Cet enfant n'a pas laissé de traces dans les archives de S' Luc. 2° Catherine, le 26 novembre 1623 ; parrain, Jean Dux, marraine, Elisabeth Royen. Elle mourut en 1652, et les comptes de la cathédrale rapportent au 19 avril de cette année-là, le paiement de son service funèbre de première classe. Son décès eut lieu dans le quartier sud de Notre-Dame. Nous ferons observer ici, en passant, que parmi les noms des témoins du mariage d'André van Artvelt et parmi ceux des parrains de ses premiers enfants, il s'en trouve plusieurs qui ne sont pas inconnus aux Liggeren.

Catherine de Vlieger laissa son mari veuf, peu après la naissance de son dernier enflmt. Le compte de la gilde de S' Luc du 17 septembre 1626 au mois de septembre 1627 mentionne, en effet, le paiement de sa dette mortuaire.

Nous perdons le maître de vue jusqu'en 1630. Son voyage en Italie eut-il lieu peu après la mort de Catherine de Vlieger ? Nous croyons que cela est probable, en supposant vraie la plus grande partie du récit de Soprani.

André van Artvelt était de retour à Anvers au moins en 1630, puisqu'il eut à cette époque des relations illicites avec Susanne April. Il en naquit une fille nommée Susanne, comme sa mère, et qui fut tenue sur les fonts

de la cathédrale, quartier sud, le 13 mars 163 1, par Guillaume van de Meuter ou van de Muyter, l'ancien élève de notre artiste, et par Anne Jacobi. Le peintre persistant à rechercher sa maîtresse, en eut une seconde enfant, qui fut baptisé à S' Jacques, le 29 juin 1632, et reçut les prénoms d'Anne-Marie.

Nous trouvons une nouvelle preuve du penchant de van Artvelt pour les plaisirs de la chair, dans la conclusion de son second mariage qui eut lieu pour rendre l'honneur à Elisabeth Boots. Il fut célébré dans l'église de S' Jacques, le 3 octobre 1633, avec dispense de tous les bans et en présence de Jean Boots et de Jean Roegiers, le jeune. Nous croyons que ce Jean Boots est le peintre de ce nom, reçu franc-maître dans la gilde de S* Luc le 14 août 1625, et qui ouvrit, en 1641-1642, son atelier au célèbre Pierre Gysels. Dès le 11 février 1634 fut présenté aux fonts de baptême de S' Jacques, Jean-Baptiste van Artvelt, le seul enfant qu'eut André de sa seconde femme ; il fut tenu par Isaac Boots, au nom de son frère Jean Boots, et par Catherine Boots, au nom de Jeanne Symons. Nous ignorons si Elisabeth a survécu à son mari ; il est certain, en tout cas, que les comptes de la gilde de S' Luc ne mentionnent pas le paiement de sa dette mortuaire avant 1652, année dans laquelle mourut son mari, ainsi que nous le verrons plus loin.

Ces mêmes comptes nous apprennent que la gilde toucha, en 1 642-1 643, une somme de six florins, montant de l'évaluation faite par les doyens, d'un tableau de van Artvelt. Nous regrettons de ne pas connaître à quel prix cette œuvre d'art avait été estimée.

François Schenaerts, le vieux, négociant à Anvers,

passa le 23 juin 1649, un contrat de bail avec notre peintre ; cet acte fut reçu par le notaire Barthélémi van den Berghe, le vieux. Nous y lisons que l'artiste prenait en location, pour un terme de deux ans et moyennant la somme très considérable pour l'époque, de deux cent quarante florins annuellement, une maison avec portecochère et jardin, sise à la place nommée de Oevcr, près de l'hôtel des monnaies. Le bailleur s'engageait à faire démolir et enlever l'écurie qui se trouvait dans le jardin, ainsi que le mur placé au milieu d'une chambre au rezde-chaussée, mur qui se terminait dans la cheminée. Il promettait aussi de faire carreler en entier la première de ces chambres, où le peintre entendait sans doute établir son atelier. Jean Roegiers, négociant en vins, indubitablement le témoin du second mariage de van Artvelt, se porta sa caution pour l'exécution des conditions du loyer, que le maître signa ainsi : Anâer. van ArtvcIt. Sa façon d'épcler son prénom prouve que l'artiste s'entendait mieux à la peinture qu'à l'orthographe. On ne parlerait plus de lui, si l'inverse avait eu lieu.

Nous avons dit plus haut un mot de l'efiigie de notre artiste, exécutée par Antoine van Dyck. Ce portrait en pied, de grandeur naturelle, fut peint sur toile en 1632, époque à laquelle les deux maîtres se trouvaient à Anvers. Il était conservé en 178 1 dans la galerie électorale de Dusscldorf, dont le catalogue rédigé par Nicolas de Pigage le décrit ainsi : « Le peintre est dans son atelier, assis sur une chaise, vis-à-vis d'un tableau de marine auquel il travaille : mais il regarde dans le moment de côté, comme s'il écoutait quelqu'un, ce qui lui fait présenter la face aux spectateurs. Son habillement est un pourpoint violet, un haut de chausse et des bas de

couleur pourpre-foncé ; le manteau de même couleur est replié sur le bras et sur le genou. Sa tête sans chapeau laisse voir des cheveux noirs et très courts. Il a l'épée au côté, quoique assis et travaillant. Une fenêtre ouverte et qui éclaire la chambre laisse voir au-dehors une tempête sur mer, ce qui fournit justement le sujet du tableau auquel van Ertvelt (sic) travaille. Un chien barbet gris, tacheté de brun, est couché sur le plancher de la chambre et regarde son maître. La tête de ce portrait est d'une grande vérité. »

Van Artvelt avait quarante-deux ans, lorsque van Dyck transmit ses traits à la postérité. Pigage nous apprend que l'œuvre d'art, dont nous venons de parler, avait une hauteur de cinq pieds six pouces sur une largeur de sept pieds un pouce. Elle se trouve encore renseignée dans le catalogue de la même galerie, imprimé à Dusseldorf, en 1805, et est conservée actuellement dans celle d'Augsbourg.

Le portrait de notre peintre, gravé d'après van Dyck, par Scetsélon (Schelîe) van Bolswert, ne l'a pas été d'après le tableau décrit ci-dessus, mais probablement d'après une grisaille exécutée par le grand élève de Rubens. Il représente l'artiste debout aux deux tiers de sa grandeur naturelle et tenant de la main droite dont le poignet laisse voir une manchette brodée, un papier en partie déroulé. Son pourpoint, sur lequel est rabattu son col à dentelle et au-dessous duquel on distingue son haut de chausse, est boutonné. Son manteau à collet est replié sur le bras droit. Son visage spirituel et pensif est orné de moustaches et d'une impériale ; le bas du menton porte également de la barbe. La chevelure est courte. Le maître, qui est tourné vers le spectateur, est repré-

sente au bord de la mer sur laquelle un vaisseau est ballotté par les vents. — Le graveur dont nous venons de parler a exécuté, d'après van Artvelt, une superbe planche représentant une furieuse tempête contre laquelle luttent quatre vaisseaux. Le tableau reproduit par Bolswert fut présenté, il y a quelques années, en vente publique à Anvers et le peintre-graveur Jean-Théodore- Joseph Linnig, qui l'y vit, nous a appris qu'il y figurait au catalogue sous le nom de Guillaume van de Velde, Il le rencontra plus tard dans une nouvelle vente de la même ville, sous un autre nom faux, et déplorablement usé, par suite d'un nettoiement excessif.

Nous ne connaissons pas d'autres gravures d'après van Artvelt, mais celui-ci en a exécuté au moins une à l'eauforte. Elle représente l'Escaut congelé en 162 1 ; un exemplaire de cette planche faisait partie de la riche collection d'estampes et de dessins de Pierre Wouters, chanoine à S* Gommaire à Lierre^ qui fut vendue à Bruxelles en 1797. Elle figure dans le catalogue rédigé par N. J. T'Sas à la page 183, sous le numéro 1974.

Les tableaux de van Artvelt se rencontrent rarement, quoiqu'il soit probable que ce peintre n'a pas été moins laborieux que la généralité des artistes, ses contemporains. Une partie de cette rareté aura sans doute pour cause l'ignorance ou la mauvaise foi de certains marchands d'objets d'art, qui font passer sous d'autres noms les œuvres de notre maître. Quoi qu'il en soit, nous n'avons trouvé qu'un seul de ses tableaux dans nos catalogues de collections publiques. Il représente une marine animée d'un grand nombre de vaisseaux qui semblent mettre à la voile ; on remarque à l'avant-fond des canons, des armes et d'autres munitions militaires prêtes à

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