‹ Biographies et portraitsChapitre 22 sur 31 · C.-S. CIIERRIER, ÉCR, C. R · texte numérisé non relu

C.-S. CIIERRIER, ÉCR, C. R

Après M. Louis-Michel Viger, M. Cherrier eut pour associés, de 1832 à 1834, M. Laberge, jeune avocat de grands talents ; de 1833 à 1841, M. Charles Mondelet, qui le quitta pour monter sur le Banc, et de 1841 à 1860, l’hon. A. -A. Dorion et M. Wilfrid Dorion.

M. Cherrier avait épousé, en 1834, Dame veuve Coursol, mère de M. le juge Coursol. 11 eut de ce mariage deux filles dont l’une est veuve de M. Senécal, jeune avocat de talent, mort il y a quelques années.

Les honneurs que les avocats sont heureux de conférer à leurs confrères les plus distingués n’ont pas manqué à M. Cherrier. Il a été bâtonnier de l’Ordre, ancien président du barreau du Bas-Canada; il est docteur honoraire de la faculté de droit de l’université St-Jean de New-York.

A trois époques différentes, il aurait pu être juge, et la dernière fois juge-en-chef de la cour d'appel, le poste le plus élevé auquel on puisse arriver par la profession. Sa conscience et sa modestie reculèrent devant les devoirs et les responsabilités de cette honorable position.

Après s’étre livré, pendant quarante ans, à l’exercice d'une profession fatigante, il avait besoin de repos. Aussi, la mort de M. Viger l’ayant mis en possession d’une fortune considérable, il cessa de pratiquer. Mais il voulut rester avocat, garder même un peu ses vieilles habitudes ; tous les jours encore, on peut le voir se rendre à ce bon vieux bureau du coin de la rue St-Amahle et de la rue St-Vincent où il a passé près d’un demi-siècle. La rue St-Vincent n’a pas eu d’amant plus fidèle et plus respectable; elle devra s’ennuyer, quand elle ne le verra plus passer; il lui rappelait tant de choses intéressantes, tant d’amis disparus !

La rue St-Vincent! on ne dirait pas à la voir ce qu’elle a été et ce qu’elle est encore. Elle est bien petite, on la parcourt en quelques pas, et cependant c’est là qu’ont vécu la plupart de nos hommes remarquables ; que se sont agitées les questions les plus graves pour notre nationalité, qu’on a fait la politique depuis trois quarts de siècle ; c’est là enfin

qu’aux jours mauvais de notre histoire on se réunissait pour aviser aux meilleurs moyens de défendre les intérêts du pays. Oh ! si les vieux murs qui la bordent pouvaient parler avant de tomber.

J’ai cru que je ne pouvais parler de M. Cherrier sans dire un mot, en passant, de cette rue St- Vincent avec laquelle il semble s’être identifié.

De ce qui précède le lecteur a dû conclure que la carrière professionnelle de M. Cherrier a été non-seulement longue, mais brillante et lucrative, autant qu’elle pouvait l’être dans un pays où le travail de l’esprit est peu rémunéré. Lorsqu’on sait que les avocats de réputation font dans les autres pays de quarante à soixante mille piastres par année, on n’ose pas dire le chilfre auquel on arrive ici après des années de travail et de persévérance. On réalise facilement en Canada, sans le vouloir, l’idéal de la profession, qui est d’être pauvre et honnête; mais il est probable que M. Pasquier, qui a dit cela, n'avait pas l’idée qu’on pouvait arriver si près de cet idéal.

M. Cherrier a pu trouver dans la profession les moyens de vivre dans l’aisance jusqu’au jour où il devint riche par héritage. 11 a pratiqué heureusement dans un temps où le talent et l’intégrité suffisaient à un avocat ; avec sa modestie, la dignité et la noblesse de son caractère, il aurait éprouvé bien des déboires de notre temps et aurait plus difficilement fait son chemin à travers tous ces avocats qui se disputent les miettes d’une profession épuisée.

M. Cherrier avait de la profession l’idée qu’en avaient ces avocats du dix-septième siècle qui- ont porté si haut la gloire de leur ordre, il la faisait respecter en la respectant luimême. Il voyait dans la profession non-seulement le moyen de faire de l’argent, mais encore de faire du bien à la société et de servir la justice.

Ce n’est pas de lui qu’on peut dire qu’il répandait l’esprit de chicane ; au contraire il évitait les procès autant que possible et aimait mieux prendre la défense que la poursuite.

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