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deux autres fléaux. Voici ce qu'en écrivait M?"^ Coupperie :
« Cette année j'ai éprouvé de grands chagrins dans notre mission de Babylone. La famine, la guerre civile et la peste ont anéanti au moins la moitié de la population chrétienne dans le pays de Mossoul et dans le Kurdistan. Ceux qui ont échappé sont dans une position extrêmement affligeante, La mort a enlevé deux évêques et les deux tiers des prêtres qui étaient dispersés dans les villages. Le courage est abattu de toutes parts. J'espère que la miséricorde de Dieu nous donnei^a quelques moyens de travailler à la conservation de ce qui reste dans ces malheureuses contrées.
« A Bagdad, nous nous tenons dans nos caves pour ne pas être étouffés par la chaleur qui, cette année, a été extraordinaire. Dans peu nous en pourrons sortir pour nous livrer à nos occupations ordinaires. Malgré les troubles qui ont agité et qui agitent encore l'empire ottoman, notre ville est toujours demeurée tranquille. Le pacha a su y maintenir la paix. Au dedans, il ne s'y est opéré aucune innovation religieuse, mais au dehors, les routes sont infestées par les brigands arabes et kurdes qui attaquent tout le monde. Du côté de la Perse, il ne s'est fait aucun mouvement ; jusqu'à ce jour, tout mariîhe d'accord entre le pachalik de Bagdad et les Persans. On dit que les Russes sont du côté d'Erzeroum , mais leur présence dans ce pays-là n'exerce aucune influence sur celui que j'habite.
« La crainte principale dont les habitants de Bagdad sont frappés maintenant, c'est la peste. Ce fléau, comme
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je VOUS rai dit plus haut, a fait des ravages afifreux du côté de Mardin, de Mossoul et des contrées environnantes. Les vieillards disent que, suivant la marche accoutumée, cette terrible maladie doit venir ici après les chaleurs de l'été. Cette pensée a dérangé tout le commerce, et une grande quantité de personnes font leurs préparatifs pour s'éloigner prochainement et gagner d'autres paj^s plus sûrs, pour, conserver leur vie et celle de leur famille. Quant à moi, je ne regarde pas ces craintes comme des réalités ; mais, dussions-nous être attaqués, je suis déterminé à ne pas quitter mon poste. Je prendrai les précautions d'usage en pareil cas, et, pour tout le reste, je m'abandonnerai aux mains de la Providence. » (Lettre de Mgr Goupperie à Mgr Dramet à Marseille, extraite des Annales de la Propagation de la Foi.)
Bagdad échappa à la peste. Ce fut la seule ville de la Mésopotamie qui n'en fut pas infectée ; aussi devintelle le séjour de beaucoup de chrétiens qui, en même temps qu'ils fuyaient le fléau, y cherchaient un refuge contre deux autres, la guerre et la famine.
Dans les derniers mois de l'année 1829, la Société Biblique ourrit des écoles protestantes à Bagdad et à Julfa. Bien que leur dogme s'éloigne beaucoup moins du catholicisme que du protestantisme, les Arméniens, dans leur aveugle haine contre le pape, y envoyèrent leurs enfants de préférence aux écoles catholiques. Pour lutter contre elles, Mgr Goupperie consacra une partie des secours qui lui arrivaient, aux écoles de garçons et de filles qu'il avait créées à Bagdad, ainsi
qu'à une autre fondation religieuse, composée seulement de deux prêtres et de trois étudiants en théologie, tous les cinq enfants du pays.
Les vides que la peste avait faits dans le clergé du pachalik de Mossoul demandaient à être comblés. Soixante prêtres sur quatre-vingt-un étaient morts, et les sujets manquaient pour les remplacer. Obligé d'aller au plus pressé, Mgi" Goupperie avait quelquefois donné l'ordination à d'honnêtes artisans. Les Chaldéens n'avaient pas fait autrement -. leur évêque, dans le cas de circonstances urgentes , n'exigeant de ceux quil appelait au sacerdoce aucune préparation avant d'y arriver, avait choisi, à côté de lui, celui qui paraissait le meilleur et le plus intelligent ; il lui apprenait à dire la messe, el, sans autre préparation, le vouait au culte du Seigneur *.
Mgr Goupperie employa une certaine somme à la réparation de l'hospice chaldéen et des églises clialdéennes situées dans le pachalik de Mossoul, et une autre à se rendre favorables les autorités musulmanes auprès desquelles l'argent est presque toujours un argument victorieux.
Enfin, l'évêque de Babylone s'était fait une réserve pour un nouveau voyage dans le Kurdistan, dans l'in-
* En Orient, le célibat n'est point imposé à ceux qui demandent l'oi'dination. C'est la règle pour les prêtres, et en particulier pour les Chaldéens catholiques. En Orient, il y a deux clergés : l'un marié, clergé paroissial, ne faisant que célébrer la messe et administrer les sacrements ; un autre célibataire (les moines de l'ordre de saint Basile en général), prêchant, dirigeant les consciences et parmi lesquels seulement on nomme les évêques (chez les Grecs catholiques ou non et les Russes). (Note de M. le docteur Viaud-Grand-Marais.)
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tention de répondre à une invitation qu'il avait reçue d'un des principaux chefs nestoriens. Ce voyage resta à l'état de projet ; son exécution, pour le moment, étant empêcliée par les troubles qui agitaient le pays, et plus tard, la mort étant venue le surprendre au moment où il se proposait de l'effectuer.
A défaut de visites pastorales, devenues impossibles, Ms"^ Goupperie cherchait à se renseigner, auprès de ses correspondants, des choses de la religion qui s'accomplissaient en dehors de son diocèse.
Il avait fait la connaissance d'un officier européen que son goût pour les voyages avait attiré vers ces contrées lointaines. Fidèle à l'engagement qu'il avait pris de transmettre à l'évêque de Babylone tout ce qu'il pourrait recueillir d'intéressant en matière religieuse, cet officier lui adressa sur la reine Sandbanah une notice très curieuse.
Autrefois danseuse cachemirienne, puis convertie à la religion catholique, la jeune Indienne avait épousé un aventurier allemand qui avait fait une grande fortune militaire en se mettant au service du grand Mogol. Son mari s'étant donné la mort dans un moment de désespoir où il s'attendait à être dépossédé de ses terres par les Anglais triomphants, la princesse Marie — c'est le nom qu'elle avait reçu au baptême — ne perdit pas courage. Elle se mit à la tête des troupes qui lui étaient restées fidèles, et finit par rentrer dans la possession de ses biens et le commandement de ses États.
Pendant un long règne , elle conserva toujours le pouvoir le plus absolu. C'était elle qui fixait la quotité des impôts que lui devaient ses sujets, sur lesquels elle
avait un droit bien plus exorbitant encore, le droit de vie et de mort. Cette princesse avait araasssé de grands trésors ; elle possédait de superbes palais et des terres immenses. Des officiers européens commandaient ses armées, et des ministres européens se trouvaient également dans son conseil. Très dévouée à la religion qu'elle avait embrassée, la reine Marie n'avait pas cessé de travailler à la propager dans ses Etats. Un missionnaire apostolique, le père Gaptan, la dirigeait dans tous ses actes religieux. Chaque malin, elle entendait la messe dans une chapelle attenante à son palais ; chaque soir, on s'y réunissait de nouveau pour dire le rosaire. La tenue et le recueillement des fidèles étaient exemplaires, et la conduite du père Captan édifiait toutes les âmes.
Agée de quatre-vingt-dix ans et songeant à une fin prochaine, la reine avait fait construire une magnifique église que l'èvêque d'Agra était venu bénir, et y avait fait creuser un tombeau dans lequel elle devait bientôt reposer.
Une pareille fondation, œuvre d'une femme dont la jeunesse avait été bien mondaine, était faite pour remplir d'étonnement ; et le correspondant de l'èvêque de Babylone ne doutait pas que ce prélat n'y vît la main de Dieu.
Un prêtre catholique lui écrivait aussi de Julfa — qui dépendait de sa juridiction — pour appeler son attention sur une grosse affaire dont l'école qu'il avait fondée était le sujet. D'abord, tout avait bien marché, et beaucoup d'enfants arméniens en étaient devenus les élèves. A l'étude de la doctrine chrétienne par où il avait commencé, il se proposait d'étendre son enseignement à la
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grammaire et à la géographie, quand un incident inattendu, qui prit des proportions considérables, faillit tout compromettre.
Le prêtre catholique était occupé à la construction d'une sphère, quand des prêtres arméniens, ennemis de sa religion, persuadèrent au peuple qu'il s'agissait d'un instrument diabolique à l'usage de la sorcellerie. Il n'en fallut pas davantage pour que la multitude se soulevât. Elle se porta à la maison d'école et en aurait lapidé les religieux, si, prévenus à temps, ils ne s'étaient pas rendus en toute hâte à Ispahan, demander protection au chef suprême de la religion. Celui-ci donna ordre à l'archevêque de Julfa de ne pas tolérer de pareilles vexations, et de laisser les Arméniens catholiques libres dans leur enseignementc Ce n'était pas l'affaire de l'archevêque qui détestait les catholiques. Loin de se soumettre aux ordres iqu'il vient de recevoir, il excite la foule ; à sa voix, l'émeute se grossit, et, ayant à sa tête le chef delà garde de la ville, elle se porte sur la maison d'école dont elle arrache les enfants pour les conduire à l'archevêché. Là, ils sont rudement châtiés, pour s'être refusés à prononcer des anathèmes contre la religion catholique, pour avoir aussi refusé de prendre l'engagement de ne plus fréquenter l'école des missionnaires.
Le lendemain, le chef de la garde de ,1a ville se présentait de nouveau à la maison d'école pour imposer une forte amende aux missionnaires. Mais ceux-ci s'ètant rendus chez le gouverneur d'Ispahan, avaient mis sous ses yeux les firmans des rois de Perse en vertu desquels ils remplissaient leur mission à Julfa. Bien en prit alors au chef de la garde que les missionnaires
implorassent sa grâce, car, sans leur intervention, le gouverneur lui aurait fait administrer une rude bastonnade. La paix se fit aussi avec l'archevêque, mais la population fut plus difficile à calmer. Comme un des élèves de l'école catholique entrait à l'église, les émeutiers se jetèrent sur lui, l'arrachèrent du saint lieu, et, après l'avoir garrotté, l'emmenèrent chez le premier magistrat de la religion arménienne. Ces violences n'effrayèrent point le jeune néophyte qui, dans une discussion, confondit, par sa science, l'ignorance de ses adversaires. Honteux de leur défaite et ne sachant que dire, ils revinrent à la machine infernale, et renvoyèrent même chercher des enchanteurs musulmans pour en détruire les effets magiques. Malheureusement pour eux, des personnes, ayant quelques notions de géographie, étaient présentes au moment des objurgations. Elles rirent beaucoup de cette singulière comédie et se moquèrent des acteurs. Ceux-ci ne se tinrent pas pour battus et revinrent à la charge. Un moUa musulman suivait les leçons des missionnaires ; ils dénoncèrent ses maîtres, les accusant de travailler à la conversion d'un sectateur de Mahomet. Devant l'iman, où l'affaire fut portée, il fut facile aux missionnaires de prouver que les règles de la grammaire et de la logique qu'ils enseignaient, n'avaient rien de contraire aux lois de l'Alcoran. L'iman donna gain de cause aux Francs, et finit par faire comprendre au peuple que leurs dénonciateurs étaient des imbéciles. Il se fit alors une révolution dans les esprits-, aux dispositions malveillantes de la foule succéda la confiance. Un des principaux Arméniens de Julfa vint même confesser publique-
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ment sa foi à la religion catholique, sans que cette démarche soulevât contre lui la moindre réprobation.
La correspondance de Mgr Coupperie compte de nombreuses pages dans les Annales de la Propagation de la foi. La passer complètement sous silence serait laisser une grande lacune dans l'histoire de sa vie. Nous nous arrêterons de préférence, comme étant particulièrement intéressante, à sa notice sur les Ghaldéens dont nous ferons une analyse fort succincte, notre travail ne comportant pas des développements trop étendus.
L'histoire de ce peuple, connu tantôt sous le nom de Babylonien, tantôt sous celui d'Assyrien, se perd dans la nuit des temps. Les souvenirs bibliques y abondent : nous y trouvons les patriarches, les prophètes, les solitaires ; dans ses premiers âges, il a pour souverains Nemrod, Ninus, Sémiramis et aussi Balthazar, sous le gouvernement duquel ses destinées s'accomplissent.
Aux premiers siècles de l'ère chrétienne, elle est pleine de splendeurs et d'illuminations divines. Les grandes fondations des moines jettent sur elle un vif éclat, et ses pages sont écrites avec le sang des martyrs. Importée, au Y^ et au VI« siècle, dans la Mésopotamie, l'hérésie nestorienne y fait de grands progrès et pénètre dans l'Inde et dans la Chine ; jusqu'au XIIP siècle, chrétiens, hérétiques et sectateurs de Mahomet, vivent côte à côte et en paix. Mais, à cette époque, les ïartares aj-ant renversé l'empire des Arabes, les persécutions recommencent, les chrétiens se dispersent, leurs patriarches changent de résidence, un rapprochement avec l'Eglise romaine s'opère dans leur Eglise. Au XIX« siècle tous les Ghaldéens de la Mésopotamie sont catholiques.
Dans l'Inde et dans la Chine, le mouvement de réconciliation avec l'Eglise romaine se fait aussi sur une grande échelle ; un prêtre, envoyé dans ces contrées par l'archevêque de Mossoui, assure que les conversions s'y comptent par centaines de mille, qu'il a vu plus de quarante villages jacobites tout prêts à revenir de leur erreur. C'est en Perse que l'hérésie nestorienne paraît le plus enracinée et a encore de nombreux sectaires. Dans ce pays, sans cesse tourmenté par la guerre civile, il est difficile aux missionnaires d'aller prêcher l'Evangile, le bruit des armes étouffe la voix du prêtre. La relation de Ms'' Coupperie est pleine de détails très curieux sur les cérémonies religieuses et profanes des Ghaldéens, sur leurs préjugés, sur leurs superstitions.
Les fêtes catholiques ne se célèbrent pas, chez eux, aux mêmes époques que dans le reste de l'Église latine. Cette différence tient à ce qu'ils n'ont point adopté le calendrier grégorien auquel ils ne peuvent rien comprendre, et dont il est inutile de leur parler. Leur seul guide est un almanach, imprimé à Venise ; ils n'y attachent pas autrement d'importance, et il y a tout lieu de croire que si le Saint-Père donnait des ordres pour régler la question, il ne trouverait pas d'opposition de la part de leurs prêtres. Chose singulière ! l'astronomie, autrefois si cultivée dans ces contrées, l'astronomie qui a servi de base au calendrier grégorien, est aujourd'hui à l'état de lettre morte à Bagdad. On ignore tellement les notions les plus élémentaires de celte science, qu'au moment des éclipses de lune, les habitants, pour chasser le satellite de la terre des dents d'un dragon dont les mâchoires sont ouvertes pour le dévorer, montent sur
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les toits de leurs maisons, et font un tel vacarme avec des armes à feu et des instruments de toute sorte, qu'ils mettent le monstre en déroute. Aussi, quand la blonde Phèbè reparaît dans toute sa splendeur, l'applaudissentils avec frénésie.
Le jeûne, qui comprend la moitié des jours de l'année, est moins sévère qu'il n'était au temps de la primitive Église. Au lieu d'être recommandé jusqu'à quatre heures du soir, l'abstinence des aliments solides ne s'y fait que jusqu'à midi. J'ai dit aliments solides, parce que ceux qui sont liquides ne le rompent point : Liquidum non frcmgit jejunium. Ainsi, on prend du café et l'on en offre aux visiteurs, dès le lever de l'aurore. Pour l'interdiction de la viande, elle s'observe avec la plus grande rigueur, particulièrement chez les hérétiques, pendant quelques jours de la semaine. Leur scrupule, à cet endroit, est si grand que, le vendredi, ils ne veulent pas allumer leur pipe à une chandelle de suif, parce que la flamme de sa mèche est entretenue par un corps gras.
Dans leur liturgie, les prêtres se servent de la langue chaldéenne ; l'évangile et toutes les prières se lisent à haute voix. Au reste, si, dans leurs cérémonies religieuses, il y a, quant à la forme, des difierences avec celles du culte romain, le fond en est le même.
Dans les églises, les hommes sont toujours séparés des femmes ; il ne s'y trouve ni chaises, ni bancs, mais des nattes seulement. Contrairement à ce qui se pratique chez nous, les hommes ont la tête couvertô et les pieds nus. Ils se tiennent quelquefois à genoux, le plus souvent assis, les jambes dans la position de celles d'un tailleur
quand il est à l'ouvrage. Après le sacrement de Baptême, le prêtre administre immédiatement celui de la Confirmation. Il est d'une facilité extrême pour donner l'absolution, et se sert de pain fermenté dans l'Eucharistie. On ne trouve, dans le pays, ni séminaires, ni écoles ecclésiastiques, ni couvents de femmes. Aucune étude préparatoire n'est exigée pour arriver au sacerdoce, et les religieuses restent au sein de leurs familles, ne se distinguant des femmes du monde que par le costume.
Les femmes ne sont voilées que dans les villes, elles se marient presque toutes fort jeunes. Les fiançailles se font deux, trois et quelquefois cinq ans avant le mariage. Le jeune homme qui prétend à la main d'une jeune fille, lui envoie un anneau par l'entremise d'un prêtre ; si elle le reçoit, l'engagement est contracté et la mort seule peut le rompre. La cérémonie nuptiale se fait avec une certaine pompe. Pendant toute sa durée, l'épouse reste entièrement voilée et immobile comme un marbre. Le mariage est suivi de libations d'eau-de-vie, très copieuses.
Les mariages chrétiens sont en général d'une grande fécondité. D'ordinaire, les enfants qui en naissent, sont doués d'une bonne constitution ; leur vigueur et la beauté de leurs traits contrastent avec la faiblesse et l'air chétif des enfants musulmans. Les grâces des jeunes filles sont souvent un malheur pour elles ; elles les rendent l'objet des poursuites passionnées des Turcs et quelquefois de leurs violences.
Les Chaldéens apportent un grand recueillement dans les cérémonies funèbres ; ils conservent toujours le
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respect pour leurs morts et vont souvent prier sur leur tombe.
Très sincères et très fermes dans leur foi, ils ne se laissent point séduire par la corruption musulmane, ni intimider par les vexations des infidèles. Leur simplicité tient autant à l'innocence de leurs mœurs qu'au défaut d'instruction.
Les Chaldéens sont pour la plupart artisans ou cultivateurs : quelques-uns se livrent au commerce, mais ils ne s'y enrichissent guère, les exactions odieuses dont ils sont victimes faisant obstacle à leur fortune. Les laboureurs ne sont point propriétaires des terres qu'ils ensemencent : ils sont au service des Musulmans auxquels elles appartiennent.
La principale industrie des chrétiens est celle des toiles coton, dont la bonne confection est appréciée de toute l'Europe.
Les Musulmans leur laissent toute liberté de traiter leurs affaires entre eux. Quand des contestations surviennent, elles sont portées devant les anciens et les prêtres, qui en jugent, mais non d'une manière souveraine. Les appels se font devant le cadi, et, dans ce cas, les frais de justice sont considérables.
Comme tous les autres sujets du Grand Seigneur qui' ne sont pas musulmans, les Chaldéens paient un impôt appelé la Carache. Cet impôt se prélève sur chaque tête dès l'âge dé quinze ans.
Les caprices de la mode ne leur sont point étrangers : ils portent des habits longs suivant la mode orientale, et des turbans dont la couleur différente de ceux des Musulmans les en fait distinguer. Pour eux, le lit est
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un objet de luxe ; presque tous couchent sur des nattes ou de mauvais tapis.
Il n'est pas sans exemple de voir les Chaldéens vendre leurs enfants. Ce détestable abus de la puissance paternelle a passé des Musulmans aux chrétiens. Il tient presque toujours à la pauvreté des parents qui ne trouvent pas d'autre moyen de désintéresser leurs créanciers.
Tout ce que nous appelons registres de l'état civil est inconnu de ces peuples, des témoins en tiennent lieu Pour les contrats, ils doivent être revêtus non seulement de la signature et du sceau des parties, mais aussi de ceux qui en entendent la lecture.
En général, le nom de baptême est le seul que l'on porte, en y ajoutant le nom du père et sa profession. Cet usage est de toute antiquité -, on en trouve de nombreux exemples dans l'Ecriture.
La moyenne de la vie est à peu" près la même qu'en France. Hors de Bagdad, il n'y a point de médecins, chacun s'y traite à sa manière.
Les mœurs des chrétiens y sont pures en général, celles des prêtres irréprochables. D'ailleurs, non seulement les désordres publics sont l'objet du mépris universel, mais ils exposent encore ceux qui s'en rendent coupables à des punitions si terribles, qu'on n'en trouve point de semblables dans la juridiction d'aucun peuple.
Telle est la page d'histoire que nous avons empruntée à M^^ Goupperie ; répétons qu'elle est fort incomplète et renvoyons ceux qui veulent en avoir une connaissance plus étendue à la source où nous l'avons puisée.
Pendant que l'évêque de Babjlone multipliait ses
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bonnes œuvres et, en raison de sa forte santé, faisait espérer qu'il pourrait les continuer longtemps encore, un fléau terrible, qui allait s'étendre de l'Asie à l'Europe, s'avançait à grands pas, laissant, sur son passage, la désolation et la mort. Parti de l'Inde où il avait pris naissance, le choléra marchait vers l'Occident, et son approche jetait partout la terreur. Le lundi de Pâques de l'année 1831, il envahit Bagdad ; et, la semaine suivante, il y faisait cinq cents victimes par jour. Tous ceux qui purent quitter la ville, prirent la fuite, et allèrent chercher un refuge dans les contrées où il n'avait pas encore pénétré. Le prêtre est le médecin de l'âme ; pas plus que le médecin du corps, il ne doit déserter son poste. La pensée de se séparer de son troupeau n'entra pas dans l'esprit de Msr Coupperie ; il continua à lui prodiguer les consolations et les secours de la religion. Plusieurs de ses prêtres ayant été successivement atteints par la maladie, il voulut les avoir auprès de lui et les recueillit dans son église. Là, bravant la mort avec le calme et la sérénité d'une âme tranquille, il leur fit de fréquentes visites et leur donna des soins de ses propres mains. Le saint èvêque ne pouvait pas rester dans un fo3"er infectieux sans en respirer les miasmes délétères et sans être frappé à son tour. Dans la nuit du 25 au 26 avril, il ressentit les premières atteintes du mal qui ainsi qu'il arrive presque toujours, eut une marche foudroyante. Vingt-quatre heures après, il n'était plus de ce monde '. Ainsi tomba, plus glorieusement encore
* Daus une lettre en date du 26 octol)re 1831, M. Auguste Drouot écrivait à M. Coupperie, à Challans, que son frère était mort de la
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que ne tombe le soldat sur le champ de bataille, — car celui-là au moins peut se défendre en combattant, — et aussi vaillamment que les illustres martyrs que nous trouvons en grand nombre dans l'histoire des missions étrangères, ce glorieux prélat dont le nom ne saurait être trop honoré. Il a trouvé, chez plusieurs de ses compatriotes, de dignes émules. Ce n'est pas un des moindres mérites des âmes nobles et généreuses de créer, par les exemples qu'elles laissent après elles , des natures héroïques empressées de marcher sur leurs traces.
Au XVIe et au XVIIle siècle, deux héros de l'humanité, saint Charles Borromée et l'archevêque Belzunce bravèrent la peste qui faisait d'affreux ravages dans leur ville archiépiscopale, pour porter aux malades les soins du corps et les consolations de Fâme. La mort les épargna, et ils purent accomplir dans sa plénitude leur œuvre de charité. La postérité reconnaissante leur a élevé des statues. Nous aurions voulu reproduire les traits de celui qui sacrifia sa vie dans l'accomplissement de son devoir^ et encadrer sa noble figure en tête de notre notice ; mais, aujourd'hui, c'est à Rabelais qu'on érige des statues, pendant qu'on menace de renverser celle de Belzunce. Ni le sculpteur ni le peintre n'ont reproduit l'image de Ms"^ Coupperie ; mais si les yeux la cherchent en vain sur le marbre et sur la toile,
peste. C'est bien au choléra morbiis, qui de Bagdad allait s'étendre sur l'Europe, qu'il avait succombé. Dans cette circonstance, comme il est arrivé bien d'autres fois, pour toute maladie faisant de grands ravages, le mot peste fut pendant quelque temps appliqué à la terrible épidémie qui n'était autre que le choléra.
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notre àme au moins gardera le souvenir de cette vie de dévouement et d'abnégation.
La mort de Mi^^ Goupperie laissa un grand vide dans la mission de Babylone. Après lui, l'Eglise de ce diocèse resta sans direction au moment où elle avait, plus que jamais, besoin d'une main sage et ferme pour la conduire. Aux ravages du choléra qui enleva plus des deux tiers de la population de Bagdad, vinrent se joindre bien d'autres calamités. Le Tigre et l'Euphrate inondèrent le pays, pendant que les sauterelles détruisaient les récoltes et apportaient la famine. Le peuple se souleva et ce ne fut qu'à force d'argent que le drogman du roi de France sauva l'évêché du pillage ; enfin la destitution de Daoul-Pacha alluma les feux de la guerre civile. Vainement le drogman écrivit-il à l'abbé Trioche de venir à Bagdad prendre en main les affaires de l'Eglise et celles de la France, l'abbé Trioche, que Msr Goupperie avait envoyé à Bassora, ne reçut point les lettres qui lui étaient écrites, les communications étant interrompues par le débordement des fleuves et les bandes de voleurs qui infestaient les routes.
Ms"" Goupperie ne fut remplacé dans sa mission que plus d'un an après sa mort. Ge fut M^^ Pierre-Maralin- Dominique Bonamie, membre de la Société de Picpus, et professeur de théologie au séminaire de Tours, qui fut appelé à lui succéder. Le nouvel évêque ne partit pour Bagdad qu'en 1834. Arrivé dans la ville d'Alep, il trouva les routes si peu sûres qu'il n'osa pas s'aventurer plus loin. Le Saint-Père lui donna alors une autre mission que celle à laquelle il avait d'abord été destiné.
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La prospérité relative dans laquelle Mgr Goupperie avait laissé les églises, ne dura pas. Le siège de Babylone étant inoccupé, elles ne trouvèrent plus la main qui leur était nécessaire pour les soutenir et les diriger. Pendant plusieurs années, comme toutes les autres églises d'Orient, elles penchèrent vers leur ruine. En 1835, Mg"" l'évêque de Luçon adressait aux curés de son diocèse une exhortation dans laquelle on lit les lignes suivantes : « Représentez aux fidèles de votre paroisse l'affliction profonde de ces églises d'Orient, autrefois si florissantes et maintenant si tristes et si abandonnées ; le culte saint aboli, la foi éteinte dans les cœurs, partout la défection. «
En 1843, il fut pourvu à la vacance du siège de Babylone, l'abbé Trioche y fut appelé par le Souverain Pontife. Mais les églises catholiques ne se relevèrent pas immédiatement de l'abaissement dans lequel elles étalent tombées. Il faut arriver à l'année 1845, pour qu'un retour sérieux commence à s'accomplir. A cette époque sept dominicains français , aidés de trois frères coadjuteurs, reprennent dans la Mésopotamie la mission qu'au siècle passé leur ordre avait si glorieusement entreprise.
A Msr Trioche succéda Msr Planchet, qui, en 1859, tomba sous les coups des Kurdes, et fut remplacé par Mgr Amanton, lequel, en 1863, donna sa démission. En 1866, un délégué apostolique, Më"^ NicolasGastells, archevêque in partibus de Marinopolis, fut appelé par le Saint-Père au gouvernement de l'Église catholique en Mésopotamie. Son autorité spirituelle, comme celle de Ms"^ Goupperie, s'étendait sur toute cette province, sur
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le Kurdistan, la petite Arménie et la Perse. Bien avant lui, de grands progrès s'étaient accomplis dans ces contrées. Mossoul avait été dotée d'une imprimerie d'où étaient sorties, écrites en français, en arabe, en syriaque, en chaldéen, de nombreuses publications destinées h porter au loin la lumière et la foi. Dès 1852, on y compte trois écoles île garçons et deux écoles de filles, fréquentées, les premières, par quatre cents élèves, les secondes, par trois cents. En même temps, les Carmes fondent à Bagdad des oeuvres semblables et les Capucins s'établissent à Mardin, à Diarbèkir et à Orsa. Les Lazaristes pénètrent en Perse où ils ouvrent de nombreuses écoles. Les Sœurs de Saint-Yincent-de-Paul, que l'on trouve partout où il y a des jeunes filles à instruire et des misères à soulager, ont leur maison d'enseignement à côté de celle des Lazaristes, et à Ourmiah soignent, avec le même zèle et la même cbarité, les malades, qu'ils appartiennent à la religion chrétienne ou au culte de Mahomet, qu'ils aient sur la poitrine le Croissant ou la Croix^. La concurrence des missions protestantes leur est peu redoutable, l'or qu'elles sèment d'une main , les bibles qu'elles distribuent de l'autre , ne faisant qu'un petit nombre de prosélytes.
Msr Coupperie occupe une grande place dans l'histoire de la mission de Babylone. Lorsque, en 1820, il se rendit à Bagdad prendre possession du siège auquel il venait d'être appelé, il trouva son diocèse dans un état lamentable : plus de missionnaires, plus d'enseignement catholique. Quelques pauvres prêtres indigènes, d'une grande vertu et d'une grande ignorance, voilà tout ce que la mission de Babylone conservait de son ancienne
splendeur. En présence des Musulmans, qui, pour extorquer ce qu'avaient les catholiques, ne reculaient ni devant la violence ni devant la ruse ; en présence des sectes hérétiques tout aussi redoutables, il y avait eu bien des défaillances et des apostasies. Il fallait commencer par ranimer la foi qui s'éteignait dans les âmes, et pourvoir aux besoins du corps qui ne s'étaient jamais fait sentir si vivement. Le nouvel évêque se montra à la hauteur de sa tâche : il l'accomplit avec la ■charité du chrétien, l'ascendant que donne la science, l'autorité qu'il puisait dans sa double qualité d'évêque du Saint-Père et de représentant du roi de France. Aussi, à sa voix, le courant qui entraînait les catholiques vers l'abîme, s'arrêta-t-il.
Nous avons dit quels furent ses actes, ses fondations ; quelle fut la bonté de son cœur ; il eut une autre force, celle qui fait accomplir les plus grandes choses, une foi ardente qui ne faiblit jamais. Ses œuvres grandirent rapidement, et, la neuvième année de son épiscopat, le drogman du roi de France à Bagdad écrivait au prince de Groy, président du Conseil supérieur de l'association de la Propagation de la foi : « Depuis longtemps ces missions, autrefois florissantes, étaient abandonnées. Dès son arrivée à Bagdad, M^^ Goupperie, évêque de Babylone, s'est occupé de leur rendre leur ancienne splendeur. C'est à ce digne prélat qui a pourvu, comme il a pu, provisoirement à l'hospice de Bassora et à celui de Bagdad, par des prêtres du pays qui, quoique catholiques, vivaient dans un tel état d'ignorance, qu'il a fallu toute la sagacité et toute la patience de ce zélé et
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pieux évêque, pour leur donner toute l'instruction qu'ils possèdent aujourd'hui.
« Je ne m'étendrai pas beaucoup, Monseigneur, sur les missions de Bagdad et de Bassora ; je vous dirai seulement que, par les soins de Mgr Goupperie, on voit fleurir à Bagdad, pour la première fois, des écoles chrétiennes, des congrégations des deux sexes, des asiles de charité pour les pauvres et les malades, et, enfin, des établissements pour empêcher l'esclavage et l'apostasie de beaucoup de chrétiens, qui, réduits à la dernière misère, se seraient infailliblement faits Musulmans, si la main charitable du respectable prélat ne fût venue à leur secours. Ici, ce sont des enfants à racheter ; là, ce sont des vêtements qu'il faut à une famille entière -, plus loin, ce sont des avarices qui écrasent les malheureux chrétiens que les satellites du pacha accablent de toutes les vexations possibles. Enfin, on trouve de pauvres fugitifs que la faim et la misère ont forcés d'abandonner leur pays, pour venir mendier leur pain à Bagdad, et qui, dès leur arrivée, au lieu de trouver des secours, sont arrêtés, conduits en prison et n'en sortent qu'après avoir payé la Garache (espèce d'impôt). Gependant Mgr Goupperie suffit à tout ; en tous lieux, il se montre le père des infortunés, et n'a d'autre désir que de faire le bien, et de représenter dignement la nation française dont il est l'organe auprès de Daoud, pacha de Bagdad. »
Nous pourrions clore cette notice par l'éloge que l'on vient de lire ; ajoutons- y encore un mot, et disons que Mgr Goupperie était d'une modestie qui allait jusqu'à l'humilité ; il ne voulait pas que le retentissement se fit
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autour de son nom et qu'il fût question de sa personne dans les feuilles publiques \ pensant sans doute qu'il n'appartenait qu'à Dieu de juger de ses actes. Homme de dévouement, l'évêque de Babylone fut aussi l'homme du sacrifice.
Ils se trompent ceux qui pensent que la croyance dans un monde meilleur éteint dans les âmes tous les grands sentiments humains : l'amour de la patrie, l'amour de la famille, Taraour du sol natal. Resté dans Bagdad, seul prêtre européen de sa mission, puisqu'un jeune ecclésiastique de Marseille qu'il avait eu pendant quelque temps à ses côlés, ne pouvant résister au désir de revoir la France, y était retourné, Mgr Goupperie n'oublia pas la Vendée où il avait ses plus chères affections et vers laquelle se tournaient ses plus tendres souvenirs. Sans doute, le devoir ne laissait pas dans son âme la place au regret, mais il ne lui était pas possible de ne pas reporter sa pensée vers les lieux où il avait passé son enfance, et où la voix de son frère l'appelait encore. Alors un soupir, qu'il essayait de contenir en songeant à la vie éternelle, s'échappait de sa poitrine. « Il y a toute apparence, lui écrivait-il, que je mourrai loin de ma patrie. Pour que la chose arrivât autrement, il faudrait des circonstances que je ne prévois pas. Tout est soumis à la volonté de Dieu, notre souverain maître. Si nous ne pouvons nous revoir dans cette vie, vivons de manière à nous réunir dans l'autre, et alors nous ne nous séparerons jamais. »
* i( Je suis surpris qu'on parle de moi dans les gazettes. Cette publication ne me fait point plaisir. » (Lettre de Mgr Goupperie à son frère, en date du 8 décembre 1828.)
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Voilà bien le missionnaire dans la plénitude de la foi et du sacrifice, n'oubliant pas ceux qui lui furent chers dans ce monde, mais prêt à s'en éloigner quand le devoir le commande, pour se retrouver avec eux dans la vie éternelle.
Gomment se défendre d'un cri d'admiration devant tant d'héroïsme ! Laissons les esprits prévenus et les écrivains de mauvaise foi continuer leurs attaques contre les missions étrangères ; qu'ils raillent leurs œuvres, qu'ils blâment leur prosélj'^tisme religieux , qu'ils tournent en ridicule le détachement du monde, nous n'en seronsj;iulleraent surpris. Les hommes qui ne cherchent dans la vie que la jouissance des appétits sensuels se garderont bien d'y manquer. Et pourtant trouverait-on dans d'autres rangs un courage plus vrai, une résignation plus édifiante, un amour plus sublime de l'humanilé ? Ces vertus sont filles de la Foi et de l'Espérance ; ceux qui ne les possèdent pas devraient au moins les respecter chez les autres.
Naguère encore l'Afrique centrale était inconnue de l'Europe, et nous n'avions pas la moindre idée des immenses ressources qu'offre son territoire. Aujourd'hui, d'infatigables voyageurs la parcourent dans tous les sens, et nous ont fait des récits merveilleux de leurs découvertes. Les missionnaires ont une grande part dans ces explorations. Pionniers de la science et de la civilisation, ils ne reculent ni devant les insolations tropicales, ni devant la zagaie du sauvage; beaucoup déjà sont morts à la peine, et, avant que leur œuvre s'accomplisse, beaucoup encore iront grossir le glorieux nécrologe des missions étrangères. Mais rien ne les
arrêtera ; de nouvelles recrues se lèvent pour remplacer ceux que la mort vient de moissonner. Ils partent avec ce détachement de la vie qui assure la victoire, ayant pour toute arme de guerre une croix sur la poitrine, au pied de laquelle nous voudrions voir gravée la devise du labarum de l'empereur Constantin : Hoc
SIGNO VINGES.
Nous avons dit que Mgr Goupperie avait laissé un grand nom dans l'histoire des missions étrangères. Son souvenir lui survivra longtemps dans le diocèse de Babylone. Les voyageurs, en traversant les provinces où ses vertus furent si édifiantes, trouveront sa mémoire en grand honneur. A Bagdad, sans distinction de cultes et de sectes, elle est restée chère à tous les cœurs ; elle passera, comme une tradition sainte, de générations en générations.
Depuis la mort de Mgr Goupperie, la mission de Babylone a eu des phases bien diverses. Si elle a compté quelques beaux jours, elle a passé aussi par de bien cruelles épreuves, et ses jours prospères n'ont pas été les plus nombreux . Non seulement les trois grands fléaux de l'humanité, la guerre, la peste et la famine, l'ont tour à tour ravagée, elle a été attaquée plus cruellement encore dans sa foi et dans son Église. Les adorateurs du Croissant n'ont pas été ses plus dangereux ennemis : c'est avec les prêtres dissidents, avec les schismatiques, qu'elle a eu à soutenir ses plus terribles luttes. Aujourd'hui, sous l'administration épiscopale de Mgr Lion, elle paraît devoir jeter bientôt un vif éclat. Malgré la peste et la famine qui, hier encore, ravageaient
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ses contrées et décimaient ses populations, un mouvement progressif immense s'y opère dans les esprits.
Nos églises, usurpées en grand nombre par le schisme et l'hérésie, reviennent au culte catholique. Dès les premiers jours de l'année 1879, après neuf mois passés à Constantinople pour en revendiquer la possession^ Mgr Beuham Benni, grâce à l'intervention de notre ambassadeur, a pu obtenir enfin le firman qui les lui a restituées. Malgré l'opposition des jacobistes de Mossoul, par ordre du gouverneur général, elles sont rentrées dans le giron de l'Eglise latine.
En même temps, l'enseignement prend une grande extension. A Bagdad, les catholiques chaldèens et syriens ouvrent de nouvelles écoles qui, pourvues d'un nombreux personnel de professeurs, sont très fréquentées. On y enseigne les langues du pays, ainsi que le français et l'anglais. Ces écoles sont sous la direction d'un comité de douze membres, avec approbation de Mgr Chierché, archevêque syrien de Babylone, et du R. P. Philippe, vicaire arménien.
Mais c'est à Beyrouthquele progrès s'accentue encore bien davantage.
Dès Q'année 1875, le collège-séminaire de Ghazar avait été transporté dans les bâtiments de l'université, fondée en cette ville par les pères jésuites. L'université de Saint-Joseph — c'est le nom qu'elle porte — a fait depuis de nombreuses recrues ; au mois de juin 1810, elle comptait trois cents élèves dont trente seulement appartenaient au schisme et un à l'islam, le fils d'Ali- Bey, gouverneur de Beyrouth. La première distribution de prix eut lieu la même année avec accompa-
gnement de fanfares exécutées par les élèves. Il y fut prononcé trois discours, un en français, un en latin le troisième en arabe. La cérémonie se termina par un dialogue où deux élèves s'étudièrent à faire ressortir les beautés de la langue latine.
L'enseignement secondaire, exigible pour tous, comprend l'étude des langues arabe, française, latine et grecque. L'étude de la langue turque, du grec moderne, de l'anglais, de l'allemand, de l'italien est facultative; il en est de même de la calligraphie arabe.
La musique, le dessin, tous les arts d'agrément sont aux frais des familles, comme aussi la comptabilité et la tenue des livres. En fait de sciences, viennent en tête l'histoire, la géographie, les mathématiques, la physique, la chimie, l'histoire naturelle.
Le droit civil, le droit canon, la médecine, la théologie, dont l'étude ne dure pas moins de quatre années, le dogme, la morale, l'histoire ecclésiastique, l'hébreu, le syriaque et autres langues liturgiques de l'Église d'Orient sont du domaine de l'enseignement supérieur.
L'université catholique de Beyrouth est donc dans une grande voie de prospérité. Chaque jour voit s'accroître le nombre de ses élèves, la concurrence que lui fait l'université protestante est peu redoutable.
Si l'unité, comme il faut l'espérer, se rétablit un jour complètement dans la foi et dans l'Église, la paix se fera dans les âmes. Les esprits n'étant plus distraits par des discussions regrettables, se tourneront de plus en plus vers les sciences et les lettres, et tout cela au grand profit de la civilisation.