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P.-E. LAFOSSE

387. LAFOSSE (Piiilippe-Étienne). Né à Paris en 1738, il était l’aîné des enfants d’Étienne-Guillaume Lafosse, qui ne négligea rien pour en faire un maître dans sa profession. Après avoir achevé ses humanités au collège d’Harcourt, il rentra à l’âge de treize ans dans la maison de son père, qui lui Fit faire pendant un an le métier de palefrenier, puis pendant deux ans celui de maréchal. En même temps, il étudiait l’anatomie humaine, apprenait l’équitation, l’escrime, le dessin, la musique, l’anglais, la géographie, l’histoire naturelle. Bientôt il accompagna son père dans ses visites aux chevaux malades et Fit « sous ses yeux toutes sortes de pansements et d’opérations ». Il étudiait l’anatomie du cheval dans les clos d’équarrissage, faisait des autopsies et y recueillait des pièces d’anatomie pathologique.

Il avait dix-huit ans quand il fut chargé de faire tous les dimanches des démonstrations sur l’anatomie du cheval aux chevau-légers de Versailles. Dans l'intervalle, il faisait à Paris et dans la maison de son père, un autre cours à des maréchaux.

Le premier travail qu’il publia fut un Mémoire sur la morsure de la musaraigne, lu à l’Académie des sciences le 23 décembre 1757, qui fut examiné par Morand et Buffon, et dans lequel il démontre que la maladie qui était considérée par les hippiatres comme le résultat de la morsure de la musaraigne n’est autre chose qu’une des formes du charbon. Un « Mémoire sur une tumeur du pied des chevaux, rapportée mal à propos à la morsure d une souris, et qui se guérit par l’incision » se trouve dans la Collection des savants étrangers de 1 Académie des sciences (t. IV, 1763); il a été attribué par erreur à Lafosse père.

Vers la fin de 1758, le ministre de la guerre lui donna

« l’ordre de se rendre à l’armée pour y visiter les régiments de cavalerie dont les chevaux étaient attaqués de la morve ». Les deux années suivantes, pendant la guerre de sept ans, il fit campagne en Allemagne avec les carabiniers et la Légion royale. De retour à Paris, il se fit inscrire à la Faculté de médecine. En 1761, il lut à l’Académie des sciences une Dissertation sur la morve • des chevaux, remarquable pour son époque et qui fut traduite en italien (1768) et en allemand (1781).

Quand l’Ecole d’Alfort fut fondée, Lafosse, malgré tout son mérite, ne fut pas appelé à y enseigner et il en conçut une vive amertume. 11 n’en continua pas moins ses travaux et fit paraître, en 1766, son Guicle du maréchal, « ouvrage contenant une connaissance exacte du cheval et la manière de distinguer et de guérir ses maladies ; ensemble un Traité de la ferrure qui lui est convenable » ; Paris, in-4°, avec 10 pl. gravées. Cet ouvrage eut une seconde édition l’année suivante, puis un grand nombre, et il fut souvent contrefait. Les deux dernières éditions sont de 1822 (Paris). En 1781, parut une édition italienne.

En 1767, Lafosse ouvrit un cours d’hippiatrique dans un amphithéâtre qu’il avait fait construire à ses frais et où se rendaient les maréchaux et des amateurs. Mais il cessa cet enseignement en 1770, pour se livrer complètement à l’achèvement de son grand ouvrage. Déjà, en 1768, il avait publié deux grandes planches gravées, représentant Tune l’anatomie, l’autre les maladies des chevaux, sous le titre : Clavicule du cheval ou Tableau des connaissances relatives à cet animal : structure el maladies. En 1772, il fit paraître son Cours cl'hippiatrique ou Traité complet de la médecine des chevaux, magnifique ouvrage en 2 volumes in-folio, qui renferme

63 planches gravées, que Lafosse fil exécuter à ses frais et qui ne lui coûta pas moins de soixante-dix mille livres. Ce Cours répandit partout à l’étranger la réputation de son auteur ; Haller le citait comme le plus grand hippiatre connu. Ivnobloch traduisit en allemand et Xiorro en espagnol (1807) le Cours d'hippialrique.

A 1 occasion île la peste bovine, Lafosse fils publia un .1 le moire sur les maladies épizootiques , qui parut en 1774 dans la Gazette d' agriculture des Deux-Ponts.

En 1//5, il donna son Dictionnaire raisonné d'hippialrique, cavalerie, manège et mcirèchallerie , Paris, 4 volumes in-8°; important et excellent ouvrage, qui eul une nouvelle édition l’année suivante à Paris et à Bruxelles.

Il a donné aussi un « Manuel d' hippiatrique à l’usage des officiers de cavalerie, possesseurs et amateurs de chevaux et principalement des maréchaux des régiments », dont la 2e édition est de 1779 et qui a été plusieurs fois réimprimé sous des titres différents; la cinquième et la sixième éditions ont été revues, corrigées et augmentées par U. Leblanc; Paris, 1824 et 1832.

Lalosse, qui, dans ses ouvrages et dans ses cours, s était posé en critique acerbe et en rival des Écoles vétérinaires et surtout de Bourgelat, fut toujours irrité d’avoir été évincé d’Alfort. Il était maréchal ordinaire des écuries du roi; mais de nombreuses contrai ietés le forcèrent à se démettre de ses fonctions et, en 1777, il passa à 1 étranger. Il vécut en Bussie jusqu’en 1781, puis revint à Paris, et occupa successivement les places de vétérinaire en chef des voitures de la Coui , des carabiniers et de la gendarmerie.

Malgré sa posiLion officielle, il accepLa avec enthousiasme les idées de liberté et se distingua à la prise de

la Bastille et dans les journées suivantes. Il fut élu commandant de section, officier municipal et membre du comité militaire. En 1791, il est nommé inspecteur général vétérinaire des remontes, puis inspecteur général en chef. Mais il donna sa démission en 1793, en raison des difficultés qu’on lui opposait de toutes parts. Il ne put cependant échapper aux accusateurs; arrêté et conduit à la Force, il resta détenu plus de onze mois et il était désigné pour monter à l’échafaud le lendemain du jour où périt Robespierre.

Avant qu’il fût passé à l’état de suspect, il avait tenté d’employer son influence à satisfaire ses vieilles rancunes contre l’Ecole d’Alfort. Insistant sur les abus qui s’y étaient commis etles dépenses exagérées qui avaient endetté cet établissement d’environ 300000 livres, il publia en 1790 un Mémoire de seize pages « sur l’Ecole royale vétérinaire d’Alfort; raison de l’inutilité de cet établissement et moyens de le remplacer avec beaucoup d’économie pour l’Etat. » Ses propositions n'ayant pas eu de succès, il revint à la charge au commencement de 1790 par ses « moyens d’exécution du plan présenté à l’Assemblée nationale par Lafosse, pour l’établissement d’une Ecole vétérinaire à Paris, en remplacement de celle d’Alfort » (in-8° de 8 pages). Il demandait qu’on instituât à Paris une Ecole d’équitation, où l’on eût enseigné toute l’hippiatrique. Il récidiva la même année par ses « Observations sommaires présentées à l’Assemblée nationale sur l’Ecole vétérinaire d’Alfort » (in-8°, 37 pages), et offrit son propre établissement jusqu’à ce qu’on eût trouvé un local convenable pour la nouvelle Ecole ; il s’engageait même, dès que l'Ecole aurait commencé à fonctionner à se soumettre au concours et à se retirer devant un

plus apte. Les Observations en réponse ail Mémoire de M. Lafosse sur l École Royale vétérinaire d'Alforl, par Bredin, les démarches actives de puissants amis des deux Écoles déjouèrent les efforts de Lafosse et de ses partisans.

Après le 4 Thermidor, Lafosse n’habita plus régulièrement Paris; il continua cependant encore à s’occuper de quelques travaux scientifiques. Il lut à l’Institut un Mémoire sur une maladie épizootique vciccinique dans le canton de Brciy (an VI); un autre sur les avantages que l'on peut retirer de la section de ligaments aponévrotiques musculaires, en certaines circonstances (an IX); un autre encore sur l'usage de la châtaigne.... et de l ergot { an IX). Ces mémoires et des Observations sur des ecchymoses gangreneuses vulgai- 1 ement appelées « maux d aventures » sont réunis en un Aolume sous le titre : Observations et découvertes cl hippiatrique, lues dans plusieurs assemblées savantes ; Paris, an IX.

En 1/JG, Lafosse tut nomme associé de l’Académie des sciences dans la section d’économie rurale. Il rédigea plus tard un bon nombre • d’articles pour le Cours complet d'agriculture pratique de l’abbé Rozier (Paris 1809).

Enfin, 1 année qui précéda sa mort, à l’âge de quatrevingt-un ans, il eut un dernier accès de haine contre 1 École d Alfort et publia sa Nouvelle théorie-pratique d équitation, dont le titre trompeur masque une diatribe aussi violente qu’injuste contre les Écoles vétérinaires et surtout contre Bourgelat. Lafosse mourut au mois de juin 1820 à Villeneuve-sur-Yonne.

Malgré son caractère inquiet et inconséquent, Lafosse reste un des maîtres les plus honorés de l’hippiatrique ;

il a aimé son art avec passion et lui a fait de grands sacrifices. Dans les choses de la pratique, il ne s’est guère départi d’un jugement droit et ferme, et il a, par ses recherches, contribué fortement aux progrès de la médecine vétérinaire.

(Voy. Gotjbaux, Histoire de la vie et des travaux de Philippe-Etienne Lafosse : Bulletin de la Société centrale de médecine vétérinaire, 1857, p. 220.)

388. LAFOSSE (Jean- Antoine-Léon). Né à Chauny (Aisne), le 21 janvier 1816, il entra à l’École d’Alforten 1832 et en sortit diplômé en 1836. Il servit quelques années dans l’armée et, après deux concours infructueux, réussit enfin dans un troisième, à la suite duquel il fut nommé chef de service de physique, chimie et pharmacie à l'École vétérinaire de Toulouse (1840). Bientôt après, il était attaché à la chaire de clinique, où il fut adjoint à Lafore pendant sept ans. Après un brillant concours, il lui succéda dans la chaire de clinique, de pathologie, de maréchalcrie et de jurisprudence commerciale. En 1877, il remplaça Lavocat comme directeur de l’École. Des influences politiques avaient contribué à son élévation à ce poste; des influences de même ordre le firent mettre prématurément à la retraite cinq mois après (4 mars 1878). Il quitta Toulouse en 1888 pour se retirer à Perpignan et mourut à Amélie-les- Bains, le 1er mars 1891, sous le nom de Delaeosse, qu’il avait pris depuis plusieurs années, sans motif connu.

11 fut membre correspondant, puis membre associé de l'Académie de médecine de Paris, associé national de la Société centrale de médecine vétérinaire et membre titulaire ou correspondant de plusieurs sociétés

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