A. BERNARD
BIOGlt AP1IIES VÉTÉniNAIlilCS.
département de Saône-et-Loire. Mais Bernard était attiré par l’enseignement. En 1824, il lutta, sans succès mais non sans honneur, contre Moiroud pour obtenir la chaire de professeur de physique, de chimie, de matière médicale et de jurisprudence vétérinaire à l'Ecole de Lyon. Deux ans après, les emplois de chefs de service venant d’être créés, il se présentait au concours et était nommé chef de service de la chaire de •clinique, de pathologie et de chirurgie, alors occupée par Rainard. En 1829, quand Moiroud eut été appelé à Allort, Bernard fut chargé de l’enseignement que celui-ci laissait vacant, mais seulement avec le titre de professeur-adjoint. En 1832, à la suite d’un nouveau concours, il était nommé professeur titulaire de clinique, de maréchalerie, de chirurgie et de jurisprudence, à l’Ecole de Toulouse, en même temps que Moiroud était nommé directeur de cet établissement. Il lui succéda dans ces fonctions en 1838 etles occupa jusqu’en 1846. L’état de sa santé le contraignit alors à prendre sa retraite et il mourut le 11 novembre 1848.
Il a laissé la réputation d’un administrateur habile, clairvoyant, intègre, attaché à tous ses devoirs. Ceux qui l’ont connu ont vanté l’élévation de son caractère, sa noblesse de cœur, la finesse et l’étendue de son intelligence. Une longue maladie, qui le tortura pendant ses quatorze dernières années, réduisit beaucoup sa production scientifique, sans cependant porter atteinte à la sérénité de son cœur et de son esprit. Le Journal des vétérinaires du Midi, qu’il avait fondé en 1838, porte témoignage de ses qualités d’écrivain, de sa vigueur de polémiste, de son jugement sùretde ses qualités médicales. Il y a publié de nombreux articles sur les sujets les plus variés et il y soutient rarement une erreur.
On lui doit l'invention de la ténotomie sous-cutanée du tendon perforant, une amélioration au manuel de l’opération de la queue à l’anglaise et de celle du javart cartilagineux. Il a réhabilité la ponction du cæcum dans les indigestions gazeuzes des solipèdes et en a démontré l’innocuité lorsqu’elle est pratiquée dans des conditions favorables. Un des premiers, il a commenté la loi de 1838 sur les vices rédhibitoires dans son Guide des vendeurs et acheteurs d'animaux domestiques (Toulouse, 1838). Son mémoire sur la peste bovine, qui fut couronné par la Société d’agriculture de Lyon en 1839, est remarquable aussi bien par la description des symptômes que par la justesse des idées sur l'origine et la contagion de la maladie. Il a été traduit en espapagnol en 1852.
Bernard était membre correspondant de l’Académie de médecine, de la Société centrale d’agriculture et d’un grand nombre d’autres sociétés savantes.
Des notices sur sa vie ont été écrites par Larroque [Journal des vétérinaires du Midi , 1848) et par Bodet ( Journal de médecine vétérinaire de Lyon, 1857).
62. BERNIS (Jean) (1811-1868). Né à Grenade (Haute- Garonne), sorti de l’Ecole de Toulouse en 1832, il servit immédiatement après comme vétérinaire militaire dans les régiments de l’armée d’Afrique. En 1843, il fut nommé vétérinaire principal, grade qui venait d’ètre créé. Il fit presque toute sa carrière en Algérie et y rendit les plus grands services à l’élevage; mais son premier titre à la reconnaissance de ses confrères, c’est d’avoir employé en faveur des vétérinaires militaires la grande influence que ses hautes qualités lui avaient acquise dans l’armée. Son intervention auprès
lïIOGR API1IES VÉTÉRINAIRES.
du maréchal Randon, ministre de la guerre, décida celui" ci à faire accorder la situation d’officier à tous les vétérinaires de l’armée.
63. BERTIN (Exupère-Josepii) (1712-1781). Médecin français, un des bons anatomistes du siècle dernier. En 1756, il communiqua à l’Académie des sciences, dont il était membre associé, un mémoire dans lequel il démontra le premier que l'impossibilité du vomissement chez le cheval tient à la présence d’un anneau musculeux et non pas d’une valvule, comme on l’avait admis jusqu’alors (Sur la structure de l'estomac du cheval et sur les muscles droits de /’ abdomen). Dans un autre mémoire à la même Académie ( Sur la comparaison de l' appareil lacrymal chez l'homme et les animaux, 1766) il explique la rareté des fistules lacrymales chez beaucoup d’animaux par le fait que ces espèces n’ont ni conduits, ni points lacrymaux, et que les larmes tombent dans le sac par une simple ouverture.
BERYTUS. Yoy. ANATOLIUS.
64. BERTUSCH (Alfred Jourjewitch) (1848-1890). Vétérinaire russe. Il fit ses étudesà l’Institut vétérinaire de Dorpat et entra ensuite dans l’armée (1878). Il fut envoyé sur le théâtre de la guerre d’Orient comme membre d’une commission pour l’assainissement des champs de bataille. A son retour, il fut nommé vétérinaire aux hulans de la garde à Saint- Pétersbourg et parvint au grade de lieutenant-colonel. IP devint le collaborateur de Helman dans les travaux de celui-ci sur la morve. C’est, en effet, de cette maladie que Bertusch s’est surtout occupé. Il a publié dans le journal de Pétersbourg ses intéressantes recherches sur la valeur diagnostique de la thermométrie dans la morve latente. 11 s’est appliqué à rechercher un procédé d’atténuation du virus morveux par les méthodes de Pasteur et de Toussaint, et un moyen de recueillir les ptomaïnes et les alcaloïdes de la morve. Il fut victime de ces recherches. L’inoculation qui l’emporta lut peut-être volontaire : on affirme que, persuadé
(l’avoir atténué le virus morveux suffisamment pour le rendre inoffensif, il eut la courageuse et fatale imprudence de l’éprouver sur lui-même.
65. BIDLOO (Godefroy) (1649-1713). Célèbre anatomiste hollandais. Dans son œuvre se trouve une lettre à Leuwenliœck sur les douves du foie du mouton (. De animalculis hepatis ovilli epistola , 1797), publiée de nouveau l’année suivante sous ce titre : G. B. Observatio de animalculis in ovino aliorumque animalium hepate delectis.
66. BILHUBER (Jos. Friedr.) (1758-1793 ). Médecin allemand ; a publié en 1791 un mémoire assez considérable sur la distomatose du bœuf et du mouton.
67. BILLING (Johann Samuel) (1795-1851). Médecin suédois, qui fut professeur à l’École vétérinaire de Stockholm. lia écrit un Traité de maréchalerie (1835), des Principes d'hippologie (1836), un Traité d’extérieur du cheval (dont la 3e édition est de 1848), un Précis des maladies du chien.
68. BINZ (Pantaleon). Vétérinaire badois de la première moitié du xix° siècle; a publié un mémoire sur les fractures des animaux domestiques, particulièrement du cheval (1824). Son œuvre principale est un traité d’obstétrique vétérinaire (1830), où se trouvent indiqués d’excellents procédés pour les cas de dystocie et, spécialement, un licol-lorceps très ingénieux.
BLAINE. Y oy. Delabere B laine.
69. BLAISE (François). Néà Jezainville (Meurthc) en 1847; fut diplômé de l’École d’Alfort en 1868, et entra immédiatement dans l’armée. Après la guerre de 1870-71, il fut envoyé en Afrique, et y fit le reste de sa carrière. Promu vétérinaire en premier en 1881, il fut attaché au dépôt de remonte de Blida, où il mourut en 1894. 11 se distinguait entre les meilleurs de scs collègues par son zèle et son amour delà science, qui
luivalaienl tous les ans une lettre de félicitations du ministre de la guerre. Le Recueil de mémoires et observations sur la médecine vétérinaire militaire renferme plusieurs de ses travaux; il en est de même du Recueil de médecine vétérinaire et de la Revue vétérinaire. Nous citerons particulièrement ses observations sur la gale bédouine du cheval, sur la dourine, ses recherches sur les sangsues, et surtout un gros ouvrage sur Les chevaux du Nord de l'Afrique , qui a été publié, en commun avec le vétérinaire principal Aureggio, peu de temps après la mort de Biaise.
70. BLEIWEIS (Joii.) (1808-1882). Professeur de médecine vétérinaire à l’Université de Laibach (Illyrie). 11 a publié en 1838, sur la pathologie interne du cheval, un ouvrage qui a eu cinq éditions.
71 .BLUNDEWILL (Thomas) (15. .-1609) .Écuyer anglais, le premier auteur original de quelque importance qui, en Angleterre, ait écrit sur le cheval. De son temps, ses compatriotes étaient encore tributaires cle l’étranger, particulièrement des Français et des Italiens, pour tout ce qui concerne l’équitation et les soins à donner au cheval. Quelques années après avoir publié sur l’équitation un petit travail, qui n’est guère qu’une adaptation de Grisone, il fit paraître, en 1566, un ouvrage intitulé : The foure chiefest offices belonying to Horsemcinship. Les trois premiers volumes sont relatifs à l’élevage du cheval, à l’équitation et à l’économie de l’écurie. Le quatrième et dernier s’occupe du traitement des maladies du cheval et est tiré des hippiatres grecs, latins, italiens et, parmi ces derniers, surtout de Laurentius Rusius. Il n’est pas toutefois sans originalité ; car Blundewill avait beaucoup fréquenté Martin Ghelley of Arton, dit Martin Alman, premier maître maréchal de la reine Élisabeth, auquel il emprunte
bien des moyens de traitement. Dans la partie relative à l’équitation, l’auteur fait preuve d’un jugement judicieux. Une deuxième édition a paru en 1009 avec des variantes insignifiantes. Le nom de Blundewill fut bientôt à peu près oublié, grâce à Markham, qui, en compilateur éhonté, l’a pillé complètement, sans même le nommer une fois.
72. BOEHME (Martin) (1562-16..). Hippiatre allemand, qui mena la vie la plus aventureuse, tour à tour maréchal ferrant, soldat, esclave à Constantinople, de nouveau soldat et faisant campagne dans les divers pays de l’Europe centrale. Sous son nom a été publié à Berlin, en 1618, un manuel d’hippiatrique (Ein nea Buch von bewaehrten Bossctrzneyen), formé de recettes et de notions sommaires d’hippologie et qui, en raison de sa simplicité et malgré son peu de mérite, a eu de nombreuses éditions ; la dernière est de 1710.
73. B0JANUS (Ludwig Heinrich) (1776-1827). Savant médecin hessois. Le gouvernement de Hesse-Darmstadt se proposant de fonder une Ecole vétérinaire, Bojanus fut désigné pour en être le directeur. A cet effet, il fut envoyé à Alfort aux frais de l’Etat pour étudier la médecine des animaux et y devint même habile maréchal. De là, il se rendit à Londres, où il séjourna six mois, y suivit l’enseignement de Coleman et de Moorcroft et s’y mit en relations avec un grand nombre de célébrités, particulièrement parmi les zoologistes. De Londres, il passa à Hanovre (1803), où Havemann, directeur de l’École vétérinaire, lui témoigna une grande sympathie. Enfin, après avoir visité les Écoles vétérinaires de Copenhague, de Berlin, de Vienne et de Dresde, il rentra à Darmstadt, où il fut nommé conseiller médical. En 1804, il arrive à Wilna comme professeur
ordinaire d’art vétérinaire, à la suite d’un concours où il avait remporté le prix par un mémoire sur la médecine des animaux domestiques. La même année, il donne une adaptation allemande du grand ouvrage de Coleman sur la ferrure et, en 1805, un mémoire qui lit sensation par ses vues nouvelles sur l’organisation des Écoles vétérinaires ( Ueber den Z week and die Organisation der Thierarzneisehulen). 11 s’y élève notamment contre le plan d’études de Bourgelat, qu’il trouve trop vaste ; il voudrait qu’on ne formât que des empiriques méthodiques et vante, à cet égard, les Ecoles de Hanovre et de Londres. Le 15 septembre 1806, il ouvrit son cours annuel de médecine vétérinaire à l’Université par un mémoire en latin : De veterinaria medicina excolenda ejusque disciplina rite ordinanda. Mais l’impossibilité de trouver un personnel enseignant capable de professer en langue polonaise fît échouer la création projetée d’une École vétérinaire. En 1810, Bojanus mit à profit ses observations pratiques par la publication en langue allemande d’un travail sur le diagnostic et le traitement des maladies contagieuses du cheval et du bœuf, dont une troisième édition parut en 1830 ; il fut traduit en polonais. On lui doit encore un mémoire sur les causes de la dégénérescence des races chevalines (1815). Nommé professeur d’anatomie comparée à Wilna en 1814, il s’adonna à peu près complètement à cette science. V. Carus a dit de lui ( Histoire de la zoologie) : « De même que Bojanus s’est montré chercheur plein de capacité dans de petits travaux isolés, et qu’il se distingua dans les questions relatives à la morphologie et à l’embryologie par une grande clarté et par la sûreté de son jugement, de même a-t-il fait de son anatomie de la tortue un modèle de mono-
graphie, tel qu'il n’en existait alors sur aucun animal. » Cet ouvrage admirable, paru à Wilna en 1819-1821, lui avait coûté plus de 5000 thalers, cinq ans de travail et sa santé. 11 s’était retiré à Darmstadt depuis 1824.
BOLUS MENDESIUS. Voy. DÉMOCRITE.
74. B0NAC0SSA (D. Hipi jolitus) . Jurisconsulte de Ferrare ; a publié à Venise, en 1574, Tractatus in materia equorum, CL. XXX questionibus auctus. Il y énumère et discute cinq cent cinquante questions de jurisprudence sur le cheval. Une seconde édition a paru à Venise en 1590, et une autre à Augsbourg en 1G78.
75. BONIFACIUS. Savant calabrais du xme siècle. Sous le règne de Charles d’Anjou, roi de Naples, il composa, sur le cheval et ses maladies, un livre dont le manuscrit se trouve à la bibliothèque royale de Munich. La plupart des traitements qu’il indique sont absurdes et inspirés par l’astrologie et la nécromancie. La bibliothèque Huzard en contenait un manuscrit du xve siècle ayant pour titre : Comezci lo prologo cle lo Libro ( di misser Bonifaeio ) de la Merescalcaria de li caaali...
segondo miss. Jordano translato de gramatica e leclera
greca in latina per fraie A. Dapera...
76. B0NSI(Le comte Francesco) (1720-1802?). Célèbre hippiatre italien ; fut pendant un demi-siècle un des écrivains vétérinaires les plus savants et les plus actifs de son pays. Mais sa science paraît avoir sa source dans l’érudition plutôt que dans ses propres observations. Vers 1780, il était déjà depuis longtemps directeur d’un haras du prince Francavilla, dans le royaume de Naples. En 1751, il publia Begole per conoscere perfellamente le belleze e i difelli de' cavalli , dont une seconde édition augmentée a paru en 1802. Sa Lellera d'un cocchiere ad un suo figlio in cui gli da alcuni utili avertimenti neces-
RIOGRAPIIIES VÉTÉRINAIRES.
sari per esercitare con Iode la propria arte (Rimini, 1753. in-4°;2°éd., 1802, in-8°) et ses Letterc ed opusculi ippialrici o siano interno la medicina de cavalli (Rimini, 1756) furent l’objet de vives critiques de la part de Perulez, maréchal au service du duc de Modène, et provoquèrent un échange de piquants pamphlets. En 1757, parut II dilettanti di cavalli istruito, dove si traita del governo , delle mallalie e delta medicina de'
cavalli Son Instituzione di marecctlcia condu-
centi... ad esercitare con sodi fondamenti la medicina de' cavalli parut à Naples en 1780 (in-8°) ; 2° éd., Venise, 1786-87, 2 vol. ; 3e Ibid., 1801; c’est, dit Weiss, un très bon traité de maréchalerie. En 1781, il donne un petit mémoire sur la peste bovine ( Islruzione veterinaria pe' maniscalchi e coloni...), dont une seconde édition paraît en 1801. Son Saggio delle malallie esterne ed interne cle' buoi est de 1788 (2e éd., 1791). Son principal ouvrage est un Dizionario ragionato di Veterinaria leorico-pratica ed erudita (Venise, 1784, 4 vol. in-8°), dont une nouvelle édition a été entreprise sur un plan beaucoup plus vaste, mais n’a pas été terminée : le 1er volume a paru en 1795, le 5e (qui va jusqu’à la lettre J) en 1803.
77. BORGES (J u an Alvarez). Ilippiatre du xvne siècle, né en Portugal, vétérinaire des écuries royales d’Espagne sous Philippe IV et Charles II; a publié à Madrid en 1680 un traité in-4° de thérapeutique (Prâctica g observaciones pertenecienles al arte de albeiteria). Le livre se termine par 47 pages qui représentent une nouvelle édition du traité de maréchalerie de La Reyna et Vinuesa.
78. BOUILLON-LAGRANGE (E.-J.-B.) (1764-1844). Professeur à l’École de pharmacie de Paris et à l’École polylech-
nique. Outre ses nombreux travaux de physique et de chimie, il a publié : Dispensaire pharmaco-chimique à l' usage des élèves des Écoles impériales vétérinaires', Paris, 1813.
BOULEY (Les). Les Bouley forment un ensemble remarquable d’hommes qui, à des titres et à des degrés divers, ont illustre la profession vétérinaire. Pendant plus d’un demi-siècle, leur nom l’a personnifiée à Paris auprès de tous ceux qu’intéressait la médecine du cheval et leur souvenir n’est pas encore près de s’y éteindre. Il mérite de survivre dans la mémoire de leurs confrères.
79. BOULEY (Henri-Claude), dit Bouley aîné. Né à Montbard (Côte-d’Or), en 1781, il était fils d’un maréchal ferrant qui vint plus tard, vers 1790, s’établir à Paris dans le quartier du Marais. Bouley aîné apprit de lui la profession paternelle, dans laquelle il excella toujours.
Entré à l’École d’Alfort en 1798, il en sortait en 1801 avec le diplôme d’honneur, après y avoir été répétiteur. Il embrassa la carrière militaire et s’y fit remarquer par sa vive intelligence et sa prodigieuse activité, à ce point qu’il fut successivement élevé aux grades d’inspecteur général des remontes et de vétérinaire en chef de la grande armée de Russie. En 1814, il quitta le service, s’établit à Paris et, grâce à sa propre habileté de maréchal, de patron et de chirurgien, son atelier de la rue de Sèze y acquit une réputation extraordinaire. Ce fut une véritable école de maréchalerie et les ouvriers se faisaient un légitime titre d’honneur d’avoir travaillé sous sa direction. Bouley aîné fut, en 1844, un des membres fondateurs de la Société centrale de médecine vétérinaire. L’année suivante, il était nommé chevalier
de la Légion d’honneur, récompense tardive de ses services militaires. Il mourut le 15 mars 1869. Il a peu écrit et sa contribution aux progrès de l’art vétérinaire consiste dans un certain nombre d’innovations soit en instruments, soit en procédés de chirurgie rendus plus simples.
80. BOULEY (Jean-François), dit Bouley jeune. Frère du précédent. Il naquit à Paris, le 12 septembre 1787. Entré à l’École d’Alfort en 1805, il en sortit en 1808 après y avoir exercé, dans le cours de ses brillantes études, les fonctions de répétiteur. Il prit aussitôt la direction de l’atelier de son père, rue de Normandie. « Praticien plein de sagacité et de tact, il montra dès l’origine cet esprit judicieux et investigateur, il acquit cette habileté dans les opérations de son art, qui lui firent la grande réputation dont il a joui et lui attirèrent l’immense clientèle à laquelle il lui a fallu toute son activité pour suffire. » Par sa conduite et par ses actes, il imposa à tous le plus profond respect et la plus haute considération pour sa personne. Il a publié un très grand nombre d’observations, dont la plupartse trouvent dans le Recueil de médecine vétérinaire, qu’il contribua à fonder en 1824 avec son ami N. Girard. Son principal mémoire ( Des maladies de la moelle épinière et de ses enveloppes chez le cheval, 1830) fut la révélation d’une maladie qui avait passé, pour ainsi dire, inaperçue sous les yeux de ses devanciers. Il fut aussi un initiateur par son observation d’une oblitération des artères fémorales sur unejument, et de la boiterie intermittente consécutive (1831). Il explique la boiterie particulière qui est la conséquence de la rupture de la corde du tibio-prémétatarsien ; il montre le rapport
entre les synovites rhumatismales et les inllammations de la plèvre; lit à l'Académie de médécine deux mémoires sur l’empoisonnement par l’arséniate de potasse (1834-1835) ; puis, un rapport sur le procédé de cautérisation de Nanzio (1837); communique des observations sur l'entrée de l’air dans les veines (1837-1839), etc. Il fut un des vétérinaires de Paris à qui les magistrats confièrent le plus souvent des expertises et des arbitrages. Bien qu’il s'efforçât d’obtenir la conciliation des parties et qu’il y réussît le plus souvent, il a pu néanmoins publier dans le Recueil un grand nombre de rapports, remarquables et instructifs, sur des cas difficiles de jurisprudence commerciale et de médecine légale vétérinaires. Il avait, d’ailleurs, été choisi pour faire partie de la commission chargée de préparer la loi de 1838 sur les vices rédhibitoires, et il fit plus tard, à la Société centrale de médecine vétérinaire, dont il avait été l’un des membres fondateurs en 1844, de nombreuses communications sur l’interprétation de cette loi. En 1823, il avait été élu membre de l’Académie de médecine en remplacement de Desplas, et les comptes rendus de cette société témoignent de la part importante qu’il prit à ses discussions. A de nombreuses reprises, les ministres de la guerre et de l’agriculture firent appel à ses lumières, à son jugement pour éclairer des questions de médecine, d’hygiène, de législation, d’exercice de la médecine vétérinaire, d’organisation des haras, etc. Il était membre honoraire de l’Académie de médecine de Belgique et de plusieurs autres sociétés savantes. Enfin, le grand respect et l’absolue confiance que tous ses confrères lui ont toujours témoignés marquent, mieux que tout autre signe, sa haute valeur morale et professionnelle. 11 mourut à Paris, le 11 février 1855.
(Son Éloge a été fait par II. Bouley : Bull. Soc. cenlr. de mèd. vél., 1875, p. 324.)
81. BOULEY (Henri-Symphorien) (18.. -1866). Fils de Bouley aîné et son successeur dans son atelier de maréchalerie, il a maintenu la réputation de sa maison. 11 était membre de la Société centrale et y a fait quelques communications.
82. BOULEY (Henri-Marie). Un des plus grands noms de la médecine vétérinaire. Fils de Bouley jeune, il naquit à Paris, le 17 mai 1814. Après de brillantes études littéraires au collège Rollin, il entra à l’Ecole d’Alfort en 1832, où il tint constamment la tête de sa division. 11 reçut le diplôme de vétérinaire en 1836, et aida d’abord son père dans l’exercice de sa clientèle. Mais, l’année suivante, la mort de Maillet ayant laissé vacante la place de chef de service de clinique, H. Bouley lui succéda, après un concours remarquable. En 1839, E. Renault fut nommé directeur et dut, dès lors, être suppléé dans ses fonctions par un professeur adjoint. Un concours fut ouvert, où H. Bouley l’emporta; il fut chargé de la clinique, des cours de chirurgie, de ferrure et de jurisprudence commerciale. En 1845, une organisation nouvelle de l’enseignement le faisait titulaire de cette chaire, et il l’occupa jusqu’au 1er janvier 1866, date de sa nomination comme inspecteur général des Ecoles vétérinaires.
H. Bouley réalisa l’idéal du professeur de clinique. Passionné pour son art, il avait rapidement acquis une sûreté de diagnostic et une habileté opératoire remarquables. Tous ceux qui l’ont vu ù sa clinique d’Alfort, élèves, praticiens français et étrangers, propriétaires, etc.
en ont gardé le souvenir vivant. Dominant de sa haute taille ceux qui l’entouraient, les séduisant par son charme naturel, sa bonhomie, son esprit, sa gaîté, sa distinction, il méritait vraiment le nom de patron que trente générations de vétérinaires lui ont affectueusement donné. Son talent de parole allait de pair avec ses autres dons, et nul n’a plus passionné et enthousiasmé un auditoire d’élèves.
Dans les premiers temps de son professorat, il avait inséré dans Y Encyclopédie cl' agriculture pratique ou Maison rustique du XIXe siècle un grand nombre d’articles sur l’extérieur du cheval. Dès 1841, il était collaborateur du Recueil de médecine vétérinaire ; en 1845, il en devenait rédacteur en chef et l’est resté pendant quarante ans, c’est-à-dire jusqu’à sa mort. Il faut parcourir la collection de ce journal pour se rendre compte de ce qu'il y a accumulé de travail et de science, ce qu’il y a dépensé de verve, d’esprit, d’originalité. La clarté, cette qualité maîtresse du professeur, se retrouvait dans tous ses articles. Les questions les plus difficiles se dépouillaient sous sa plume de ce qu’elles avaient d’abstrus, et il les éclairait de lueurs si singulièrement pénétrantes qu’en le lisant on s’étonnait d’avoir craint de les aborder. Ses Chroniques sont, à cet égard, merveilleuses de lucidité, et il n’a pas eu d’égal dans ce rôle de vulgarisateur, si longtemps et si constamment soutenu. Il a ainsi contribué à faire mieux connaître les diverses branches de la science vétérinaire, en même temps qu’il prenait une part des plus actives à leurs progrès. Il a malheureusement soutenu parfois l’erreur avec la même vigueur que la vérité. Son opinion sur l’étiologie de la morve, sur la non-contagion de sa forme chronique, qu’il fit partager àla majorité
des vétérinaires français, a été longtemps féconde en désastres pour l’élevage et la cavalerie en France.
En toute occasion, il s’est montré le défenseur ardent des intérêts de sa profession. De sa plume acerbe, il fustigea Loiset, vétérinaire à Lille, qui, embusqué derrière le décret de 1813, avait créé une véritable école d’empiriques. Cloué par Bouley au pilori de l’opinion de ses confrères, Loiset le poursuivit devant les tribunaux et le fit condamnera 200 fr. de dommages-intérêts (1844). Bouley en retira un surcroît d’estime et de popularité auprès de tous les vétérinaires. Il poursuivit aussi de tous ses efforts la réalisation d’une loi protectrice delà médecine vétérinaire, et contribua à l’amélioration de la situation des vétérinaires militaires.
En 1851, il fit paraître la première partie d’un ouvrage réellement magistral : le Traité de /’ organisation du pied du cheval. Elle comprend l’anatomie etla physiologie du pied et est accompagnée d’un magnifique atlas de trente-deux planches. Cette œuvre est malheureusement restée inachevée; mais on peut la reconstituer presque en entier parles nombreuses monographies dell. Bouley sur les maladies du pied. Elles se trouvent réparties dans les treize premiers volumes du Nouveau dictionnaire pratique de médecine, de chirurgie et d'hygiène vétérinaires, qu'il commença, en 1856, de publier, avec Reynal, comme co-directeur, et la collaboration de nombreux professeurs et praticiens. Bouley y a traité aussi un grand nombre de questions d’extérieur du cheval, de pathologie et de jurisprudence. Ses articles Castration et Cautérisation ont été traduits en espagnol.
En 1844, il est un des fondateurs de la Société de médecine vétérinaire de la Seine, qui fut peu d’années après la Société centrale. Il en était nommé secrétaire
général en 1849, et il en a conservé le titre et rempli les fonctions jusqu’à sa mort. Les Bulletins de cette Société témoignent de la part importante qu’il prit à presque toutes les discussions, des nombreux et remarquables rapports qu’il y présenta. Dans les séances solennelles, il lisait Y Eloge de quelque collègue éminent de la Société, et ces éloges offrent un vrai régal littéraire en môme temps qu’une revue savante et rapide de maintes questions médicales.
Membre et rapporteur de la commission nommée en 1850 par Dumas, ministre de l’agriculture, pour étudier la nature de la péripneumonie et les moyens d’en arrêter les ravages, Bouley fut l’âme de celte commission et son rapport restera comme un modèle d’étude et de démonstration scientifique.
Il faisait partie de l’Académie de médecine depuis 1855 et, dès son entrée, il fit sensation, dans le débat sur le séton, par le talent avec lequel il combattit un adversaire redoutable, Malgaigne. Sa réputation d’orateur disert et spirituel ne fit que s’accroître dans de nombreuses discussions ayant pour objet l’herpès torisurant, la morve, la vaccine, la rage, la fièvre typhoïde, l'infection purulente, la tuberculose, etc. Aussi, en 1877, fut-il, à la presque unanimité des suffrages, élu président. Barthélemy était le seul vétérinaire qui l’eût précédé dans ce poste élevé.
La haute notoriété de IL Bouley le fit désigner en 18G5 par l’administration pour étudier la peste bovine qui sévissait en Angleterre, en Belgique, en Hollande et dans d’autres contrées de l’Europe centrale. Par une judicieuse utilisation des connaissances acquises et une application vigoureuse des mesures de police sanitaire indiquées et sanctionnées par l’expé-
rience, il réussit à préserver la France de cette redoutable maladie, qui enlevait à l’Angleterre et ù la Hollande près de 500 000 têtes de gros bétail. Cet •éminent service rendu à son pays le fit nommer en 1866 inspecteur général en remplacement de Lecoq, qui venait de prendre sa retraite. Dans ces fonctions nouvelles, il ne témoigna pas de qualités d’administrateur; mais il usa de toute son influence pour obtenirdes améliorations du matériel, des bâtiments et de la situation du personnel enseignant.
Deux ans après, il était élu membre de l’Académie des sciences dans la section d’économie rurale, en remplacement de Rayer. Dans ce milieu d’élite, d’emblée il fut de pair avec les plus grands. Car, en 1879, à la mort •de Claude Bernard, le Muséum et l’Académie le désignèrent pour occuper la chaire que l'illustre physiologiste laissait vacante au Muséum d’histoire naturelle. Ce vœu ne fut satisfait qu’en partie : la chaire fut donnée à un physiologiste ; mais une chaire de pathologie comparée fut créée et Bouley appelé à l’occuper.
Les maladies contagieuses furent le sujet de ses Leçons , qu'il publia successivement en deux volumes : Le progrès en médecine par V expérimentation (1882) et La nature vivante de la contagion. Contagiosité de la tuberculose (1884). Dans ces Leçons du Muséum, comme à l’Académie de médecine, à l’Académie des sciences et partout où l’occasion s’en présentait pour lui, il se fit Tardent propagateur, l’apôtre enthousiaste des découvertes de Pasteur et de ses émules. Cette passion pour les doctrines nouvelles, dont il avait été des tout premiers à reconnaître la vérité et l immense importance, est la marque caractéristique des dernières années de sa vie.
Le suprême honneur qui couronna sa carrière fut son élévation à la présidence de l’Académie des sciences. A cette occasion, ses élèves et ses amis firent frapper une médaille commémorative, gravée par Roty. Bouley était depuis 1881 commandeur de la Légion d’honneur. Il était encore membre du Comité consultatif d’hygiène publique de France, de la Société nationale d’agriculture et d’un très grand nombre de sociétés savantes. Sa haute situation et l’autorité dont il jouissait le faisaient consulter par l’administration et les tribunaux sur toutes questions de police sanitaire, de jurisprudence, de médecine légale, etc. ; aussi ne saurait-on dire la quantité de rapports sortis de sa plume.
Il succomba à une maladie de cœur le 30 novembre 1885. Ses funérailles ont été marquées par une explosion unanime de sympathies et de regrets, dont témoignent tous les journaux de l’époque et les discours éloquents prononcés sur sa tombe. Par une souscription publique, à laquelle ont contribué des vétérinaires et des savants du monde entier, une statue en marbre (par Allouard) lui a été élevée en 1889 dans la cour d’entrée de l’Ecole d’Alfort.
H. Bouley n’a pas été un savant au sens actuel du mol, car son apport scientifique reste bien au-dessous de sa légitime renommée. Il a aimé la vérité, mais s’est souvent contenté de la vraisemblance, parce que l’expérimentation et la lente rigueur de ses méthodes ne s’adaptaient guère à son esprit brillant et prime-sautier. Son vrai rôle a été celui d'un vulgarisateur par la parole et par la plume, et il l’a rempli avec éclat, sans relâche et sans fatigue, pendant près de cinquante ans, dans ses chaires, aux tribunes académiques, dans des conférences et dans les journaux professionnels et scienli-
Tiques. Ce qui doit lui assurer la reconnaissance inaltérable des vétérinaires, c’est que partout et toujours, si haut qu’il montât, à chaque honneur nouveau qui lui était échu, il en reportait le mérite à sa profession et s’efforçait à faire honorer aussi par les académies ceux de ses confrères dont les travaux lui paraissaient mériter des encouragements. C’est plus encore auprès du grand public que du monde scientifique qu’il a relevé sa profession. « Nul, a dit Pasteur, n’a plus, honoré que Bouley l’art vétérinaire. Par son talent, par son caractère, par son enthousiasme pour les choses de la science, il a triomphé de certains préjugés qui, sournoisement, empêchaient la profession vétérinaire de prendre la place qui lui est due. »
(Pour complément, lire, dans les journaux vétérinaires de 1 885, les discours prononcés aux obsèques de Bouley, celui de Chauveau à l'inauguration de sa statue ( Recueil , 1888), son « Éloge » par C. Leblanc à la séance cinquantenaire delà Société centrale de médecine vétérinaire, 1894.)
83. BOURGELAT (Claude). Fondateur des Écoles vétérinaires, né le 11 novembre 1712 à Lyon. Il appartenait à une honorable famille de cette ville, et plusieurs de ses ancêtres y avaient occupé des places municipales et judiciaires. Son père, Pierre Bourgelat, avait été échevin de Lyon, et son grand-père maternel étaitun ancien conseiller et procureur du roi en l’élection de Lyon ; tous deux étaient nobles par leurs fonctions. On a souvent répété qu’après avoir fait d’excellentes études chez les jésuites, Claude Bourgelat étudia le droit à l’Université de Toulouse, fut avocat au Parlement de Grenoble ; puis qu’il quitta brusquement le barreau après avoir gagné une cause dont il connut plus lard l’injus-
tice. Il serait alors entré aux mousquetaires, où il prit le goût du cheval qu’il garda toute sa vie. Il n’est pas d’avocat qui ne considère comme une légende cet accès d’indignation vertueuse de Bourgelat. De fait, les recherches d’Arloing paraissent bien établir que Bourgelat ne fut ni avocat à Grenoble, ni étudiant en droit à Toulouse.
Ce qui est vrai, c’est qu’il eut de très bonne heure le goût du cheval. Aussi, en 1740, la place d’ « écuyer tenant l’Académie d’équitation de Lyon » étant devenue vacante, il obtint le brevet qui lui donnait cette charge. Il acquit bientôt une réputation considérable, telle qu’aucun écuyer depuis Solleysel n’en avait eu de pareille. L’année môme de son installation (?), il publia Le Nouveau Newkastle ou Nouveau traite cle cavalerie géométrique, théorique et pratique-, Lausanne, 1740, in-12. Mais trouvant cet ouvrage trop imparfait, il le laissa anonyme. Ce n’était cependant ni une traduction, ni un extrait de l’ancien Newkastle anglais, énorme in-folio, aussi prolixe qu’obscur; c’était une œuvre originale, qui fut plusieurs fois réimprimée, à Paris et à Lyon, et qui fut traduite en anglais (1754) avec un grand luxe d’impression, ainsi qu’en espagnol (1801).
Dix ans plus tard, il donne ses Éléments d'hippiatrique ou Nouveaux principes sur la connaissance et sur la médecine des chevaux-, Lyon, 1750-1753, 3 vol. in-12. L’ouvrage est resté incomplet, car il devait comprendre six volumes. L’auteur ne le considérait d’ailleurs que comme « une ébauche et une esquisse » d’un traité plus, important. On y voit cependant paraître un esprit réfléchi, qui se rend compte des causes de l’état d’infériorité où languit l’hippiatrique et qui l’exprime en bon