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DEUX MOUCHES DU COUP

Oa, de la sorte, on contenterait à la fois la Prusse et la Grèce; <— (la Grèce qui veut un roi et la Prusse qui ne tient nullement à un ministre fer et sang. Seule, la Gazette de la Croix se lamente à l'idée de perdra sonbien-aimé et elle le tire par son habit).

{Figaro, 4 avril 1863).

LE PREMIER TYPE CRÉÉ 55

c'est rééditer le petit jeu du chapeau, c'est faire saluer, par tous, le tuyau de poêle de M. de Bismarck. Tout autre forme de gouvernement lui paraît, du reste, impossible.

Ainsi pense le « Monsieur des ordonnances sur la presse », le Monsieur qui rêve Tabonnement forcé pour sa chère Norddeutsche (1) et qui, pour ce faire, supprimerait volontiers tous autres journaux et journalistes. Figaro qui, comme son homonyme parisien, rase les gens au propre, sans jamais les raser au figuré, lui répond par ce petit entre-filet : « L'officier d'ordonnance bien connu, vou Bismarck, qui s'est acquis un nom dans le monde des théâtres par la représentation de plusieurs pièces à grand spectacle, a l'intention (le hâter la mise à la scène de sa nouvelle œuvre laquelle, très certainement, portera le titre de « Octroiements ». Si les apparences ne sont point trompeuses, le peuple berlinois, qui paraît beaucoup s'intéresser à cette comédie, se chargera de fournir, contre la volonté de l'auteur, le feu d'artifice. »

(1) Norddeutsche Allgemeine Zeitung (Gazette générale de l'Allemagne du Nord), aujourd'hui encore l'organe attitré de M. de Bismarck. C'est elle qui lance ses ballons d'essai.

Et Figaro^ dont l'échoppe de barbier est bien achalandée, n'hésite pas à faire, à Taide de son crayon, une « proposition pour le contentement de tous. » Car si la Prusse, à l'exception de la vieille perruque qui a nom Gazette de la CroiXj ne veut pas du premier ministre, la Grèce, elle, désire un roi. Qu'on lui donne la couronne de Grèce, à cet enfant terrible, et les deux femmes seront satisfaites.

Figaro a ses libres allures ; Figaro pense donc que les feuilles prussiennes si bien traitées par les ordonnances de Juin, ne sauraient mieux faire que de se transporter à Vienne : là, au moins, elles pourraient parler librement... sur la Prusse.

1862-63-64. Toute une guerre à coups d'épingle, dans laquelle le premier ministre n'est pas ménagé : on le met sur la sellette et on l'oublie sur un trône... Point celui de Grèce qu'on lui offrait si généreusement.

Quant au type dessiné, le voici :

Un fonctionnaire tenant à la fois du policier et du diplomate, au lorgnon vissé sur l'œil, à la tète déjà peu garnie, à la grosse moustache; tantôt rappelantparplus d'un trait le \ieux. Zopftràger(i)

(1) Zopftràger, littéralement : porteur de cadenette. Ce

LE PREMIER TYPE GREE

de la caricature de 1848, le ventripotent St&atahâmorrohidarius (2), légué par la Restauration,

Bismarck. — Arrêtez! Arrêtez I

Plaqoe commémorative pour M* de Bismarck : Dans l'un des bâtiments de la station oti le ministre prussien, durant son dernier voyage, s'arrêta assez longuement, des plaques de marbre doivent être posées avec rinscrîption suivante en lettres d'or :

M. de Bismarck daigna, à son dernier passage, s'arrêter deux heures

contre sa volonté.

[Figaro, 2i octobre 186S).

sont, les vieilles perruques, qui, au figuré comme en réalité, résistèrent aux attaques du progrés avec une ténacité sans pareille. La France s'en débarrassa en 1830. En Allemagne on les voit encore en 1848.

(2) Staatshàmorrohidarius, littéralement Vkémorroldaire de l'État. Epithéte donnée aux vieux « culs-de-plomb » des bureaux qui, à être éternellement assis sur la moleskine officielle, ne gagnaient pas seulement leur retraite mais aussi des. . . vous savez quoi.

avec son bicorne aussi profond qu'un éleignoir, tantôt avec des attitudes de sbire plus moderne, avec des faux airs de « baron de Miinchhausen » : tel apparaît sous le crayon de Leopold Muller, dessinateur du Figaro en cette année 1863, celui qui n'a encore de Bismarck que le nom. C'est un rouage, c'est un des mécanismes de l'État, ce n'est point le personnage qui, quinze ans après, se dégagera d'une façon si personnelle de tout son entourage.

Ministre du roi de Prusse, il prépare, il organise l'avenir : Berlin le craint ou l'admire, Munich le houspille, Vienne le devine.

(( Là où brillent les étoiles de M. de Bismarck, il doit faire nuit », dit l'ami Figaro,

Le personnage se développera : la chenille deviendra papillon; mais de ressemblance physique avec ce qu'il est alors et ce qu'il deviendra demain, n'en cherchez point. Le type de l'Empereur d'Allemagne est déjà fixé pour la postérité, il ne bougera plus ; la figure de Bismarck n'a pas encore revêtu son masque, il n'est que le chevalier à la Iriste figure de « Madame Réaction » et de « Mademoiselle Feodalia. »

Ce Bismarck, les Allemands ne le connaissent

LE PREMIER TYPE CREE

plus, les Français ne l'ont jamais connu; il importait donc de le tirer de l'oubli et de le faire défiler graphiquement sous les yeux du public.

Dramaturgie, d'après « Fiesko » de Schiller.

N'est-ce pas, Fiesko, tous deux nous nous jetterons sur Gênes, ensemble nous balayerons les lois.

{Figaro, 4 juillet 18C3.)

« Lanterne magique, pièce curieuse à voir! Les verres vont changer. » Passons au second tableau. Après Vienne, Munich.

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