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LE PREMIER TYPE CRÉÉ PAR LA CARICATURE VIENNOISE

Bismarck ministre. — Un policier-diplomate. — Bismarck maudit. — Bismarck roi de Grèce. — Bismarck singe de Napoléon III.

11 est arrivé aux affaires, lui qu'on disait ne devoir arriver à rien (1). Mais il fallait un homme

(1) J'emprunte les renseignements qui suivent à un article publié récemment par la Petite Revue (5 avril 1890). C'est le résumé de ce qui se trouve dans toutes les biographies allemandes au sujet du Chancelier.

Au gymnase de Berlin ce fut un élève médiocre, et à Goettingen, où il fut envoyé ensuite, un étudiant plus médiocre encore. Il y avait un an qu'il était à l'Université qu'il n'avait pas encore mis les pieds au cours. Gomme son père le recommandait à son professeur de droit, Hugo : « Vraiment, dit celui-ci, je ne demande pas mieux que de m'occuper de lui, mais il est resté invisible jusqu'à ce jour. » Turbulent, tapageur, insolent et brutal, il buvait comme ses

à poigne et l'on ne pouvait mieux rencontrer. Botté, éperonné, il montra bien vite qu'il saurait jouer au Louis XlVpour le compte de son maître. Les lois dansèrent une véritable sarabande et la Constitution fut ébranlée jusque dans ses bases.

Suivons, si vous le voulez bien, notre anrii Figaro y qui va, ici, nous servir de guide et nous faire pénétrer dans le secret des coulisses.

aDcôlres,il se battait comme eux : il eut plus de vingt duels et, convoqué un jour devant le conseil de l'Université, il s'y présenta en robe de chambre et en bottes à récuyèrc. Un formidable bouledogue, qui marchait toujours sur ses talons, faillit dévorer l'huissier qui l'introduisit.

Ce sont là des détails vulgaires; mais ils ne sont pas inutiles pour donner une idée de l'homme. A cette époque, le sang maternel ne parlait pas encore : il traînait derrière lui dans son pays des loups et des ours, tirait des coups de pistolet aux oreilles de ses amis pour les réveiller ou donnait jusque dans son salon la chasse & des renards lâchés à dessein pour effrayer les dames. Aussi, quand il devint en d836 référendaire à Aix-la-Chapelle, on peut penser que ce fut un singulier fonctionnaire. Il avait surtout un esprit d'indépendance qui faisait le désespoir de ses supérieurs et que lui-même n'a jamais toléré depuis chez ses subalternes. Un jour que son chef immédiat lui avait fait faire antichambre pendant une heure, il se fâcha. « J'étais venu, dit-il, pour m'entretenir avec vous; mais réflexion faite, je vous apporte ma démission. » Elle fut acceptée et il vécut pendant quelques années en gentilhomme campagnard, devint surintendant des digues dans son district, ce qui était bien modeste, chassa, fuma, bâilla et enfin se maria.

Bismarck-Schœnhausen. — Il y existe une limite aux choses que peut écouler un roi de Prusse.

{Figaro, 14 février 1863.)

Réponse du pouvoir absolu à l'adresse des parlementaires qui avaient fait appel au roi Guillaume.

LE PREMIER TYPE CREE

Voici, tout d'abord, le ministre et son souve-

rain.

Le souverain est grand, maigre, efflanqué, ventre rentré. Sur ce corps osseux flotte une

I Me faudra-t-il donc quitter la ville sous cet accoutremeut?

{Figaro, 14 mars 1863).

I Bismarck, habillé en vagabond, porte sur lui le fer et le sang avec lesquels il prétendait régénérer l'Allemagne.

'ongue tunique... redingote de prédicant protestant, agrémentée d'épaulettes. Il tient en main le globe et le sceptre. Derrière lui, un personnage se I hausse pour placer sur sa tête une couronne déjà I plus Impériale que Royale. Ce personnage au

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ventre proéminent, aux bottes énormes, vêtu d'un liabit de fonctionnaire, c'est M. de Bismarck- Schu»nhausen, si peu connu encore que besoin est au dessinateur d'indiquer son nom.

Voici donc le ministre de S. M. le Roi de Prusse parvenu à l'état de « personne caricaturable », et dès lors, il ne quittera Guillaume que pour apparaître aux côtés de Napoléon III.

Ce que nous racontent les crayons autrichiens c'est le premier acte du drame qui doit aboutir a 186G puis à 1870; une petite histoire non sans intérêt, et dont la moralité est tout à fait frappante.

Dans les États parlementaires, il n'est point permis aux ministres de dépasser les prévisions du budget voté par les Chambres, le droit prime la force, et toute violation de la Constitution vous conduit droit à la guillotine. Chacun sait ça. Mais de la théorie à la pralique, Figaro trouve qu'il y a loin. N'est-ce pas toujours le fameux chapitre des interprétations ? Et en un de ces pays constitutionnels ayant nom la Prusse, il nous montre le premier ministre piétinant le budget, les journalistes assommés ou expulsés, et le sieur Otto recevant pour ces hauts faits la croix de l'Aigle rouge qu'il est... condamné à se pendre au cou.

LE PREMIER TYPE CREE

En peu de temps, dépouillé de tout ce qu'elle

Voilà comme il faut que les choses soieul; autrement, il n j' a pas d'ordre possible.

{Figaro, I3juinl8ô3.)

Lo chapeau du bailli autrichiea Gessler devenu, avec le progrès, le chapeau Bismarck.

possédait, la pauvre Borussia se trouve obligée de venir chanter sous les fenêtres du Barbare : « Tu

m'as réduit à la misère : de moi que veux-tu donc encore? »

Ce qu'il veut ce « Bismarck-Papageno (1) »

cet « agile chanteur » — doux noms d'oiseau donnés à Vienne — que le caricaturiste se plaît à nous représenter en vagabond, chassé des villes, succombant sous le poids de son bagage de fer et de sangi ce qu'il veut, c'est chausser les bottes du 2 Décembre. Napoléon, qui ne l'ignorait point, a eu soin de les poser sur son chemin, comme par hasard. L'aigle, pour la circonstance, est devenu un homme des bois, et le dessinateur explique combien facilement Ton prend les singes quand, de glu, on enduit les bottes.

Ce qu'il veut, ce représentant du « parti des chauves-souris » ce Junker (2) à l'esprit étroit, fermé aux idées nouvelles, c'est changer les locataires des Chambres prussiennes. Sans plus de façon, il va leur faire donner congé par son souverain. Ce qu'il désire c'est continuer Gessler,

(i) Les feuilles caricaturales allemandes aiîeclionnèrcnt tout particulièrement les emprunts faits à la Flûte enchantée,

(2) La chauve-souris a joué en Allemagne le même rôle que l'écrevisse et Téteignoir dans la caricature française. — L^s Junker ce sont les vieux féodaux.

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