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M. DE BISMARCK CARICATURÉ PAR LES ALLEMANDS

Les petites yignetles du Punsch de Munich. — Tout au fer et au sang. — Haine non déguisée à l'égard de Bismarck. — Les grandes caricatures de la UUern de Francfort.

« Je déteste Bismarck, il déteste Bismarck, nous détestons Bismarck. » Ainsi s'exprime sur tous les tons le Punsch de Munich, une feuille lilliputienne, un petit carré de papier qui, pendant vingt ans, a fait bravement son devoir. C'est dans cet in-8* qu'il faut chercher toute la chronique illustrée des déchirements, des luttes intérieures, des guerres de 1862 à 1870. Question de Pologne, question du Schleswig-Holstein, questions du Hanovre et de la Hesse, démêlés et batailles des chancelleries allemandes, ces « toiles d'araignées de la politique »,

<»2 BISMARCK EN CAIUCATLRËS

suivant la pittoresque expression de Henri Heine;

— entrevues répétées de Biarritz entre Napoléon HI et Bismarck; — brouilles et réconciliations constantes entre la Prusse et rAutriche, politique tortueuse du ministre prussien voulant à tout prix évincer les Habsbourg de TAllemagne, séduisant le Roi par des projets d'agrandissement territorial, triomphant de la (iour qui, jusqu'au dernier moment, s'était élevée contre tout conflit austro-prussien ^l); — hostilité non déguisée des États de l'Allemagne du Sud; guerre de 1866, dures conditions imposées aux États vaincus placés tout aussitôt sous la dépendance militaire du roi de Prusse;

— machiavélisme profond à l'égard de la France; aiïaires du Luxembourg ; — entrevue de Salzbourg, outre François-Joseph et Napoléon HI (2) ; — finasseries diplomatiques de M. de Bismarck, toujours à la recherche d'une nouvelle occasion de rupture.

(l) Une caricature du Figaro de Vienne, en date du 14 avril 1866, est significative. Elle est intitulée: Le mauvais démon et le bon génie et montre le roi de Prusse tiraillé entre M. de Bismarck et la reine Augusta.

{^) Celte entrevue avait fort déplu à M. de Bismarck. D'où la quantité de vignettes dans lesquelles on lui offre des poires et môme des raisins de Salzbourg, fruits qu'il refuse comme trop verts.

mais sans vouloir prendre Tinitiative des déclaralions d'hostilités, — tous ces événements récents et pourtant déjà lointains se trouvent exposés on petites vignettes amusantes, que dessine et grave

[IbtitX*'''''^'^

Elablisscuunt du vûtérinaire delà Confédération germanique.

Crois-tu, par hasard, pio onger tes jours en faisant le beau?

{Punsch^ 8 janvier (SC5.)

un artiste, d'un talent secondaire, mais aux vues profondes, E. Schleich.

Pour le directeur du Punsch^ l'univers se résume en un casque, le casque à pointe prussien qu'il ne faudrait point confondre avec le casque romain de Bélisaire, accessoire de carlon à l'usage des coulisses de théâtre; — et la comédie humaine se

trouve mise en action par Bismarck et Napoléon III.

Bismarck, M. de Gebismarck-Schônflausen, — c'est ainsi qu'on l'appelle pour le simple plaisir de torturer son nom — n'est-ce pas la grande curiosité d'Europe? Pour aller le voir, on propose, pendant les vacances, l'organisation de trains de plaisir entre Vienne et Berlin. Songez donc : Où trouver deux personnages de son espèce? Ministre, il a inventé le « ministère des crises », les Chambres votent contre lui, lui refusent tout crédit. Chasseur, il se fait « ramasser p par les chamois ; pêcheur à la ligne, les poissons ne veulent pas écouter ses appels désespérés. Et malgré cela, il arrive à gouverner : bien plus, il est le maître.

La politique de fer et de sang, « c'est le sang qui sort, tandis que, à la place, entre le fer étranger ». Telle est l'explication donnée par Maxl et Sepperl, les deux petits gamins munichois, apprentis savetiers, que Schleich fait manœuvrer à sa guise. Voici, du reste, les avis qui, sous forme d'annonces, se lisent dans le Punsch :

« Le soussigné porte respectueusement à la connaissance de la noblesse et du très honorable public qu'il a repris les affaires du bienheureux

M. Galigula, et qu'il a l'intention de les diriger dans un sens plus conforme aux besoins du présent. Il prie donc le public de bien vouloir reporter sur lui la confiance que son prédécesseur

L'un, — Bonjour, camarade^ à quoi dois-je Thonneur ?

LHutre. — Je voulais seulement vous demander combien de temps vous pensez encore rester ici.

L'un. — Pourquoi cette demande?

L'autre. — Parce que moi-même j'aurais grand plaisir à m'asseoir à mon tour.

L'un. — Gela ne se peut.

L'autre. — Vous voici, tout d'un coup, bien du courage.

L'un, — Vous savez, camarade, si vous désirez quelque chose, ne vous gèoez point, demandez. Prenez garde, d'ailleurs, que votre chien ne vous morde. (Le chien porte sur son collier: parti progressiste.)

{Punsch, 18 février 1866).

Allusion aux discussions entre la Prusse et l'Autriche pour la garnison du port de Kiel.

avait si bien su se gagner en fait de cruautés sanguinaires, et de donner à sa jeune maison tous les

encouragemenls auxquels elle a droit. Signé : von Bismarck-Schœnhausen, tyran de Cabinet berlinois et faiseur breveté de Césarisme.

« Post-scriptum. Dans mon établissement, le sang est enlevé et redonné. Je paie bon prix les ossements frais. En tout temps j'achète volontiers les débris de viande autrichienne. Je prends à 1 silbergroschen la liryre de vieux fer. Signé : Bismarck, fabricant. »

Le fer et le sang sont à la mode, illustrés par Punsch.FigarOy Latern, On voit surgir, de toutes parts, des docteurs Blulmann (homme de sang) des docteurs Eisenmann (homme de fer), des docteurs iîisenstuck (barre de fer).

« C'est moi qui suis le docteur J?arre de fer^ dit la légende d'un dessin de la Latern^ guérisseur de l'État à ma manière (la gravure représente Bismarck arrachant la langue à dame Borussia). Avec science et habileté je sais faire un trou dans la Constitution. »

Voici un fait divers découpé dans une chronique du Punsch. Alors, on ne songeait pas encore aux réclames rimées du savon du Congo. « Au jardin zoologique de Berlin se trouve, s'il faut en croire les journaux, un tigre apprivoisé capturé à Siam

peu de temps après sa naissance, et ramené en Europe sur un navire prussien. On peut approcher sans danger de Tanimal qui est le préféré du public. Ce tigre si doux, si bon enfant, a reçu le nom de Bismarck. »

Le poissonnier paresseux.

X'est-cô pas, c'est ce qui s'appelle tourmenter les animaux U faut ou que jeté tue ou que je te sorte de ton élément naturel. Ne vaut-il pas mienx te résoudre de bonne grâce à la mort !

{Punsch, 11 juin 1865.)

Allusion aux difficultés de toutes sortes suscitées par M. de Bismarck au Landtag prussien.

Mais ce sont surtout les continuels voyages do Berlin à Paris durant les années 1862 et 1863, qui amusent le rédacteur du Punsch. Les éphémérides

portent à chaque mois, des notes ainsi libellées :

« Juin. — M. de Bismarck va à Paris pour s'acheter une contenance.

« Septembre. — M. de Bismarck va à Paris pour voir Eugénie.

« Octobre. — M. de Bismarck retourne à Paris pour s'acheter des gants. »

Puis une série de petits faits empruntés à la chronique locale des événements.

— A Berlin, il est, dit-on, question de percer un boulevard Bismarck. Un habitant du coin fait observer à ce propos : « Eh bien ! ça sera une jolie promenade. Là où est Bismarck, ne saurait assurément pousser le moindre brin d'herbe. »

— A Gastein, en 1863, M. de Bismarck s'était fait, nous l'avons vu, la réputation d'un très mauvais excursionniste et d'un encore plus mauvais chasseur de chamois. « Naturellement, » dit le Punsch. « Sur les montagnes habite la Liberté et, en de telles régions, un Bismarck ne pourrait jamais être chez lui. »

— A Munich, en 1863, en plein mois d'août, Bismarck ne veut pas se montrer de par les rues, en voiture découverte. Il ne faut point s'en étonner, insinue le Punsch; ne voit-on pas toutes les

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