SUR M. DE BISMARCK
Violence des caricatures rançaises contre les hommes politiques. — Nécessité de réagir. — Bismarck caricaturé comme homme politique, toujours respecté comme homme privé. — Caricature humoristique alors même qu'elle est hostile.
Quel homme politique n'envierait point le sort de M. de Bismarck, en notre Europe troublée où des rancunes et des passions sans nom s'acharnent après les hommes d'État ; en notre France, où tous ceux qui ont voulu gouverner, affirmer un principe, montrer Fombre d'une initiative personnelle, ont été, depuis Napoléon III, poursuivis par une caricature pleine de fiel, sans mesure, et trop souvent sans dignité, s' abaissant quelquefois jusqu'à ra-
masser dans la boue ses arguments et ses sujets ; en notre troisième République où Gambetta, Jules Ferry, Floquet, Grévy et bien d'autres dont il est permis de ne point partager les idées, ont vu des crayons à la solde de partis hostiles, traîner au grand jour certaines intimités de leur vie privée, alors que, seule, la vie publique devrait être discutée, annotée, caricaturée.
La recherche du scandale, en littérature comme en art, est une des plus tristes tendances de notre époque. Et ce dénigrement à outrance, ce déchirement, ce « déchiquètement » n'est qu'un aveu d'impuissance. Les hommes sont ce que nous les faisons, par nos lois, par nos mœurs, par notre éducation. Certes je n'entends point défendre la vertu d'aucun personnage public, mais on ne recourt pas impunément à pareilles armes, et, en barbouillant de boue ceux qui président aux destinées du pays, on s'embrène aussi quelque peu soi-même.
Ah ! le mur Guilloutet, qui donc aura le courage de l'élever assez haut pour que le crayon ne livre plus à la publicité du kiosque, ce pilori moderne, des propos d'antichambre ou des rinçures de cuisine?