L AVÈNEMENT DE FRÉDÉRIC
Ses tendances se manifestent dans les plus petits détails de la vie quotidienne. Sur un de ses portraits photographiés qui se trouve chez le comte Radolinski, maréchal de la cour de son père, on lit cette maxime : Oderint^ dum metuant. »
Presque à la même date, le 8 février, un toast porté dans un banquet par le prince Guillaume semble confirmer les appréciations du diplomate français. Ce toast tend à rassurer Topinion en Allemagne ; mais l'homme d'action, l'homme de guerre se révèle dans sa parole et y met malgré tout une note menaçante :
« En chevauchant durant les grandes manœuvres à travers les plaines du Brandebourg, j'ai compris à la vue de ses champs florissants, de ses industries en pleine activité, où était la véritable base du bienêtre du peuple et du travail fécond. Je vois bien que le grand public, et plus spécialement celui de l'étranger, m'impute des idées guerrières faites de légèreté et d'amour de la gloire. Dieu me préserve de cette légèreté criminelle ! Je repousse ces accusations avec indignation. » Voilà l'hymne à la paix; mais voici tout aussitôt le correctif, c'est-à-dire le geste théâtral de la main gantée de fer : «. Pourtant, messieurs, je suis soldat et tous les Brandebourgeois sont soldats, je le sais. C'est pourquoi, laissez-moi terminer par ce mot que, le 6 février, notre grand chancelier a jeté au parlement qui, ce jour-là, a offert la grande image d'une représentation populaire, marchant la main dans la main avec le gou-
vernement et j'appliquerai plus spécialement au Brandebourg ces vigoureuses paroles : Nous, Brandebourgeois, ne craignons que Dieu et rien que Dieu au monde. »
Inutile et inopportune, puisque la paix n'était pas menacée, cette bravade avait été inspirée par Bismarck. 11 s'évertuait alors à faire savoir que TAlmagne, quel que fût son empereur et bien qu'elle ne voulût pas la guerre, resterait sur le qui- vive, toujours en armes, prête à écraser ses ennemis. Il daignait reconnaître qu'en France, par suite de l'élection de Sadi-Carnot à la présidence de la République, gage de paix pour l'Europe, la situation était devenue moins « explosive » que l'année précédente ; il se montrait plein de confiance dans la parole de l'empereur de Russie, qui ayait affirmé ne pas vouloir la guerre, encore qu'on l'eût vu récemment, dans un dîner de fiançailles, se lever, son verre à la main, et boire à la santé du prince Nicolas de Monténégro, « le seul allié sincère et fidèle que comptât la Russie parmi les souverains de l'Europe. »
— Mais, observait le chancelier, dans ses entretiens avec les membres du corps diplomatique, les excitations de la presse radicale en France, et les membres du parti panslaviste en Russie, exigent que l'Allemagne soit prête à toutes les éventualités. Si la France nous déclarait la guerre, la Russie sans doute ne s'en mêlerait pas. A Tinverse, la France se joindrait certainement à une attaque de
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la Russie. La force de F Allemagne est donc la meilleure garantie du maintien de la paix.
Pour finir et comme pour démontrer combien entre ses mains était précaire cette garantie, il ajoutait :
— Mais la paix repose sur l'intérêt de l'Allemagne et cet intérêt peut changer.
On voit, par ces propos que nous recueillons dans des documents diplomatiques encore inédits, qu'à la veille d'un changement de règne, le chancelier raisonnait comme un chef de gouvernement sûr du lendemain. 11 avait en effet la promesse du kronprinz Frédéric et il ne doutait pas de la loyauté de cette promesse ni de son exécution. Le kronprinz l'avait faite; l'empereur Frédéric la tiendrait.
Toutefois, on aurait tort de croire qu'il eût poussé la résignation jusqu'à être prêt à abdiquer entre les mains de son ministre. Si celui-ci s'était flatté de cet espoir, il allait être détrompé et se convaincre que, dans le corps débile et ravagé du nouvel empereur, la volonté restait ferme et entière et qu'il aurait assez de force pour l'imposer. Bismarck en ressentit les effets, dès leur première rencontre à Leipzig où, sur l'ordre du souverain, il était venu l'attendre avec tous les ministres.
Elle eut lieu le 11 mars. Ce jour-là, sous deux formes différentes, la volonté impériale se manifesta. Ce fut d'abord au profit du ministre de la Justice Friedberg. 11 dirigeait l'administration jiidi-
claire depuis le mois de juin 1878. A cette époque, au lendemain de Tattentat de Herr doctor Nobiling" sur la personne de Guillaume I®**, qui faillit en mourir, le prince impérial avait été nommé régent de Tempire, son père étant empêché momentanément de gouverner TEtat. En cette qualité, il avait pris d'importantes mesures, malgré l'opposition qu y faisait parfois le chancelier, c'est à lui notamment que revenait l'honneur d'avoir renoué avec Rome les relations qu'avait brisées la funeste canapagne du Kulturkampf. Mais il ne s'en était pas tenu là ; par ses soins, divers changements avaient été opérés dans le personnel gouvernemental. Jurisconsulte réputé, Friedberg était un de ses amis et il l'avait associé, quoique Juif, au gouvernement, en dépit de Bismarck à qui cette nomination déplaisait, et qui, depuis, se promettait bien de révoquer l'intrus quand la régence prendrait fin. Cette échéance venue, Bismarck ayant voulu donner suite à son dessein, l'Empereur s'y était refusé par égard pour son fils. Friedberg avait conservé son poste, mais le chancelier s'était vengé sur lui de sa déconvenue en s'opposant tous les ans, au l^^ janvier, à ce qu'il reçût le grand cordon de l'Aigle noir, auquel, d'après les usages de la Cour, il avait tous les droits.
C'était un des griefs de Frédéric contre le chancelier. Il le lui prouva le H mars 1888, lorsque, maître du pouvoir depuis vingt-quatre heures, ses ministres se présentèrent devant lui. En voyant
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Friedberg au milieu d'eux, il l'appela d'un geste affectueux et, détachant le grand cordon dont luimême s'était paré en vue de cette réception officielle, il le lui passa au cou, bien loin de se douter, d'ailleurs, que ce témoignage de faveur serait bientôt payé d'ingratitude et qu'après sa mort, Friedberg figurerait parmi ses plus perfides calomniateurs.
Le même jour, le chancelier subit une autre humiliation. Avant de partir pour Leipzig, il avait préparé pour le soumettre à l'approbation de son nouveau maître un projet.de manifeste au peuple allemand. Resté seul avec lui, il voulut le lui lire. L'Empereur ne lui en laissa pas le temps. Il prit le manuscrit qui lui était présenté et, le déposant sur son bureau sans y regarder, il en donna un autre, écrit de sa main, au chancelier en disant :
— C'est celui-ci qui doit être publié sans retard.
Bismarck, que TEmpereur avait eu la malice de laisser debout pendant l'audience, s'inclina silencieux. Peut-être avait-il été tenté de se plaindre qu un programme de gouvernement eût été dressé sans son avis. Mais, en jetant les yeux sur le manifeste impérial, il venait d'y voir qu'il y était qualifié « premier serviteur de l'Etat » et, dans ce témoignage éclatant de confiance, il trouvait la preuve que son pouvoir n'était pas ébranlé.
Cependant, dès ce moment, et bien qu'il eût dit à l'ambassadeur de France qu'il ne laisserait pas disloquer le ministère qu'il présidait, il avait dû
consentir à sa dislocation. L'Empereur avait exigé, en effet, la démission du ministre de Tlntérieur Puttkamer. Ce personnage, en fonctions depuis 1 882, était Tallié du chancelier, son âme damnée, son
Eminence grise, le complice des intrigues nouées par lui pour obtenir dans le Reichstag, même à prix d'argent, des votes favorables à sa politique. Pour cette cause ou pour d autres, Frédéric III ne voulait pas le laisser dans le poste important qu'il occupait. Bismarck dut invoquer la raison d'Etat pour obtenir que le remplacement de Puttkaïuer fût retardé de quelques semaines, bien qu'il eût offensé personnellement l'Empereur en oubliant volontairement ou non dans la note officielle, destinée à faire connaître la mort de Guillaume I^*^, de faire allusion à son successeur. Lorsqu'on lui avait demandé la raison de cette omission, il avait répondu :
— J'ignorais quel titre il plairait à Sa Majesté de prendre.
Il resta au pouvoir jusqu'au H juin. Ce jour-lk, le chancelier donna un grand dîner en son honneur '. C'était trois jours avant la mort de Frédéric III, de telle sorte que. si les échos du scandale
1. Je tire ce détail d'un attachant volume: Un Jeune Empereur, par Harold Frédéric, traduit de l'anglais par J. de Clesles (Perrin et G'% éditeurs, Paris, 1894). D'autre part, il y a lieu de mentionner que, d'après le prince de Hohenlohe, le bruit courait à Berlin que Bismarck voulait se débarrasser de Puttkamer et qu'en prenant sa défense, il avait joué une comédie destinée à rejeter sur l'Empereur la responsabilité de la destitution.
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causé par cette inconvenance arrivèrent jusqu'à lui, ils le trouvèrent hors d'état de s'en indigner. Mais il n'en fut pas de même de l'impératrice : elle ressentit cruellement l'injure et d'autant plus que le chancelier faisait répandre que si Puttkamer avait dû quitter le pouvoir, c'est grâce à l'ascendant impériei^x qu'elle exerçait sur son mari, allégation mensongère contre laquelle, quelques semaines plus tard, en recevant le prince de Hohenlohe, elle protestait avec indignation.
Nous en avons assez dit pour faire comprendre en quelles circonstances troublantes commençait ce nouveau règne dont tout le monde disait qu'il ne durerait pas. On ne saurait donc trop admirer le courage et la résolution avec lesquels le souverain s'élevait à la hauteur de sa tâche. Pour juger de son caractère, nous possédons deux documents précieux : son propre Journal publié après sa mort et les confidences faites par Bismarck à Maurice Busch. Mais ces documents sont contradictoires. Si Ton s'en tient aux appréciations du chancelier, le prince aurait été un être incohérent et bizarre, dépourvu de sens pratique, livré pieds et poings liés à « son Anglaise », et il l'aurait prouvé notamment lors des négociations qui eurent lieu à Versailles en 1871 entre la Prusse et les Etats d'Allemagne en vue de la constitution de Tempire. Mais tout est-il vrai dans les faits que raconte Bismarck ? Il a si souvent menti au cours de sa longue carrière qu'on peut se demander si, lorsqu'il évoquait devant son
confident, avec un air de dépit et de rancune, des souvenirs vieux de quinze et vingt ans, il ne les dénaturait pas ? Comment, par exemple, ajouter foi à ses insinuations lorsqu'il laisse entendre que, pendant la guerre franco-allemande, Frédéric livrait f) l'Angleterre, par l'intermédiaire de sa femme, tes secrets militaires et politiques de la Prusse ? Ce soupçon si gi-avement injurieux n'est-il pas en contradiction avec les sentiments exprimés par le kronprinz dans son Journal ? Ne s'y révèle-t-il pas libéral et tolérant, ardent patriote, incapable d'une* trahison aussi noire que celle dont Bismarck semble l'accuser ?
Dans le fragment de ce Journal que nous avons cité plus haut, Frédéric nous est apparu animé d'une tendre sollicitude pour son fils, désireux de l'élever dans les voies de la modération et de la justice et d'être pour lui un ami tîdèle et un conseiller sage et sûr. Il n'est pas moins digne d'éloffes quand il expose les priacipes dont il s'inspirera pour gouverner ses peuples.
(i Je doute, écrit^il alors, que la loyauté nécessaire au libre développement de l'Empire existe et je crois qu'elle ne se verra qu'à l'heure noule que fera surgir mon avènement. Je serai vérilement le premier prince qui paraîtra devant son iple après s'être honorablement et sans réserve laré pour le régime constitutionnel. « \. ces idées contraires k la politique du chance- ■ et dont celui-ci s'irritait quand le kronprinz les
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exprimait devant son père, trop complètement HohenzoUern pour y voir autre chose qu'une atteinte à l'autorité souveraine, l'empereur Frédéric était resté fidèle. On l'aurait vu les mettre en pratique si la maladie n'avait paralysé ses intentions et ne Teùt condamné à laisser ses ministres gouverner librement en son nom. Mais quand il monte sur le trône, il est déjà mourant. Pour la première fois, on va voir un monarque prussien régner sans gouverner. Quinze jours après son avènement, il n'est plus que l'ombre de lui-même. Son existence ne semble se prolonger que grâce aux soins attentifs et vigilants dont l'entoure la tendresse de sa femme.
Intrépide et malgré tout confiante, ne voulant pas se rendre à l'évidence, elle le défend contre la mort. A Charlottenbourg où ils sont installés, leur vie s'écoule comme dans une chambre de malade. L'empereur ne quitta la sienne que pour aller s'asseoir dans son cabinet de travail dont les croisées s'ouvrent sur un parc, qu'en cette année 1888, et bien qu'on soit au mois de mars, l'hiver finissant laisse encore couvert de neige. Parfois, un rayon de soleil brille sur cette blancheur. Mais plus souvent, les brumes des ciels du Nord l'assombrissent et privent le malade de l'air du dehors. D'ailleurs, il le redoute ; c'est en vain qu'on Texcite à aller le respirer quand la température se radoucit.
C'est dans ce cabinet qu'il reçoit ses ministres
et les personnes à qui il accorde audience. Presque toujours, rimpératrice est présente : elle s'en excuse en alléguant la nécessité de soutenir la conversation. Si elle peut échanger un mot avec le visiteur, elle demande, anxieuse, comment il trouve son mari. Quant à lui, c'est à peine s*il parle. Ce qu'il veut dire, il Técrit sur une ardoise ; ou encore il l'approuve d'un signe de tête. Lui exprime-t*on les vœux qu'on forme pour le rétablissement de sa santé, il sourit mélancoliquement comme s'il était certain qu'elle ne peut se rétablir. Le 24 mars, le prince de Hohenlohe, après une visite à Charlottenbourg, écrit qu'en voyant l'Empereur, il a dû faire effort pour refouler ses larmes : « 11 me faisait l'effet d'un martyr. En réalité, il n'y a pas au monde de martyre comparable à cette mort lente. Tous ceux qui l'approchent sont pénétrés d'admiration devant cette courageuse et muette soumission à l'inévitable destin qu'il prévoit d'ailleurs clairement. Je l'ai vu hier probablement pour la dernière fois. »
Cette situation tragique, le spectacle de cette longue agonie auraient dû, sen>ble-t-il, désarmer le prince de Bismarck. Mais, loin de désarmer, il devenait de plus en plus agressif. Les diplomates étrangers accrédités à Berlin mentionnaient dans les rapports qu'ils adressaient à leur gouvernement que la campagne du chancelier contre l'impératrice Victoria devenait de jour en jour plus acharnée et plus implacable. Il se plaignait à tout
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propos, et sans raison d'ailleurs, de Tintervention de « l'Anglaise » dans les affaires de TEtat. Ses plaintes formulées devant des tiers étaient reprises par les journaux à ses gages. Ils en venaient aux invectives dans des articles calomnieux où étaient exposés les prétendus périls auxquels « une politique de femme » exposait les intérêts de TAUemagne. L'Empereur lui-même, indirectement accusé de subir Tinfluence de Tlmpératrice et de ne prendre aucune décision sans la consulter, était, de ce chef, critiqué et raillé sous les formes les plus perfides. La campagne de presse se doublait et s'envenimait d'une campagne de salons, dirigée cette fois contre l'honneur de l'épouse. On mettait en doute sa fidélité conjugale ; on allait jusqu'à désigner, comme son favori, le comte Seckendorf, maréchal de la Cour.
Les défenseurs, de l'Impératrice, tous ceux dont l'excès de son infortune et cette guerre au couteau n'avaient t^branlé ni la fidélité ni le respect, constataient avec horreur que le chancelier qui, d'un mot, aurait pu couper court à ces infamies, ne faisait rien pour les arrêter, et qu'en feignant de les ignorer, il les laissait courir. Dans une lettre privée, écrite de Berlin à cette époque, à propos de ces incidents, on lit : « Il veut se prémunir contre une prolongation très improbable de l'existence de Frédéric et mater toutes les résistances. Non content d'avoir fait ajourner le mariage Battenberg, il veut un renoncement écrit et signé. Personne n'ose résister à ce despotisme. »
t7fl CHAPITRE IK
A la faveur du prestige dont l'auréole son omnipotence, il promène tour à tour par toute IFurope des espérances de paix et des craintes de guerre. Au général Billot, venu à Berlin pour représenter la France aux obsèques de Guillaume 1", à Ferdinand de Lesseps, qui est en ce moment l'hôte de l'ambassadeur delà République et l'objet des flatteuses attentions de la Cour, il tient un langage rassurant. Il dit à Lesseps :
— J'ai toute confiance en votre caractL're comme en votre jugement, et nous nous entendrons toujours. Je ne désire que le maintien des bons rapports entre les deux pays. La guerre n'éclate jamais comme un coup de foudre. Elle est toujours précédée de dissentiments graves dont je ne vois pas trace dans le présent, et qui, je l'espère, ne se produiront pas dans l'avenir. En tous cas, nous travaillerons ensemble b. les prévenir comme à les éteindre.
Mais, avec le roi Carol de Roumanie, que le désir (le rendre hommage à l'Empereur défimt a conduit dans la capitale prussienne, c'est une autre chanson. !1 lui parle de la guerre comme d'une chose inévitable :
— DeMoltkecroit qu'elleauralieu dansquelques mrtie- ÎB ne suis pas de son avis; mais, dans deux
n'y échapperons pas. Au reste, nous l'accord pour penser qu'elle nous viendra ssie, et que la France ne laissera pas ta ilrer seule en lutte contre l'Allemagne.
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Aussi nos opérations militaires sont-elles combinées en vue d'une double campagne.
Le monarque roumain quitte Berlin en proie aux plus sombres pressentiments. On en constate de pareils un peu partout. L'imminence de la mort de Frédéric III et de Tavènement de son fils paraît à tous les yeux augmenter les chances de guerre. Si la guerre est impossible, tant que vivra Frédéric III, — et Êismarck en convient, — il en sera tout autrement après sa mort. On remarque encore que jamais le chancelier ne fut plus nerveux, plus ombrageux, plus irritable qu'en ce moment, où cependant sa puissance est devenue inébranlable et où il est si visiblement le maître de l'Europe. Il suffît que certains journaux osent prévoir que, sous le règne qui commence, il sera plus discuté et moins influent que sous celui qui finit, pour qu'il fulminé contre les auteurs de ces suppositions.
— Ce sont des envieux, s'écrie-t-il. En Allemagne, l'envie est le vice national.
Ce jour-là, il dit la vérité.