LES ORIGINES DES BISMARCK
érudits de grande valeur, Otlo Mencke, professeur de morale à Leipzig, un des fondateurs de la revue Acta eruditorum, et Lûder Mencke, professeur de jurisprudence à la même université, auteur de plusieurs traités de droit. Au xvine siècle, Gottfricd-Louis Mencke était à son tour professeur aux facultés de droit de Leipzig et d'IIelmstedt; c'est le grandpère de la jeune madame de Bismarck.
Son fils Anasthase-Louis (1752-1801) entra jeune dans l'administration prussienne * ; il devint secrétaire de cabinet de Frédéric II, puis conseiller intime de Frédéric-Guillaume II ; c'était un esprit éclairé et indépendant, et les idées françaises avaient fait sur lui une profonde impression; ce libéralisme nuisit à sa carrière : on l'accusa de jacobinisme, et le roi récaria de ses conseils pendant la période exallée de la Révolution française. Frédéric-Guillaume III le rappela à son cabinet et lui manifesta quelque confiance. Suivant Stein, Mcncken était le seul, dans les conseils de la cour « h qui tinssent au cœur, avec un amour sincère, la grandeur et le l>erfectionnement du jeune roi ».
Sa fille, Louise-YVilhelmine, était née le 27 février 1790. A voir ses portraits, elle avait des traits agréables, un beau front, le nez trop long et les yeux vifs; le visage valait surtout par l'animation et le brillant du regard. Elle était toute différente de son mari : par héritage, elle avait un esprit cultivé et se plaisait aux belles-lettres. Elle lisait, écrivait, causait en jouant aux échecs ; son mari visitait ses terres et chassait. A la longue, elle prit la direction du ménage, parfois au détriment de sa fortune. Elle aimait la vie de salon, l'hiver à Berlin, Tété aux bains; à la campagne, elle voulait sans cesse démolir et rebâtir ; elle adorait ses enfants, mais
I. Voyez IIùfTiT, A. /,. Menckcn, der Orossvater des Filisten Bismarck, und die Cabine tsregierung im Preussen.
les envoya tout petits en pension. C'était une charmante femme; elle mourut jeune, on la pleura douloureusement, mais elle avait ruiné les siens.
En août 1809, le jeune ménage s'installa à Schonhausen. Quelques semaines après, la Prusse était envahie par les Français; le 14 octobre, les deux victoires d'Iéna et d'Auerstiedt livraient à Napoléon les routes de Berlin. Schonhausen était sur un de ces chemins : le 23 octobre, un corps de Soult y paraissait. Dans l'ardeur de l'invasion, les soldats agissaient brutalement, le jeune couple épouvanté prit la fuite ; à son retour, il trouva le château saccagé ; dans le vestibule, l'arbre généalogique, joyau symbolique des Bismarck, était déchiqueté à coups de baïonnettes. La jeunesse d'Otto fut bercée de ce récit.
Les années qui suivirent furent tristes. Schonhausen eut d'autres visites, et son propriétaire devait payer de fortes indemnités, entretenir' les soldats étrangers, secourir ses paysans. En 1812, il organisa le landsturm et nourrit les soldats russes. La paix rétablit la sécurité et le fécond travail.
M. etMme Ferdinand do Bismarck eurent six enfants; trois moururent en bas Age, les autres étaient : Bernard, né le 24 juillet 1810, qui joua un rôle assez considérable dans l'administration prussienne ; le chancelier de fer ; et Malwinc, la plus jeune, la sœur chérie d'Otto, née le 29 juin 1827 et qui épousa le comte d'Amim-KrochlendorîT.
A reprendre ces divers caractères, il est facile de constater que le tempérament du chancelier était tout Bismarck, nullement Mencken. On est frappé de certains traits de famille qui se retrouvent chez tous les Bismarck et sont particulière- -,Jâ
LES ■ iKH ri Mis [>E6 BISMARCK »
artère d'Otto. Lui-même se | négligeai! ses origines Mencken.
junker » du hobereau, grand clmsand mangeur, grand buveur. Un sait avec quel
■ lier se \ il de ses prouesses bachiques
.!■ complaisant; c'était un des joyeux sujets
■ ■ de Versailles, et, en pleine guerre,
leureux de chasser a Ferrièies. - Autrefois, disait-il
i -ni ,,■. | ,i,i, . m, véritable gentilhomme
iiard. - Les énormes forces du jeune étudiant ne pru-
..,■ autre origine ; de même les chei auchées
■ sa trentième année, el 1rs affûts interminables.
[lie Lotis les Bismarck uni été soldais; ils nul profon-
imurimé sur leur raci un lempi ramenl militaire :
■■ leur héritier, non par la profession, mais par le
caraelêrv. Il n'a jamais servi dans l'armée active ; jeune Fonc-
igriculteur, député, ambassadeur, ministre, chau-
■i'. ile, mais il s'est toujours
comm." un soldai, el par tradition île famille, a 11
ne 1res qui n'ait tiré I épée, disait-il fi
trots frères : mon grand-père ci, ut
lîh; mon aïeul a combattu contre Louis \l\ el mon
■ii-ires sur le Rhin. El puis un grand
pris pari a la guerrede 1 renie ans. ■■
'■'■I, il revèl dans loules les cérémonies offi-
;■ d'oflicier de Laudwelir; plus lard, il ne
vêlements civils; il ne s'\ remit qu'après
!. La plus grande récompense que peut lui oll'rir son
i de l'empire, c'es
Otf*: affectation de militarisme n'est pas une question de gloriole ou de modo, c'est un pli de caractère. Les aventures de -es ancêtres, soudards et capitans, l'ont passionné dans son enfance. Les récits d'un parent sur les guerres contre Napoléon exercèrent, de son propre aveu, une vive influence sur sa jeunesse. Il en a conservé une admiration de la force brutale, un mépris pour les Faibles, qu'accentuera encore son existence de hobereau ; de là ses cyniques et sinistres plaisanteries sur les paysans de Bazcille qui, en brûlant vifs, sentent « l'oignon roli ! ».
Soldais, les Bismarck ont toujours été profondément attachés aux Ilohenzollern ; leur dévouement a été jusqu'à leur nuire, comme lors de l'échange de Burgslall, mais ils se sont soumis toujours avec respect à la volonté du souverain. Cet attachement dynastique se doublait encore d'un patriotisme brandebourgeois : ils ai niaient 1rs Hohcnzollern, parce que leurs souverains représentaient leur petite patrie dans la grande, cl c'est le propre du caractère allemand. Ce dévouement m* retrouvait dans le chancelier : son affection pour l'Yédéric-Ciuillaume IV, pour Guillaume Tr, était profonde et sincère. L'homme emporté qu'il était, se maîtrisait toujours devant le monarque, quitte à se soulager en brisant quelque objet à l'insu du roi.
Knlin. et ceci e*t plus important, les Bismarck ont souvent eu le caractère fortement trempé du chancelier: de Unie au général Louis- Auguste, de (llaus au colonel Auguste-Fit»déric, on les trouve violents, brutaux, mais >achant ce qu'ils voulaient et y tendant de tous leurs efforts, malgré tous obstacles, brisés parfois, brisant plus souvent. Et cela encore est bien dans le caractère d'Otto de» Bismarck-Schonhausen.
I Uusi'li. ihhl., |i S7
Naissance à Schônhausen et première enfance en Poméranie. — L'institution Plamann, le gymnase et M. Bonnell. — L'Université de Gottingue. Un Korpsstudent. — A l'Université de Berlin. — Amitiés de jeunesse.
Otto-Edouard -Léopold de Bismarck naquit. à Schônhausen le 1er avril 1815. Ses premiers cris furent couverts par le son des trompettes et des fifres : la guerre reprenait contre la France ; un corps de l'armée de Lutzow séjourna à Schônhausen ; les récits de ses camarades aines sur la vie des soldats furent « un des premiers et plus vivants souvenirs » de son enfance !. Waterloo ramena le calme.
La jeunesse d'Otto ne s'écoula pas à Schônhausen. En 1816, son père reçut par héritage d'un cousin trois domaines en Poméranie : Kniephof, Jarchclin et Ktilz. Ces terres étaient situées dans la partie de la province qui confine à l'estuaire de TOder et à Test du fleuve ; c'est une région monotone, plate à l'infini et triste ; les champs, d'une médiocre fertilité, sont coupés de lentes rivières ou de forêts assez étendues ; ces bois sont la seule beauté du pays. Les nouvelles propriétés de M. de Bismarck étaient vastes et exigeaient une ^ surveillance de tous temps. M. de Bismarck s'installa à
de Bismarck, 1892, citée par Schmidt, Schônhausen und die rck.
— Bismarck. I. — 2
Ixnicphof, petit château dans une situation agréable, à quelques kilomètres de Xaugard.
Ollo passa ses premières aimées à courir les champs et les «'•tables. Ainsi qu'il advient toujours, ses biographes ont cherché à le transformer en enfant prodige; il apparaît simplement comme un brave petit garçon, assez tranquille, prenant son plaisir à suivre les travaux de la campagne. Cette existence rustique devait être bientôt interrompue. A six ans, il alla rejoindre son frère Bernard à l'institution Plamann, à lierlin : telle était la décision de sa mère.
M"1' de Bismarck aimait profondément ses fils ; mais elle ne concevait leur éducation que dans les formes adoptées par le monde de la cour ; très intelligente, elle n'eut pas l'idée de communiquer à ses enfants sa propre instruction, mais, prisonnière des préjugés mondains, elle1 ne pensa qu'à les enfermer en bas âge dans un pensionnat à la mode. L'école où elle les envoya était fréquentée par les jeunes gens des meilleures familles1. Plamann. qui l'avait fondée, était un élève de Pe^talozzi et suivait étroitement la doctrine du maître : renseignement par les images, représentations fidèles des choses; l'éducation reposant sur la crainte de Dieu et l'amour de la patrie; l'emploi de la gymnastique et la pratique d'une vie sparlialc. (les principes n'étaient guère conformes à l'esprit de réaction qui souillait à la cour, mais ils avaient plu à M"1" de Bismarck, qui tenait de son père et de ses lectures des idées libérale* en politique comme en religion. Ils étaient bons pour de* jeunes gens en plein développement, ils étaient elïro\ahlc> pour un paimv bambin de six ans, fait à la vie libre des champs. Le petit Otto fut très malheureux. Jusqu'à son extrême vieillesse, il n'a pas tari en
4. Vo\v* l'artii-lt» uV J«>mis sur IMutiuiiiu ilati* V.Ulgemeime diMtgcke graphie.
protestations sur son incarcération prématurée : « Avec les meilleures intentions du monde, on m'a gâté mon enfance, disait-il. L'institution Plamann était une sorte de maison de correction... Jusqu'à six ans, j'avais été à Kniephof, presque toujours en plein air ou dans les écuries. Au contraire, dans toute l'école régnait une discipline de fer. Quand je voyais par la fenêtre un attelage de bœufs suivre le sillon, je pleurais de nostalgie *. » Tout choquait l'enfant habitué aux choses et aux idées délicates de la maison : la nourriture, « viande élastique, dont la dent ne venait pas à bout, navets en morceaux carrés, mêlés de pommes de terre dures 2 » ; le prétendu patriotisme allemand qui consistait surtout dans la haine méthodique de la France ; la gymnastique « pratiquée avec une si bruyante ostentation qu'on s'en dégoûtait ». C'était du Pestalozzi à la mode du Nord.
A la longue, il s'y fit; si celte éducation vigoureuse et disciplinée n'était pas conforme aux mœurs polies et douces de sa mère, elle répondait exactement aux traditions des Bismarck ; elle confirma dans son caractère le coté bouillonnant, rude et virulent qu'il tenait de sa race, et le garçon s'y abandonna ; ses contemporains le représentent comme l'organisateurdes petites guerres où se plaisent toujours les enfants s; au bain, en été, il est le premier à sauter dans la rivière ; en hiver, il est à la tète des batailles à boules de neige ; en histoire, il s'éprend des héros grecs et romains, de leurs combats épiques, de leurs actions truculentes ; il dévore les romans de Walter Scott, récemment parus. Et surtout il guette l'ouverture de la porte pour les vacances.
Il I. fceudell, Bismarck et sa famille, 1902, p. 140 et 419. $• Btttch. Le comte de Bismarck et sa suite, p. 403.
B^J- BOKh, Le co\
; Kleine Mit theilungen aus der Jugendzeit des Filrsten Bismarck hen Pensionsanslalt.
FSJ
â* BISMARCK
Le départ de l'institution Plamann était une délivrance, le long voyage en poste de Berlin par Sletlin à Kniephof une fête de chaque instant, l'arrivée dans le domaine un renouveau de lionheur ; l'enfant se replongeait avec délices dans la vie des champs qu'il a toujours aimée plus qu'aucune autre. « Un navet lui importe plus que toute votre politique », disait plus tard la princesse de Bismarck. A dix ans, le vieux vacher qui le tutoyait, lui semblait préférable à Pestalozzi et toute son école. Avec son frère, son petit camarade Maurice de Blanckenburg, l'ami de toute sa vie, il courait les champs, rodait dans les étables et chassait les petits oiseaux : à Schonhausen où il accompagnait parfois son père, une statue d'Hercule porte encore, un peu plus bas que le dos, les traces de son fusil d'enfant. A la rentrée, sonnait l'heure de la réclusion.
Il avait douze ans, lorsque « les tristes heures » de l'institution Plamann prirent fin. Mmc de Bismarck était fatiguée de la vie rustique : Kniephof était trop loin des salons où Ton dissertait sur Swedenborg et le panthéisme. Elle décida donc son mûri à quitter la campagne, pendant la rude saison tout au moins, et à l'automne de 1827 M. et Mme de Bismarck s'installèrent dans la Behrenstrasse, une des rues élégantes de Berlin, dans le voisinage des Tilleuls. Le jeune Otto entra au gymnase Frédéric-Guillaume : il y eut pour maître un excellent homme, qui devait avoir une influence heureuse sur toute sa jeunesse, M. Bonnell.
Savant de quelque mérite, M. Bonnell était surtout un cœur généreux, dévoué a ses élèves, zélé à sa tache de former des hommes. Dès l'arrivée du jeune Bismarck dans sa classe, il se sentit attiré par ce nouvel élève à l'air intelligent. « II avait, a-l-il écrit plus lard, un bon visage de garçon, joyeux et ouvert, des yeux limpides et brillants, quelque chose de jeune et de gai. Je me dis de suite : voilà un gentil gamin, je^
m'occuperai particulièrement de lui. » Le digne professeur accomplit sa promesse; il réconcilia l'enfant avec l'étude, et, tivnte ans plus tard, le bambin devenu grand homme chargea son vieux maître de diriger l'éducation de ses fils.
Il était d'autant plus heureux de trouver une pareille affection dans son gymnase, qu'au foyer paternel il ne rencontrait pas tous les soins qu'un enfant peut attendre. Mme de Bismarck avait pour son petit garçon toute l'affection d'une mère ; mais enlre ses lectures, ses savants entretiens avec les hommes du jour, ses soirées mondaines, elle n'avait guère le temps de s'occuper de lui. Lorsque l'enfant rentrait du collège, il la trouvait « dans ses bouquets de muguets, ses bibelots et ses livres », ou ce ù dîner avec de brillants officiers et de vieux messieurs décorés ; on emmenait le mioche dîner à la cuisine où on le bourrait de caviar et de friandises ». Elle le voulait toujours au travail, elle tenait « à en faire quelqu'un et elle lui semblait froide et dure à son égard '. » Une vieille servante, Trine Xeumann, se chargeait de le morigéner, de le laver et de le cAliner. C'était une très brave femme, domestique i\ la vieille mode, attachée jusqu'au dévouement aveugle ù ses maîtres; elle était née ï\ SchCmhausen, fors Dieu elle ne vovait rien au-dessus des Bismarck ; elle adorait les enfants qu'elle avait vu naître; elles les grondait et gAtait tour à tour; les petits la faisaient enrager, mais l'aimaient de tout cœur.
Les années s'écoulèrent ainsi pour l'enfant. M. Bonnell ayant été nommé professeur au gymnase du Cloître Gris, le jeune Otto y avait suivi son maître bien-aimé. Mais la Behrenslrassc était loin de ce collège; d'ailleurs M. et Mmc de Bismarck s'absentaient toujours davantage, aux bains, dans
1. Bismarck à sa fiancée, 23 février 18i7. Brie/'e an seine Ilruut unrf (ïattin, 1900. p. 48-40.
leurs terres ; la vie qu'ils menaient à Berlin, lettrée, mais mondaine, ne convenait guère à un collégien, ils décidèrent de mettre à nouveau Otto en pension ; mais il obtint mieux que l'institution Plamann, il entra chez le maître qu'il aimait. M. Bonnell ; ce fut le meilleur temps de ses études.
Pendant Tannée qu'il y passa, il vécut dans l'atmosphère calme et laborieuse qui lui avait jusqu'alors manqué. Il en témoigna avec affection sa reconnaissance : « II se mêla à mon simple intérieur, raconte naïvement M. Bonnell, avec tendisse et confiance et sans prétention; il se montrait aimable: il ne sortait presque jamais le soir; quand j'étais absent dans la soirée, il s'entretenait amicalement et innocemment avec ma femme et manifestait son vif goût pour la vie de fo\er. Il avait conquis tous nos cœurs, et nous avions pour lui tant d'affection et de soin que son père a dit plus tard que le jeune homme ne s'était trouvé dans aucune maison ausM hîru t|ue dans la mienne :. »
Sous cette bienfaisante direction, le jeune Otto put terminer heureusement ses études classiques : il s'intéressait surtout à l'hi>toiiv et aux langues \i\antes. A l'institution Plamann il axail eu du coût pour l'histoire ancienne, maintenant il étudiait Mirtou! le jw»e de >on pa\>. la Prusse, et en particulier de >a pivxiiuv. le Br-audcl-ourc. K apprenait ainsi les premières ivV.ioiw de I"inMeiiv. n n'a cc>>. do les développer par m> !;\*:::ïv>, e: >ev. >a\e:i- ::vs iîc:k:;; I.:: a souvent permis, d.r.;> !o> a^seaiMe. n '.m:';;*:!!.1 n'. a ire-*. i:o:>:Kiser à ses adversaires Ie> ::\uii,..oi.N ,;e ^ -.mît.;*. 1 .;: v.:no. il avait à un ivint rvnur.ï-.:.;K.» le %ieï: d^ !a'.^ ..^; il aigrit le francais en ioua::". e: deî-.î-.ai! e.e^ l.Vs'.^ av.v ::"'..> de sa mère; i *. „"■ \ e île iô. i Lv sse- .* h: e , . '. ■. u s '. .1 ■. : i o ■ ■■. . .■ ■ -. * .; ; : :: - ; pour se
m;i iii-.s d'i;m-am;i- i;i m kti DES 2J
ir désagréable, il apprit on quelques ■■ -;i sortie du collège, il écrivail correcte-
■ , .hi-s étrangères.
■ lulait, coupé par Les i ac ineea, lea aéj s i
a, quelque voyage en famille. I ne
au jeune < Hlo une profonde impres»
u Nord, ilii-il cinquante ans
■ h Ite.rs, les montagne- les vieux châteaux avec
■■ . nirs historiques .... i:l surtout la Wartbourg avec
rairs '!'■ Lui I ni cl de la Réforme... Tout cela entoure
la Thuriiiev dans mes impressions d enfance d'un nimbe de
m i En 1831 . Ir choléra imposait un co
fiillégiens d'Europe : il retourna :'' Knicphof ' lit une grave chute dt- cheval : il devait, oberenu et même de ministre, la renouveler a
.'. -.en temps de classes prit lin. tîrace à
.! M. B i'll, il passa sans accident l'examen qui
■oiidail iiu uaccalaiiréal français, YAhiturivnten-exalote en latin : o Oratïo est lucida ■ ■<■
i'.i .i ; elle, uirli-iii' ses admirateurs,
■ ■■■ut, d'après les citai s dont il cmaîllail ■-'■- >li.>-
■■ i u >■■(:■ de premier ordre'.
Il a voit dix-scpl ans, C'était un gruud garçon, île taille
■ ■ la chevelure .il dante. le rcgai 'I
droit et ferme. Il était adroil et fort, rompu a Ions les exer- \m\ i ii[';icIltl' avnil liemn-uup de fraiicliise cl il à celle époque siui pi i rn'n r duel il éludianl . ' qualifié lui-méi le « produil nornial de
Si BISMARCK
notre enseignement officiel1 ». Ce n'est exact qu'à moitié; les conversations qu'il avait entendues chez ses parents avaient exercé une influence profonde sur son âme*. Agé de quinze ans, il avait été confirmé dans l'église de la Trinité, à Berlin, et avait ressenti une vive émotion religieuse; ce sentiment n'avait pas résisté aux doctrines qui avaient cours dans sa famille. Son père, homme de foi vague, ne parlait jamais de religion à ses enfants ; sa mère n'allait pas à l'église, elle avait des croyances déistes, et s'adonnait aux théories de Mesmer3. Le soir, on causait brillamment de philosophie ; l'enfant écoutait ; il retint quelques phrases qui se gravèrent dans son Ame ; ses études classiques agissaient dans le même sens; il « perdit toute foi dans la Bible elle Christianisme » et devint panthéiste, d'abord sans savoir exactement ce qu'était la doctrine de Spinoza, plus tard par conviction de lecture. Il cessa toute pratique religieuse, par franchise envers les autres et envers lui-même, et « parce que la prière lui paraissait contraire à la nature de Dieu ». La foi lui revint pins tard, sincère et profonde.
En politique, il tenait de l'institution Plamann des sentiments nationalistes allemands qui disparurent bientôt pour renaître trente ans plus tard, lorsqu'il s'emparera des idées de ses adversaires et fera l'Allemagne. Il se croyait libéral 4 et même républicain ; il avait entendu la critique des souverains, surpris leurs faiblesses, et « se creusait la tète pour découvrir les motifs capables de décider des millions d'hommes ù subir, leur vie durant, la volonté d'un seul*. » 11 ne garda
I. Prince de Bismaivk, Penser* et Souvenirs. Trad. Jao^lé (1899». p. 1.
îî. Max Lenz, Gcschichtc llismarcks. p. li».
o. Bismarck, lit'ie/c on seine lirait/ unrf. du/tin. p. 1-2, ii>.
4. Comte d'Hérisson, Journal d'un officier tVvritonnance (éd. 1887), p. 356.
Si. Bismarck, Pensées et Souvenirs, /oc cif.
pas ces scrupules; il cessa de se creuser la tôle et, puissant ministre de la monarchie, conseilla à ses compatriotes d'éviter cette fatigue.
Il était temps pour lui de choisir une carrière. Il aurait voulu embrasser celle des armes : les traditions de sa famille et de son milieu, son caractère et môme son tempérament physique l'y portaient. Sa mère en décida autrement. Elle jugea ses deux fils avec une rare sagacité et devina leur carrière ; de l'aîné, Bernard, elle fit un fonctionnaire, et sans l'appui de son cadet, alors sans influence, il devint Landrath, sous-préfet, dans sa province ; elle voua Otto à la diplomatie ; les circonstances l'en écartèrent, la force des choses IV ramena pour la grandeur de sa patrie.
Avant les ambassades, il fallait fréquenter les Universités. On conte que le jeune homme désirait aller à Heidelberg, où la vie académique battait son plein, Kneipe, Korps et duels. Mais la prudente mère savait que, parmi les étudiants d'Heidelberg, d'aucuns pratiquaient le culte de Bacchus ; son fils était déjà disposé à y sacrifier. Mme de Bismarck craignit les tavernes et chercha une Université plus tranquille. Un parent, en qui elle avait toute confiance, M. Kerl, conseiller des Finances, lui indiqua Gôttingue. Le renom de libéralisme de cette Université la décida à y envoyer son fils.
A l'extrémité de la chaîne du Harz, qui vient mourir en douces ondulations, Gôttingue est agréablement située sur la Leine. La région est verte et souriante, coupée de fraîches vallées, de forôts, et bornée par des collines aux doux contours. La ville est calme, plate, sans luxe, mais entourée de jolies promenades ; elle n'a d'autre industrie que l'exploitation des étudiants*.
j- Sur le séjour de Bismarck à Gôttingue, Otto Mejer, Kulturgeschichtliche B"hram GôUingen (1889). Fr. Kalkner, Gôttingen (1892). Montargis et
En 48S2, malgré l'éclat de quelques maîtres, Dahlmann. les frères Grimm, l'Université deGottingue était en déchéance. Fondée en 1734 par Georges II, électeur de Hanovre et roi d'Angleterre, elle avait longtemps joui d'une indépendance qui avait assuré son succès ; vers 1780 et de nouveau en 1820 elle comptait près de 1 .îiOO étudiants ; les professeurs les plus illustres y enseignaient ; de tous les côtés de l'Allemagne, d'Angleterre, d'Amérique, les jeunes gens y venaient former leur intelligence. Dans les années de réaction qui suivirent la paix de Vienne, la pensée indépendante et l'idée nationale se réfugièrent dans les Universités. Suivant les expressions môme de Bismarck, « les seuls éléments d'union en Allemagne étaient la science et l'art. Dès lors, la science n'était pas prussienne ou bavaroise, mais allemande. Les Universités avaient un vif sentiment de communauté, elles étaient les représentants de la pensée allemande ' ».
Mais ces aspirations nationales, le libéralisme des professeurs, la turbulence des associations d'étudiants portaient ombrage aux gouvernements qui voyaient dans les Universités des foyers d'idées nouvelles et dans les corporations des pépinières de révolutionnaires. Le roi de Hanovre profita d'une dispute entre étudiants et bourgeois pour prendre des mesures de réaction qu'il compléta après l'assassinat de Kolzebue. En 1831, à la suite de nouveaux troubles, l'autonomie vie l'Université fut encore restreinte ; les associations d'étudiants, limitées a trente membres, durent solliciter chaque semestre une autorisation nouvelle. Ces mesures atteignirent d'un coup droit l'Université, le nombre des étu-
St'i^nobos, LTiiireraUê de Hoftinoite. dans les Annales de la Société pour l'étude des questions d'enseignement supérieur. 4878, p. 158-218. J.-L. Motley, Correspondance, t. I (1889)» p. 14 «' suiv. 1. IJismarck. liïscuurs de kissingen, 10 août 1801.
■ It LM-.\Ni>: l.'l l'I-.N I'! s B
diunU diminua de moitié. OLto de Bismarck arrivai nomcnl île crise.
I mai 1832, il était insci il c i tudieul en sciences
juridiques el politiques. L'immalrieulaliou étail mu' céré-
soleiineUe dans la vie universitaire, Le
iil reçu | >: 1 1- une commission que présidait un
membre du Sénat. Il lui présentai I ses papiers el son diplôme
; i - : il souscrivait, — sans rire, — une longue
■ tiI.-.. ij'ulx ir nus loin universitaires, de s'abs-
pas se battre en duel, etc... Puis il se cher le recteur, M. Gceschon. qui lui recommandai! . iasion aux ["i-- el le proclam lil m n
di venu jneenia honestmimus, Otto de Bismarck ■ plus qu'il suivre les cours de In Faculté de droit.
de i te I acuité comprenait plusieurs profi -
valeur, mais alors vieillis el en iommolenee.
. . lie du droit, nvnil été un
ilesseur d'une féi le activité ; sous l'influence
. ,1 avail rcnou\ clé les .-in, les juridiques par
. el était un des fondateurs de l'école historique du
■iruil ; un de ses ouvrages, l'histoire du droit romain, est
lemagne, cl moi 'ti h'rance ; siui
■ te, son énergie dans ses affirmât ions, lui ■ ips assuré une furie influence sur ses élèves;
■ c-, alourdi, ■ enuble épave, éi rivi
dianl Alnll>". ses cour.' sonl assommants el stupides; sa
-, l.'t ll.iUS
ie, chevalier, conseiller intime, pro- :■ i.i pas plus de trots ou quatre éludini
; histoire générale el de sUdtstique, une, m. lis il plaisait davantage par
sa finesse, son érudition i enseignement très large i un simple récit des laits, philosophie-, de la vie potiti est en cITet digne de était également chargé du eoal pour rapprocher ces doux scienâ Ileeren était né a Brème, ville \ cette origine avait quelque influa « Tout en étudiant les grands I ments politiques, il donnait une gn économiques, surtout ail commerl élocutiuu, ni Imitante ni profonde,1 forcément le succès de ses théories d'S Il semble que, des professeurs de Bis le préféré, celui dont il ait le plus reçu : du vieux maître dans les travaux que r>! didat à l'examen iVaiixcuUator.
Mcislcr, h- professeur de droit crimîm encore; i>u < élélua son jubilé' universitaire p l'arrivée de lîistniirck a G OU i ligue ; c'était ai ruine » ; vaillant ail versai if du <• droit cruel pour introduire dans la législation inimité, humaines; mais tifTnihft par l'âge cl 'les déni hésitait, trouvait tullt discutable, si Im-n (pic scia jeunesse est sniis pitié. — l 'nvtiieiit »ui-iK>minc « car il ne pouvait exjHiser nue théorie soiii i-micli inuts : m Das isl strillig, c'est eont ru versai. le. . pendant que Bismarck suivait. — on était censé coins.
i. UruUiilH, lii.ii
j.v.At Aiitcha
HEURES D'ENFANCE ET D'ÉTUDES à9
Gôschen, qui enseignait les Institutcs, était un érudit romaniste, un des éditeurs du texte de Gaïus retrouvé à Vérone ; mais il ne pouvait prononcer un mot de ses leçons sans le lire, et sa lecture monotone invitait à un doux sommeil ; Bismarck ne parut guère à son cours. Meno Valett, le jeune professeur des vieilles Pandectes, s'efforçait de donner à son enseignement une base et un but pratiques. Wendt enseignait la Logique et Thibault les Mathématiques ; toutes choses utiles, car, à coup sûr, les hommes de loi doivent savoir raisonner et compter.
Les divers cours étaient répartis entre les semestres d'études de façon à donner aux jeunes gens trois à cinq heures de travail par jour. Cette moyenne ne les fatiguait pas; le chancelier estimait, plus lard, qu'elle convenait à la vingtième année, car « cela donne en quatre années d'études plus de 4.000 heures de travail, et dans un pareil temps on peut certes beaucoup apprendre1 ». Peut-être pensait-il de même à son arrivée à Gottinguc, mais bientôt cette moyenne lui parut très exagérée, digne d'un étudiant novice, d'un Fuchs, méprisable pour un Korpssttident.
Il s'était installé d'abord Rothe Strasse, au centre de la ville, non loin des salles académiques ; plus tard il loua dans les faubourgs, sur les vieux remparts transformés en promenade, près d'un canal, un petit pavillon du xvme siècle ; l'étudiant tapageur n'y avait pas de voisins, le robuste campagnard, amoureux des bois et des rivières, avait quelques arbres, une eau courante ; de son cabinet aux boiseries blanches, il voyait des prés et la ligne des coteaux verdoyants*.