Bcifet. Mémoires, t. I, p. 128 et suiv
2. Bismarck à Manteuffel, 7 novembre 1851. Correspondance diploma tique, l. I, p. 7.
NOMINATION ET DKBQTS h FHASCFORT 315
Wintzingorode ; il apprend ainsi que Le prince de Sclnvarzenberg représentait aux cours allemandes que « le ZoUveTeio, tel que l'enlrndait ht l 'russe, n'était qu'un prétexte pour dissimuler de nouvelles lealalives d'unification, dont le hut final, facile à atteindre, serait nécessairement la médiatisation des petits souverains qui entreraient dans son union douanière' ». L'habile Autrichien conseillait donc aux États de l'Allemagne du Sud de former un Zollvereiu particulier ; lui-même comptait bien en faire un satellite de l'Autriche, en attendant la fusion douanière, commerciale et financière de cette union avec l'Empire. Et en mémo temps que Manleuffel convoquait à Berlin les membres de l'ancien Zollvereiu, son adversaire imitait à Vienne les délégués de tous les Etats allemands.
Schwarzenberg parvenait a émouvoir la plupart des princes ; à peine sortis de la tempête révolutionnaire, et craignant son retour, ces souverains avaient un intérêt naturel à la réaction et s'y abandonnaient égoïstemenl en se soudant a la politique autrichienne. Schwarzenberg leur semblait un sauveur indiqué et l'ambition de la Prusse un danger imminent. Toutefois ils devaient compter avec leurs Parlements et avec l'opinion publique dans leurs États. Ils étaient autrichiens de cœur, mais les intérêts de leurs populations parlaient plus haut que leurs inclinations personnelles- ; or ces intérêts étaient manifestement contraires à la rupture du Zollvcrein. De la, leur embarras cl leurs hésitations. Us acceptaient tout ensemble de se rendre aux invitations contradictoires que leur adressaient et Schwarzenberg cl Manleuffel.
Le 4 janvier 18-12, Schwarzenberg réunit les délégués de tous les Etals importants, sauf de la Prusse; officiellement, il s'agissait d'une entente à conclure entre l'Autriche et les
i Btanuok .• Manteuffial, Si niivenibrc- ISU, toe. eit p. W. i. tuaw. Ûttddehte Bitmarah, \>- (17, 70.
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Etats du Zollvcrein qui l'avoisinaient ; en fait, Schwarzenberg espérait créer une union douanière d'où la Prusse serait exclue. Les délibérations officielles se prolongèrent sans intérêt, les négociations secrètes étaient beaucoup plus imitantes et suivies ; mais toutes deux étaient paralysées par les scrupules qu'éprouvaient certains gouvernements à s'unir à l'Autriche, tant que la Prusse se tiendrait à l'écart. Elles furent brusquement interrompues par un tragique événement.
Le 5 avril, le prince de Schwarzenberg avait pn'îsidé le conseil des ministres et s'habillait pour aller dîner chez son frère ; soudain, il s'affaissa, il avait été foudroyé par la mort. C'était pour l'Autriche un coup terrible, car Schwarzenberg dirigeait en personne toute la politique de l'Autriche et nul de ses lieutenants n'avait son envergure. A Francfort, la nouvelle fit sur le comte de Thun « une impression de profond abattement ». Bismarck présenta ses condoléances officielles; mais, tandis que son ami Gerlach se lamentait, lui-même resta muet dans ses rapports officiels et ses lettres privées; il était trop engagé dans sa rivalité contre l'Autriche pour ne pas éprouver quelque secret contentement à la disparition de son plus redoutable adversaire; il exprimait sa pensée véritable lorsqu'il reproduisait avec quelque complaisance l'exclamation de l'ambassadeur d'Angleterre : « Au fond, c'est un bonheur *. »
La disparition de Schwarzenberg devait forcément avoir une influence sur les négociations relatives à l'union douanière. La veille de sa mort, le 8 avril, les délégués de la Bavière, de la Saxe, du Wurtemberg, des deux Hesses et de Nassau s'étaient réunis ù Darmstadt pour délibérer sur leurs intérêts communs. Le (>, sous le coup de la douloureuse nou-
1. Bismarck ù ManUmflel. D avril 185:2. Poschinper. t. IV, p. 6.Î-64.
\ellc, ils signent trois conventions : ils s'interdisent au nom ries gouvernements qu'ils représentent, de prendre aucun arrangement sans leur concours réciproque et unanime ; si le Zollverein ne peut être renouvelé avant son échéance, au moins continuera- t-il entre eux ; enfin ils accepteront le résultat des conférences de Vienne et s'efforceront d'aboutir !t une entente douanière et commerciale avec l'Autriche. (.V est là ce qu'on a appelé pompeusement la « coalition de Darmstadt ».
Ces conventions, bientôt publiées par des indiscrétions de journaux (d'ailleurs voulues par les gouvernements intéressés) , eurent un grand retentissement et furent l'occasion de vives controverses de presse; on essaya d'en exagérer la portée, d'en faire sortir une Confédération du Rhin. Au fond elles n'avaient pas grande signification et étaient bien dans le style des innombrables traités signés depuis quatre années entre les divers Etals de l'Allemagne; pour employer l'expression enfantine, elles ménageaient chou, chèvre et loup. La Prusse pouvait trouver qu'on escomptait trop facilement son refus de renouveler le Zollvercin, alors qu'ellemême ne demandait guère autre chose : c'était là un indice de la mauvaise volonté des moyens Etats à son égard ; mais ce n'était pas un sentiment nouveau. Aussi les hommes d'Etat s'en émurent-ils peu à Berlin. Bismarck n'en fut pas davantage troublé. « 11 me semble impossible, rapporlc-l-il à son ministre, que les Etats de l'Allemagne du Sud aient déjà le courage de former une sorte de Confédération rhénane et de suivre une politique contraire aux intérêts de l'Autriche et de la Prusse, tant que la coalition des trois puissances de l'Est paraîtra assurée. Je suis convaincu que le Wurtemberg ne recourrait à cette politique que si la supériorité de la France sur le continent était sérieuse ou tout au moins probable...
Ajoutez à cela que, d'après les dispositions des membres de la coalition h l'égard de la Bavière, il paraît à peine croyable qu'ils aillent former une Confédération dont celle-ci certainement aurait la suprématie. Au contraire, bien des gens dans le Wurtemberg, dans le Grand-Duché de Bade et à Darmstadt redoutent plus les projets d'agrandissement de la Bavière que ceux de la Prusse1. »
Les conférences de Vienne, bien atteintes par la mort de Schwarzenberg, se terminèrent le 20 avril, par la signature d'un protocole et sans résultat immédiat. La veille, M. de Manteuffcl avait ouvert à Berlin une conférence analogue qui réunissait les délégués des Etats membres du Zollverein*. La Prusse déclarait nettement que son but était simplement la continuation de l'union existante avec quelques modifications dont la plus importante était l'accession des Etats du Steuerverein. Mais dès les débuts de la conférence surgit une grosse question, l'attitude à prendre vis-à-vis de l'Autriche. La Bavière et ses alliés proposèrent d'étendre le Zollverein, non seulement vers le nord de l'Allemagne, mais encore vers le Midi, et de manière à englober l'Autriche3. La Prusse joua finement ; avec fermeté mais douceur, elle invoqua l'économie différente du Zollverein et de l'Empire et se refusa à toute négociation qui aurait pour base un projet d'union douanière avec l'Autriche; elle ne voyait d'ailleurs aucun obstacle à la conclusion d'un traité de commerce qui rapprocherait l'Empire des autres Etats allemands \ Mais le cabinet de Berlin comprenait que cet accord avec l'Autriche ne pourrait naître dans une conférence si multiple en membres et en intérêts divers;
1. Bismarck à Manteuffcl. li niai 18.*>2. Correspondance diplomatie ut. t. I. p. 48.