‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 105 sur 167 · WVbrr. Iter deufsche Zollverein, p · texte numérisé non relu

WVbrr. Iter deufsche Zollverein, p

!2 mai Bismarck avail conseillé m d'entamer des négociations à Vienne sur la question douanière et commerciale •>. Ainsi naquit à Berlin l'idée d'envoyer a Vienne un plénipotentiaire spécial ; l'ambassadeur de Prusse, .M. d'Arnim, était malade <-.i sollicitai! un congé, on en tirerai! prétexte pour le remplacer par un homme de confiance chargé de négocier discrètement un accord commercial ; le délégué de l:i Prusse t La Diète élaîl au courant de toutes les intrigues, il était ferme et fin, il paraissait naturellement désigné pour un. Il était d'aitleurs dans sa carrière probable de prendre un jour l'ambassade de Vienne el en tous cas désirable qu'il vît de près les gens de Vienne. C'est ainsi que M. île Bismarck fut appelé a Berlin le 21 mai In">2 pour préparer son voyage en Autriche.

Il passa a Berlin en deux: reprises, une dizaine de journées pleines de délibérations avec le roi, ManleufTel et L'ambassadeur d'Autriche ; il avail séduit ce dernier : « C'est le type du nouveau conservateur prussien, écrivait Prokesch ; ■■'■s manières sonl. quand il y prend garde, agréables et beaucoup moins arrogantes et sèches que celles de La plupart des gens avec qui j'ai affaire ici. 11 traitera certainement à Vienne avec beaucoup de formej et parlera, comme la Gazette </'.• la beaucoup des besoins du temps et de la nécessité d'une Autriche, mais il n'en tirera nullement la eon- ■ que la ['russe ne doit rien faire qui soit incompatible alliance et la change en duperie'. »

D'après ses instructions, il était chargé de causer sans conclure : " Je m' devais pas, écrivait-il plus tard au prince de Prusse, rechercher des négociations, mais, après avoir fait preuve de bonne grâce, laisser venir à moi,... être, dans la

forme, aussi amical et accueillant que possible, en fait éviter tout engagement ferme et toute négociation précise..., éviter tout ce qui pourrait faire paraître mon départ comme une rupture..., et si Ton me pressait trop à traiter, de telle façon que je ne pusse m 'esquiver sans offense, demander du temps pour solliciter des instructions1. » Il était, en outre, porteur d'une lettre de Frédéric-Guillaume IV à François-Joseph, écrite dans un style où les formules de chancellerie alternaient avec des strophes de poésie biblique ; le roi y louait fort son envoyé « homme vénéré par beaucoup de gens pour l'obéissance chevaleresque et libre qu'il nous témoigne et pour son intransigeance envers la Révolution jusqu'en ses racines. Il est mon ami, mon fidèle serviteur, il vient à Vienne apportant l'impression toute fraîche, vive et sympathique de mes principes, de ma manière d'agir, de ma volonté, et j'ajouterai de mon affection pour l'Autriche et pour Votre Majesté. D pourra, si Ton trouve que cela en vaut la peine, fournir à Votre Majesté et à ses suprêmes conseillers, des explications sur

bien des sujets comme peu de gens le pourraient faire; car s» des malentendus inouïs, préparés de longue date, ne sont pas enracinés, ce qu'à Dieu ne plaise, le temps bien court pondant lequel il gérera les affaires de la légation, à Vienne, pourra certainement porter des fruits2. »

Ainsi accrédité, il arrivait à Vienne le 8 juin « après un chaud voyage, mais vite remis par un bon souper et une bouteille de vin froid de Sect. » L'empereur était absent, mais dès le lendemain il était reçu par le nouveau chef du gouvernement. Le comte Buol avait suivi, grade après grade, h

1. Bismarck au prince de Prusse, 25 juillet 1852. Pcnzler. Kaiser- u*d Kanzlcr-Briefe (1900), p. 1.

2. Frédéric-Guillaume IV à François-Joseph, 5 juin 1852. Bismarck /Vu sées et Souvenirs, t. I. p. 111.

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! diplomatique et il était ambassadeur à Londres, lors qu'à la morl de Scbwarzenberg il fut appelé ou ministère des Affaires étrangères et a la présidence du conseil. Il annonçait sa volonté de continuer la politique de son brillant prédécesseur, mais il devait bientôt en différer sur un point, les relations avec la Russie ; il remplaça l'intime alliance des deux Empires, d'abord par une cordiale amitié, puis par une menace d'hostilité : peut-être, munie en cela, eroyait-il imiter Sobwaraenberg qui avait proclamé son intention n d'étoaner le monde par sou ingratitude ».

Bismarck avait dès lors une opinion très nette sur les relation commerciales de l'Autriche avec les autres pays allemands : il désirait le renouvellement du Zollverein, étendu à tous les Etals sauf l'Empire, et relié a celui-ci par un traité conciliant. « Nous ne nous laisserons jamais engager dans une union douanière », écrivait-il en juillet', et il aurait voulu s'en expliquer catégoriquement dés sim arrivée ô Vienne. n Cela aurait rendu notre position plus claire et plus heureuse, n Mais M. de Manleuuel craignait qu'une déclaration précise et brutale choquai l' Autriche et effarouchât le Hanovre ; il invita donc son envoyé « à un refus dans une forme plus douce ». Bismarck s'y évertua dans les entretiens qu'il eut avec le

comte Buol.

Il exposa longuement a son interlocuteur la situation de son pays dans la question commerciale ;. « En général, déelarat-îl, la Prusse désire lu voir examiner et résoudre moins au point de vue politique qu'a celui des intérêts matériels. L'histoire des dernières années a prouvé que le Zollverein ne forme

1, bisniiirck au prince île Prusse, Î5 juillet 1852. Penzler, loe. cit.. p. 2.

S. Sur ses entretiens avec Buol, Bismarck il dressé plusieurs rapports qui sont insérés iJiins su Correspondance diplomatique, t. I, p. i'i el suiv., Posdiinger. i. IV, p. 13 el suiv.

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pas une base positive d'influence politique ; sur ce terrain, le gouvernement ne trouve sa ligne de conduite que dans le besoin d'assurer la prospérité financière et commerciale des Etats du Zollverein et celle de leurs sujets. » Aussi la Prusse était-elle simplement « disposée à conclure un traité de commerce avec FAutriche, traité qui serait de nature à faciliter d'autres rapprochements et à mettre les intéressés à môme d'apprécier les conséquences pratiques d'une union plus étroite. La Prusse ne se croit pas le droit de faire du bien-être matériel de ses sujets l'objet d'expériences hasardeuses. Elle demande qu'on laisse la question de l'union douanière avec l'Autriche ouverte sans en préjuger en aucune façon la solution. » Ces déclarations n'étaient pas pour satisfaire le ministre autrichien ; il tenait la mission de Bismarck pour de la « poudre aux yeux l » et ne dissimulait pas son mécontentement à l'envoyé prussien : « L'Autriche, répondait-il, ne peut pas se laisser considérer en Allemagne comme une puissance avec laquelle on signe un traité de commerce comme on le ferait avec un gouvernement étranger ; un traité de ce genre n'aurait aucune valeur pour le cabinet impérial s'il ne reconnaissait formellement et officiellement pour but de la politique commune l'union douanière et la fusion des intérêts matériels de toute l'Allemagne. Il est à regretter que 1* Prusse n'ait pas môme consenti à discuter ses proposition et qu'elle n'ait pas eu pour elle la déférence que, dans deseff" constances analogues, l'Autriche n'aurait pas refusée à ® Etat aussi étranger que la Perse. Il en résultera que la Prus* se détachera du Zollverein, qui continuera de subsister mèfl* sans elle ; quant à l'Autriche, elle est heureuse de n'être pour rien dans les malheurs que cette rupture entraînera. »

1. Buol à Prokesch, 10 juin 1850, Prokcsch, loc. cit., p. 258.

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Le comte Buol déplaçait habilement la question ; en réalité,

c'était son propre gouvernement qui recherchait la dissolution duZollverein elson remplacement par une union plus large OÙ l'Autriche prendrait pince. Ainsi se posait sur le terrain économique la question discutée a Francfort : l'Autriche devaitelle être tenue pour terre d'Allemagne f ou élnit-il nécessaire de la chasser de laConfédéral'ion, pour former un Elnt moins vaste, mais plus serré ? Buol protestait contre la politique de la Prusse « qui tendait a exclure l' Autriche de l'Allemagne ». Une année d'expérience à Francfort avait prouve ;'i Bismarck, jadis défenseur de l'alliance austro-prussienne, que la divergence et la rivalité de leurs intérêts ne permettaient pas aux deux Etats une étroite entente.

Dans ces conditions, les entretiens des deux hommes d'Etat ne pouvaient avoir de résultat; ils avaient au moins un vif neeèe de curiosité et dans l'antichambre do ministre, Bismarck trouvait « tous les ambassadeurs allemands présents a Vienne qui attendaient avec un air d'anxiélé le résultat des Conversations ». A cette époque de l'année où Vienne est ■ vide et brûlante quand il ne pleut pas », le hobereau prussien était l'homme du jour, l'invité de tous les attardés : diplomates et grandes dames se disputaient ses soirées ; il s'y rendait avec simplicité et bonne humeur, comme s'il n'avait fréquenté jamnis que les salons delà plus exclusive aristocratie; il était reçu en audience par la grande-duchesse Sophie, mère de l'empereur; il n'oubliait pas, d'ailleurs, de rendre visite au prince de MeUernieh qu'il trouvait « bien changé de visage, d'ouïe et de fraîcheur d'esprit ». Enfin, dans ce perpétuelbesoin de mouvement qui le caractérisait, Ollo parcourait les environs de Vienne : Schonbrunn, son parc « aux statues blanches dans leurs niches vertes », les hauteurs de Leopoldsberg, el les bords du Danube,

Il avait hâte de se présenter à l'empereur et de lui remettre la lettre de son roi. Mais François-Joseph faisait en Hongrie un voyage d'une haute importance politique ; pour la première fois depuis son avènement au trône, il visitait les provinces qui s'étaient révoltées contre l'autorité de sa maison, et qu'il espérait se concilier. « Ce voyage effacera le souvenir douloureux des dernières années, écrivait un journal officieux1, et les générations à venir béniront le jour où aura été ainsi célébrée la fête de la Concorde entre ce souverain héréditaire et son peuple de Hongrie. » Bismarck était donc forcé d'attendre ou de rejoindre le souverain. Il préféra le plus prompt, et le 21 juin, il était invité à se rendre à Bude pour remettre ses lettres de créance à l'empereur .

Le 24 juin, il était reçu par François-Joseph avec le cérémonial accoutumé. Le jeune souverain lui fit la meilleure impression. « Il a, écrivait-il, le feu de la vingtième année, jointe la dignité et ù la réflexion de l'Age mûr, un beau regard, beaucoup de franchise et d'ouverture, surtout quand il rit *. » Après les banalités d'usage, — congratulations réciproques et assurances d'amitié politique, — l'entretien se fixa sur la question économique, cause véritable de la mission de Bismarck. Les interlocuteurs ne pouvaient guère que constater leur désaccord. « Sa Majesté, rapporte Bismarck, croyait devoir maintenir le programme de l'union des droits douaniers, car une fusion des intérêts matériels pourrait seule donner à l'Allemagne ce degré de consolidation dont elle a besoin pour garantir sa sécurité intérieure aussi bien que son rang parmi les puissances européennes. » Le diplomate prussien répondait que la Prusse désirait simplement « conclure un traité de commerce avec l'Autriche aussitôt après la reconnaissance du Zollvercm

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