La Correspondance autrichienne, juin
2. Bismarck à Gerlach. 25 juin 1852. Briefe an Gerlach. p. 32.
NOMINATION ET DEBUTS A FRAHCyORT itué, traité qui permettrait de s'assurer de la p Ire une résolution définitive en vue d'une fusion douane ii' i -i-t.ti- c> -M-rw de l'avenir était la seule concession cjtie f.ii-;nl l.i IYu-.se : c'('liii! une concession sans portée, car, de îdence, lorsque le Zollvercin serait reconstitua et relié à l'Autriche par- un traité de commerce, cette situation Seroil définitive, jamais on n'arriverait à la modifier, et l'union douanière avec l'Autriche serait bel et bien enterrée. La réponse de la Prusse élail dune exactement résumée dans un télégramme que Bismarck reeul a Bude même; il ne contelui! que quatre lettres, mais significatives ; Nein.
Le voyage de Bismarck ne pouvait donc avoir de résultat politique ; mais U avait un vif intérêt pittoresque el le grand amoureux delà nature en ressentail vivement le charme. 11 Fonte ;i sa femme « la vue ravissante que l'on embrasse du château de Bude. Voici, dominant le paysage, le château bas et immêdiatenii-nl aii-di'ssuus, le Danube, sur lequel estjclcunpoiit de bateaux; puis, au delà, Pesth, avec immense qui se déroule |ilus loin, le tout noyé dans la lueur bleuâtre et rose du crépuscule. A côté de Pesth, à gauche, je vois le Danube qui remunie; bien loin, bien loin à
■ i, c'est-à-dire sur la rive droite, il baigne la
ville d'Ofen (Bude), Puis, derrière, des montagnes bleues et plus bleues encore, puis colorées en brun par le crépuscule qui les illumine. Entre les deux villes s'étend, comme un miroir, une vaste plaine d'eau, coupée par le ponl de bateaux < par une [le boisée, n II est enchanté dune excursion, faite
■ lourd une montagne voisine qu'on appelle la ■< belle
■ par souvenir [l'une aventure galante du roi Malhius lorvin. " Une fêle populaire avait attiré des milliers de personnes; elles adressaient de bruyants eljen b l'empereur qui
mêlé à la foule; elles dansaient le czardas, valsaient,
chantaient, faisaient de la musique, grimpaient aux arbres et se pressaient pour voir la Cour. Sur une pente de gazon élai placée une table pour une vingtaine de personnes; le couvert n'était mis que d'un côté; on avait laissé l'autre cet libre, afin qu'on pût voir la forêt, le château, la ville et campagne. Nous avions au-dessus de nous de hauts bou leaux, dans les branches desquels étaient grimpés des Hon--^grois ; derrière nous, à quelques pas, se pressait une foui»- .e compacte ; nous entendions dans le lointain le son du cor les chants qui alternaient et consistaient en farouches mélodie?de bohémiens. L'illumination, le clair de lune et la rougei du soleil couchant ainsi que la lumière des torches qui travei saient la forêt, donnaient à tout ce spectacle l'apparence d'i grande scène à effet dans un opéra féerique. »
Le voyage devient plus pittoresque encore lorsque Bismare^^rk va rendre visite à un prince Windischgràtz, époux d'une pri^v ncesse de Mecklembourg, et parent par alliance du roi de Pruss» tsc. Son chAteau était situé sur la lisière des steppes hongroise -=^s, dans une région « infestée de brigands à cheval qui rendaie — rr^nt le pays dangereux à traverser ». Et l'idée d'échanger d .^Edes coups de feu avec des brigands basanés et chamarrés, enlho*n-)usiasmail l'aventureux Otto, le toile junker d'antan.
Mais il ne voit rien que des paysans « à cheveux d' ~~ un brun foncé et à moustaches, portant un chapeau à UTT.. r°c bords, de longs cheveux luisants, une chemise s'arrélsssurf à l'estomac et laissant voir, jusqu'à la naissance du talon, une ceinture large comme la main de chair nu< brune, et chaque jambe, descendant jusqu'au genou, é-fcj aussi large qu'un jupon de femme. A partir des genoiAr,
t. Rismaivk à >a femme. -3 juin l&>2. Driefe an seine Braut an Gattin, \\.t\t. Cette lettre et les suivantes ont été en partie traduites par Xnlooin Proust Le prince de liismarck et sa correspondance, p. 55 et suiv.
iii'nl des hottes épcronnées. » Dans la campagne, sur mi gazon uni comme une table, on voyait « des milliers de uns el blancs, sauvages comme le gibier, pourvus de cornes longues comme le bras ; des chevaux rabougris, S :!-, que gardaient des bergers à demi nus, armés de butons en forme de lance; d'immenses troupeaux de porcs, chacun accompagné d'un âne qui portail ta pelisse du berger el .1 l'occasion celui-ci même ; puis de grandes bandes d'outardes, des lièvres, des hamsters; cl puis encore, ça et 16, anvages, des canards, des vanneaux ». Mais nul briparall : pour en trouver, Bismarck s'enfonce dans la lui passe pour être le plus redoutable repaire, car sa situation sur les bords de la Theiss, au milieu de marais el de steppes, rend presque impossible l'expulsion de sesholes dangereux ». Il y voit des femmes à lichus verts et rouges ou coiffes de velours rouge brodé d'un : il y entend des mélodies
b i h-' - " les plus sauvages cl les plus insensées; des
airs maladifs el plaintifs dont les paroles retracent soil les
causés par de certains yeux noirs, soit la mort
vaillante de quelque brigand illustre ». Mais toujours pas
de brigands ; volontiers, \ r les lover, Bismarck crierait
• frrl h a chaque buisson comme certain chasseur de bons.
■ 'S redoutables et désirés voleurs se gardaient bien
de paraître, car ils savaient que l'ambassadeur voy figeait sous
L'officier qui la commandait déclarait nu diplomate,
pour l> ci selon toute probabilité, bon nombre
'entre eux se trouvaient parmi les paysans qui, enfoncés
aux de fourrure descendant jusqu'à terre et
aluaient aux stations de relais, par le cri de :
istetn adiamek! (Dieu soil loui!
taré Vienne, après cette urgiode couleur locale, Bisirend ri ■■'.'filions avec Buol, niais le thème est
identique des deux parts et n'apporte aucun changement a t jx décisions réciproques. Bismarck sent l'inutilité de nouvca *-J* entretiens, et quitte Vienne à Fimproviste « sans prendre ^^e congé, de peur qu'on lç lui refuse ». Le 8 juillet il passer"^* quelques heures à Berlin et Potsdam avant de rejoindre &z&^ famille ù Francfort.
Au point de vue politique, la mission de Bismarck éto. ^u sans effet. Il n'en était pas résulté cette entente dans la que^^ "*" tion douanière, cette formule qui devait concilier les inlérèlsfe^ sles espérances et les ambitions des deux États. Au point d- U* vue personnel, au contraire, Bismarck avait profité ample-^^ e" ment de son séjour en Autriche ; il avait vu de près l'adver-"» ^r* saire et l'avait trouvé moins redoutable qu'il ne paraissait d* fc -*!»1 loin ; en 1830, sa force provenait surtout de l'appui russe, c?c^ d maintenant il s'écartait chaque jour de la politique du tzar ; h M. la Prusse en se rapprochant de la Russie pourrait un jour ren mt^luverser la situation d'Olmtitz et bénéficier sinon de l'appui, ar * s\\\ moins de la bienveillance de sa grande voisine. A Viennes *<\ Bismarck avait fréquenté et pesé les hommes politiques; il
avait perçu que si leurs ambitions étaient intactes, leurs caprs» licites étaient changées, que trois hommes intelligents ne valerm: ni pas un homme d'Etat, et que « le monosyllabique minislêK' iv Buol, Bcch, Briick » n'avait pas la force du seul Schwarze^^iberg.
Cependant les négociations continuaient sur le renouve^ --Vlemcnt du Zollverein, et avec des fortunes diverses, lorsq^L m. c soudain la Prusse se piqua de susceptibilité. Irrité de nouvca»— -* -x atermoiements apportés par les ministres du Sud, le cabir"» *-'* de Berlin déclara brusquement, dans une dépêche circulai. ^— *■* adressée le 27 septembre aux légations prussiennes près 1 ^-*s diverses Cours allemandes, qu'il considérait les négociation-*5 comme rompues et ne les poursuivrait désormais quavt-TO
État en particulier. Ce fut un coup de tonnerre eu All.'in.i^iif : les délégués aux conférences de Berlin quïtlèrent iui -le-charap : les gouvernements du Sud insinuèrent que deux ligues devaient se former : l'une comprenant la i les petits Etale du Nord, l'autre unissant l'Autriche et les Etats moyens; le cabinet de Vienne invita immédialeiii. m ii les derniers a une nouvelle conférence pour dessiner un l'iin .i union douanière. Tout semblait perdu pour les partisans de l'ancien Zollvercin.
ces nouveaux projets, l'abandon d'un pacte heureux dans ses résultats, l'incertitude de l'avenir avaient proprofonde inquiétude dans les classes industrielles et Commerçantes de l' Allemagne. La crainte élail vive surles petits États qui redoutaient l'écrasemenl entre el l'Union présidée par l'Autriche. Bismarck eonsdans le Nassau el la Hesse-Darmsladl, n tout le monde ('«CCordail S considérer la sortie de l'Allemagne du Sud du in comme le plus grand malheur qui put frapper la el le commerce1 ». Le cabinet de Berlin, bien renents diplomatiques, comprenaïl la maladresse i! nierie, el s'efforçait de la réparer par une campagne de presse. Ce moyen avait été indiqué par Bismarck lui-même comme propre à o défendre avec la plus grande énergie les de la Prusse dans l'Allemagne du Sud, et de paralyser des tentalives de l'Autriche el de ses efforts ». Lui- ;.. activai I personnellemeiil el se targuait « d'une Influence jiins ou moins forte sur un certain nombre de journaux de l'Allemagne du Sud* ». En outre, il nouait des les personnes influentes et dévouées fi la
i urck .'i Miwleuffel, l'i juillet I S:.i . Varerspaiidan^e diplomatique.
isroarck a Mante u (Tel la 01 lohre I83i. Ibid, \i 71 cl .-ni'.
Prusse, pour provoquer des pétitions, des propositions aui Chambres », et il tâchait de former des groupements et associations ayant pour but « le maintien et l'extension du Zollverein allemand ». Sa correspondance est toute pleine de ses démarches.
C'était de la bonne politique et le ministre, M. de ManteuQel, était contraint de reconnaître « l'intelligente activité » de soo agent. D'ailleurs, un revirement se produisait à la Cour de Berlin : on y percevait les dangers que le conflit économique faisait courir à l'industrie et au commerce prussiens; au moment de la renaissance de l'Empire français, on éprouvait le besoin de renouer avec l'Autriche une amitié bien ébranlée, mais que les besoins du temps forceraient peut-être à transformer un jouren alliance défensive contre l'héritier de Napoléon. A Vienne, des sentiments analogues portaient le gouvernement à la conciliation. L'empereur Nicolas conseillait aux deux cabinets d'en finir avec des déchirements qui risquaient de compromettre la prospérité et même la sûreté de leurs pays. Bref, au mois de décembre, l'ambassadeur de Prusse à Vienne, comte d'Arnim, était chargé de reprendre avec Buol les négociations pour la signature d'un traité de commerce entre l'Autriche et la Prusse.
On délibéra péniblement pendant trois mois. Et encore, Bismarck hâtait-il la solution par ses démarches. 11 avait provoqué dans les pays rhénaux des n pétitions en faveur du maintien du Zollvcrein » ; le duc de Nassau déclarait à ses sujets : a Je partage entièrement vos désirs de maintenir le Zollvercin tel qu'il existe aujourd'hui ; mes vœux sont les mêmes que ceux des autres Etats avec lesquels je suis entré en relation, aussi j'ai l'intime, la ferme conviction que le Zollvercin ne se dissoudra point. » Ces manifestations encourageaient le cabinet de Berlin et l'incitaient à plus de conci-
NOMINATION ET DEBUTS A FRANCFORT Mi
liation envers l'Autriche ; elles prouvaient au gouvernement de Vienne l'impossibilité de réaliser ses rêves ambitieux. (Test sinsi que la Prusse et l'Autriche furent amenées i\ signer le 19 février 1853 un traité qui prévoyait le prochain renouvellement du Zollverein.
C'était, au contraire de ce qu'on a cru parfois ', un succès pour la Prusse. Par de sages concessions, elle avait écarté ce double et redoutable péril : la formation d'un Zollverein s'étendant à l'Autriche, la création d'une union douanière entre les Etats du Sud et l'Autriche. Dans la première combinaison, elle eût été écrasée par sa puissante rivale ; dans la seconde, elle aurait perdu tout le fruit de sa politique, la direction commerciale et financière des États allemands. En renouvelant le Zollverein, elle pouvait renouer avec ses associés les liens d'intérêts qui formaient leur unité d'action commerciale et financière ; elle n'avait rien gagné dans la crise de 1848, mais au moins ne perdait-elle rien et réservait-elle l'avenir, jusqu'au jour où l'Autriche ferait quelque « éclatant fiasco », et où la Prusse lui rendrait « avec usure » les humiliations ressenties *.
Du traité austro-prussien, en effet, devait forcément renaîtra l'ancien Zollverein. Les Etals du Sud, les coalisés de Dann->tadl, y étaient amenés avec une mauvaise humeur qui indignait Bismarck3. Le 12 mars, une nouvelle conférence réunissait à Berlin les membres de l'association douanier**, et eux de l'ancien Steuerverein. La discussion fut rapide et h* résultat prompt. Le 4 avril, les ministres signai* ut les nouveaux traités de commerce qui furent ratifias le 2 juin ; pour le
!. Worms. UAlletnaynt économique ou Hi*(/irt du ZolUtitm atUmon/I, p. 228.
2. Comte Pourtal--^ ariiba-~a<l*Mjr a O/fi-tii.v.'vjj/V. o \*> .\.**-u a rnba* fadeur à Londres, 1» janvier iv>J.
3. Bismarck a Geriaib. 1C f«r\ri«-r IfcVi hr«f» an C/erloc/t. \*. '•*.
Luxembourg, la négociation fut plus longue. Mais, en définitive, le nouveau Zollverein entra en vigueur le 1" janvier f K.T t. Les tarifs différaient de l'ancien, mais cela n'importait pas pour ses conséquences politiques. La Prusse reprenait la direction des affaires commerciales de l'Allemagne, elle étendait son influence à des Etals qui lui avaient échappé jusqu'alors, le Hanovre, le Brunswick, l'Oldenbourg. Telle avait été la pensée de Bismarck, dès son arrivée o Francfort. Avec une vue précise, une action constante, il l'avait suivie. Ainsi la première négociation à laquelle il avait était mêlé avait eu la solution qu'il avait soiiliailée, conseillée, obtenue.
Il allait bientôt prendre part a une autre négociation où il jouerait un rôle encore plus direct, la reconnaissance du Sccuod Empire.
III. — Lorsqu'on 184!) et 1830 M. de Pcrsigny narrourail l'Allemagne officieusement, puis officiellement, et elierelimlj « faire connaître aux puissances étrangères le caractère el 1j situation du l 'résident de la République1 », il avait ciilrrlcM quelques rrlntîuiis avec Bismarck qui faisait déjà (igUW »» seconde Chambre dans le parti réactionnaire; lVnvnV" français uvait remarqué que le jeune député ne montrait ■' son égard « aucun des sentiments hostiles que l'attitude <J? a* amis politiques laissait si clairement deviner J ». ("étuil I» simple politesse d'Iiumnie bien élevé ; le hobereau, faraui'l"* ment, fidoîo à la royauté, ne pouvait qu'avoir en linriviir U République dont il ignorait volontairement les nobles iisprn*lions. Bismarck ne paraît pas d'ailleurs avoir eimi|'Hs I" insinuations île M. de l'orsigny sur la nécessité de nw
« Tordre » eu France. Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 le surprit ; sa première impression fut « mélangée, comme si on lui annonçait l'incendie de la ferme d'un démocrate et bourreau, son voisin ». A certains égards, la chose ne lui déplaisait pas; l'Assemblée dissoute illégalement et les parlementaires en prison, en exil, au bagne ; la rue envahie de troupes, la presse muselée, la démocratie écrasée, c'était bien la conduite qu'il avait demandée en 1818. Wrangel et Manteuffel avaient procédé ainsi, mais avec moins de grandiose dans la brutalité, moins de serments violés et moins de sang. Tout cela ne l'indignait pas outre mesure, satisfaisait son « avidité d'émotion » et lui procurait même quelque joie en abattant l'ennemi éternel, la Révolution. « Dieu nousmonlrc, écrivaitil à Gerlach, où va un peuple, lorsqu'il abandonne sans pilote le terrain solide de la légitimité pour se confier au Malstrom de la Révolution !. »
Mais le Prince l'inquiétait par ce côté mystérieux et déconcertant qu'il ne perdit jamais, môme devenu empereur. Il lui trouvait, malgré tous les services rendus ù la réaction, « le caractère d'un aventurier sans scrupules ». C'était un Bonaparte, n'allait-il pas reprendre les traditions de son oncle? « Comme Prussien, continuait Bismarck dans sa lettre à Gerlach, je ne puis me réjouir du 2 décembre, car je vois un ennemi, qui était malade, se relever momentanément, et un ami insouciant et hypocrite, l'Autriche, tirer de cet événement un surcroit d'insolence. Je ne crois pas à l'envie de Bonaparte de faire la guerre, je suis persuadé qu'il fera tout pour maintenir la paix, car la guerre lui aliénerait le pays ; mais je ne puis pas croire qu'il se tiendra tranquille en face de l'armée. L'élément qui lui a donné la population non militaire, la lassitude, manque dans l'armée. »
i. Bismarck à Gerlach, 28 décembre 1851. Driefe an Gerlach, p. 13.
Le coup d'État n'était qu'un événement intérieur, qui ne changeait pas, — pour l'instant, — la forme du gouvernement ; la diplomatie n'avait donc pas à s'en occuper, au moins officiellement ; le prince Louis-Napoléon notifia en février i la Diète le plébiscite du 20 décembre et la constitution du 14 janvier ; le comte de Thun lui en accusa réception au nom de l'Assemblée générale ; ce furent les seules démarches officielles.
Il en fut autrement lorsque, au 2 décembre 1852, lui proclamé l'Empire. La forme même du gouvernement était modifiée et les grandes puissances devaient être appelées à 1b reconnaître. Elles n'avaient, d'ailleurs, pas attendu ce moment pour s'inquiéter de la situation nouvelle que créait la formation de l'Empire. Dès le 14 novembre, le tzar avait protesté contre les ternies employés par le prince Louis Napoléon dans un message au Sénat et où il annonçait son intention (te « relever avec liberté et avec réflexion ce qu'il y a trente-sept ans l'Europe entière a renversé par la force des armes au milieu des désastres de la patrie ». A ces paroles, Nicolas s'était indigné. « Je ne m'attendais pas à une pareille déclaration de principes, avait-il répliqué. Nous sommes les anciens, et, à ce titre seul, on nous doit quelques égards, quelques ménagements. Son oncle, l'empereur Napoléon, nous a attaqués, l'empereur Alexandre a dû se défendre, il a glorieusement combattu pour l'indépendance de son pays, et, si je donnais mon adhésion sans restriction aux termes du message, je renierais donc les actes de mon frère et des souverains, ses alliés. L'Autriche, la Prusse, l'Angleterre même, ne peuvent accepter une pareille injure1. »
A Berlin, l'indignation ne s'exhalait aussi vive que dans la
. Rolhan. L'Europe et ravinement du Second /impire, p. 338.
Gazette de la Croix ; son ton était parfois tel que le gouvernement était contraint de la châtier, comme on gourmande un enfant chéri, mais gâté. Le roi évitait toute conversation personnelle avec l'ambassadeur français, M. de Varennes. Le ministre des Affaires étrangères se dérobait à toute explication décisive et fuyait tout engagement ; il alléguait le besoin de se concerter avec l'Autriche et la Russie, et, tout en protestant de sa bienveillance, insinuait que les Cours du Nord seraient sensibles aux garanties données par le nouvel empereur pour le maintien de la paix et des traités.
La proclamation du 2 décembre mit les puissances en présence d'un fait accompli ; l'empereur n'avait tenu aucun compte de leurs conseils et de leurs réserves historiques ; il n'avait donné ou promis aucune des garanties qu'espérait M. de Manteuffel ; il prenait le titre de Napoléon III, comme pour proclamer une sorte de légitimité impériale perpétuée à travers le temps * et reconnaître le règne éphémère du duc de Reichstadt. Les souverains avaient prononcé, au Congrès de Vienne, pour Bonaparte et sa famille, l'exclusion éternelle du trône de France. Pouvaient-ils oublier cet acte solennel et reconnaître comme empereur le neveu de l'homme qu'ils avaient chassé d'Europe ?
L'événement, pour prévu qu'il était, ne manquait pas d'embarrasser les chancelleries, et quelque flottement se produisit dans leur action.
Bismarck présidait à cette époque la Diète de Francfort, en remplacement du délégué autrichien, comte deThun, nommé ambassadeur à Berlin. Dès le 3 décembre, il recevait du plénipotentiaire français, M. deTallenay, la notification officielle du changement de régime en France et s'empressait de demander