Sybcl. Loc. cit., t. II. p
LA GUERΌ DE CHIMEIC 37]
do l'écrasement final de l'hydre révolutionnaire. Deux minisires, plusieurs généraux influents, le prince Charles de Prusse, réclamaient une politique active en faveur do la Russie et profitaient d'un incident tnijj-i-cnmiquc, — le vol par un agent de Manleuffel des lettres personnelles du !■ Ci-ilach, — pour saper nuprès du monarque l'influence (ii.' son premier ministre.
rie-Guillaume IV hésitait, — c'était son habitude, — pris entre des sentiments contradictoires. Il s'abandonnait ivement aux deux courants de ses conseillers habituels, qui depuis tant d'années l'avaient tourné et retourné. Tantôt Gerlach, son aide de camp, lui montrait dans l'héritier -li' Napoléon l'ennemi de la Sainte Alliance, et dans la Turquie radversaire 'le toute In chrétienté: alors il prêchait la guerre sainte et s'indignait de l'union « incestueuse » île l'Angleterre ■vec Napoléon et le Sultan. Tantôt, au contraire, Bismarck t'amenait a '1rs idées nouvelles, il.' progrès, de civilisation ' Je .'I constitutionnelle : alors le monarque envoyait à Londres, en décembre IS".:i. le comte Pourtalés pour proi alliance assez confuse, où la Prusse conserverai! un' m atralité armée h loyale ri autonome; si quelqu'un veut elle le battra ' ». Comme prix de ce concours pasgarantirail à Frédéric-Guillaume ses droits :hatel. Pareille proposition fit sourire à Londres. Parmi ces opinions diverses, Bismarck avait pris la sienne, ;i l'ambition qu'il avait d'assurer l'indépendance ■■■i ■■ '1 son pays A Francfort, en lutte ouverte contre lulriche, il avait souffert de la situation subordonnée de la K.*. Dana l'Allemagne telle que l'avaient faite les traités ! n \ avait pas de place pour deux égales; tant que
la maison de Habsbourg aurait la présidence de la Confédération, les Hohenzollern ne tiendraient qu'un rang subalterne. Tout ce qui atteindrait au contraire l'Autriche élèverait la Prusse. Dans la guerre d'Orient, la Cour de Vienne prenait parti contre la Russie , la Cour de Berlin n'avait rien à espérer à son côté, elle pouvait attendre quelque résultat de son insuccès : donc Bismarck était naturellement favorable à la Russie. Mais, par contre, la Prusse n'était pas troublée par la guerre ; pour la première fois depuis longtemps, le conflit de plusieurs pays n'atteignait pas l'Europe centrale l ; rester en paix, lorsque ses voisins sont en guerre, c'est pour un Etat une fortune heureuse, car il peut intervenir à son heure et, comme l'animal de la fable, tirer les marrons du feu : le cabinet de Vienne l'essayait alors, mais il ne parvint qu'à s'échauder les doigts en attendant les brûlures de 1859 et 1806; le gouvernement de Berlin le fit plus habilement et prépara la neutralité bienveillante delà Russie en 1864, 186li et 1870.
A intervenir brutalement en faveur de la Russie, la Prusse courait grands risques ; la guerre eût été portée sur son propre territoire, et elle n'était pas de taille à résister à une invasion par l'Ouest et le Sud. Elle était en outre menacée d'un mouvement dans la province de Posen, une insurrection des Polonais de Prusse et de Russie contre la domination étrangère. La conduite de la Prusse était donc dictée par sa situation : rester dans la neutralité pour le moment, indiquer, en même temps? que les sympathies de la Prusse étaient acquises à la Russie, laisser suspendue une vague menace d'intervention, telle était l'altitude conseillée par Bismarck. « Une politique lâche, écrivait-il en avril 1854 à Gerlach, nous a toujours porté m^