‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 119 sur 167 · I. Sybel. Loc. cit., t. II, p · texte numérisé non relu

I. Sybel. Loc. cit., t. II, p

-. Bismarck à Manteuffel. Correspondance diplomatique, t. It |>.

en ion! temps, mauvais ou bon ». C'était da l>» rhétorique : on n'en baail qu'a Berlin : en mars, ta guerre etail déclarée; des phrases brillantes n'était plus, même pour Viv- ;il!iiume IV; ce monarque étail en présence du fait ■ I devait choisir parmi les diverses opinions de ses ers; plusieurs étaient venus a Berlin, le prince Guilli man k, pour agir en personne, dans celte crise, Le i mars, le délégué ù Francfort eut un long entretien il inec de Prusse '. ( iuillaume essaya de convertir le plomale à une politique occidentale et lui exprima le ic roi a prendre une attitude hostile a I» : intérêt de la Prusse, et le prince de Prusse sentiment de Bismarck par l'espoir d'un accroissement d'influence pour leur pairie; une telle attitude était : Le ft ta Russie, en lui évitant une guerre désastreuse. ' représenta au prince que la Prusse n'avait aucun ■ ntrer en lutte avec la Russie ; participer à sa défaite, ajoute L: diplomate, <■ Ferail naître un désir de revanche chez, i (que nous aurions assaillis sans avoir nous-mêmes un motif personnel de faire la guerre, mais nous imposerait ; lâche fort délicate de résoudre la question polonaise d'une façon acceptable pour la Prusse. Nos propres intérêts imposent nullement une rupture ave la Russie, loul au contraire ils exigent que nous l'évitions. .Vous irions donc

attaquer une puissance qui, jusqu'à ce jour, a été notre ■ ■

i itéra toujours notre voisine, sans qu'elle nous eût provoqués, uniquement par crainte de la France ou pour com-

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plaire à l'Angleterre ou à l'Autriche. Nous jouerions le rôle de vassal.. ; la peur de la France nous contraindrait à être son allié très obéissant. » Le prince se fâcha, et la face rouge de colère, interrompit Bismarck en disant : « Il n'est nullement question ici de vassalité ni de peur. » En vain le diplomate chcrcha-t-il à le ramener, il ne parvint pas à le détourner de l'opinion que le prince s'était faite sous l'influence de sa femme, de l'Angleterre et du parti du Wochenblatt.

On put croire, à ce moment, que Bismarck avait eu plus de succès auprès de Frédéric-Guillaume IV et l'avait converti à l'entente avec la Russie. Le roi était pressé vivement de souscrire aux engagements pris a Vienno entre l'Autriche, la France et l'Angleterre; le 4 mars, Bunsen croyait avoir gagné le roi à la politique occidentale. Mais Frédéric-Guillaume IV avait les revirements soudains et brutaux des hésitants : une dépêche maladroite de Vienne le bouleverse l et il saule à l'opinion adverse. Le 5 mars, Bunsen reçoit l'ordre formel de cesser toute négociation avec le ministère anglais J. Le général Groben est envoyé à Londres avec une lettre qui désavoue l'ambassadeur en termes tels que celui-ci doit donner sa démission. Défense est faite au comte Pourlalès de s'occuper des affaires d'Orient. M. de Manleuffel reçoit une vigoureuse rebuffade3. Le ministre de la Guerre, général Bonin, partisan de la politique occidentale, est remplacé. Le prince de Prusse quitte Berlin avec fracas et se retire à

1. Forcade. La Prusse, la Cour et le Cabinet de Berlin. Revue dt»s IKmix- Mondes du lar décembre 18o4.

2. Saint René Taillandier. Dix ans de l'histoire d Allemagne (1870}. p. 33*. llubner. Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris, t. I. p. 220 et suiv.

3. M. de Manteuffel aurait offert sa démission au roi qui lui aurait brutalement répondu : a Allons, mon cher, nous sommes en carême, plus dr mascarades. » Roîlian, toc cit.. p. MO.

Coblentz. La politique russe paraissait remporter définitivement.

C'était une ligne de conduite : un homme d'État s'y serait tenu ; Frédéric-Guillaume n'en avait pas le tempérament. 11 était quelque peu effrayé lui-môme de son coup d'Etat, lorsque parut à Berlin un envoyé spécial de François-Joseph, le général de Hess, avec une lettre où l'empereur proposait une alliance défensive des deux grands États allemands; il ajoutait d'ailleurs qu'il serait probablement amené à envahir les Principautés « pour la protection des intérêts tant autrichiens qu'allemands ». A la môme époque le gouvernement de Vienne adressait aux Cours allemandes une circulaire où elle cherchait à solidariser les intérêts de l'Autriche et des autres pays allemands : « L'appui décidé, matériel et moral de l'Autriche par l'Allemagne, ajoutait le cabinet viennois, est notre unique programme en ce qui concerne l'attitude à observer par l'Allemagne dans la question d'Orient. »

Ce programme déplaisait fort à Bismarck. Il avait applaudi au revirement du roi et avait été chargé par son parti de le défendre auprès de l'ambassadeur de France à Berlin, M. de Moustiers. L'entrevue avait eu des alternatives de cordialité et d'emportement : les deux hommes avaient un caractère entier et exprimaient sans ambages leur opinion. « Voire politique vous mènera à Iéna, objecta un jour le Français. — Pourquoi pas A Leipzig ou à Waterloo, rétorqua le Prussien !. » Bismarck, partisan de l'alliance russe, voyait dans les paroles flatteuses de l'Autriche un nouveau piège où il craignait que son roi volage ne fut pris. Il soutenait que les intérêts de l'Allemagne el de l'Autriche n'étaient pas identiques; mais dans les conversations qu'il avait avec quelques

1. Ces paroles furent dites, soit à cette époqfoe. soit en janvier 1851». filum. Fùrst Bismarck und seine Zcil. t. 11. p. G'ô.

représentants des Etats moyens, et surtout lors d'un voyage à Hanovre et Cassel, il surprenait une nouvelle tendance qui l'inquiétait : l'effort des royaumes de s'unir pour faire pièce tout ensemble à l'Autriche et à la Prusse. « Ils veulent faire acte de souveraineté au moins devant la Diète, en émettant leur jugement sur la politique européenne, écrivait-il à son ministre. A la faveur d'une longue paix, la théorie de l'égalit<; des souverains s'est étendue comme une épidémie dans les Etats moyens. » Le chef du cabinet hanovrien, M. de Lûtken <( proposait d'adjoindre aux grandes puissances un représentant des États moyens pour arriver à une décision plus prompte. — Système dangereux, ajoutait Bismarck, cardans cette triade on n'appliquerait le principe de la majorité que

contre la Prusse, pour l'abandonner aussitôt que les Etats moyens, appuyés peut-être par des influences étrangères, se sentiraient en minorité en face des deux grandes puissances1. » Bismarck avait raison de redouter les propositions apportées parle général Hess; elles faisaient leur chemin. La tempête de mars avait passé et bientôt Frédéric-Guillaume IV oubliait ses sympathies russes. Le 9 avril, son ambassadeur à Menue, comte d'Arnim, signait avec les représentants de l'Autriche, delà France et de la Grande-Bretagne, un protocole qui constatait « l'union des quatre gouvernements », posait en principes l'intégrité de l'Empire ottoman et l'évacuation des principautés danubiennes, et obligeait les quatre gouvernements à n'entrer dans aucun arrangement définitif avec la Russie sans en avoir délibéré en commun2. La Prusse semblait maintenant entrer dans la politique occidentale.

1. Bismarck à Mantcuffcl. Correspondance diplomatique. I. 1, p. 344, 246.

±. Le texle de ce protocole et de la convention austro-prussienne do 20 avril sont dans les appendices de l'ouvrage de M. Rothan, p. 304 et suiv.

Peu après, l.n 20 avril, le gouvernement prussien Faisait un

pas dans le môme sens, et il acceptai! le traite

en projet par le général de Hess et modifié par un

■litre Vienne el Berlin : les deux souverains

lient une alliance offensive el défensive, el r se gtran-

I réciproquement la possession de leurs territoires

allemands et non allemands, de telle sorte que toute attaque

le territoire de l'un d'eux, de quelque côté

■■ni. serait considérai mme une entreprise hostile

territoire de l'autre ». Ils devaient mobiliser toutes brees en cas de péril, et s'engageaient è ne conclure .ili.iinv n en désaccord avec le présent Imité ». Enfin il- ne tenaienl pour obligés ■■ à protéger les droits et les inléi Ulemogne «, et tous les Etats allemands devaient ■ vrder a ce traité. Le même jour, une convention militaire déterminait les forces que déploierai! ni [es dotu puia

Ainsi l'Autriche, menacée dans ses territoires slaves, avait l'habileté d'en faire garantir l'intégrité pat la Prusse, qui ne

aucun danger. De, la politique russe, le

gouvernement de Berlin était passé a la politique autrichienne : mi ne voyail pas bien ce qu'il y pouvail gagner, mais on

rnenl les avantages que la Cour de Vie en

pouvait lin r Fréil.'rir-Cuilhimiie l\" awiil été ilétennitic ;< ■■■■

■ ir la crainte de la France; il était persuadé que l'em-

■. iiit une invasion immédiate des provinces rhénanes.

Pour la Prusse, l'alliance faisait Iront a l'Ouest ; pour l'.\u-

inlimité des deu* puissances n'était pas pour plaire il M. de Bismarck ; dans ses rapports officiels, môme dans sa

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correspondance avec Gcrlach, il se contient, et, suivant son expression en français, « fait bonne mine » ; mais il laisse percer la crainte que « l'Autriche va jouer, sinon seule, du moins plus que la Prusse, le rôle d'une puissance européenne, tandis qu'il ne nous restera que celui de chef du chœur des Etats allemands ». Il espère qu'une convention secrète a réservé et précisé les cas de guerre. Un sourd mécontentement se lit entre ses lignes. Il éclate dans une note autographe jointe i\ la minute d'une dépèche : « Par le traité du 20 avril, la Prusse promet plus que par celui de mars 1851 f. Le 20 avril déçoit raltente des Etats allemands et discrédite la Prusse auprès d'eux ; ils voient que l'Autriche est maîtresse ï Les bouches du Danube ont fort peu d'intérêt pour Y Allemagne : la mer Adriatique, la domination de l'Angleterre sur la Morve en ont dix mille fois davantage. » Cri de colère, étouffé par la correction diplomatique, confié à un seul morceau de papier2.

Ses fonctions l'obligeaient cependant à demander l'adhésion à ce traité des gouvernements allemands. Les deux grandes puissances leur avaient adressé une circulaire et Bismarck, délégué de la Prusse à Francfort, devait naturellement insister

pour une prompte réponse. Mais, à sa joie secrète, les Etals moyens montraient peu d'empressement et comprenaient à nouveau combien leurs intérêts les rapprochaient plus de la Prusse que de l'Autriche. Ils n'avaient aucun intérêt à la guerre où ils perdraient des hommes et de l'argent, et n'avaient rien ù espérer, môme en cas de succès. « Ils désirent primo loco la neutralité et la paix, écrivait Bismarck avant la con-

1. Le traité de mars 18:»1. signé après l'incident d'Olmutz. liait les deux Ktats d'une alliance fraternelle. Voyez supra> p. 279.

2. Noie de Bismarck en marge d'un rapport du 27 août 1854. Correspunilunce (Ii/)lvm*ilit/ur, t. 1. p. 2fil.

clusion du traité... Ils voudraient affirmer leur participation à la politique européenne par l'organe de la Diète... Mais si le désir de donner une preuve formelle de leur importance politique figure au premier rang chez la plupart des gouvernements, les vœux qu'ils forment relativement au fond de cette politique sont à peu près les suivants : en première ligne se place celui de conserver la paix et les positions actuelles; les tendances belliqueuses sont aussi mal vues de la masse de la population que des gouvernements, et, sans se faire une idée nette de la nature et de l'étendue du danger, dont une guerre européenne menacerait les petits Etats, les souverains n'en craignent pas moins que les traités de paix qui termineraient la guerre ne fussent conclus ù leurs dépens plutôt que pour les dédommager de leurs sacrifices1. »

Seule la Saxe royale détonnait par ses fanfares belliqueuses : le chef de son gouvernement, M. de Beust, n'avait pas oublié

le service rendu par la Russie aux Etats moyens en rognant à Olmûlz les ambitions de la Prusse. Depuis Télé de 1853, il préparait une alliance des royaumes, pour aboutir à celte « triade » allemande si redoutée de Bismarck. 11 n'avait pu galvaniser l'apathie pacifique des rois, mais la convention du 20 avril lui donnait une occasion favorable de resserrer le groupement des Etals moyens, et, sur son initiative, . les ministres de ces puissances se réunirent en conférence le 25 mai à Bamberg2; c'était le pendant des conférences de Darmstadt, relatives au renouvellement du Zollverein. Les ministres y rédigèrent une note identique où, tout en acceptant « avec joie » d'adhérer à la convention du 20 avril, ils exprimaient, au nom de leurs gouvernements, « la volonté nette

I. Bismarck à Manteuffel, 31 mors et 7 avril IMj4. Correspondance diplomatique, t. I, p. 248 etsuiv.

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