‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 120 sur 167 · Beust. Mémoires, t. I. p · texte numérisé non relu

Beust. Mémoires, t. I. p

de défendre les droits et intérêts allemands », demandaient une action directe de la Confédération dans les négociations diplomatiques, et réclamaient une neutralité absolue, manifestée par une invitation, tant aux puissances occidentales qu'à la Russie, de suspendre les hostilités.

La Cour de Vienne en eut « un grand mécontentement » que Bismarck enregistra avec un secret plaisir; M. Prokesch se flattait que la discorde ne tarderait pas à se glisser parmi les confédérés f; mais la discorde arrivait trop lentement au gré du ministre autrichien, Buol, qui dépêchait le 3 juin à Pétersbourg le comte Szechenyi avec un ultimatum appuyé sur la convention du 20 avril : il se flattait de mettre les confédérés en présence d'un fait accompli et de dissimuler à la Russie les discordes du camp allemand. Il n'y parvenait guère : avec un rare talent de temporisation et de lenteur, les cabinets de Munich, de Stuttgart, de Dresde, promettaient, retenaient, objectaient, tergiversaient. Ils avaient décidé que l'adhésion au traité austro-prussien était une question fédérale et ne pouvait recevoir solution que de l'assemblée de Francfort ; or, comme le constatait Bismarck, « la marche des affaires était lente à la Diète ». Ainsi les mois s'écoulaient, les troupes anglaises et françaises arrivaient à la mer Noire, les Russes évacuaient les Principautés et on délibérait encore à Francfort sur un projet d'invitation à la France et à l'Angleterre de conserver la paix, à la Russie d'abandonner les Etats danubiens : le double fait était acquis, des premières par un refus, de la seconde par une acceptation ; mais la Diète délibérait toujours. Et cela était très dans les traditions du « Bundestag ».

Le 25 juillet enfin, plus de trois mois après la signature àt

i. Prokesch û Buol, la juin 1854. Aus seinen Briefen. p. 376.

QOERHE DE CRIMLK

entre la Prusse el I' Wlrichc, la Dièle Cédé]

y adhérai solennellement Mais ces lenteurs, les rêlioners

■ uvi rnemi nts, énervaient L'effet de

Celle adhésion : il était certain que si l'Autriche demandai! un

léralion de passer des projeta aux actes, <lu

papier aua armements, elle se hcurterail a de r relies len-

irurs et à un refus enveloppé de politesse. Bi marck, partisan

b ion vei limite envers la Russie, n'en pouvait

élit" fâché : la force même dos choses amenait ce qu'il avait

prévu avec justesse el netteté; les intérêts de la Prusse

i pas a une intervention en faveur de l'Autriche,

mais ;'i une attitude réservée et amicale envers la Russie ; La

inl S intervenir en affaires où elle n'était

mais elle devait cultiver l'amitié russe pour

en profiler un jour lointain contre L'Autriche, comme celle-ci

•Tait tiré parti en 1 850 contre la Prusse. En gardant cette

circonspecte, La Cour de Berlin groupait autour d'elle

aces, également intén^siVs j la neutraliti .

pouvsil espérer <• une diminution de t'aUftchemenl i

il'un tvvîivmi'iil en faveur de lu l'rnw *.

dé la justesse de ses vues, Bismarcli persévérai! dans

' il«-- à L'Autriche, sinon dans l'accomplissement

iffieiels, au moins dans sa correspondance

dans ses rapports personnels avec le roi. Il

lillaume 1\ de mobiliser deux cent

hommes dans la lluule-SUésic, « de façon que ces

fussent à même de franchir avec la même facilité tout

lutrichienne que lu frontière russe ».

ince, absorbée par sa guerre contre la Russie, n'était

i ii n «ment la frontière du Rhin.

Hotti anglaise n'était guère à redouter.

clouée sur place », et la situati l

Prusse transformée en Allemagne. Le roi fut ébranlé par celle démonstration, mais non convaincu. Il sourit avec complaisance et répondit en dialecte berlinois : « Mon petit, tout va c'est très beau, mais je le trouve trop cher. Un homme de l'espèce de Napoléon peut se permettre de ces coups d'éclat, mais non pas moi 1. »

Déçu dans ses espérances d'entraîner dans son sillage la Prusse et même l'Allemagne entière, Buol négociait plus étroitement avec la France et l'Angleterre, et, le 8 août 1854, il signait à Vienne l'acte connu sous le nom de a note des Quatre Points ». Aux termes de cette pièce, les Cours de Paris, de Londres et de Vienne formulaient quatre exigences : 1° remplacement du protectorat de la Russie sur les Principautés danubiennes par une garantie collective des puissances ; 2° liberté de navigation sur le Danube ; 3° indépendance de l'empire ottoman par la revision du traité de 1841 ; 4° renonciation par la Russie à tout patronage exclusif sur les sujets chrétiens de la Porte. En signant cette pièce de si haute importance, le cabinet de Vienne ne s'était pas demandé s'il contrevenait à son traité avec la Prusse, qui lui interdisait « de conclure une alliance en désaccord avec le présent traité ». 11 avait, avec quelque désinvolture, réservé le droit de soumettre la note du 8 août à l'adhésion de la Prusse, persuadé que ce modeste subalterne s'empresserait d'obéir à cette dédaigneuse invitation.

Ces manières faisaient bondir M. de Bismarck, car elles ravalaient son pays « au rôle de zéro à la suite de l'Autriche..., le mettaient politiquement au niveau des petits

Etats. » Sa correspondance officielle est pleine d'amères récriminations. 11 se plaint que l'Autriche « ait contracté des

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