‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 136 sur 167 · L'aflaire devenait fédérale : elle n élail pas près · texte numérisé non relu

L'aflaire devenait fédérale : elle n élail pas près

,1 J ..I Ml.

:■■ ■!. avait suivi ces événements avec attention, car il

I une heurcus casion pour la Prusse de diriger

dieations allemandes; il croyait, à torl semble-t-il, I \ ienne profilerai! de ci tl îcaaîon pour

1 ,ih..ii.

s'attacher le gouvernement danois », et tenait d'autant plus à une intervention en faveur des duchés. Il entretenait individuellement ses collègues de Francfort « de la violation des droits garantis par la Confédération », et exprimait le désir que les duchés adressassent à la Diète « une plainte fondée sur les traités et la résolution fédérale du 29 juillet 1832 »>. Il ne doutait pas que dans ces conditions la Diète intervint « pour prendre sérieusement et avec plaisir les intérêts dt> plaignants en main1 ». Mais qui prendrait l'initiative de cette requête? Bismarck aurait désiré qu'elle vînt, non de membres isolés du Parlement, mais des Etats provinciaux du Slesvig, du Holstein ou du Lauenbourg. Or le temps s'écoulait en échange de notes, rapports, dépêches, et seuls des particuliers protestaient.

Lors de son voyage à Paris, — motivé en partie par ces diflicultés, — Bismarck eut l'occasion d'entretenir Napoléon 111 de la question des duchés; il le trouva insuffisamment « pénétré de l'esprit du droit féodal », et s'évertua à lui démontrer que les éléments germaniques ne pouvaient se laisser « opprimer par les Danois avec la passion inhérente à une majorité parlementaire démocratique et fanatisée par le sentiment national ». Ainsi qu'il était dans la tournure de sou esprit, Napoléon fît dévier la conversation dans de vagues aperçus sur l'union Scandinave; mais le Prussien était tenace, et, malgré son interlocuteur, ramena l'entretien sur la nécessité pour son maître « de protéger les sujets allemands contre l'oppression du roi de Danemark », et il fil entrevoir la possibilité d'une agitation en Allemagne si le gouvernement de Copenhague ne cédait pas aux aspirations légitimes des populations des duchés. L'empereur montra quelque étonne-

4. Bismarck a MantcufTH. 27 mai 185G. Correspondance diplomatique, I. Il, p. 170 et suiv.

i ES I" BS1ERES INNEES DE MU3CK0HT itl

■■ cette éventualité; il désirai) avant toutes choses « os

oir La paix de l'Europe compromise dans celte atfaire ",

• madré visiteur lui signalait L'intervention de

tomme toute pacifique, il approuva révocation de i rancforl, [mihi'muiir- l:i miri'iT h Vn résultat |niinL '. irck li' séduisit loul 6 Eail en développanl ■ uiger il une domination de la démocratie à Copene résultai de > cl entretien ne fui pas direct el inaniôi ;. y avail posé d'utiles jalons pour faciliter .'; in di la Diète, En automne, enfin, les onze députés protestataires el les États il 11 Lauenbourg en appelèrent a l'Assemblée BSdérak : presque en même temps, La l'eusse ci l'Autriche invit.'iicul la Diète a intervenir en laveur des populations ger- ■

maniques des duchés. Le îi novembre l'assemblée m naît

une commission de sepl membres, -- les délégués de la

l'Autriche, des quatre royaumes el de la Kcoao ' électorale, chargée de délibérer sur ces deux protesta- Uona,

Bîsnmrel* en suivil les séances avec une attention tendue ;

:lle cl privée procive l'importance

qu'il attachai! puur sou pays â celte affaire. Le délégué du

avait demandé à la h Diète d'examiner si [e gouvar-

danois avail rempli ses obligations et, dans le cas

MWlruirc, de lui prescrire de tenir ses engagements a. La Cour

de Vienne, hésitante et timorée, ivfloulail qu'une pareille

injonction i'i)truin/il li m.' dd m \,\ i ,'■(■; i],-,i !>■ Danemark reJusail

soumettre et proposait d'exclure de la corn

Ué I \ rii:n. i l. -,>nn:n-. f ;i-,:n:irc.l< avail double

soutenir la proposition du Hanovre : prendre la

avril IBBÏ. Hnrfe m GtHack, p. îli

contre-partie de la politique autrichienne; grouper, autour de la Prusse, le Hanovre et les petites puissances en favorisant leurs tendances allemandes. Il y mit tout son cœur, à l'excès peut-être, car le résultat le plus net fut de solidariser l'Autriche, la Bavière, la Saxe, le Wurtemberg, contre le nou- | veau groupement ; cependant, après des débats assez vifs, les 1 1 1 et 25 février, la Diète déclara fondées les réclamations du ! Holstcin et du Lauenbourg et inconstitutionnelles les ordonnances de 1854 et 1856 qui ne donnaient pas aux duchés l'indépendance résultant du droit fédéral; le gouvernement i danois était donc invité à établir un état de choses conforme ! aux lois de la Confédération et à ses traités avec la Prusse et \ I1 Autriche.

Prises dans le sens désiré par le Hanovre, ces déclarations eussent entraîné à brève échéance une intervention armée dans les duchés. Mais le gouvernement de Vienne redoutait cette solution et ses satellites n'y voyaient aucun avantage. Le cabinet de Copenhague répondit donc aux injonctions germaniques par un copieux mémoire et les négociations se perpétuèrent à Francfort avec cette vitesse de tortue qui indignait si fort le délégué prussien. Celui-ci trouvait que <( les sentiments pacifiques de la Confédération surpassaient l'attente du Danemark », et, en avril, il proposait de mettre en demeure le gouvernement danois « de faire connaître dans un délai de six semaines comment il comptait régler la situation des duchés ». C'était, sous une forme polie, la menace d'exécution fédérale, et la Cour de Vienne le comprit ainsi ; mais elle joua très finement la partie; elle laissa entendre que la Prusse était naturellement désignée pour prendre les mesures de l'exécution. Bismarck s'en émut. « Il serait certainement très désagréable pour la Prusse, écrivit-il à son ministre, d'avoir i\ décliner cette mission d'honneur en présence d'une

ii formelle de la Diète, H pourtant ce sérail chose : l'accepter1, n

Le Danemark profitait de ces lîraUlemente p ■ traîner

■■. --n longueur, Toul l'été passa en délibérations

■ , :'i h Diùle, recours aux instractioi gouvernements, négociations avec le cabinet de Copea

de Bismarck 6 Berlin et ù Bade ou séjournai! le

1 ■ Prusse, interventions des ambassadeurs étr

irnemenl danois dul accorder quelques concessions

ci in novembre 1858 un manifeste royal abroges pour tes

duchés les luis constitutionnelles de 1855, mais an résen anl

la droil du arque de rétablir l'union constitutionnelle du 1^

Hul-ti-în el du Lauenl •g avec le reste de la monarchie.

Lob Etats du Holsteîn, convoqués enjam ior 1859 pour donner Isa avis sur le problême constitutionnel, mwiih.'Mèri'iii - U-.dJspositiuns les plus irréconciliables1 ». El la dispute continua.

Tetétail l'étal de la question au printemps de 1889. Elle nV'hiil pas sortie dea dispositions préliminaires, te pri se perpétuait; il devait se prolonger jusqu'en 1863, où te brusquemenl aggravé par la mort du roi Frédéric \ II, et compliqué par la récente arrivée de Bismarck an pouvoir.

■ ■- n'.iMui'iif pas eu, à leurs débuta toul au .■■ continuité telle que l'existence de Bismarck en eûl

. :n. ni absorbée. Dans l'été de 1857, il avait profité

(l'une invitation de chasse en Suède pour s'arrêter à Copen-

s'y occuper <i de musées et de politique ». Il avait

iieni nu' ilitt' !>■ jinijrt de visiter les diverses Cours avec

I Bismarck ;i Manlciiffd. 30 juin 181*. Corrttpandaiica dipUnrtaHqu:

i i Utt.

, ■ t.. II,

lesquelles il était en relations, Vienne, Paris, Copenhague, d'y fréquenter ses adversaires politiques pour les mieux connaître. Son séjour en Danemark fut d'ailleurs de coude durée, il passa en Suède et pendant deux semaines mena cette vie de chasse en forêt où l'ancien junker de Kniephof se replongeait avec volupté. Les lettres à sa femme retracent son parfait bonheur en termes pittoresques et enthousiastes, presque émus : « Pas de villes, pas de villages, aussi loin que la vue peut atteindre; seulement quelques cabanes de bois isolées ; avec un peu d'orge et de pommes de terre, quelques perches de terrain cultivé, perdu au milieu des arbres rabougris, des rochers et des broussailles... De hautes bruyères, alternant avec des herbes à ras de terre et des marais et avec des bouleaux, des genévriers, des sapins, des hêtres, des chênes, des aulnes, tantôt serrés les uns contre les autres, tantôt clairsemés, le tout entremêlé de roches innombrables, ayant souvent la grosseur d'une maison, et exhalant une odeur de romarin et de résine, et çà et là des lacs aux contours bizarres, bordés de collines de bruyères et de forêts. Cestlepays de mes rêves, je voudrais avoir au bord d'un de ces lacs tranquilles un petit pavillon de chasse et le peupler pour quelque mois de tous mes bien-aimés en ce moment à Reinfcld. » Et un autre jour : « Hier nous avions des sites merveilleux, de grands lacs avec des îles, des torrents précipités sur des rochers, des rives de granit avec des sapins et des roches grises, des plaines de plusieurs milles sans maisons ni culture, tout tel que Dieu Ta créé, forêts, rochers, bruyères, marais, lacs. J'émigrerais bien un jour ici1. »

i. Bismarck à sa femme. 10 et 19 août 1857. Briefe cm seine Braut «*f Gattin p. 381-382. Proust, le prince de Bismarck et sa correspondant* p. 91 et suiv.

l.!-:s DERRIÈRES \KsAw DE FRANCFORT

: idonl de chasse, Bans gravité au premier abord, devait avoir il- longues conséquences sur son activité el Heme ïon caractère. En chassant, il Lomba sur une pointe de roche el se blessa au libie gauche: la blessun pai insl^-iiHi.niir, il l.i trti'l;i |.u't' quelques compresses el le mépris. {Hais le plaie étail assez profonde, elle atteignait une artériole, ferma pas définitivement. En 1889, sous l'influence d'un mauvais emplâtre, le mal empira tellement que la vie de Bismarck fui a deux reprises en danger. Les soins guérirent la plaie, mais l'oblitération de l'artériole entraîna une phlébite et une surexcitation de tout le système nerveux ' ; ce lut le commencement de cotte maladie des nerià dont le ofaaniiiûVil si longtemps, qui altéra parfois Bon earaotàre :; lira souvent parti comi 1 ■ arme diplomatique.

It. — Peu après le retour du voyageur h I rancfort, ■■■ événement se produisit qui changeait ladirection poliliqueda ■ ■i devait avoir une profonde influence sur la d I. el de sa [>alrie.

Préoccupé des relations difficiles de son gouvernement avec la ' îour de Vienne, Frédéric < luîllaume IV détail rendu au printemps de 1887 en Autriche dans l'espoir de lésante

fcorer; il 1 1 ' v avait j f réussi el revenait de ce voyage

mécontent, énervé, surexcité. Il s'arrêta a Dresde, où peutêtre de nouvelles difficultés augmentèrent aon malaise phy- : : ■ a Berlin, le '21 juillet, il fui

■ Biamarefc n'eut de i ifi.s Inlci rsllcs les sentimenl d une bon

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. .. , i II |. ï'Ji et les (.llii'ii'iis |iru--pii:- in- /il .|ii.' l'i'li.l

i! lust. Ut maire I I

atteint d'une légère attaque; il semble que ce fut la seconde, la première l'aurait frappa pendant les journées de mars 1848. On espéra le guérir, son état s'améliora quelque peu, il put voyager, passer une revue1, tenir un conseil des ministres, mais en octobre une nouvelle attaque l'atteignit profondément et le mit dans l'impossibilité de continuer le gouvernement de l'Etat. Le 23 octobre, il signait une ordonnance qui confiait au prince de Prusse pour trois mois l'administration des affaires publiques.

Guillaume, prince de Prusse, était alors Agé de soixante ans. Sa haute taille, sa moustache blanche et ses favorisa la russe lui donnaient l'aspect d'un colonel rébarbatif; le sourire, doux et indulgent, corrigeait la sévérité de l'allure ; il avait conservé des romans de sa jeunesse une politesse élégante et de bon ton par laquelle il plaisait. Ce n'était pas un homme d'idées géniales et de vastes pensées; mais il avait de la réflexion, du bon sens, un profond sentiment du devoir. H était chrétien, peut-être sans douloureux examende conscience, mais par fidélité à la foi de ses pères, par besoin religieux, et pour expliquer la marche obscure des choses. 11 ne creusait pas les poignants problèmes de l'humanité ; les revendications nouvelles lui étaient étrangères ; il s'en tenait à Tordre établi par la tradition. Il n'avait pas une prompte compréhension des affaires ; il hésitait avant de se décider et dans ce premier examen il admettait qu'on influât sur lui; mais quand sa décision était prise, il s'y tenait fermement et ses plus intimes avaient peine à l'en écarter. Dans sa jeunesse, il ne s'était pas formé pour la direction de l'Etat et il avait borné son idéal à l'armée ; l'effondrement de son pays, l'envahissement de l'étranger, la campagne de France avaient marqué

1. Kanke, Friedrich-Wilhem IV, dans Allgemeine deutsche Biographie. t. II, p. 77(3.

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