‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 143 sur 167 · Bismarck a son frerc, 8 mai 1850. Bismarckbriefe, p · texte numérisé non relu

Bismarck a son frerc, 8 mai 1850. Bismarckbriefe, p

2. Bibmarck ix sa femme, 4 avril 1859. Briefe an seine Braut und G*M*

du « cœur brisé » de son époux ; le tzar, calme et froid, se courrouçait dès qu'il prononçait le nom de l'Autriche ; Gortschakoffd essinaitdes plans « léonins et astucieux », et tendait des embûches à l'adversaire.

Envers le Français, le sentiment était contraire ; déjà lors I du Congrès de Paris, un certain courant de sympathie avait j entraîné le vaincu vers son généreux vainqueur ; Napoléon III, ! habile plus qu'à son ordinaire, avait ménagé les susceptibilités naturelles delà Russie qui en avait marqué quelque étonnement et quelque reconnaissance ; depuis lors les cabinets de Pétersbourg et de Paris étaient en coquetterie réglée; ce n'était pas l'alliance, mais une certaine communauté d'action. Par inclination naturelle et solidarité d'intérêts, le cabinet de Pétersbourg serait volontiers intervenu dans la lutte, mais il était inquiet de l'allure révolutionnaire des patriotes italiens, méfiant des menées des Hongrois, en souci d'une révolte en Pologne. Dans ces conditions, il n'avançait qu'avec circonspection, remuait quelques troupes sur la frontière de Galicie, prodiguait ses conseils pacifiques et finalement prônait la panacée du temps, la réunion d'un Congrès. Pendant quelques jours les diplomates tentèrent de rattacher la paix à cette idée lumineuse, et Bismarck recevait par jour trois ou quatre dépêches chiffrées, courait en conférer avec Gortschakoff, le comte de Mon tebello, ambassadeurde France, lord Napier, ministre d'Angleterre, secouait ses secrétaires, « usait ses yeux » à chiffrer lui-même ses réponses !. Mais le remède ne fut pas absorbé. L'Autriche n'en voulait pas.

Le gouvernement de Vienne préparait la guerre; il avançait ses divisions sur l'Adige et appelait à son aide « son fidèle confédéré ». L'archiduc Albert était venu à Berlin pour pro-

1. Bismarck a son frère, 8 mai 1859. Bismarckbriefe, p. 255-256.

poser une guerre nationale contre la France : l'Autriche et la Prusse rassembleraient chacune 250.000 hommes sur le Rhin, les deux souverains auraient la direction commune des armées, Ce projet fut reçu froidement par le gouvernement prussien1: il voyait ce qu'il donnait, moins ce qu'il recevrait; d'ailleurs l'attitude de la Russie était inquiétante; elle se déclarait neutre « à moins que l'Allemagne ne s'engageât dans la cause de l'Autriche, sur des données conjecturales...; dans ce cas, la Russie croirait devoir s'opposer à toute immixtion qui aurait nécessairement pour effet un embrasement général et d'incommensurables calamités2 ». L'archiduc Albert était donc parti fort déconfit; l'Autriche avait adressé au Piémont un ultimatum menaçant, et les hostilités s'étaient engagées sans que le gouvernement prussien eût arrêté son attitude définitive. Les premiers combats en Piémont, àMonlebello, à Palestre, surexcitèrent les sentiments pan-germaniques ; la presse réclama avec énergie l'intervention de toutes les puissances allemandes en faveur de l'Autriche. Influencé par ce mouvement général, le prince Guillaume envoya le général Willisen à Vienne pour reprendre les négociations ; le cabinet autrichien s'était modifié depuis la déclaration de guerre, le comte de Rcchberg, président de la Diète, avait pris la direction des Affaires étrangères ; les premières défaites le portaient à la conciliation, il fit quelques concessions à la Prusse. La | bataille de Magenta décida le régent; par une résolution soudaine3, le 14 juin, il décréta la mobilisation de six corps

1. Friedjung. Der Kampf um die Vorherrschaft in DeutschlanJ. t. L (1897), p. 13. Sybcl. Die Iicyriindung des deutschen Reichs. t. Il, p. 318.

2. Note de Budberg, ambassadeur de Russie a Berlin, à M. de Schlelnitz, 3 mai 1859. I£. Olivier. Napoléon III, général en chef. Revue desDeui" Mondes du 15 mai 1899, p. 34G.

3. L'sedom a Bismarck, 30 juin 1859. Bismarck- Jahrbuch, t. IV (Hfljb p. 153. Klûpfel, Geschichte der deutschen Einheilsbestrebungcn, 1. 1, p. M»

A PETEBSBOURG «9

d'armée, 180.000 hommes; le 24, Scbleïnîlz adres

i ussiens une circulaire qui posail en principe le main- (ii-ii des |"iss<'ssions de l'Autriche en Italie cf ne dissimu-

que cette politique pourrait « mettre la Prusse dans le ■■■,,- d'avoir une guerre avec ta France ».

ordres el paroles ne plaisaient pas à M. de Bismarck. « Cela va nous couler bien de l'argent mutile, écrivaitil au commencement de juin ; heureusement nous réfléchirons a fond a vn ni de mettre L'Europe entière en flammes pour plaire -, quelques petits princes el tirer d'affaire l'Autriche a nos frais'. « Ses grognements redoublèrent lorsqu'il vit que la

: iîI prête ;i partir en guerre, n Je vois l'avenir avec

ululait-il le I" juillet; nous avons armé" trop toi el trop

fort, cl le poids du fardeau nous entraîne sur uni.' pente Jin finira pardonner, pour occuper la Londwchr, parce renvoyer simplement à le maison...

Si cela va mal pour nous, les ÉIuIm eu hI< 'dures nous abandonneront, comme des fruits isis que le vcnl fail tomber de

l arbre, el chaque prince, dont la résidence aura reçu une

■ fi jaise, se sauvera patriotiqucmcnl Bur le radeau

d'une nouvelle Confédération du Rhin. » Et le lendemain il rt>jn'-iiiii mélancoliquement ; ■■ L'avenir est sombre '. » Soudain, tout change. La bataille de Solférino ne .

es pour lea alliés, recul des Autrichiens, mais sans caractère décisil", lorsque les deux

■ .-i l'étal de l'Ail 'magne, Lu Prusse hôlail su mobilii cidée maintenant .- ta guerre; le V juillet, elle pru-

t Bratii und OatUn,

posait à la Diète la réunion des troupes fédérales sous son propre commandement. Et de cela la France et l'Autriche avaient une égale terreux.

D'une intervention de l'Allemagne, Napoléon avait h redouter l'invasion immédiate de l'Alsace. Les alliés n'avaient remporté leurs victoires en Lombardie qu'avec peine, la France avait dû donner de toute sa force et dégarnir sa frontière de l'Est ; elle n'aurait pu opposer que 120.000 hommes à l'armée de 400. 000 soldats qu'aurait dirigée la Prusse. Napoléon connaissait exactement cette situation, il ne pouvait espérer aucun secours, l'Angleterre parlait de médiation et la Russie prodiguait ses bons conseils : « Au nom de notre Auguste Maître, écrivait Gortschakoff à son ambassadeur en France, je dois vous engagera priertrèsinstammentM. le comte Walewski de demander à l'Empereur des Français si Sa Majesté croit le moment opportun pour des pourparlers pacifiques1. » Napoléon essayait de se concilier le régent de Prusse en lui deman- , dant sa médiation ; le prince Guillaume refusait, poliment mais nettement 2, et continuait d'avancer ses troupes.

L'Autriche allait recevoir un secours décisif, mais quel secours î Un succès de la Prusse serait un désastre moral pour l'Autriche, car après ses propres défaites en Italie elle perdrait sa situation en Allemagne; la Prusse, qui aurait conduit les troupes allemandes à la victoire, prendrait la direction des Etats confédérés. En vain l'Autriche demandait-elle ù la Diète le 7 juillet que le prince régent exerçât le commandement général sous la surveillance de 17 commissaires fédéraux; jamais la Prusse n'accepterait ce contrôle ; elle voulait diriger la guerre ou refuser son concours, tout ou rien ; l'Autriche

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