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n'y avait pas de compatibilité. Il avait voulu prendre conseil des hommes de 1848, Auerswald, Schwerin, et il était retombé entre les mains des. militaires, Roon, Edwin de Manteuffel. Son cabinet était divisé ; le prince de Hohenzollern, découragé ne gardait la présidence que par dévouement au roi; le ministre des Affaires étrangères, Schleinitz, était vivement critiqué par les divers partis pour l'indécision de sa politique; les ministres libéraux étaient attristés par la difficulté de leur situation, pris entre le monarque qui retournait à ses idées d'antan et la Chambre qui se cabrait; seul le ministre de la guerre, Roon, était plein d'activité et d'espérance ; il avait toute la confiance du souverain, qui créait pour lui le 16 avril 1861 le ministère de la Marine, et il en profitait pour saper à plaisir ses collègues libéraux ; il avait adressé au régent dans l'automne de 1860 de secrets rapports où il exposait ses différends avec les ministres qui voulaient réduire ses demandes budgétaires, et en prenait occasion pour tuer leur influence auprès du souverain !. Il guettait une occasion pour les chasser et un homme pour les remplacer ; en juin, il crut avoir trouvé l'occasion et l'homme.
Le roi Guillaume voulait donner à son couronnement un caractère mystique, autoritaire, féodal, l'occasion d'affirmer son droit divin. Il résolut de se faire sacrer à Kœnigsberg, dans la ville où avait été couronné en 1701 le premier roi de Prusse, et de recevoir, dans des formes hiératiques, de ses féaux sujets, l'acte d'hommage avec prestation de serment. Les ministres peinaient à lui démontrer, sinon le ridicule, au moins la désuétude de ces formes qui ne répondaient plus aux relations nouvelles créées par la Constitution. 11 aurait peut-être cédé, si Roon et Edwin de Mantcuffel ne l'en avaient
i. Roon. Uenku-ûrdiykeiten, t. Il, p. itG.
empêché: Le 26 juin, ils le décidèrent à la résistance et le roi les chargea de chercher d'autres ministres. Le lendemain, Roon appelait Bismarck à l'aide. « Je me demande, lui écrivait-il, si vous tenez l'hommage traditionnel pour un attentat contre la Constitution... Si vous partagez mon opinion, si vous regardez comme pur charlatanisme doctrinaire, comme conséquence d'engagements politiques et de situations de parti, la prétention de nos bons petits camarades de jeu, qui allèguent» ne pouvoir s y résigner, vous n'hésiterez pas i\ entrer dans le conseil du roi et à résoudre la question de Thommage d'une manière correcte. » Il lui offrait donc le ministère des Affaires étrangères ou celui de l'Intérieur, au choix de Bismarck et ajoutait : « Le roi souffre épouvantablcment. Ses plus proches parents sont contre lui et lui conseillent une paix boiteuse. Que Dieu le garde de céder ! Nous irions à pleines voiles nous enliser dans cette mer de boue qu'on appelle le parlementarisme1. »
Cette proposition prit Bismarck au dépourvu ; il était content de sa situation à Pétersbourg, et, récemment encore, il exprimait l'espoir qu'elle se prolongerait « jusqu'à ce qu'il pût aller se reposer à Schonhausen ou à Reinfeld et y faire confectionner son cercueil sans précipitation 2 ». Pour l'heure, il préparait son voyage annuel en Allemagne où il comptait passer un été paisible aux bains de Kissingen ou de Stolpmiinde. Sans plaisir, il entendit résonner à ses oreilles la note aigul1 et discordante de Roon : « A cheval. » Il répondit donc, par télégramme et par lettre, en termes dilatoires : il ne mettait pas en doute le droit pour la Couronne « d'exiger
1. Roon à Bismarck. 27 juin I8lil. Col h» important»' correspondance* publiée dans les benk'wiirdiykeUen <\r Roon, a élé. reproduite par Bismarck dans ses Pensées et Souvenirs, t. 11, p. 30") et miîv.
2. Bismarck à M«" d'Arnim, 26 mars IH01. iïishiarckbrief'e, p. itOI.
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Thommage personnel de chacun de ses sujets et de chaque corporation du pays », mais craignait que ce fût là une mauvaise plate-forme pour les élections. « La masse des électeurs, écrivait-il, bons royalistes, ne comprendra pas la question, cl la démocratie la défigurera ». Mieux vaudrait « profiter des irrégularités palpables de la majorité dans la question militaire..., dissoudre la Chambre et soumettre ainsi à la nation les rapports du roi avec ces gens-la ». Il ajoutait qu'il était encore souffrant, « las, abattu, paresseux d'esprit », que la situation lui était mal connue, et qu'il ignorait le programme du futur cabinet. 11 annonçait, d'ailleurs, son prochain départ pour Berlin. « Le reste, de vive voix1 ». Il était aisé de comprendre qu'il se souciait médiocrement de prendre le pouvoir : il trouvait que son heure n'avait pas encore sonné.
Lorsqu'il arriva le 9 juillet à Berlin, la crise était terminée; au désespoir de Roon, qui trouvait « l'abcès mûr », le roi avait reculé devant les dangers de l'opération ; il avait renoncé à l'hommage héréditaire, par égard pour les modifications apportées par son frère à la constitution de la Prusse, et se contentait du couronnement solennel. Le parti réactionnaire avait poussé les hauts cris et la Gazette, de la Crois avait publié un article si vif que le roi ne lut jamais plus ce journal. Mais le cabinet s'était ressoudé ; seul le ministre des Affaires étrangères, Schleinitz, maintint sa démission ; il fut remplacé en automne par le comte de Bernstorff, ambassadeur en Angleterre, mais dans des conditions si précaires qu'il conserva officiellement le poste de Londres et délégua un chargé d'affaires pour le gérer provisoirement; Schleinitz reçut le ministère de la maison du roi.
Accouru pour sauver l'Etat, Bismarck ne trouva personne