‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 154 sur 167 · Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I, p · texte numérisé non relu

Bismarck. Pensées et Souvenirs, t. I, p

2. Bismarck a sa femme, £'* mai ItfCi. loc. cit., p. 472; à son frfcre. 23 et 30 mai , Bisuiarckbriefe, p. 333 el 33.J; à Roon, 1 juin : i6ti/, p. 337.

réservait toute sa force et toute son initiative pour le moment où il serait maître du pouvoir; ses amis plaideraient mieux sa cause en son absence et le roi sentirait plus vivement quel homme et quelle force il avait éloignés. Il lui plaisait, enfin, de fréquenter quelques semaines à Paris l'empereur et les hommes politiques pour mieux connaître ses rivaux du lendemain.

Il partit rapidement, non sans poser encore avec Roon quelques utiles jalons pour son futur ministère. Le 20 mai, il s'installait rue de Lille, dans l'hôtel construit pour Eugène de Beauharnais.

Trois jours après, il était reçu par Napoléon III. « avec entrée au palais en voiture impériale, cérémonies et déploiement de dignitaires ». L'audience fut d'ailleurs brève et ^.-^r** de conversation banale; l'entretien sérieux fut remis de quel- /-*•

ques jours; la vie mondaine battait ses derniers jours; au milieu de juin, l'empereur partit pour Fontainebleau, et sur son invitation, Bismarck s'y rendit le 20. Les deux hommes d'Etal firent une longue promenade dans le jardin réservé1. Après quelques phrases sans portée, à brûle-pourpoint, Napoléon posa cette question :

« Croyez-vous que le Roi serait disposé à conclure une alliance avec moi ?

« Les dispositions dont le Roi est animé pour la personne de Votre Majesté sont les plus amicales, répartit prudemment le diplomate, et les préjugés qui autrefois chez nous régissaient l'opinion publique à l'égard de la France ont à peu près

1. Cette curieuse conversation a été rapportée le surlendemain par Bismarck au ministre des Affaires étrangères et commentée dans une lettre privée à BerustorfT. Ces deux pièces ont élé publiées par Horst Kohi dans le lilsmurck-Jahrbuck> t. VI, p. 150 et suiv. Bismarck en a refait le récit, avec quelques variantes, dans ses l'ensêes et Souvenirs, t. 1, p. 324 et suiv. Nous avons préféré la première relation.

£08 HléMAR'JK

disparu. Mais les alliances ne sont fécondes en résultats qu'en tant qu'elles sont le produit naturel des circonstances qui on déterminent le besoin ou l'utilité; pour une alliance il faut un motif ou un but. »

L'empereur contesta cette opinion : « Il y a des puissances qui sont amies Tune de l'autre, il y en a qui le sont moins; ,:t , en vue d'un avenir incertain, on doit placer quelque part sa confiance. Ce n'est pas à l'intention de quelque projet aventureux que je parle d'alliance; mais je trouve à la Prusse et à la France tant de conformité d'intérêts, qu'il doit y avoir des éléments d'une entente intime et durable dès lors que les préjugés et les partis pris n'y font plus obstacle. Ce serait une grande faute que de vouloir créer des événements, mais ils arrivent bien sans nous, et sans que nous puissions en calculer la direction et la force : il faut donc se prémunir en avisant aux moyens pour y faire face et pour en profiter. »

Napoléon continua h développer cette idée d'une <c alliance diplomatique » dans laquelle on prendrait l'habitude? d'une confiance réciproque, et où Ton apprendrait à compter l'un sur l'autre pour les heures difficiles. Puis, s'arrùtant tout à coup, il reprit :

« Vous ne sauriez vous figurer quelles singulières ouvertures m'a fait faire l'Autriche il y a peu de jours. Il parait que votre nomination et l'arrivée simultanée de M. de Budberg1 à Paris ont produit une espèce de panique à Vienne-'; le prince Metternich m'a fait entrevoir les appréhensions de son gouvernement en ajoutant qu'il venait de recevoir des instructions d'une portée tellement vaste, qu'il en était efTravé

Page 1