‹ Bismarck et son temps (volume 2)Chapitre 20 sur 167 · I. KeadeJI, toc. cit., p · texte numérisé non relu

I. KeadeJI, toc. cit., p

r>C BISMARCK

du voisinage, il est craint et aimé; on ne sait, quand il arrive, s'il sera charmant avec les femmes, ou s'il lâchera un jeune renard dans le salon, aimable plaisanterie qu'il fit un soir i\ ses cousines.

Aux fêtes mondaines, aux « thés esthétiques », il préfère quelque bonne réunion de camarades, où 1 on mange ferme et boit sec ; de Ivniephof, on avait fait Kneiphof, la gargote à tabagie. A Stettin, les hobereaux se réunissent parfois pour des festins au Champagne, et Bismarck est célèbre par son coup de fourchette et de hanap : il s'est entraîné à Gottingue i\ l'art de boire et si1 vante de ne craindre personne.

Kl malgré toute cette agitation, il est seul, toujours seul,

morne avec les autres: il n'est guère lié avec son frère;

Maurice de Hlanckenburg, son unique ami, est ou fiancé ou

marié, habite i\ une certaine distance et s'absente souvent; il

n'a personne en qui se confier, et dans ses lettres les plus

joyeuses on sent une mélancolie qui cherche à se leurrer. 11

fréquente peu les femmes. Il n'est |>as un modèle de vertu,

mais depuis ses désordres d'Aix-la-Chapelle, il est dégoûté de

la debauchc. IV \ieilles dames, marieuses enragées, ont tenté

de le harponner; elles l'ont présenté à des G retc lien s blondes

et charmantes: ec> gentilles enfantsnelui ont plu que le temps

d'une rapide ileurette. 11 lui manque un cœur féminin en qui

>'epancher. II le troux e bientôt dans sa sonir. l'aimable et tendre

Mal \\ i ne de Hismaivk : ils \ ix ent doives. d'Afije et de distance,

mais elle aime ce grand brusque, eï l>ïto trouve une étrange

douceur :\ m» confier à c* T.e fi'.'.exe. Ses lettres contiennent un

inelaniiv Mn^uber. or:»:. rai. d'ï.vr.ie et de tendresse ; il se

raequo des autiv>. de 1 ;: :-::: ;':*'.. \ ,v..*.i> ;\\s de l'en tank. Quand

ïl x.\ A S.-!ï*'!i::a;>en. /e>: : '...- :v .:r ;-'Li' que pour le père, et,

; e :>»o : \ '. ". e >c :: » a : *e . ,\ %; ; \ >»" . ! . ■. r, > . ."v x eo le comte d'Arnim- "iv ■ . ..*..,: v ■■ .' .. r « x. .i ............. . \'\r>\^ vtilrp aénflfi.

PÛHCTIONHAHI Cl LT1YÀTBUR 57

'i trouvé la maison bien solilaîre, Je me suis

assis près du poâle, el, tout en fumanl ma \'<\"\ je me BUÎi

ir ce qu'il y a d'égoïste el île peu naturel

pour des filles qui ont des frères, et qui plus est, des frères

encore garçons, de se marier sans avoir égard a rien, et

iratne si elles n'étaient au monde que pour suivre

inclinations. C'est la, certes, un '■ heureusement, ni mou sexe, ni moi ne sommes ■Il ailleurs le m;in n'esl ]>as jaloux de cette

rat m. llr. lu corrcs| lance se poursuit entre la

iliininiuti.' femme et le solitaire de Kniephof.

ipi oche, l'1- banquets fumeux t'atlirenl moins;

■ sur les livrer. Il ouvre, d'abord, un peu au hasard

■■. Iti>li>rii|in's, ■■■ -,■ plongi le détail,

surtout de l'Allemagne, et, dons la fit'-iif/r/i/ifiinlr ISusching,

lu s qui contiennent les données complètes sur la

des pays de l'Allcmagni ». Sa puissante mémoire - moindres détails, et, plus tard, il ém aillera ses disuintaines el précises mniniseer ie.es. Les lillératures i lui deviennent familières; il parle parfaitement ■ servant d'expressions à la fois élégantes et fortes, trouvant, sans elTorl el sans recherche, le qui classe une pensée, di (inil une >ilualion ; « ; il

: I italien el de hollandais, el il lil les poè s

tangues; il se seul attiré par les poêles anglais,

■ nui et les l.ikislrs; p.nini 1rs fniueais, il l'n"-

. Il .'■Indu- aussi ili's H'iivres île pliî-

-, n lire : il en est encore au panthéisme

il envoie un article à une gaze Mu

locale, sur un sujet d'actualité, pour défendre les droits des chasseurs, mais sans suite ni régularité. Il a de quoi répandre ailleurs son activité; il sert à l'armée tant qu'il peut, il est lieutenant de landwehr dans le corps des uhlans, les périodes do service militaire le distraient, il aime les manœuvres de régiment et les soirées au mess. II est chargé de quelques fonctions publiques; il est membre du conseil d'arrondissement, et. à ce litre remplace pendant plusieurs mois son frère comme Landrath de Xaugard; plus tard il représente la noblesse de Xaugard à la Diète de Poméranie; il y prononce même un discours « sur la consommation excessive du suif à l'assistance publique » : mais il trouve l'assemblée a furieusement ennuyeuse » et donne sa démission. 11 avait quelque temps songé à rentrer dans l'administration; pendant l'hiver 1843- 1814. il travailla de nouveau au irouvcrnement de Potsdam. mais u ses chefs l'ennuyaient, la lenteur des affaires l'exaspérait ». Quand le président lui adressait des reproches, il y rv|*»mlait par des sarcasmes, ce qui stupéfiait le grand personnage, »» bureaucrate laborieux de la vieille école ». Otto renom: a et retourna à Kniephof.

('«iinnif il avait l'oprit ]H»itéà la critique, on le traitait de libéral; svii libéralisme se bornait à railler les ronds de cuirs et entrer en conrlit avec toutes les administrations où il avait affaire. Au premier contact avec les vrais libéraux, l'autoritarisme renaîtra en lui. et il luttera pour son roi et les privilèges de sa caste.

liràce à son tra\ail o:>inu\!re. il jouit de quelque aisance; il en profite pour \o\a^v:\ Iva ISÎ2. il visite l'Angleterre; t%»:it l'intéresse, la ciiiiciirale ii'York »-. belle et imposante» pleine de \ieu\ !ai*lc.iu\ hen con>ervés ». les casernes, les iciiiio. e! la race i!e> c!ïc\.i;î\ et les rations d'avoine. A M^;\e!u>ter. il \ ÏMte pluMcur^ umucs. -« la plus grande ffthrMfBO

de machines du monde1 ». A Londres, il trouve un accueil ouvert, « une politesse extraordinaire, de tout le monde, même des petites gens ». De là, il passe à Portsmouth et à Boulogne. Il séjourne probablement à Paris a où il a quelques relations et « fait connaissance avec la ville et les gens ». II gagne la Suisse, s'arrête à Berne, où il esl malade, visite TOberland, et revient en Allemagne par Lucerne 3.

En 1844, il voyage dans le nord-ouest de l'Allemagne et séjourne longuement à Nordcrney, petite île de la mer du Nord, un des bains les plus fréquentés des côtes allemandes. Il est là dans son élément ; la mer, les tempêtes, la pêche par l'ouragan, tout l'enchante. Il écrit à son père4 et à sa sœur* des lettres enthousiastes et ironiques; alternativement, il admire « la plage superbe, de sable doux et sans la moindre pierre, avec des vagues hautes comme des maisons », et plaisante les baigneurs, un officier russe « recourbé en forme de sabre turc ou de tire-bottes, » le ministre Z... « une grosse grenouille sans jambes; à chaque morceau qu'il va enfourner, il ouvre la bouche jusqu'aux épaules; il me fait reflet d'un sac de voyage qu'on ouvre pour y mettre quelque objet. Quand je vois cela, le vertige me prend et je saisis fortement le bord de la table ». Et il termine par des tendresses pour sa petite sœur.

1. Bismarck, Lettre a son père du â8 juillet 1842, Bismarck Jahrbuch, I 181*4». p. 4.

2. La date de ce séjour n'est pas précisée. H. Kohi, Reqesten, la place à 1843, en se fondant sur une lettre du 13 août 1 S-r»3 ou Bismarck annonce qu'il va faire une pointe a Paris après dix ans depuis son dernier séjour. <Posehinger, Preussen im Dundestaf/e, IV, p. 158). Quelques autres pensent que pour aller en 1842 de Londres à Berne, Bismarck a dû passer par Paris.

3. Bismarck à son père et à son frère de Berne et Lucerne, les 9 et M septembre 1842. Bismarckbriefe. p. 7 et suiv.

4. Lettre du S août 1844, Bismarck Jahrbuch. t. III 0896). p. HO.

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