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bleus, Bismarck écouta avec plus d'attention les sermons de l'excellent Thadden \
Près de deux ans s'écoulèrent sur cette première impression : un voyage dans le Harz, dans Télé de 1846, fait en commun avec M. et Mmo de Puttkamer, précipita les événements ; le spectacle de la nature, splendeur des forêts, hardiesse des cimes, profondeur du ciel, inspire les amoureux; Otto et M11* Jeanne échangèrent de douces paroles et, semblet-il, des serments de fiançailles. Et la piété profonde de la jeune fille agit sur le cœur de Bismarck.
Une tragique épidémie contrasta avec ces moments de bonheur : le typhus décimait la Poméranie; à Kniephof, plusieurs gens de Bismarck en furent frappés; à Trieglaff, Mme de Thadden en fut atteinte et mourut; en la soignant, sa fille l'exquise Mme de Blanckenburg, contracta le germe de la maladie et fut emportée le 14 novembre. Le coup qui frappa son ami, atteignit Otto ; peu auparavant, il avait eu de longues et douces conversations religieuses avec la jeune femme; en apprenant la maladie de son amie, il avait « adressé à Dieu sa première prière fervente » ; la mort brisa ce qu'il y avait de dur au fond de son cœur. « Dieu l'avait terrassé et fortement secoué. La foi lui était revenue. »
Singuliers mélanges et contradictions dans cet homme. Sa foi était profonde et sincère; il lisait la Bible, il pratiquait ses devoirs religieux, il croyait à l'Evangile, mais tout le côté de charité et de pardon lui en était fermé. 11 n'a jamais fait grâce à qui lui a résisté. 11 l'a brisé, c'était son droit, parfois son devoir d'homme d'Etat. Mais il a cherché à le salir, et
1. Sur rette crise religieuse de Bismarck, voyez sa lettre à M. de Puttkamer, dans Briefe an seine Braut und Uattin, p. I et suiv. et Lenz. Geschichte Bismarcks, p. 29 et suiv. Le récit de Keudell, loc. cit., p. 16, est on peu différent.
par tous les moyens. De son vivant il pratiquait la calomnie comme un moyen de gouvernement, sinon par lui-môme, au moins par ses amis et ses journaux. Et après sa mort, de sa tombe, sa voix s'élève pour diffamer le comte d'Arnim, l'impératrice Augusta, Timpéralrice Frédéric, combien d'autres. Et pourtant il était sincère quand il déclarait que la vie n'avait eu de prix pour lui que depuis sa conversion.
Peu de semaines après cette crise intime, Bismarck demandait à M. et Mme de Puttkamer la main de leur fille. iVaturellement, les braves parents ne se doutaient de rien. Ils furent stupéfaits, presque indignés de cette audace. « J'en fus comme frappé d'un coup de hache sur la tête », déclara le digne M. de Puttkamer. Mais les jeunes filles ne trouvent point qu'il y ait là d'outrage. M110 Jeanne sut doucement persuader ses parents. Le 12 janvier 1847, Otto écrivait joyeusement à sa sœur « AU right *. Il était fiancé.
Leur mariage fut retardé par les débuts de Bismarck dans la vie politique. 11 passa six mois d'agitation; courant de Reinfcld à Schonhausen et de Kniephof à Berlin, de sa digue sur l'Elbe à ses champs, et du salon de sa bien-aimée à la tribune de la Diète unie. Il lui écrivait des lettres charmantes, pleines de détails agronomiques et de vers anglais, d'ironie et de tendresse, de souvenirs et de projets : les lettres du lion amoureux.
Ils se marièrent le 28 juillet 1847; et le bouillant, l'excentrique, le railleur, le brutal, le bizarre, ce « fou de Bismarck » fut un excellent époux.