En unissant les Etats de l'Allemagne par
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un lien commercial, la Prusse devient le centre des intérêts d'argent, comme elle lélait déjà pour la pensée nationale; le Zollverein et l'Université de Berlin procèdent d'un même dt-ssein et arrivent au même résultat, font l'unité pour la finance et l'intelligence allemandes. Désormais on conçoit l'Allemagne sans l'Autriche; celle-ci est portée versTEst, à ses possessions magyares et slaves, et des intérêts commerciaux se créent en Allemagne, contraires aux siens; la barrière financière qui unit les divers Etats de l'Allemagne les sépare dorénavant de l'Autriche.
La crise qui sévit en 1840 solidarise la nation par la peur de l'invasion, la colère contre l'étranger, le souvenir des haines et des souffrances communes. Tout allemand porte au cœur un double patriotisme : l'attachement au petit État où il est né, l'amour de la grande patrie. Dans le sommeil de la paix, il ne s'est souvenu que de son coin natal ; dans le souffle de la guerre, il pense au grand Empire. Le péril apparaît à la frontière du Rhin,; ce n'est pas l'Autriche, puissance d'Orient, qui défendra l'honneur allemand, mais la Prusse, directement menacée, et qui sera la sentinelle avancée, Wiicht am Rhein. Ici encore Berlin devient centre de défense et d'espoir.
Telle était la situation de l'Allemagne, lorsque le 7 juin 1810, Frédéric-Guillaume IV monta sur le trône de Prusse.
Personnalité singulière, attachante el décevante, le nouveau roi était comme certains artistes en qui bouillonnent de hautes idées, mais qui n'ont pas la faculté de les réaliser. Il avait une intelligence richement douée, une certaine puissance de travail, beaucoup d'invention, une éloquence à la manière du psalmi^c David, mais aucune pratique de la vie. Ses lectures étaient étendues, il était curieux d'art, de beDeft»
lettres, de théologie; il avait étudié l'histoire, mais il s'était
arrêté au moyen âge et restait à l'idéal du Saint-Empire
romain, orné d'atours romantiques, idéalisé par les légendes
du Rhin. Dans un pays très militaire, il n'était pas soldat ;
il aimait dans l'armée la splendeur des revues, mais non les
questions ingrates d'équipement ou de technique. Il parlait
souvent du « vieil honneur prussien », ce qu'il faisait en
mettant la main sur son épée et levant le regard au ciel ;
pour le défendre, il s'exposa parfois à la guerre; mais il
avait le cœur bon et recula par horreur de verser du sang.
Il avait des amis dévoués et qu'il aimait sincèrement, mais
il sacrifia les tneilleurs à des idées qui n'étaient pas les
siennes. Il n'avait aucune volonté, il était à la merci de ceux
» qui l'entouraient, et leur cédait, quitte à modifier ensuite son ! opinion sous l'influence d'autres arrivants ; son imagination, qui était vive, lui présentait des idées nombreuses qu'il embrassait toutes ensemble, quoique contradictoires, et quand il devait passer à leur réalisation, il modifiait sans cesse ses décisions sans pouvoir se tenir à aucune. Les irrévérencieux l'ont comparé à certaine montagne de la fable ; il i jrta « clameur si haute » qu'on le crut prêt à enfanter l'cm- I pire allemand; il accoucha d'une souris. ' Lors de son avènement au trône, il était plein de bonnes
; intentions, et les exprimait dans un style sonore et vague, \ avec des réminiscences de l'Ancien Testament et des Minnc- ! ^nger. d'où l'on pouvait tout augurer1. Il haranguait son ; k»n peuple du haut d'un balcon, faisait appel « à la fidélité | des cœurs allemands, à l'amour des Ames chrétiennes », et I promettait un avenir doré, radieux, céleste. Le bon peuple L applaudissait, illuminait et attendait. Après plusieurs mois d'at-
■: *• Wflhelm Busch, Die Berliner Marzlaye von ISi8. n. 1 \
tente, timidement se soulevèrentquelques réclamations, et, avec les formules d'une politesse respectueuse, mais précise, les députés de la province rhénane lui rappelèrent ses engagements et le supplièrent humblement « de donner ù ses fidèles sujets cette représentation nationale qui leur avait été promise1 ». Le roi fit une splendide réponse, émue et bienveillante, mais lorsque de nouvelles invitations l'obligèrent à s'exécuter, il se déroba. Le 23 février 1841, une ordonnance se borna à développer la compétence des assemblées provinciales et organisa des délégations (Ausschusse) émanées de chaque assemblée et qui devaient se réunir en commun à Berlin : telle était la « représentation nationale » annoncée depuis trente-six ans : c'était tout, mais peu.
La déception fut vive, proportionnée aux espérances soulevées par l'avènement de Frédéric-Guillaume IV. Plusieurs
Etats provinciaux protestèrent que la Couronne manquait à ses engagements solennels et en réclamèrent la complète exécution. Les journaux, enhardis par un adoucissement provisoire de la censure, se firent en termes amers l'écho de ta désillusion générale. La Nouvelle Gazette du H/un, la Gaze/te de Kœnigsberg attaquent la politique générale du gouvernement; sur la frontière saxonne, les Annales allemande* critiquent l'action personnelle du souverain ; toute une compagne de brochures est conduite par des publicistes d'opposition : M. de Bulow-Cummcrow, ferme, vigoureux, savant : M. de Lancizolle, de critique modérée, de raisonnement droit, de conseil sage; M. J. Jacoby, plus ardent, dans le mode pamphlétaire, portant sur les masses par la hardiesse de sa pensée et de ses images.
Frédéric-Guillaume IV ne faisait rien, en apparence tout au
1. Pétition du LtindUi# pour la province du Rhin, 9 septembre 1810.
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pour dissiper ce malentendu : il s'était entouré d'une
pai aehée, .' 1 limite de son esprit, où libéraux et
aires, militaires, riinctiHnni.irrs el professeurs Faï-
singuîier mélange, et il paraissait s'abandonner à
■ de de ce singulier ensemble : aux suppliques
provinciaux, il répliquait •■ qu'il ne se laisserait
tsser en avant par aucunes intrigues el aucuns
que plutol de telles manœuvres le feraient reculei
■ . ». Dos réunions populaires étaient interdites, des
< de Bade expulsés en due forme, les jour-
'■ une vellc loi sur la presse, <i le*
is la répression'. C'était la
apparente ; niais IYéd crie-Gui 11 au me IV était an
lioninn: ;• actions multiples ; alors qu'il frappait le parti libéral,
[triait ses idées.
debul de son régne, il avait eu le projet de dunuer
a son peuple des institutions parlementaires ' ; l'indécisi le
sa pensée, I influence de ses proches, la crainte de Metternïch
i ml jusqu'alors empoché. En I8i5 il avait un cnlre-
. ml homme d'Étal qui écrivait avec mélan-
nd mal de la Prusse, c'est que le roi, tout en
■ n trique, et que la dissolution de la
machine politique prussienne est un fait accompli.
La HOHetlte machine est encore ;'i créer; or, dans des situa-
illcs, nul ne peut répondre du lendemain. " » Malgré
ents du ministre autrichien, Frédéric-Gui I-
. ail fidèle S ses projets, el pour le conseiller
■ I m ministère de l'Intérieur M. de Bodclschwîugli, Le cbi:i . ■ oui dons le nouveau ministre inspi-
■..-.■ ftîi htr Veulucldiinih, £' |>aili<\ I I, p 473
. n ;.:■, ■;„. |V, ,!.,:- i !.■.'..■■ teine iteutsche Biographie.
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rait confiance, la haute stature, le regard droit, l'éloquence sobre et pondérée, le caractère lovai et ferme, l'esprit sûr et mûr ; il cherchait le progrès par la conciliation des traditions du passé et des nécessités de l'avenir; il était de taille à gouverner la Prusse en temps paisible, mais aux heures décisives, il manqua d'initiative et de volonté ; il n'avait pas la carrure nécessaire pour surmonter une révolution, dominer l' Allemagne et forger l'Etat à son empreinte, comme fit Bismarck.
Une nécessité financière obligea Frédéric-Guillaume IV â hâter l'exécution de ses desseins : pour construire les premiers chemins de fer, l'Etat prussien avait besoin de ressources extraordinaires; or, une ordonnance de 1820 avait décidé qu'aucun emprunt ne serait émis sans « l'assistance et la garantie des Etats du royaume ». Le roi réunit donc en juillet 1845 une commission chargée de lui dessiner un organe constitutionnel, qui n'aurait pas les inconvénients d'un Parlement, mais présenterait les avantages d'une représentation nationale. Savigny, juriste respecté, paraissait naturellement désigné pour diriger ces études ; mais, puissant évocateur du passé, il ne comprenait pas les besoins du présent; subtil théoricien, il n'avait pas ce don indispensable au législateur, le sens pratique. L'âme de la commission fut Bodclschwingh.
Les travaux furent menés avec une sage lenteur. Au mois de mars 1810, le roi tint un conseil de gouvernement pour délibérer sur le projet de la commission. L'esprit du passé y fut représenté par le prince Guillaume ; l'héritier du royaume, le futur empereur d'Allemagne, se confinait ordinairement dans les questions militaires, où il apportait tout son cœur ; et c'était dans l'intérêt de l'armée qu'il intervenait, pour revendiquer le droit exclusif de la Couronne de la conduire à son gré; en votant le budget, la représentation nationale pourrail contester la nécessité des réformes militaires, contrôler
l'action du ministre de la Guerre, s'ingérer dans la conduite
de Tannée, et ce serait la fin de toute discipline ; l'esprit du
prince, dépourvu d'envergure, mais doué d'un raisonnement
juste, comprenait l'incompatibilité du régime parlementaire
et de l'autorité royale; or, en Prusse, l'armée et la couronne
sont solidaires; il s'éleva donc avec force contre la création
d'une assemblée qui amoindrirait les droits de la monarchie
et mettrait en péril la hiérarchie militaire. Il succomba ; par
quatorze voix contre deux, le conseil se prononça pour la
création d'une représentation centrale. Au sortir de la séance,
le prince Guillaume exprima ce mélancolique regret : « Une
nouvelle Prusse se forme. L'ancienne descend au tombeau
par la publication de cette loi. Puisse la nouvelle être aussi
grande de gloire et d'honneur que l'ancienne \ »
Un an s'écoula encore; les tergiversations du roi, les discussions de détail, peut-être les conseils du tzar Nicolas2, qui redoutait ces bouleversements, de nouveaux efforts du prince Guillaume retardèrent l'exécution des projets constitutionnels. Au commencement de l'année 1847, le roi exposa aux princes de sa famille ses desseins de réforme ; tous s'inclinèrent avec respect devant sa volonté.
Le 3 février 1847, le roi signa des lettres patentes et trois ordonnances qui contenaient les nouvelles dispositions législatives8. D'après ces textes, le roi devait réunir en Diète générale les assemblées provinciales « toutes les fois que les besoins de l'Etat exigeraient de nouveaux emprunts, l'établissement <te nouveaux impôts ou l'augmentation des impôts actuels » ;